ÉTUDES
DANS LES ÉCRITURES
VOLUME
II - LE
TEMPS EST PROCHE
ÉTUDE
IX
L'HOMME DU
PÉCHÉ —
L'ANTICHRIST
L'Antichrist doit être développé,
manifesté et détruit avant le jour du Seigneur. — Considération d'une
vue opposée à celle-ci sur ce sujet. — Esquisse prophétique. — La
naissance de l'Antichrist. — Son développement rapide. — Le tableau
qu'en donne l'histoire et sa description par la Bible s'accordent. — Son
royaume est une contrefaçon. — Sa tête et sa bouche remarquables. —
Ses grandes et arrogantes paroles de blasphème. — Ses enseignements
blasphématoires. — II extermine les saints du Très-Haut. — Son règne
millénaire. — L'antichrist frappé par l'épée de l'Esprit. — Sa
lutte finale et sa fin.
« Que personne ne vous séduise en aucune manière, car ce jour-là ne
viendra pas que l'apostasie ne soit arrivée auparavant et que l'homme de
péché n'ait été révélé, le fils de perdition ». — 2
Thessaloniciens 2 : 3.
En
regard de ces paroles de l'apôtre Paul montrant qu'un personnage qu'il
appelle « l'homme du péché » doit précéder la venue du
jour du Seigneur — qui, comme nous l'avons démontré, a déjà commencé
à poindre, il est important que nous regardions autour de nous pour voir
si un tel personnage est réellement apparu. Paul et les autres apôtres
l'ont si soigneusement décrit que s'il n'est pas encore venu, les paroles
ci-dessus devraient être comprises comme un veto de Paul à tous les
autres témoignages concernant la présence du Seigneur et l'établissement
de son royaume maintenant. Ce veto doit subsister comme un argument irréfutable
jusqu'à ce que cet homme du péché soit reconnu et qu'il corresponde par
chaque détail à la description prophétique.
Il est
clairement déclaré que, non seulement cet homme du péché doit premièrement
se lever, mais qu'il doit se développer et prospérer avant que le Jour
du Seigneur vienne. Avant le jour de Christ, la prospérité et
l'influence de cette puissance auront atteint leur point culminant et
seront sur leur déclin ; c'est par la lueur éclatante de la présence
du Seigneur à son second avènement que cet homme du péché sera entièrement
détruit. Il nous faut observer ces circonstances prédites, afin de
savoir si cet avertissement à l'Église dans les jours de Paul sont
encore applicables de nos jours. Aujourd'hui, après dix-huit siècles,
nous prétendons de nouveau que le jour de Christ est venu ; et cette
importante question se présente : Y a-t-il quelque chose dans ce que Paul
a dit pour corriger l'erreur des Thessaloniciens qui soit maintenant une
objection à cette prétention ?
L'apôtre
exhorte l'église à veiller pour le retour du Seigneur et à prêter
attention à la ferme parole prophétique. Par le soin avec lequel il
indique les signes de la présence de Christ et le caractère de son œuvre
dans ce temps-là, etc., il est évident qu'il était tout aussi soucieux
que l'église sache reconnaître la présence du Seigneur lorsqu'il sera
venu, que de ce qu'elle ne soit jamais déçue par l'erreur qui consistait
à croire qu'il serait venu avant le temps de sa présence. Ceux qui, au
commencement de cet âge, tombèrent dans cette
dernière erreur, furent exposés aux tromperies du principe
de l'Antichrist qui agissait déjà à ce moment-là, de même que ceux
qui manquent de reconnaître le jour du Seigneur et sa présence au bon
moment sont exposés à de continuelles séductions, aux fausses doctrines
de l'Antichrist, et sont rendus aveugles quant aux grandes
vérités et aux privilèges spéciaux de ce jour. Voilà pourquoi
l'apôtre est si soucieux pour l'église du commencement comme pour celle
de la fin de cet âge ; de là son avertissement : « Que personne ne vous
séduise d'aucune manière ». De là aussi la description exacte de
l'homme du péché, afin qu'il puisse être reconnu dans son temps.
Tandis
que les chrétiens à la fin de cet âge sont portés à oublier même la
promesse du retour du Seigneur, ou n'y pensent que pour l'envisager avec
terreur et sous de mauvais présages, l'église primitive l'attendait avec
un ardent désir et avec une joyeuse anticipation, comme la réalisation
de toutes ses espérances, la récompense de toute sa fidélité et la fin
de toutes ses afflictions. C'est pour cela que les premiers croyants étaient
disposés à écouter diligemment tout enseignement qui prétendait que le
Jour du Seigneur était ou très proche ou présent. Ils étaient par conséquent
en danger d'être séduits sur ce point s'ils n'étudiaient pas avec soin
les enseignements des apôtres sur ce sujet.
L'église
de Thessalonique, influencée par les enseignements erronés de
quelques-uns que le Seigneur était de retour et qu'ils vivaient dans son
jour supposait évidemment que l'idée était en harmonie avec les
enseignements de Paul dans la première épître qu'il leur avait écrite
et dans laquelle il dit (1 Thessaloniciens
5 :1-5) que le jour du Seigneur viendrait à la dérobée,
tranquillement et inaperçu, comme un voleur dans la nuit ; qu'eux, les
saints, en auraient la pleine intelligence tandis que les autres s'y
trouveraient sans le savoir. Apprenant l'erreur sérieuse dans laquelle
ils étaient tombés, de croire que le Seigneur était déjà là, présent,
Paul leur écrivit une seconde épître dont la pensée centrale fut de
corriger cette erreur. Il dit : « Pour ce qui concerne la présence
de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous
prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre
bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque
inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu'on dirait
venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là [enistemi,
est présent]. Que personne ne vous séduise d'aucune manière, parce [qu'il
ne viendra pas] que l'apostasie ne soit venue auparavant et que ne soit révélé
l'homme du péché, le fils de la perdition, celui qui s'oppose et qui s'élève
au-dessus de tout ce qu'on appelle dieu [ou puissant gouverneur] ou de ce
qu'on adore, jusqu'à s'asseoir dans le Temple de Dieu, se proclamant
lui-même un dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses
lorsque j'étais encore avec vous ? Et maintenant, vous savez ce qui le
retient, afin qu'il [Christ] soit révélé en son propre temps. Car le
mystère de l'iniquité [l'insubordination à Christ] agit déjà ; il
faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra
l'impie que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et
qu'il anéantira par l'éclat de sa [parousia] présence ». Paul
pouvait écrire ainsi positivement du développement de l'homme du péché
avant le jour du Seigneur, à cause de son étude de la prophétie de
Daniel, de laquelle aussi notre Seigneur parle (Matthieu 24 : 15) ; et
probablement aussi parce qu'à Paul lui-même, dans ses
« visions et révélations », avait été montrée la
grande dévastation que ce système devait faire dans l'Église.
Il
faut remarquer que Paul n'usa pas d'arguments tels que certains
aujourd'hui sont enclins à employer contre la prétention que le jour du
Seigneur est commencé. Il ne dit pas : O ! Thessaloniciens insensés, ne
savez-vous pas que lorsque Christ viendra, vos yeux le contempleront et
vos oreilles entendront le terrible son de la trompette de Dieu ; que vous
en aurez en outre la preuve dans l'ébranlement des tombes et dans la
sortie des saints de celles-ci. N'est-il pas évident que si un semblable
raisonnement avait été approprié, Paul se serait empressé de se servir
d'un argument aussi simple et facile à saisir ? Le fait qu'il ne s'en
servit pas ne prouve-t-il pas que cet argument n'est pas et ne
peut pas être fondé sur la vérité ?
Le
fait que dans ses efforts énergiques à corriger leur erreur, Paul
n'offrait que cette seule objection à leur prétention, est en lui-même
une preuve évidente qu'il regardait leur idée générale sur le jour du
Seigneur comme correcte, que ce jour pouvait venir sans être signalé par
des démonstrations extérieures et qu'il pouvait être commencé tandis
que beaucoup l'ignoreraient.. Paul n'avait que cette raison pour son
objection, c'est que premièrement l'apostasie devait venir et,
comme suite à celle-ci, le développement de l'homme du péché, — quel
qu'il fût (un simple individu ou un grand système anti-chrétien qu'il
personnifierait de la sorte) — qu'il devait apparaître, fleurir et
commencer ensuite à décliner, avant le jour de la présence du
Seigneur. Ainsi donc, si cette seule objection faite par Paul n'est
plus un obstacle, si nous constatons clairement et actuellement
l'existence de cet homme du péché, dont l'histoire corresponde dans
chacune de ses particularités à la description prophétique, depuis le
commencement de son existence jusqu'au temps présent, — alors
l'objection de Paul qui, elle seule, était à sa place en son temps,
n'est plus aujourd'hui une objection valable contre la prétention
actuelle que nous vivons dans le jour du Seigneur, le jour de sa présence.
De plus, si l'homme du péché peut être facilement distingué, si son
apparition, son développement et son déclin peuvent être clairement vus,
ce fait devient alors une autre preuve corroborative des enseignements des
chapitres précédents, qui montrent que nous sommes maintenant dans le
Jour du Seigneur.
ESQUISSE PROPHÉTIQUE DE L'HOMME DU PÉCHÉ
Celui qui étudie la prophétie y trouvera que l'homme du péché
est distinctement indiqué dans les saintes Écritures, qui non seulement
décrivent clairement son caractère, mais montrent aussi les temps et les
lieux de son commencement, de sa prospérité et de son déclin.
C'est
justement par les noms que lui appliquent les écrivains inspirés que son
caractère est dépeint avec beaucoup de vigueur. Paul l'appelle :
« Ce méchant ou cet impie », « l'homme du péché »,
le mystère de l'iniquité », l'antichrist » et « le
fils de perdition ». Le prophète Daniel l'appelle : L'abomination
qui cause la désolation » (Daniel 11 : 31 ; 12 : 11) ; notre
Seigneur parle de ce même caractère comme de « l'abomination de la
désolation », dont a parlé le prophète Daniel (Matthieu 24 :15)
et de nouveau comme d'une « bête » (Apocalypse 13 : 1-8). Ce
même caractère fut aussi préfiguré par une petite corne, ou pouvoir,
sortant d'une terrible bête que Daniel vit dans sa vision prophétique,
avec des yeux, et une bouche qui proférait de grandes choses ; elle prospérait,
faisait la guerre contre les saints et elle les vainquit (Daniel 7 : 8,
21). Jean vit aussi ce caractère et il en avertit l'église en disant :
« Vous avez entendu dire que l'antichrist vient » ; il leur
montre alors comment ils peuvent échapper à son influence (1 Jean 2
:18-27). Le livre de l'Apocalypse, également, est dans une large mesure
une prophétie symbolique détaillée sur ce même antichrist ; mais nous
ne pouvons que l'effleurer ici, réservant son examen plus particulier
pour un volume suivant.
Ces
diverses appellations et brèves descriptions montrent un caractère
subtil, trompeur, hypocrite, tyrannique et cruel qui s'est développé au
sein de l'église chrétienne. C'est un caractère s'insinuant d'abord
d'une manière graduelle et s'élevant ensuite rapidement en puissance et
en influence pour en arriver à l'apogée de la puissance, de la richesse
et de la gloire terrestres, tout en exerçant son influence contre la vérité,
contre les saints et pour son propre agrandissement, prétendant jusqu'au
bout avoir reçu la sainteté, l'autorité et la puissance de Dieu.
Nous
nous proposons de démontrer dans ce chapitre que l'homme du péché est
un système et non un simple individu, comme beaucoup semblent le croire ;
de même que le Christ consiste dans le vrai Seigneur et dans la vraie Église,
ainsi l'antichrist est un système de contrefaçon, consistant en un faux
seigneur et en une église apostate, à qui il fut permis pour un temps de
dénaturer la vérité, de pratiquer la tromperie, de contrefaire
l'autorité et le règne futurs du vrai Seigneur et de son Église, et
d'enivrer les nations par de fausses et présomptueuses prétentions.
Nous
espérons prouver à la satisfaction de tout lecteur consciencieux que
cette grande apostasie ou chute mentionnée par Paul, est venue, et que
cet homme du péché a été développé, qu'il s'est « assis dans
le temple de Dieu » (le temple réel, non le typique) ; qu'il a
accompli toutes les prédictions des apôtres et des prophètes concernant
son caractère, son œuvre, etc. ; qu'il a été révélé et que
maintenant, depuis 1799, il se consume par l'esprit de la bouche du
Seigneur [la vérité] ; et qu'il sera entièrement anéanti durant
ce jour de la colère de l'Éternel, jour qui a déjà commencé à se révéler
par le feu de flammes de la rétribution.
Sans
vouloir traiter à la légère les opinions des autres, nous croyons néanmoins
nécessaire d'indiquer au lecteur quelques-unes des absurdités en rapport
avec ce qui est généralement cru sur l'antichrist, afin que la dignité
et le caractère raisonnable de la vérité sur ce sujet puissent être
estimés convenablement par contraste avec cette affirmation étroite que
tout ce que les Écritures ont prédit concernant ce caractère
s'accomplirait par un seul homme au sens propre. Cet homme, prétend-on,
exercera une telle influence sur le monde entier
qu'en peu d'années il accaparera les hommages et l'adoration
de tous les hommes ; qu'il saura si bien s'imposer aux hommes et les
tromper qu'ils le prendraient pour Dieu et l'adoreraient comme le
Tout-Puissant Jéhovah, dans un temple juif rebâti. Tout cela se
passerait, disent-ils, avec une rapidité foudroyante, — en trois ans et
demi, — interprétant aussi mal le temps symbolique que « l'homme »
symbolique lui-même.
Les fables, les légendes absurdes et les contes d'enfants les plus
imaginaires ne fournissent rien de semblable à ces vues extrêmes de
quelques chers enfants de Dieu qui trébuchent et tombent sur une interprétation
littérale du langage de Paul. En agissant ainsi, ils
s'aveuglent eux-mêmes et en aveuglent d'autres relativement à de
nombreuses et précieuses vérités, lesquelles à cause de l'erreur sur
ce sujet, ils ne sont pas préparés à voir clairement et sans préjugés.
Peu importe jusqu'à quel point nous pouvons sympathiser avec eux, leur
foi aveugle fait forcément sourire lorsqu'ils parlent d'un ton sérieux
des différents symboles de l'Apocalypse qu'ils ne comprennent pas, en les
attribuant littéralement à leur homme merveilleux. Ne veulent-ils
pas nous faire croire que dans ce siècle, le plus sceptique que le monde
ait jamais connu, il aurait dans ces courts trois ans et demi tout le
monde à ses pieds, l'adorant comme un
Dieu, tandis que les César, les Alexandre, les Napoléon, les Mahomet et
d'autres durent traverser les mers de sang et employer plusieurs fois
trois ans et demi sans avoir accompli la millième partie de ce que ferait
cet homme.
Cependant ces conquérants avaient tous les avantages de l'ignorance et de
la superstition profondes pour les aider, tandis qu'aujourd'hui nous
vivons dans des conditions bien plus défavorables à un semblable développement
de tromperie et de fraude ; dans un temps où les choses cachées
sont manifestées comme jamais auparavant ; dans un temps où une fraude
de cette sorte serait pas trop absurde et ridicule pour être prise en
considération. La tendance de nos jours est en effet plutôt dans la
direction d'un manque de respect pour les hommes, quels que soient leurs
talents, leur bonté, leurs capacités, les postes de confiance et
d'autorité qu'ils peuvent occuper. Cela est tellement vrai qu'on verrait
plus vite le monde entier nier qu'il y ait un Dieu quelconque que
de le voir adorer un de ses semblables comme le Dieu Tout-Puissant.
Un
grand obstacle pour beaucoup lorsqu'ils considèrent ce sujet, est la
fausse idée qu'on se fait généralement sur le terme dieu ; on ne
voit pas que le mot theos (dieu) ne s'applique pas uniquement à Jéhovah.
Ce mot signifie un puissant, un gouverneur, et plus spécialement
un gouverneur religieux ou ecclésiastique. Dans le Nouveau Testament le
mot theos est rarement employé, excepté lorsqu'il est question de
Jéhovah, parce que les apôtres, dans leurs discours, parlaient rarement
et peu des faux systèmes de religion et rarement s'arrêtaient sur leurs
dieux ou dirigeants sacrés. Dans
les textes suivants, le mot dieu (theos) est cependant
employé pour être appliqué à d'autres qu'à l'Être suprême : Jéhovah.
— Jean 10 : 34, 35 ; Actes 7 : 40, 43 ;
17 : 23 ; 1 Corinthiens 8 : 5.
Reconnaissant l'ampleur du mot grec theos, on verra de suite que la
déclaration de l'apôtre concernant l'antichrist — qu'il s'assiéra
dans le temple de Dieu, voulant passer pour un dieu — n'implique
pas nécessairement l'idée que l'antichrist doit s'élever lui-même au-dessus
de Jéhovah, ni même qu'il veut essayer de se mettre à la place de Jéhovah.
Elle veut simplement dire que ce personnage se présentera lui-même comme
un gouverneur religieux, prétendant à l'autorité et l'exerçant sur et
au-dessus de tout autre gouvernement religieux, allant même jusqu'à s'élever
dans l'Église qui est le vrai temple de Dieu, où il prétend exercer et
où il exerce une autorité seigneuriale comme son chef ou gouverneur
autorisé. Partout où la signification du mot theos, dans le
grec, pourrait prêter à l'équivoque, il est précédé par
l'article grec quand il se rapporte à Jéhovah ; c'est comme si en français
on disait le Dieu. Dans les textes ci-dessus qui parlent d'autres
dieux et dans celui-ci (2 Thessaloniciens 2 : 4) qui parle de l'antichrist,
il n'y a pas une telle accentuation.
Si
cela est bien compris, une grande pierre d'achoppement sera éloignée ;
l'esprit sera préparé à chercher les choses appropriées comme
accomplissement de cette prédiction : non pas un Antichrist prétendant
être Jéhovah et demandant à être adoré comme tel, mais quelqu'un qui
prétend être le principal et suprême maître ou docteur religieux dans
l'Église, et qui par cela même tente d'usurper l'autorité de Christ, le
Chef, Seigneur et Maître divinement désigné.
Il est
aussi assez étrange que ceux qui ont cette vue littérale concernant
l'homme du péché sont généralement ceux qui croient à la venue prémillénaire
du Seigneur, qui cherchent et attendent que le Seigneur vienne à « tout
moment maintenant ». Pourquoi tous ne peuvent-ils pas saisir la
pensée de l'apôtre lorsqu'il déclare positivement que le Jour du
Seigneur (le Jour de sa présence) ne peut venir et ne doit pas être
attendu avant que l'homme du péché ait été révélé ? Il avait fallu
plus de quarante ans pour bâtir le premier temple juif et il faudrait sûrement
dix à vingt ans pour construire le nouveau temple à Jérusalem avec une
magnificence plus grande que la précédente où ils attendent qu'un homme
du péché au sens propre s'installe et soit adoré comme Dieu. Comment
donc ceux qui croient de cette manière peuvent-ils attendre la venue du
Seigneur à un moment quelconque maintenant ? Une telle manière de
voir est en désaccord avec la raison, aussi bien qu'avec la prophétie de
l'apôtre. Ou bien ils devraient, logiquement, cesser de croire à une
venue du Seigneur à un moment quelconque ou bien abandonner leur attente
d'un futur homme du péché ; car le Jour de la présence du Seigneur ne
peut venir avant que l'apostasie soit arrivée et que l'homme du péché
se soit développé et ait été révélé par cette apostasie.
Mais lorsque nous comprenons correctement les paroles de l'apôtre
et avons en même temps des idées exactes sur la manière dont
doit se faire la venue du Seigneur, nous ne trouvons pas d'absurdités et
de contradictions de ce genre, mais un parfait accord
et une harmonie convaincante. Aussi, c'est une telle vue que nous désirons
présenter maintenant ; le lecteur lui-même se convaincra qu'elle est
scripturale.
Les différents titres appliqués à ce système sont évidemment
symboliques ; ils ne désignent pas les noms d'un simple individu, mais
bien les traits caractéristiques d'une combinaison religieuse et civile
corrompue qui s'est développée dans l'église chrétienne nominale et
qui, par son opposition subtile à Christ, le chef, et à sa véritable Église,
son corps, mérite bien le nom d'Antichrist. Un tel système
pouvait accomplir toutes les prédictions faites concernant l'antichrist,
ou l'homme du péché, ce qu'un seul homme ne pouvait faire. Il est en
outre évident que ce système antichrist n'est pas un des systèmes païens
de religion, tels que le mahométisme ou le brahmanisme, parce que l'église
chrétienne n'a jamais été sous l'autorité d'aucun système semblable
et aucun de ces systèmes n'a son origine dans l'église chrétienne. Ils
sont et ont toujours été indépendants de celle-ci.
Le
système qui répond pleinement à la description donnée par inspiration
doit être un système professant le christianisme et doit contenir une
grande majorité de ceux qui prétendent être chrétiens. Il doit de même
avoir débuté par une apostasie, c'est-à-dire par une désertion de la
vraie foi chrétienne — une apostasie secrète et furtive jusqu'à ce
que les circonstances aient favorisé son élévation au pouvoir ; il faut
chercher son commencement clandestin dans les jours des apôtres — dans
le désir de quelques docteurs d'occuper une
place prépondérante.
Il
n'est pas nécessaire de chercher longuement pour trouver un caractère
s'adaptant parfaitement à toutes ces exigences ; un caractère qui, décrit
par les historiens profanes ainsi que par ses propres serviteurs abusés,
s'accorde exactement avec les esquisses prophétiques concernant
l'Antichrist. Mais lorsque nous déclarons que le seul et unique système
dont l'histoire s'adapte à ces prophéties est la Papauté, que l'on ne
nous interprète pas comme voulant dire que chaque catholique romain est
un homme du péché, ou que les prêtres
ou même les papes de l'église de Rome sont ou ont été
l'Antichrist. Aucun homme n'est l'Antichrist, « l'homme du péché »,
décrit dans les prophéties. Papes, évêques et autres, sont tout au
plus des parties ou des membres du système de l'Antichrist, de même que
tous ceux de la sacrificature royale ne sont que des membres du vrai
Christ, sous Jésus leur tête, et de la même manière que ceux-ci, dans
leur condition présente, sont dans leur ensemble l'Élie-antitype, bien
qu'aucun d'eux ne soit l'Élie ou le Christ prédit. Remarquons en outre
que l'église de Rome, considérée seulement comme système ecclésiastique,
n'est pas l'homme du péché » et n'est jamais représenté
par un homme dans aucune figure. Au contraire, le symbole employé
pour indiquer une église considérée indépendamment de son Seigneur et
Chef, est toujours une femme. La véritable Église est symbolisée
par une « vierge chaste », tandis que l'église apostate qui
est déchue de sa chasteté et de sa fidélité primitives au Seigneur est
symboliquement appelée « une prostituée ». De même que la
vraie Église « vierge » continue à être telle jusqu'à la
fin de l'âge, moment où elle sera unie à son Seigneur et prendra son
nom, — Christ — ainsi l'église apostate ne fut pas l'Antichrist ou
l'homme du péché avant qu'elle fût unie à son seigneur et chef, le
pape, et qu'elle soit devenue un empire religieux, faussement appelé
chrétienté — c'est-à-dire royaume de Christ.
Papauté,
tel est le nom de ce faux royaume ; il fut établi sur une vérité
faussement appliquée — sur cette vérité que les membres de l'église
sont appelés à être des rois et des prêtres de Dieu et à régner sur
la terre. Mais le temps de ce règne n'était pas encore venu ; l'âge de l'Évangile n'avait pas été fixé dans ce but, mais pour
la sélection, le développement, la discipline, l'humiliation et le
sacrifice de l'Église qui doit suivre l'empreinte des pieds de son
Seigneur en veillant et souffrant patiemment jusqu'au temps déterminé
pour l'exaltation et le
glorieux règne promis — l'âge millénaire.
Le
Seigneur avait vu à l'avance que le christianisme nominal s'étendrait
sur le monde et qu'en devenant populaire, il serait embrassé par un grand
nombre qui en adopteraient la
forme extérieure sans pénétrer l'esprit de son organisation. Il avait
vu par avance qu'au fur et à mesure que les masses de ces gens
s'identifieraient avec l'Église, l'esprit mondain — lequel est l'opposé
de l'esprit d'abnégation et de sacrifice de soi-même — y entrerait
avec elles ; que l'égoïsme et le désir d'être grand et de dominer,
s'introduisant ainsi, n'auraient pas à attendre longtemps une occasion
favorable ; que c'est ainsi que l'Église chercherait à dominer le monde
avant le temps — ou plutôt que l'élément mondain qui entrerait dans
l'église ferait sentir son influence et, au nom de la véritable
Église, saisirait le pouvoir civil de la terre que Dieu avait donné aux
nations et qui ne peut pas passer pleinement entre les mains de la véritable
Église avant la fin des « temps des nations » en 1914.
C'est
ainsi que les choses se passèrent réellement : l'église nominale commença
à déchoir, à mesure qu'elle croissait en nombre sous les enseignements
et l'exemple d'hommes ambitieux dont les idées s'inclinaient de plus en
plus en faveur de l'influence et du pouvoir mondains que le nombre et la
richesse apportaient avec eux. L'esprit de l'église devint graduellement
mondain et les choses du monde furent convoitées. La suggestion
ambitieuse était celle-ci : « Si le grand Empire Romain, avec tout
son pouvoir et son influence, ses armées et ses richesses, devenait
seulement le soutien de l'église, combien il serait honorable et noble
alors d'être un chrétien ! Combien alors les persécutions païennes
cesseraient vite ! Non seulement nous pourrions alors leur en imposer,
mais nous pourrions aussi les contraindre à adhérer à l'église, à la
croix et au nom de Christ. Il est évident que ce n'était pas l'intention
de Dieu que l'Église soit à tout jamais assujettie au monde et persécutée
par lui ; les paroles de l'apôtre : « Ne savez-vous pas que les
saints jugeront le monde ? » aussi bien que les promesses de notre
Seigneur que nous régnerons avec lui et toutes ces prophéties qui
parlent du règne de l'Église indiquent clairement que tel est le plan de
Dieu. Il est vrai que l'apôtre écrivit que notre Seigneur reviendrait
premièrement et exalterait l'Église, et qu'il nous exhorte à l'attendre
; mais plusieurs siècles sont maintenant passés et nous ne voyons aucun
signe de la venue du Seigneur. Il nous
faut en conclure que les apôtres ont été quelque peu dans l'erreur.
Pour nous, il semble clair que nous pouvons et devons employer tous les
moyens pour obtenir le pouvoir sur le gouvernement civil et conquérir le
monde pour le Seigneur. Il faudrait aussi que l'église ait un chef,
quelqu'un qui représentât le Seigneur absent et l'église devant le
monde — quelqu'un qui pût recevoir l'hommage du monde, exercer
l'autorité de Christ et gouverner le monde avec une verge de fer, comme
le prophète David l'a prédit. » C'est ainsi que graduellement, par
un lent processus de raisonnements qui dura des siècles, l'attente réelle
de l'église dans la seconde venue du Seigneur, en vue de son exaltation
et de la bénédiction du monde, fut perdue de vue et qu'une nouvelle
attente prit place — l'attente du succès sans le Seigneur, sous la suprématie
et la direction d'une lignée de papes. Et c'est ainsi que par des
connivences, des intrigues et des échanges de faveurs avec le monde,
l'attente de l'église devint une fausse attente, un piège
trompeur par lequel Satan la conduisit d'erreurs en erreurs et de
maux en maux, tant par la doctrine que par la pratique.
Le
moment où l'apostasie se développa comme « l'homme du péché »
fut celui où la hiérarchie papale s'exalta elle-même sous la suprématie
d'une lignée de papes, et où elle usurpa le gouvernement de la terre et
commença à régner au nom du Royaume Millénaire de Christ et prétendit
être ce Royaume. C'était un royaume frauduleux et contrefait quelle que
fût la sincérité à le croire de certains de ses partisans. C'était un
royaume frauduleusement imité, quelle qu'ait été la sincérité de
certains de ses organisateurs et soutiens. Ce royaume était celui de
l'Antichrist, peu importe la prétention de ses partisans à croire qu'il
était le règne, la puissance et la gloire du vrai Christ sur la terre.
C'est une erreur ; de croire qu'être consciencieux veut toujours dire
avoir raison. Il n'y a pas de doute que tous les systèmes d'erreur ont
autant et même plus de disciples consciencieux, quoique égarés, que
d'hypocrites. Être consciencieux, c'est posséder l'honnêteté morale et
cela n'a rien à faire avec la connaissance. Les païens mal informés
adorent les idoles et leur sacrifient consciencieusement. Saul, renseigné
faussement, persécutait les saints en toute bonne conscience ; de même
aussi, beaucoup de papistes, mal enseignés, firent consciencieusement
violence aux prophéties, persécutèrent les vrais saints et organisèrent
le grand système de l'Antichrist. Pendant des centaines d'années, la
papauté a non seulement trompé les rois de la terre, quant à son
pouvoir, à sa prétention à les gouverner par droit divin et régné sur
eux, mais elle s'est assise dans l'église, le temple de Dieu, où Christ
seul doit être reconnu comme Chef et Maître, prétendant être le seul
maître et législateur; et avec cela, elle a trompe tout le monde, excepté
un petit nombre de fidèles, par son succès phénoménal et par son
arrogante prétention. « Toute la terre était dans l'admiration »
— étonnée, égarée, confondue, — « tous ceux dont les noms
n'ont pas été écrits dans le livre de vie de l'Agneau » ; et
beaucoup de ceux dont les noms sont écrits comme saints de Dieu ont été
sérieusement ébranlés et dans la perplexité. Cette tromperie fut
d'autant plus forte que ces desseins ambitieux ne se montrèrent que petit
à petit et qu'ils se réalisèrent d'une manière encore plus graduelle.
Cette séduction dura des siècles ; elle existait déjà secrètement
sous forme d'ambition aux jours de Paul. Ce fut un lent processus au cours
duquel une erreur suivit une autre erreur, — les déclarations d'un
homme ambitieux s'ajoutant aux déclarations d'un autre et ainsi de suite
dans le cours des temps. Ainsi, insidieusement, Satan sema et arrosa les
semences de l'erreur et développa le système le plus grand et le plus
influent que le monde ait jamais connu — l'Antichrist.
Le mot
Antichrist a une double signification : premièrement il veut dire contre
(c'est-à-dire opposé à) Christ ; secondement il signifie à la place,
ou une contrefaçon de Christ. Dans le premier sens, c'est une expression
générale qui peut s'appliquer à tout ennemi s'opposant à Christ. Dans
ce sens, Saul, plus tard appelé Paul, tous les Juifs, tous les Mahométans,
tous les empereurs païens et tout le peuple de Rome furent des
antichrists — adversaires de Christ (Actes 9 : 4). Mais ce n'est pas
dans ce sens que les Écritures emploient le nom Antichrist ; elles
négligent de semblables ennemis et appliquent le terme Antichrist
dans le sens donné ci-dessus à la seconde signification, c'est-à-dire
contre, dans le sens de dénaturer, de contrefaire, de prendre la place
du vrai Christ. Ainsi Jean remarque : « Vous avez entendu que
l’Antichrist vient ; — même maintenant il y a plusieurs antichrists »
(1 Jean 2 : 18, 19). [Le grec fait la distinction entre l'Antichrist spécial
et les autres en grand nombre qui sont moindres]. Et les remarques
suivantes de Jean montrent qu'il ne parle pas de tous ceux qui sont opposés
à Christ et à l'Église, mais d'une
certaine classe de ceux qui tout en professant être du corps de
Christ, l'Église, ont abandonné les principes fondamentaux de la vérité,
et par cela même, non seulement la dénaturèrent, mais prirent aux yeux
du monde la place et le nom de la véritable Église — contrefaisant
ainsi réellement les vrais saints. Jean dit, en parlant d'eux :
« Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres »
; ils ne nous représentent pas, quand même ils peuvent se tromper eux-mêmes
et le monde sur ce sujet. Jean déclare dans la même épître que ceux
qu'il mentionne comme plusieurs antichrists ont l'esprit de l’Antichrist.
Nous
trouvons donc ici ce à quoi nous pouvions nous attendre, et nous le
trouvons dans la papauté : Non une opposition au nom de Christ,
mais un ennemi ou adversaire de Christ, en ce qu'il porte faussement son
nom, contrefait son royaume et son autorité et dénature son caractère,
ses plans et ses doctrines devant le monde — un adversaire et un ennemi
en vérité plus pernicieux qu'un ennemi déclaré — tout ce qu'il y a
de pire en fait d'ennemi. Cela est vrai, on ne peut trop le répéter,
alors même que quelques-uns de ceux qui sont rattachés à ce système
sont consciencieusement égarés, « séduisant et étant séduits ».
Après ces indications sur l'identité et les caractéristiques de
l'homme du péché, et sachant dans quel lieu et dans quelles
circonstances nous pouvons le chercher, nous allons procéder à l'examen
de quelques preuves historiques, prouvant, au-delà, de tout doute, que
toutes les prédictions concernant l'Antichrist ont été accomplies dans
le système papal d'une manière et à un degré tels qu'à la lumière de
nos jours, tous doivent admettre que cela ne saurait se répéter.
L'espace dont nous disposons nous oblige à ne donner qu'une simple
esquisse de la grande masse du témoignage historique. Nous nous sommes
bornés aux historiens reconnus les plus dignes de foi et nous avons cité
en plusieurs cas les témoignages et les faits admis par des écrivains
catholiques romains.
LES CIRCONSTANCES AYANT DONNE
NAISSANCE A L'HOMME DU PÉCHÉ
UNE GRANDE APOSTASIE. Nous
demandons d'abord : L'histoire nous parle-t-elle d'un accomplissement de
la prophétie de Paul touchant une grande déchéance de la simplicité et
de la pureté originelles des doctrines et de la vie de l'Église chrétienne
et les agissements mystérieux d'une influence inique et ambitieuse dans
l'Église avant le développement de la papauté, l'homme du péché —
c'est-à-dire avant que le pape fût reconnu comme le chef de l'église ?
Oui, et cela bien clairement ; la hiérarchie papale ne naquit que
plusieurs siècles après que le Seigneur et les apôtres eurent fondé l'Église.
Au sujet de cet intervalle, nous lisons:* [* Fisher. — Histoire universelle, page 193.]
« Comme l'église croissait en nombre et en richesse, de magnifiques
édifices furent construits pour le culte ; les services furent rendus
plus somptueux et, dans le but d'aider à la dévotion, des sculptures et
des peintures furent employées. Des reliques de saints et de martyrs
furent chéries comme des possessions sacrées ; les observances
religieuses furent multipliées, et l'église sous les empereurs chrétiens
[au IVe siècle] avec la pompe de son clergé et ses cérémonies
imposantes, prit beaucoup de la grandeur et de la splendeur visible du
système païen qu'elle avait supplanté. »
Nous lisons encore:** [** White. — Histoire universelle, page 156. ]
« Simultanément avec cet établissement [du christianisme comme
religion de l'empire au IVe siècle] progressa une grande et
générale corruption qui avait commencé deux siècles auparavant. La
superstition et l'ignorance revêtaient les ecclésiastiques d'un pouvoir
dont ils se servaient pour leur propre agrandissement. »
Rapin fait observer que :
« Au cinquième siècle, le christianisme fut corrompu par un grand
nombre d'inventions humaines ; la simplicité de son gouvernement et de sa
discipline furent réduits à un système de pouvoir clérical ; son culte
fut profané par des cérémonies empruntées au paganisme. »
« Dans son « Histoire du Christianisme »,
Mosheim suit l'Église dans la déchéance de sa pureté et de sa simplicité primitives ; comment elle descendit degré par
degré dans sa profonde dégradation qui culmina dans le développement de
« l'homme du péché ». Il ne ressort pas de cet ouvrage si
son auteur a reconnu ou non l'Antichrist, mais il a tracé d’une façon
magistrale les agissements du « mystère de l'iniquité » dans
l’Église jusqu'au commencement du IVème siècle, —
lorsque son travail fut soudainement arrêté par la mort. La place dont
nous disposons ne nous permet pas de faire d'autres citations de son
excellent et volumineux ouvrage mais nous en recommandons la lecture comme
grandement instructive par ce qu'elle nous apprend sur ce sujet.
Nous citons une brève et frappante esquisse tirée de « L'Ancien
Monde Romain » de Lord, sur l'histoire de l'église pendant les
quatre premiers siècles, laquelle montre d'une manière claire et concise
son déclin graduel et sa rapide dégénérescence après que l'obstacle
dont parle saint Paul eut été éloigné. Il dit :
« Au
premier siècle peu de sages et de nobles furent appelés ; aucun grand nom ne nous est
rapporte : ni philosophes, ni hommes d'état, ni nobles, ni généraux, ni
gouverneurs, ni juges, ni magistrats. Les chrétiens n’étaient pas
assez importants au premier siècle pour être généralement persécutés
par le gouvernement. Ils n’avaient pas même retenu l'attention publique.
Personne n'a écrit contre eux, pas même les philosophes grecs. Nous
ne lisons aucune protestation, ni apologie faite par les chrétiens
eux-mêmes. Ils n'avaient pas, dans leurs rangs de grands hommes en fait
de science, de talents, de richesse ou qui aient occupé une position
sociale. Il n'y a rien de plus stérile, dans l'histoire, que les annales
de l’église dans le premier siècle pour autant qu'il est question de
grands noms. Cependant, dans ce siècle, les convertis se
multiplièrent dans chaque ville et les traditions indiquent le
martyre de ceux qui étaient le plus en vue, y compris
à peu près tous les apôtres. »
« Au second siècle, il n'y eut pas d'autres noms plus grands que ceux de Polycarpe, Ignace,
Justin Martyr, Clément, Mélito et Appolonius, évêques paisibles ou
intrépides martyrs, qui enseignaient leurs troupeaux dans
les chambres hautes et n'occupaient aucun rang dans le monde.
Renommés seulement pour leur sainteté et leur simplicité de caractère,
ils ne furent cités qu'à cause de leur foi et de leurs souffrances. En
fait de martyrs, parmi lesquels quelques-uns ont écrit des apologies et
des traités de valeur, nous ne trouvons parmi eux personne d'un rang élevé.
C'était une disgrâce, aux yeux des grands et des puissants, que d'être
chrétien. La première littérature chrétienne est principalement apologétique
; le caractère doctrinal en est simple et pratique. Il y eut des
controverses dans l'Église, une vie religieuse intense, de grandes
activités, de grandes vertus, mais pas de conflits extérieurs, ni
d'histoire séculière. Elle n'avait pas encore attaqué le gouvernement
ou les grandes institutions sociales de l'empire. Elle n'était qu'une
petite troupe d'hommes purs et irréprochables qui n'aspiraient pas à diriger
la société. Mais ils avaient attiré l'attention du gouvernement et
étaient maintenant d'une importance suffisante pour être persécutés.
Ils étaient regardés comme des fanatiques qui cherchaient à détruire
le respect dû aux institutions existantes.
[L'ÉGLISE S'ORGANISE POUR GOUVERNER]
«
Dans ce siècle, la politique de l'église s'organisa tranquillement.
Il y eut une association organisée entre ses membres ; les évêques étaient
devenus influents, non dans la société, mais parmi les chrétiens ; des
diocèses et des paroisses furent établis ; il y eut une distinction
entre les évêques des villes et ceux de la campagne ; des
délégués des églises s'assemblèrent pour discuter des articles
de foi ou supprimer des hérésies naissantes ; le système diocésain fut
développé et la centralisation ecclésiastique commença ; on se mit à
considérer les diacres comme faisant partie du haut clergé ; les armes
d'excommunication furent forgées ; des efforts missionnaires furent
poursuivis ; les fêtes de l'église furent créées ; le gnosticisme fut
embrassé par nombre des principaux esprits ; des écoles de catéchistes
enseignèrent systématiquement la foi ; les formules du baptême et les
sacrements prirent une grande importance et le monachisme devint populaire.
L'église posait ainsi le fondement de sa future politique et de sa
puissance.
« Le troisième siècle vit l'Église comme une institution plus puissante. Des synodes réguliers
furent tenus dans les grandes villes de l'empire ; le système métropolitain
était mûr ; les canons de l'Église furent définitivement fixés ; de
grandes écoles de théologie attirèrent les esprits chercheurs ; les
doctrines furent systématisées [définies, limitées et formulées
dans les credo et confessions de foi]. Le Christianisme s'était tellement
étendu qu'il ne pouvait être que persécuté ou légalement reconnu. De
grands évêques gouvernaient l'église croissante ; de grands docteurs
[en théologie] discutaient sur les questions [de philosophie et de
science faussement ainsi nommées] qui avaient agité les écoles grecques
; les édifices des églises furent agrandis et des banquets institués en
l'honneur des martyrs. L'Église s'avançait rapidement vers une position
qui attirait sur elle l'attention de l'humanité.
« Ce ne fut qu'au quatrième siècle — lorsque la persécution
impériale eut cessé, que [l'Empereur Romain] Constantin fut converti ; que
l'église se fut alliée avec l'État ; lorsque la foi
primitive fut corrompue ; que la superstition et la vaine philosophie
eurent pénétré dans les rangs des fidèles ; que les évêques furent
devenus courtisans et les églises riches et splendides ; lorsque les
synodes furent amenés sous l'influence politique ; que les monachistes [moines]
eurent établi de faux principes de vertu ; que les politiciens et les
dogmaticiens eurent marché la main dans la main, que les empereurs eurent
renforcé les décrets des conciles ecclésiastiques, que les hommes
haut placés y entrèrent. Lorsque le Christianisme fut devenu la
religion de la cour et des classes aristocratiques, il servit à soutenir
les maux mêmes contre lesquels il protestait à l'origine. L'église fut
non seulement imprégnée par les erreurs de la philosophie païenne, mais
elle adopta beaucoup des cérémonies compliquées et magnifiques du culte
oriental. Les églises devinrent, au IVe siècle, aussi imposantes que les anciens temples des idoles.
Les fêtes devinrent fréquentes et imposantes. Le peuple y adhéra parce
qu'il y trouvait de l'émotion et la suspension du travail. La vénération
des martyrs aboutit à l'introduction de statues, future source de l'idolâtrie
populaire. Le christianisme fut rehaussé par de pompeuses cérémonies.
La vénération des saints se rapprocha de leur déification et la
superstition exalta la mère de notre Seigneur comme un objet de culte
absolu. Les tables de communion devinrent d'imposants autels dans le genre
des autels des sacrifices judaïques, et les reliques des martyrs furent
conservées comme des amulettes sacrées. La vie monastique mûrit en un
grand système de pénitence et de rites expiatoires. Des armées de
moines se retirèrent dans des lieux tristes et solitaires et s'adonnèrent
à des rapsodies, à des jeûnes et à des pénitences. Ils formaient une
triste et fanatique catégorie d'hommes qui méconnaissaient le but
pratique de la vie.
« Le clergé, ambitieux et mondain, recherchait le rang et la
distinction. Il assiégeait même les cours des princes et aspirait aux
honneurs temporels. Il ne fut plus soutenu par les contributions
volontaires des fidèles, mais par des revenus fournis par le gouvernement
et par des propriétés héritées des anciens temples païens. De gros
legs furent faits à l'église par des riches et l'administration en fut
confiée au clergé. Ces dons devinrent la source de la plus grande
opulence. Comme ces richesses allaient croissant et furent confiées aux
prêtres, ceux-ci devinrent indifférents aux besoins du peuple qui ne les
soutenait plus. Ils devinrent paresseux, arrogants et indépendants. Le
peuple fut exclu du gouvernement de l'église. L'évêque devint un grand
personnage qui nommait son clergé et le dirigeait. L'église s'allia
avec l'État et les dogmes religieux furent renforcés par l'épée du
magistrat. »
UNE IMPOSANTE HIÉRARCHIE AVEC DES
GRADES VARIES FUT ÉTABLIE, AYANT A SA
TÊTE L'ÉVÊQUE DE ROME
« L'empereur tranchait les points de la foi et le clergé fut exempté
des charges de l'État. Lorsque le clergé eut obtenu un si grand pouvoir
et fut devenu si riche, il y eut une grande affluence pour l'office de prêtre
; les hommes furent élevés à de grands sièges [évêchés], non à
cause de leur piété ou de leurs talents, mais par suite de leur
influence chez les grands. La mission de l'Église fut perdue de vue
dans une alliance dégradante avec l'état. Le christianisme fut une
parade, un ritualisme, un bras de l'état, une vaine philosophie, une
superstition, une formule. »
Ainsi la grande apostasie, prédite par l'apôtre Paul, est un fait
établi par l'histoire. Tous les historiens en témoignent, même ceux qui
approuvent l'élévation au pouvoir et louent les principaux acteurs du
système. Nous regrettons que
l'espace dont nous disposons limite nos
citations à quelques-unes des expressions les plus significatives.
L'apostasie, couvrant une période de siècles, fut si graduelle qu'elle
fut beaucoup moins remarquable pour ceux qui vivaient de son temps que
pour nous qui la voyons dans son ensemble ; elle fut d'autant
plus séduisante que chaque pas fait en avant vers l'organisation
et vers l'influence et la puissance sur l'Église et sur le monde, fut
fait au nom de Christ et, comme on le prétendait, pour le
glorifier et accomplir ses plans décrits dans les Écritures. C'est ainsi
que se développa le grand Antichrist, — le plus dangereux, le plus
subtil et le plus persistant adversaire du vrai Christianisme et le persécuteur
le plus âpre des vrais saints.
L'OBSTACLE ENLÈVE
L'apôtre
Paul prédit que ce principe d'iniquité travaillerait secrètement
pendant un temps, tandis que quelque chose s'opposant à lui serait sur
son chemin, jusqu'à ce que, l'obstacle enlevé, il puisse avoir libre
cours et progresser rapidement jusqu'au développement
de l'Antichrist. Il dit : « II faut seulement que celui qui
le retient encore ait disparu » (2 Thessaloniciens 2 : 7). Que dit
l'histoire pour montrer l'accomplissement de cette prédiction ? Nous y
trouvons que ce qui empêchait le développement rapide de l'Antichrist était
le fait que la place à
laquelle il aspirait était déjà occupée par un autre. L'empire romain
avait non seulement conquis le monde et lui avait donné sa politique et
ses lois, mais ayant reconnu que les superstitions religieuses étaient
les plus fortes chaînes par lesquelles on peut tenir et diriger un peuple,
il adopta un plan qui avait son origine à Babylone dans le temps de sa
grandeur, lorsqu'elle dominait sur le monde entier. Ce plan consistait en
ce que l'empereur devait être considéré comme dirigeant et gouvernant
les affaires religieuses aussi bien que les affaires civiles. Pour appuyer
cela, il fut prétendu que l'empereur était un demi-dieu, descendant en
quelque sorte de leurs divinités païennes. C'est comme tel qu'on lui
rendait un culte et que ses statues étaient adorées ; et c'est comme tel
qu'il fut appelé Pontifex Maximus, chef des prêtres ou le plus grand
gouverneur en matière de religion. Et c'est là le titre même qui a été
donné aux pontifes ou papes de la hiérarchie romaine, depuis que
l'Antichrist a obtenu « la puissance, le trône et la grande autorité »
des anciens gouverneurs de Rome. — Apocalypse 13 : 2.
Mais
l'ancienne Rome païenne et Babylone n'avaient qu'un simple squelette de
pouvoir sacerdotal, comparé à l'organisation complexe et minutieuse, aux
inventions de doctrines et de pratiques de la Rome papale, le successeur
triomphant de leur système qui, maintenant, après des siècles de ruse
et d'habileté, est si puissamment retranché que même aujourd'hui, où
son pouvoir est extérieurement brisé et où il est dépouillé de toute
domination civile, il régit le monde et dirige les royaumes secrètement,
d'une manière déguisée, bien plus complètement que les empereurs
romains ne surent gouverner les rois qui leur étaient subordonnés.
Qu'il soit rapporté à leur honneur que pas un des empereurs
romains n'a exercé, comme Pontifex Maximus, ou principal gouverneur
religieux, la tyrannie de quelques-uns de leurs successeurs sur le trône
papal. Sur ce point, Gibbon dit (Vol. II, p. 85).
« On doit admettre que le nombre de protestants qui furent exécutés
dans une seule province et pendant un seul règne, excéda de beaucoup
celui des premiers martyrs pendant trois siècles sous l'empire romain
tout entier. » Selon la coutume de leur temps, ils favorisèrent les
dieux les plus populaires ; mais partout où leurs armées pénétrèrent,
les dieux et le culte des peuples conquis étaient généralement respectés.
On en vit la preuve en Palestine ; ce pays, quoique gouverné par les
Romains, avait la liberté religieuse et la liberté de conscience généralement
respectées par le Pontifex Maximus impérial qui montrait ainsi,
comme gouverneur religieux, sa clémence envers le peuple et son harmonie
avec tous les dieux populaires.
Nous voyons donc ainsi que ce qui empêchait le hâtif développement
de l'Antichrist était le fait que le siège convoité de la suprématie
spirituelle était occupé par les représentants de l'empire le plus
solide que le monde ait jamais connu, et que tous ceux qui auraient essayé
de déployer ouvertement de l'ambition dans cette direction se seraient
exposés à la colère des maîtres du monde. Ainsi, cette inique ambition
agit premièrement en secret, prétendant n'avoir aucune ambition de se
saisir du pouvoir ou de l'autorité, — jusqu'à ce qu'une occasion
favorable se présentât, — lorsque l'église nominale se fut agrandie
et eut pris de l'influence et que le pouvoir impérial divisé par les
dissensions politiques eût commencé à décroître.
Le
pouvoir de Rome déclina rapidement et sa force et son unité furent divisées
entre les six prétendants aux honneurs impériaux quand Constantin devint
empereur. Qu'il ait adopté le christianisme, en partie du moins, dans le
but de fortifier et d'unifier son empire, il est raisonnable de le
supposer. Sur ce point, l'histoire dit :
« Quant à savoir si Constantin a embrassé
le christianisme par conviction de sa vérité ou par politique, il
y a là matière à discussion. Il est certain que cette religion,
quoique méprisée secrètement, ou même persécutée activement par le
pouvoir romain, s'était répandue parmi le peuple de sorte que Constantin
s'affermit lui-même dans l’affection de ses soldats en l'adoptant...
C'est par ambition mondaine que Constantin se déclara chrétien et non par l'esprit de Christ qui dit : « Mon royaume
n’est pas de ce monde ». Constantin fit du christianisme la
religion de l'empire et c'est de ce moment
que nous trouvons son
influence souillée par les choses terrestres… Aucun évêque
particulier n'était regardé comme le chef de l’église entière,
tandis que l'empereur l'était. C'est en cette qualité qu'il convoqua le
Concile de Nicée ; et ayant pris parti contre Arius dans la
controverse que celui-ci eut avec Athanase le concile se mit du côté
de l'empereur » * [Willard : Histoire
universelle, page 163.]
« Quels qu’aient été les avantages résultant de l'acquisition
d’un prosélyte impérial, celui-ci se distingua entre les milliers de
ses sujets qui avaient embrassé le christianisme plutôt par la splendeur
de la pourpre que par la supériorité de sa sagesse ou de ses vertus...
La même année de son règne où il convoqua le concile de Nicée
fut flétrie par l'exécution de son fils aîné. La gratitude de l'église
a exalté les vertus et excusé les fautes d’un patron généreux, qui
avait assis le christianisme sur le trône du monde romain. » ** [ Gibbon, volume II, page 269]
Ainsi
donc, sous le règne de Constantin l'opposition de l’empire au
christianisme fut favorable à ce dernier et l’impérial Pontifex
Maximus devint le Patron de celle qui professait être l’Église
de Christ mais qui était en réalité l’église apostate ; il la pris
par la main et l’aida à
prendre une place de popularité et de splendeur de laquelle elle fut
capable plus tard, lorsque le pouvoir impérial se fut affaibli, d'élever
ses propres représentants sur le trône religieux du monde comme
principal gouverneur religieux — Pontifex Maximus.
Mais
c'est une erreur de supposer, comme le font beaucoup de personnes, que l'église
était dans ce temps-là une église pure (vierge), soudainement élevée
à une dignité et à un pouvoir qui devinrent son occasion de chute.
C'est tout à fait le contraire. Comme nous l'avons déjà dit, une grande
apostasie avait, eu lieu et l'église avait déchu de sa pureté
primitive, de sa simplicité et de sa liberté, et était tombée dans
l'esclavage des credo et dans les factions ambitieuses. Ses erreurs et ses
cérémonies ressemblant à celles de philosophies païennes, ornées de
quelques vérités et renforcées et reliées avec la doctrine du tourment
éternel, amenèrent dans l'église de grandes multitudes dont le nombre
et l'influence devinrent de précieux auxiliaires pour Constantin,
et qui furent par conséquent respectés et employés par lui. Il n'est
aucun de ces hommes mondains qui ait jamais pensé sérieusement à épouser
la cause de l'humble « petit troupeau » ressemblant à Christ
— de l'Église vraiment consacrée, dont les noms sont écrits dans les
cieux. La popularité qu'il avait parmi ses soldats, mentionnée par les
historiens, est tout à fait différente de la popularité qui doit
exister entre les vrais soldats de la croix.
Comme
preuve de cela, nous citons ici quelques mots de l'histoire concernant l'état
de la société religieuse sous Dioclétien, le prédécesseur de
Constantin, qui, vers la fin de son règne, croyant que les chrétiens
avaient essayé de lui ôter la vie, devint leur ennemi, les persécuta en
ordonnant la destruction des Bibles, le bannissement des évêques, et
finalement en décrétant la mort de tous ceux qui s'opposaient à ses
ordonnances. Gibbon * [Gibbon, volume II, pages 53
et 57.] dit de cette époque :
« Dioclétien et ses collègues conféraient souvent les charges
les plus importantes aux personnes qui avouaient abhorrer le culte des
dieux, mais qui déployaient de l’habileté pour le service de l'État.
Les évêques occupaient un rang honorable dans leurs provinces
respectives et ils étaient traités avec distinction et respect, non
seulement par le peuple, mais par les magistrats eux-mêmes. Dans chaque
ville, les anciennes églises furent
jugées insuffisantes pour contenir le nombre croissant
des prosélytes et on érigea à leur place des édifices plus
imposants et plus spacieux pour le culte public des fidèles. La
corruption des mœurs et des principes, dont Eusèbe se plaignit si
fortement, peut être considérée non seulement comme une conséquence,
mais comme une preuve de la liberté dont les chrétiens jouirent sous le
règne de Dioclétien et dont ils abusèrent. La prospérité avait relâché
les règles de la discipline. La tromperie, l'envie et la malice prévalaient
dans chaque assemblée. Les prosélytes aspiraient aux charges épiscopales
qui devenaient de jour en jour un objet plus digne de leur ambition. Les
évêques qui luttaient les uns contre les autres pour la prééminence
ecclésiastique, paraissaient par leur conduite prétendre à un pouvoir séculier
et tyrannique dans l'église ; et la foi vivante qui distinguait
encore les chrétiens des Gentils, se montrait beaucoup moins dans leur
vie que dans leurs écrits de controverse.
« L'histoire de Paul de Samosate qui occupa le siège métropolitain
[l'évêché] d'Antioche, tandis que l'Orient était entre les mains d'Odénath
et de Zénobie, peut servir à illustrer les conditions et le caractère
de ces temps (270 Ap. J.C.). Paul considérait le service de l'église
comme une profession très lucrative. Sa juridiction ecclésiastique était
vénale et rapace ; il arrachait de fréquentes contributions aux plus
opulents des fidèles et employait pour son usage personnel une considérable
partie des revenus publics. [La critique a prétendu, dit Gibbon, que Paul
remplissait l'office de Ducenarius ou procurateur, avec un salaire
annuel de 200 sesterces, — environ 77.000 $] (27 millions de frs 1953
— Trad.) Par l'orgueil et le luxe de Paul, la religion chrétienne
devint odieuse aux yeux des Gentils. Sa salle de conseil, son trône, la
splendeur avec laquelle il paraissait en public, la foule suppliante qui
sollicitait son attention : la quantité de lettres et de suppliques pour
lesquelles il dictait ses réponses, la hâte perpétuelle des affaires
dans lesquelles il était engagé, étaient des conditions qui auraient
mieux convenu aux fonctions d'un magistrat qu'à l'humilité d'un évêque
primitif. Lorsqu'il haranguait son peuple du haut de la chaire, Paul
affectait le style figuré et les gestes théâtraux des sophistes de
l'Asie, tandis que la cathédrale résonnait des acclamations les plus
extravagantes à la louange de son éloquence divine. Le prélat
d'Antioche était arrogant, raide et inexorable vis-à-vis de ceux qui résistaient
à son pouvoir et qui refusaient de flatter sa vanité ; mais il se relâchait
de sa discipline et il était prodigue des trésors de l'Église pour le
clergé qu'il protégeait. »
Ainsi,
sous le règne de Constantin, tout obstacle fut finalement enlevé et,
comme nous allons le voir, l'organisation de la Papauté — l'église
nominale sous la suprématie de l'évêque de Rome comme pape —
s'effectua bien vite.
DÉVELOPPEMENT RAPIDE DE L'ANTICHRIST
Le développement rapide de la hiérarchie papale après l'adhésion
de Constantin est un trait vraiment remarquable de son histoire. « Le
prince de ce monde » tint sa promesse de donner comme récompense le
pouvoir et la domination à ceux qui l'adoreraient et lui obéiraient (Matthieu
4 : 8, 9). Par l'édit de Milan, Constantin donna une sécurité légale
aux possessions de l'église et les chrétiens rentrèrent en possession
des terres qui leur avaient été enlevées tout d'abord. Un second édit,
en l'an 321, autorisa de faire à l'église des legs de propriétés,
tandis que Constantin donnait lui-même un exemple de libéralité en
prodiguant sans mesure les biens et les richesses au clergé chrétien.
Cet exemple, donné par l'empereur, fut suivi par des milliers de ses
sujets, dont les offrandes pendant la vie et les legs à l'heure de la
mort affluaient dans les trésors ecclésiastiques. White dit : * [White : Histoire universelle,
page 155.]
« L'église
de Rome, en raison de sa position dans la ville capitale, comme aussi du
nombre et de la richesse de ses convertis, commença de bonne heure par
s'assurer l'autorité sur les autres [sur les églises des autres villes
et pays]. De nombreuses circonstances concoururent à augmenter
l'influence de son évêque, bien que son ambition et son usurpation
fussent pour un temps vigoureusement repoussées. Le transfert, [par
Constantin, du siège du pouvoir de Rome à Constantinople en 334],
accrut le pouvoir de l'église d'occident, en conférant à l'évêque
la principale magistrature. De plus, il faut y ajouter la sanction, donnée
par Gratien et Valentinien, à
la coutume d'en appeler à Rome, et les pèlerinages fréquents aux tombes
de saint Pierre, de saint Paul et d'autres martyrs. »
Après
la mort de Constantin, les chances variées de l'empire romain paraissent
avoir coopéré à l'avancement de l'église apostate et au développement
de l'Antichrist ; car l'église n'avait pas encore été unifiée sous un
chef ou pape, regardé comme le représentant ou vice-gérant de Christ.
Les empereurs qui succédèrent à Constantin jusqu'à Théodose continuèrent
à se considérer comme les chefs de l'Église, en qui se concentrait
l'autorité divine. Bien qu'aucun des 1800 évêques de l'empire ne fût
encore préparé pour demander à être reconnu comme le
chef ou pape, plusieurs avaient jeté les yeux sur cette bonne fortune et
montraient aux empereurs le peu de fondement de leurs prétentions au
titre de Pontifex Maximus, en se servant de cet argument que
puisqu'ils adoraient les saints morts, ils ne devaient pas avoir moins de
respect pour leurs représentants vivants — les évêques. Néanmoins
dans leurs édits, les empereurs firent fréquemment allusion à l'empire
comme à une hiérarchie divine et à eux-mêmes comme à des personnages
divins.* [ Voy. Gibbon, volume II, page 108.]
La
puissance et la suprématie de l'évêque de Rome augmentèrent à vue d'œil
: cinquante ans après que le christianisme eut été légalement établi,
son opulence et sa dignité comme évêque de la ville capitale du monde
étaient vraiment grandes. Ammianus, historien contemporain, décrivant
son opulence et son ostentation, dit : « II surpassait les rois en
splendeur et en magnificence, se faisant traîner dans de majestueux
chariots ; parés de fins atours, il se distinguait par son luxe et son
orgueil. » Le transfert à Constantinople du siège de l'empire, la
menace pour la ville de Rome de l'invasion des barbares du nord, le
changement continuel des généraux et des gouverneurs dans l'empire en décadence,
faisaient de l'évêque de Rome l'être officiel le plus honoré, comme y
étant le plus stable ; son prestige croissant graduellement s'augmenta
encore, aussi bien par le transfert des splendeurs rivales de la cour impériale
à Constantinople que par la vénération attachée au nom de Rome par
tous les peuples du monde.
Pour illustrer cela, nous faisons remarquer que, en
l'an 455, lorsque la ville de Rome fut envahie et pillée par les vandales
et que tous les environs étaient dans la détresse et la désolation, Léon,
l'évêque de Rome, crut le moment opportun de proclamer le pouvoir
spirituel pour impressionner les barbares et les Romains. Il se montra aux
grossiers et superstitieux barbares, déjà fortement impressionnés par
ce qu'ils voyaient autour d'eux de la grandeur de Rome et de ses richesses,
revêtu de ses vêtements pontificaux en s'écriant : « Méfiez-vous,
je suis le successeur de saint Pierre, celui à qui Dieu a donné les
clefs du royaume des cieux et contre qui les portes de l'enfer ne peuvent
prévaloir ; je suis le représentant vivant du pouvoir divin sur la terre
; je suis César, un César chrétien, gouvernant dans l'amour et à qui
tous les chrétiens doivent obéissance ; Je tiens en mes mains et les malédictions
de l'enfer et les bénédictions du ciel ; je relève tous les sujets de
l'obéissance aux rois ; je donne et j'enlève, par droit divin, tous les
trônes et toutes les principautés de la chrétienté. Prenez garde
maintenant de profaner le patrimoine qui m'est donné par votre invisible
roi ; pliez devant moi vôtre cou et priez pour que la colère de Dieu
soit écartée. »
L'évêque de Rome se hâta de profiter des avantages que lui
donnait la vénération du nom et de la place ; il prétendit bientôt à
la supériorité sur tous les autres évêques, gouverneurs et maîtres.
Il prétendit non seulement à la domination ecclésiastique du monde,
mais aussi à la domination civile. Dieu, disait-il, ayant investi l'église
de Rome de la domination de la terre, par droit d'héritage avec le droit
de couronner et de découronner, d'élever et d'abaisser tous les
gouverneurs du vieil empire romain. Ces prétentions furent si souvent émises
et si souvent repoussées par des évêques concurrents qu'il est presque
impossible de fixer la date exacte où elle commencèrent. La Papauté,
elle, prétend qu'elle fut organisée dans les jours des apôtres et que
Pierre fut le premier pape ; mais cela est non seulement sans preuve, mais
très positivement contredit par l'histoire tout entière. Cette dernière
montre que quoique l'iniquité de l'ambition travaillât secrètement
pendant un temps, assez long, elle fut empêchée de se développer en
Antichrist jusqu'à ce que l'empire romain ait commencé à se désagréger.
Dès
maintenant nous avons affaire avec l'Antichrist dont le développement
graduel et l'organisation provenant d'une ambition agissant secrètement
ont été un prélude frappant du terrible caractère qui s'est déployé
après que le pouvoir convoité eut été saisi — de l'an 539 à l'an
1799, soit pendant 1260 ans. De cette période, les 300 premières années
marquent l'augmentation de son pouvoir temporel ; les 300 dernières
marquent son déclin sous l'influence de la Réformation et de la
civilisation ; la période intermédiaire de sept siècles embrasse le
temps de la gloire de la Papauté et les « âges de ténèbres »
du monde, pleins d'impostures et de tromperies faites au nom de Christ et
de la vraie religion.
Un écrivain catholique romain appuie pleinement nos conclurions sur ce
sujet et nous présentons ses paroles, sans nous occuper autrement de leur
apprêt, comme étant un témoignage corroboratif. Il donne, avec un
enthousiasme ardent, une description du développement de la Papauté et
la décrit comme une plante d'origine céleste et, par suite, de
croissance rapide et de haute exaltation dans le monde, disant :
« L'accroissement du pouvoir temporel des papes présente à
l'esprit un des phénomènes les plus extraordinaires que les annales de
la race humaine aient offert à notre stupéfaction et à notre
admiration. Par une singulière combinaison de concours de circonstances,
un nouveau pouvoir, une nouvelle domination s'éleva silencieusement et de
façon continue sur les ruines de cet empire
romain qui avait établi son influence sur presque toutes les
nations et races qui vivaient pendant la période de sa force et de sa
gloire et s'était fait respecter par elles. Cette nouvelle puissance exerça
bientôt une plus grande autorité que l'empire dont elle vit les ruines
gigantesques se briser en fragments et tomber en poussière. Dans Rome même,
le pouvoir du successeur de Pierre crût côte à côte avec celui de
l'empereur et sous son ombre protectrice ; l'influence croissante des
papes fut telle que la majesté
du souverain pontife semblait vouloir bien vite éclipser la splendeur de
la pourpre.
« Le transfert, par Constantin, du siège de l'empire de l'occident
en orient, des rives historiques du Tibre aux merveilleuses côtes du
Bosphore, posa la base d'une souveraineté qui commença en réalité
lors de cet important changement. En effet, c'est presque de ce jour
que Rome, qui avait été témoin de la naissance, de la jeunesse, de la splendeur et du déclin de la puissante race qui avait
transporté son nom avec ses aigles dans les régions lointaines du monde
connu alors, fut graduellement abandonnée par les héritiers de son renom,
et ce peuple romain, déserté par les empereurs, en proie facile aux
ravages des barbares auxquels ils n'avaient plus le courage de résister,
mit sa confiance dans l'évêque de Rome,
son gardien, son protecteur, son père. D'année en année,
l'autorité temporelle des papes prit plus de forme et augmenta en force,
sans violence, sans effusion de sang,
sans fraude, par la force de circonstances irrésistibles,
amenées visiblement comme par la main de Dieu. »
Tandis
que les catholiques romains représentent ainsi l'élévation de la Papauté
sur les ruines de la Rome païenne, comme un triomphe du christianisme,
ceux qui connaissent le véritable esprit de ce dernier cherchent en vain
quelque trace de cet esprit dans la prostitution de l'église et dans son
alliance impure avec le monde. Le vrai chrétien ne peut voir, dans les
avantages fournis par l'ignorance, la superstition, les calamités et les
différentes circonstances des temps dont l'église de Rome tira parti,
aucune évidence d'une intervention divine en sa faveur. Il n'est pas non
plus possible de découvrir dans l'exaltation de l'église de Rome au
pouvoir et à la gloire terrestres, aucune preuve des promesses du
Seigneur à la véritable Église, quant à son exaltation dans le
propre temps — après que l'Antichrist serait venu et s'en serait
allé ; car l'exaltation de la véritable Église ne sera pas sur un trône
taché de sang et souillé de crimes comme le trône de la Papauté l'a été
depuis son commencement ; et le vrai Christ n'aura
jamais besoin d'en appeler aux rois de la terre pour établir son
pouvoir ou le défendre. Les signes qui distinguent la contrefaçon du
vrai royaume de Christ sont facilement reconnaissables pour ceux qui sont
instruits par les Écritures, de ce qu'est le vrai Christ et son corps, la
véritable Église, les principes sur lesquels son royaume sera établi et
le but de son établissement.
Mais
personne ne doit supposer que, même en ces temps corrompus, l'Église réelle
de Christ se soit jamais éteinte ou ait été perdue de vue. « Le
Seigneur connaît ceux qui sont siens » dans tous les âges et dans
n'importe quelle condition. Dieu permit que, comme blé, ils crussent au
milieu d'un champ rempli d'ivraie ; que, comme or, ils fussent dans la
fournaise, pour être purifiés et éprouvés et rendus
« propres pour l'héritage des saints dans la lumière ».
Il est vrai que la course de la multitude de ceux qui s'appelaient chrétiens
occupe la place la plus proéminente dans les pages de l'histoire, mais il
n'y a aucun doute que, au milieu de toutes les séductions du mystère de
l'iniquité et malgré toutes les persécutions, il ne soit resté un
petit nombre de fidèles qui ont marché dignes de leur haut appel : il
leur fut donné de se reposer, inscrits par Dieu comme héritiers de la
couronne qui ne se flétrit pas et qui est réservée pour eux dans les
cieux.
Ainsi,
le fait est clairement indiqué dans les pages de l'histoire que cet homme
du péché, l'Antichrist, est né à Rome ; que malgré l'opposition qu'on
lui fit au commencement, il s'éleva graduellement au pouvoir ; ou, ainsi
que cela est exprimé dans la prophétie de Daniel, comme « une
petite corne » il s'éleva, sortant de la tête de cette vieille bête
romaine, cette « grande et terrible bête » pour laquelle
Daniel ne trouva aucun nom, qui eut un tel pouvoir pour blesser et détruire.
Et, par la suite, nous trouvons que l'histoire de l'Antichrist correspond
exactement, non seulement avec la prophétie de Daniel, mais avec toutes
les prophéties qui le concernent.
LE CARACTÈRE DE L'ANTICHRIST DANS L'HISTOIRE
Ayant identifié l'Antichrist, nous voulons tout d'abord comparer
les caractères de la Papauté avec les prophéties qui en parlent et qui
décrivent le caractère et les agissements de l'Antichrist, ou l'homme du
péché.
Quelques-uns pourraient demander s'il est juste de laisser de côté les
empereurs de Rome (qui prétendaient au suprême gouvernement religieux),
en n'appelant pas leur système l'Antichrist, mais en appliquant complètement
et entièrement ce titre à l'organisation du système papal. Nous répondons
que cela est certainement juste, et nous renvoyons de nouveau le lecteur
à la définition que nous avons déjà donnée de l'Antichrist, telle
qu'elle est employée dans les Écritures, c'est-à-dire :
« à la place de », « au lieu
de ». Pour répondre à cette
définition, il doit prétendre être un empire spirituel,
prétendre gouverner les royaumes de la terre par cette autorité
spirituelle ; il doit, non seulement être un antagoniste, mais une
contrefaçon, une fausse représentation, une prétention d'être le
royaume de Christ et exerçant
ce qui, au temps marqué par Dieu, sera l'autorité du vrai Christ, l'Église
glorifiée et complète sous le vrai Chef et Seigneur — le réel Pontifex
Maximus.
Non seulement la Papauté prétend être le royaume glorifié de
Christ, promis par le Seigneur, par les apôtres et par les prophètes,
mais elle applique à elle-même et à ses chefs successifs (les papes qui
prétendent prendre la place de Christ comme pontifes, chefs ou
rois de ce royaume) tous les passages des prophètes qui décrivent
la gloire millénaire du Christ. « Séduisant les autres et étant séduits »
eux-mêmes par leurs fausses théories, développées lentement pendant
des siècles par une ambition coupable des grandeurs, les papes ont arrangé
les uns après les autres les titres de tous ceux qui sont associés dans
cette hiérarchie, leurs vêtements splendides, leurs imposantes cérémonies,
leurs grandes cathédrales avec des services solennels inspirant la
crainte, cela sur une échelle qui correspondait autant qu'il était
possible avec leurs prétentions — entourages splendides, vêtements et
cérémonies, assortis dans la mesure du possible avec les gloires et la
grandeur décrites par les prophètes.
Nous lisons par exemple dans le Psaume 2 : 10-12 : « O rois
de la terre !... baisez le Fils, de peur qu'il ne s'irrite et que vous ne
périssiez dans votre voie ; car bientôt s'embrasera sa colère. »
II n'est pas commandé ici de baiser littéralement, mais de se rendre
volontairement à notre Seigneur, par une soumission joyeuse. Cela
s'applique à l'heure présente, à notre époque préparatoire du grand
et véritable règne millénaire du vrai Christ, où les rois et les
grands de la terre, au point de vue politique, social, financier et ecclésiastique,
seront jugés d'après leur bonne ou mauvaise volonté à s'incliner
devant les justes règlements qui doivent entrer en œuvre maintenant.
Ceux qui résistent à la justice, résistent au sceptre de ce Roi de
gloire, et tous ceux-là seront renversés dans le grand temps de détresse
qui introduira le règne millénaire du nouveau Roi. Tous ceux qui ne
voudront pas de lui pour régner sur eux seront détruits (Luc 19 : 27).
« Ses ennemis mordront la poussière », seront vaincus.
En appliquant à tort cette prophétie à son imitation du royaume, le chef représentant de l'Antichrist, le pape,
a, dans les glorieux jours de sa prospérité, amené les rois et les
empereurs à s'incliner devant lui comme devant Christ et à baiser son
gros orteil, appliquant cela à l'accomplissement de cette prophétie.
De semblables prétentions sont généralement considérées à la
légère par ceux qui étudient les prophéties et par les écrivains,
alors qu'ils recherchent et notent avec soin les immoralités ; en cela
ils errent grandement, parce que les crimes ont été assez abondants
dans tous les âges, pour que de telles descriptions prophétiques
spéciales, comme celles qui ont été données de l'Antichrist soient nécessaires.
Quand bien même il serait prouvé que ceux qui se rattachaient au grand
système papal ont été de vrais modèles de moralité, ce système ne
serait pas moins identique au caractère indiqué dans les Écritures
comme étant celui du grand Antichrist : le contrefacteur qui s'est arrogé
les titres, les privilèges, les pouvoirs et la révérence appartenant à
l'Oint de l'Éternel. Comme contrefacteur, il a aussi mal représenté le
plan de Dieu quant à la sélection d'un
« petit troupeau » ou Église, dans le temps présent,
et il a entièrement mis de côté la réelle espérance de
l'Église et les provisions du Seigneur pour les bénédictions du
monde durant le règne millénaire de Christ — qu'il présente comme
accompli par son propre règne.
Il est presque impossible d'évaluer les mauvais effets d'une telle
altération et défiguration du plan de Dieu. Ils ont été la source
directe d'où jaillirent toutes les doctrines corrompues qui furent
introduites les unes après
les autres pour aider aux prétentions et ajouter à la dignité de
l'Antichrist. Bien que la Réformation ait introduit, il y a trois siècles,
une ère d'étude de la Bible et de liberté de pensée et qu'elle ait
conduit au rejet de beaucoup de maux et d'erreurs, la contrefaçon avait
été élaborée et perfectionnée à un tel degré dans toutes ses
parties et dans ses institutions, elle avait si pleinement trompé le
monde entier que, même après que la Papauté eut été reconnue par
Luther et beaucoup d'autres comme le résultat inévitable de la grande
apostasie — l'Antichrist de la prophétie —, tandis qu'ils le dénonçaient
comme système, ils tenaient fermement à la fausse théorie qui conduisit
aux erreurs particulières, soit de doctrine soit de pratique, de la
Papauté. Jusqu'à nos jours, la grande majorité des protestants
acceptent la théorie de l'Antichrist : que le royaume de Christ a été
établi. Quelques-uns se sont efforcés de faire comme la Papauté,
d'organiser leur église avec une personne à leur tête, tandis que
d'autres remplacent la tête par un concile ou un synode ; mais tous sont
sous l'illusion imposée par la fausse et trompeuse interprétation des
doctrines des Écritures lancée par l'Antichrist que le règne du
royaume de Christ a lieu maintenant et non pas dans un temps à venir
; et niant l'âge à venir, comme le fait l'Antichrist, ils sont indifférents,
comme ce système l'a été, au plein développement de la sainteté parmi
les croyants et sont plutôt zélés pour accomplir maintenant le travail
qui doit se faire dans l'âge prochain, la conversion du monde ; ce
faisant, ils dénaturent souvent volontairement le plan de Dieu et sa
Parole. Ils inventent des théories pour effrayer