ÉTUDES
DANS LES ÉCRITURES
VOLUME
II - LE
TEMPS EST PROCHE
ÉTUDE
IX
L'HOMME DU
PÉCHÉ —
L'ANTICHRIST
L'Antichrist doit être développé,
manifesté et détruit avant le jour du Seigneur. — Considération d'une
vue opposée à celle-ci sur ce sujet. — Esquisse prophétique. — La
naissance de l'Antichrist. — Son développement rapide. — Le tableau
qu'en donne l'histoire et sa description par la Bible s'accordent. — Son
royaume est une contrefaçon. — Sa tête et sa bouche remarquables. —
Ses grandes et arrogantes paroles de blasphème. — Ses enseignements
blasphématoires. — II extermine les saints du Très-Haut. — Son règne
millénaire. — L'antichrist frappé par l'épée de l'Esprit. — Sa
lutte finale et sa fin.
« Que personne ne vous séduise en aucune manière, car ce jour-là ne
viendra pas que l'apostasie ne soit arrivée auparavant et que l'homme de
péché n'ait été révélé, le fils de perdition ». — 2
Thessaloniciens 2 : 3.
En
regard de ces paroles de l'apôtre Paul montrant qu'un personnage qu'il
appelle « l'homme du péché » doit précéder la venue du
jour du Seigneur — qui, comme nous l'avons démontré, a déjà commencé
à poindre, il est important que nous regardions autour de nous pour voir
si un tel personnage est réellement apparu. Paul et les autres apôtres
l'ont si soigneusement décrit que s'il n'est pas encore venu, les paroles
ci-dessus devraient être comprises comme un veto de Paul à tous les
autres témoignages concernant la présence du Seigneur et l'établissement
de son royaume maintenant. Ce veto doit subsister comme un argument irréfutable
jusqu'à ce que cet homme du péché soit reconnu et qu'il corresponde par
chaque détail à la description prophétique.
Il est
clairement déclaré que, non seulement cet homme du péché doit premièrement
se lever, mais qu'il doit se développer et prospérer avant que le Jour
du Seigneur vienne. Avant le jour de Christ, la prospérité et
l'influence de cette puissance auront atteint leur point culminant et
seront sur leur déclin ; c'est par la lueur éclatante de la présence
du Seigneur à son second avènement que cet homme du péché sera entièrement
détruit. Il nous faut observer ces circonstances prédites, afin de
savoir si cet avertissement à l'Église dans les jours de Paul sont
encore applicables de nos jours. Aujourd'hui, après dix-huit siècles,
nous prétendons de nouveau que le jour de Christ est venu ; et cette
importante question se présente : Y a-t-il quelque chose dans ce que Paul
a dit pour corriger l'erreur des Thessaloniciens qui soit maintenant une
objection à cette prétention ?
L'apôtre
exhorte l'église à veiller pour le retour du Seigneur et à prêter
attention à la ferme parole prophétique. Par le soin avec lequel il
indique les signes de la présence de Christ et le caractère de son œuvre
dans ce temps-là, etc., il est évident qu'il était tout aussi soucieux
que l'église sache reconnaître la présence du Seigneur lorsqu'il sera
venu, que de ce qu'elle ne soit jamais déçue par l'erreur qui consistait
à croire qu'il serait venu avant le temps de sa présence. Ceux qui, au
commencement de cet âge, tombèrent dans cette
dernière erreur, furent exposés aux tromperies du principe
de l'Antichrist qui agissait déjà à ce moment-là, de même que ceux
qui manquent de reconnaître le jour du Seigneur et sa présence au bon
moment sont exposés à de continuelles séductions, aux fausses doctrines
de l'Antichrist, et sont rendus aveugles quant aux grandes
vérités et aux privilèges spéciaux de ce jour. Voilà pourquoi
l'apôtre est si soucieux pour l'église du commencement comme pour celle
de la fin de cet âge ; de là son avertissement : « Que personne ne vous
séduise d'aucune manière ». De là aussi la description exacte de
l'homme du péché, afin qu'il puisse être reconnu dans son temps.
Tandis
que les chrétiens à la fin de cet âge sont portés à oublier même la
promesse du retour du Seigneur, ou n'y pensent que pour l'envisager avec
terreur et sous de mauvais présages, l'église primitive l'attendait avec
un ardent désir et avec une joyeuse anticipation, comme la réalisation
de toutes ses espérances, la récompense de toute sa fidélité et la fin
de toutes ses afflictions. C'est pour cela que les premiers croyants étaient
disposés à écouter diligemment tout enseignement qui prétendait que le
Jour du Seigneur était ou très proche ou présent. Ils étaient par conséquent
en danger d'être séduits sur ce point s'ils n'étudiaient pas avec soin
les enseignements des apôtres sur ce sujet.
L'église
de Thessalonique, influencée par les enseignements erronés de
quelques-uns que le Seigneur était de retour et qu'ils vivaient dans son
jour supposait évidemment que l'idée était en harmonie avec les
enseignements de Paul dans la première épître qu'il leur avait écrite
et dans laquelle il dit (1 Thessaloniciens
5 :1-5) que le jour du Seigneur viendrait à la dérobée,
tranquillement et inaperçu, comme un voleur dans la nuit ; qu'eux, les
saints, en auraient la pleine intelligence tandis que les autres s'y
trouveraient sans le savoir. Apprenant l'erreur sérieuse dans laquelle
ils étaient tombés, de croire que le Seigneur était déjà là, présent,
Paul leur écrivit une seconde épître dont la pensée centrale fut de
corriger cette erreur. Il dit : « Pour ce qui concerne la présence
de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous
prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre
bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque
inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu'on dirait
venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là [enistemi,
est présent]. Que personne ne vous séduise d'aucune manière, parce [qu'il
ne viendra pas] que l'apostasie ne soit venue auparavant et que ne soit révélé
l'homme du péché, le fils de la perdition, celui qui s'oppose et qui s'élève
au-dessus de tout ce qu'on appelle dieu [ou puissant gouverneur] ou de ce
qu'on adore, jusqu'à s'asseoir dans le Temple de Dieu, se proclamant
lui-même un dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses
lorsque j'étais encore avec vous ? Et maintenant, vous savez ce qui le
retient, afin qu'il [Christ] soit révélé en son propre temps. Car le
mystère de l'iniquité [l'insubordination à Christ] agit déjà ; il
faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra
l'impie que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et
qu'il anéantira par l'éclat de sa [parousia] présence ». Paul
pouvait écrire ainsi positivement du développement de l'homme du péché
avant le jour du Seigneur, à cause de son étude de la prophétie de
Daniel, de laquelle aussi notre Seigneur parle (Matthieu 24 : 15) ; et
probablement aussi parce qu'à Paul lui-même, dans ses
« visions et révélations », avait été montrée la
grande dévastation que ce système devait faire dans l'Église.
Il
faut remarquer que Paul n'usa pas d'arguments tels que certains
aujourd'hui sont enclins à employer contre la prétention que le jour du
Seigneur est commencé. Il ne dit pas : O ! Thessaloniciens insensés, ne
savez-vous pas que lorsque Christ viendra, vos yeux le contempleront et
vos oreilles entendront le terrible son de la trompette de Dieu ; que vous
en aurez en outre la preuve dans l'ébranlement des tombes et dans la
sortie des saints de celles-ci. N'est-il pas évident que si un semblable
raisonnement avait été approprié, Paul se serait empressé de se servir
d'un argument aussi simple et facile à saisir ? Le fait qu'il ne s'en
servit pas ne prouve-t-il pas que cet argument n'est pas et ne
peut pas être fondé sur la vérité ?
Le
fait que dans ses efforts énergiques à corriger leur erreur, Paul
n'offrait que cette seule objection à leur prétention, est en lui-même
une preuve évidente qu'il regardait leur idée générale sur le jour du
Seigneur comme correcte, que ce jour pouvait venir sans être signalé par
des démonstrations extérieures et qu'il pouvait être commencé tandis
que beaucoup l'ignoreraient.. Paul n'avait que cette raison pour son
objection, c'est que premièrement l'apostasie devait venir et,
comme suite à celle-ci, le développement de l'homme du péché, — quel
qu'il fût (un simple individu ou un grand système anti-chrétien qu'il
personnifierait de la sorte) — qu'il devait apparaître, fleurir et
commencer ensuite à décliner, avant le jour de la présence du
Seigneur. Ainsi donc, si cette seule objection faite par Paul n'est
plus un obstacle, si nous constatons clairement et actuellement
l'existence de cet homme du péché, dont l'histoire corresponde dans
chacune de ses particularités à la description prophétique, depuis le
commencement de son existence jusqu'au temps présent, — alors
l'objection de Paul qui, elle seule, était à sa place en son temps,
n'est plus aujourd'hui une objection valable contre la prétention
actuelle que nous vivons dans le jour du Seigneur, le jour de sa présence.
De plus, si l'homme du péché peut être facilement distingué, si son
apparition, son développement et son déclin peuvent être clairement vus,
ce fait devient alors une autre preuve corroborative des enseignements des
chapitres précédents, qui montrent que nous sommes maintenant dans le
Jour du Seigneur.
ESQUISSE PROPHÉTIQUE DE L'HOMME DU PÉCHÉ
Celui qui étudie la prophétie y trouvera que l'homme du péché
est distinctement indiqué dans les saintes Écritures, qui non seulement
décrivent clairement son caractère, mais montrent aussi les temps et les
lieux de son commencement, de sa prospérité et de son déclin.
C'est
justement par les noms que lui appliquent les écrivains inspirés que son
caractère est dépeint avec beaucoup de vigueur. Paul l'appelle :
« Ce méchant ou cet impie », « l'homme du péché »,
le mystère de l'iniquité », l'antichrist » et « le
fils de perdition ». Le prophète Daniel l'appelle : L'abomination
qui cause la désolation » (Daniel 11 : 31 ; 12 : 11) ; notre
Seigneur parle de ce même caractère comme de « l'abomination de la
désolation », dont a parlé le prophète Daniel (Matthieu 24 :15)
et de nouveau comme d'une « bête » (Apocalypse 13 : 1-8). Ce
même caractère fut aussi préfiguré par une petite corne, ou pouvoir,
sortant d'une terrible bête que Daniel vit dans sa vision prophétique,
avec des yeux, et une bouche qui proférait de grandes choses ; elle prospérait,
faisait la guerre contre les saints et elle les vainquit (Daniel 7 : 8,
21). Jean vit aussi ce caractère et il en avertit l'église en disant :
« Vous avez entendu dire que l'antichrist vient » ; il leur
montre alors comment ils peuvent échapper à son influence (1 Jean 2
:18-27). Le livre de l'Apocalypse, également, est dans une large mesure
une prophétie symbolique détaillée sur ce même antichrist ; mais nous
ne pouvons que l'effleurer ici, réservant son examen plus particulier
pour un volume suivant.
Ces
diverses appellations et brèves descriptions montrent un caractère
subtil, trompeur, hypocrite, tyrannique et cruel qui s'est développé au
sein de l'église chrétienne. C'est un caractère s'insinuant d'abord
d'une manière graduelle et s'élevant ensuite rapidement en puissance et
en influence pour en arriver à l'apogée de la puissance, de la richesse
et de la gloire terrestres, tout en exerçant son influence contre la vérité,
contre les saints et pour son propre agrandissement, prétendant jusqu'au
bout avoir reçu la sainteté, l'autorité et la puissance de Dieu.
Nous
nous proposons de démontrer dans ce chapitre que l'homme du péché est
un système et non un simple individu, comme beaucoup semblent le croire ;
de même que le Christ consiste dans le vrai Seigneur et dans la vraie Église,
ainsi l'antichrist est un système de contrefaçon, consistant en un faux
seigneur et en une église apostate, à qui il fut permis pour un temps de
dénaturer la vérité, de pratiquer la tromperie, de contrefaire
l'autorité et le règne futurs du vrai Seigneur et de son Église, et
d'enivrer les nations par de fausses et présomptueuses prétentions.
Nous
espérons prouver à la satisfaction de tout lecteur consciencieux que
cette grande apostasie ou chute mentionnée par Paul, est venue, et que
cet homme du péché a été développé, qu'il s'est « assis dans
le temple de Dieu » (le temple réel, non le typique) ; qu'il a
accompli toutes les prédictions des apôtres et des prophètes concernant
son caractère, son œuvre, etc. ; qu'il a été révélé et que
maintenant, depuis 1799, il se consume par l'esprit de la bouche du
Seigneur [la vérité] ; et qu'il sera entièrement anéanti durant
ce jour de la colère de l'Éternel, jour qui a déjà commencé à se révéler
par le feu de flammes de la rétribution.
Sans
vouloir traiter à la légère les opinions des autres, nous croyons néanmoins
nécessaire d'indiquer au lecteur quelques-unes des absurdités en rapport
avec ce qui est généralement cru sur l'antichrist, afin que la dignité
et le caractère raisonnable de la vérité sur ce sujet puissent être
estimés convenablement par contraste avec cette affirmation étroite que
tout ce que les Écritures ont prédit concernant ce caractère
s'accomplirait par un seul homme au sens propre. Cet homme, prétend-on,
exercera une telle influence sur le monde entier
qu'en peu d'années il accaparera les hommages et l'adoration
de tous les hommes ; qu'il saura si bien s'imposer aux hommes et les
tromper qu'ils le prendraient pour Dieu et l'adoreraient comme le
Tout-Puissant Jéhovah, dans un temple juif rebâti. Tout cela se
passerait, disent-ils, avec une rapidité foudroyante, — en trois ans et
demi, — interprétant aussi mal le temps symbolique que « l'homme »
symbolique lui-même.
Les fables, les légendes absurdes et les contes d'enfants les plus
imaginaires ne fournissent rien de semblable à ces vues extrêmes de
quelques chers enfants de Dieu qui trébuchent et tombent sur une interprétation
littérale du langage de Paul. En agissant ainsi, ils
s'aveuglent eux-mêmes et en aveuglent d'autres relativement à de
nombreuses et précieuses vérités, lesquelles à cause de l'erreur sur
ce sujet, ils ne sont pas préparés à voir clairement et sans préjugés.
Peu importe jusqu'à quel point nous pouvons sympathiser avec eux, leur
foi aveugle fait forcément sourire lorsqu'ils parlent d'un ton sérieux
des différents symboles de l'Apocalypse qu'ils ne comprennent pas, en les
attribuant littéralement à leur homme merveilleux. Ne veulent-ils
pas nous faire croire que dans ce siècle, le plus sceptique que le monde
ait jamais connu, il aurait dans ces courts trois ans et demi tout le
monde à ses pieds, l'adorant comme un
Dieu, tandis que les César, les Alexandre, les Napoléon, les Mahomet et
d'autres durent traverser les mers de sang et employer plusieurs fois
trois ans et demi sans avoir accompli la millième partie de ce que ferait
cet homme.
Cependant ces conquérants avaient tous les avantages de l'ignorance et de
la superstition profondes pour les aider, tandis qu'aujourd'hui nous
vivons dans des conditions bien plus défavorables à un semblable développement
de tromperie et de fraude ; dans un temps où les choses cachées
sont manifestées comme jamais auparavant ; dans un temps où une fraude
de cette sorte serait pas trop absurde et ridicule pour être prise en
considération. La tendance de nos jours est en effet plutôt dans la
direction d'un manque de respect pour les hommes, quels que soient leurs
talents, leur bonté, leurs capacités, les postes de confiance et
d'autorité qu'ils peuvent occuper. Cela est tellement vrai qu'on verrait
plus vite le monde entier nier qu'il y ait un Dieu quelconque que
de le voir adorer un de ses semblables comme le Dieu Tout-Puissant.
Un
grand obstacle pour beaucoup lorsqu'ils considèrent ce sujet, est la
fausse idée qu'on se fait généralement sur le terme dieu ; on ne
voit pas que le mot theos (dieu) ne s'applique pas uniquement à Jéhovah.
Ce mot signifie un puissant, un gouverneur, et plus spécialement
un gouverneur religieux ou ecclésiastique. Dans le Nouveau Testament le
mot theos est rarement employé, excepté lorsqu'il est question de
Jéhovah, parce que les apôtres, dans leurs discours, parlaient rarement
et peu des faux systèmes de religion et rarement s'arrêtaient sur leurs
dieux ou dirigeants sacrés. Dans
les textes suivants, le mot dieu (theos) est cependant
employé pour être appliqué à d'autres qu'à l'Être suprême : Jéhovah.
— Jean 10 : 34, 35 ; Actes 7 : 40, 43 ;
17 : 23 ; 1 Corinthiens 8 : 5.
Reconnaissant l'ampleur du mot grec theos, on verra de suite que la
déclaration de l'apôtre concernant l'antichrist — qu'il s'assiéra
dans le temple de Dieu, voulant passer pour un dieu — n'implique
pas nécessairement l'idée que l'antichrist doit s'élever lui-même au-dessus
de Jéhovah, ni même qu'il veut essayer de se mettre à la place de Jéhovah.
Elle veut simplement dire que ce personnage se présentera lui-même comme
un gouverneur religieux, prétendant à l'autorité et l'exerçant sur et
au-dessus de tout autre gouvernement religieux, allant même jusqu'à s'élever
dans l'Église qui est le vrai temple de Dieu, où il prétend exercer et
où il exerce une autorité seigneuriale comme son chef ou gouverneur
autorisé. Partout où la signification du mot theos, dans le
grec, pourrait prêter à l'équivoque, il est précédé par
l'article grec quand il se rapporte à Jéhovah ; c'est comme si en français
on disait le Dieu. Dans les textes ci-dessus qui parlent d'autres
dieux et dans celui-ci (2 Thessaloniciens 2 : 4) qui parle de l'antichrist,
il n'y a pas une telle accentuation.
Si
cela est bien compris, une grande pierre d'achoppement sera éloignée ;
l'esprit sera préparé à chercher les choses appropriées comme
accomplissement de cette prédiction : non pas un Antichrist prétendant
être Jéhovah et demandant à être adoré comme tel, mais quelqu'un qui
prétend être le principal et suprême maître ou docteur religieux dans
l'Église, et qui par cela même tente d'usurper l'autorité de Christ, le
Chef, Seigneur et Maître divinement désigné.
Il est
aussi assez étrange que ceux qui ont cette vue littérale concernant
l'homme du péché sont généralement ceux qui croient à la venue prémillénaire
du Seigneur, qui cherchent et attendent que le Seigneur vienne à « tout
moment maintenant ». Pourquoi tous ne peuvent-ils pas saisir la
pensée de l'apôtre lorsqu'il déclare positivement que le Jour du
Seigneur (le Jour de sa présence) ne peut venir et ne doit pas être
attendu avant que l'homme du péché ait été révélé ? Il avait fallu
plus de quarante ans pour bâtir le premier temple juif et il faudrait sûrement
dix à vingt ans pour construire le nouveau temple à Jérusalem avec une
magnificence plus grande que la précédente où ils attendent qu'un homme
du péché au sens propre s'installe et soit adoré comme Dieu. Comment
donc ceux qui croient de cette manière peuvent-ils attendre la venue du
Seigneur à un moment quelconque maintenant ? Une telle manière de
voir est en désaccord avec la raison, aussi bien qu'avec la prophétie de
l'apôtre. Ou bien ils devraient, logiquement, cesser de croire à une
venue du Seigneur à un moment quelconque ou bien abandonner leur attente
d'un futur homme du péché ; car le Jour de la présence du Seigneur ne
peut venir avant que l'apostasie soit arrivée et que l'homme du péché
se soit développé et ait été révélé par cette apostasie.
Mais lorsque nous comprenons correctement les paroles de l'apôtre
et avons en même temps des idées exactes sur la manière dont
doit se faire la venue du Seigneur, nous ne trouvons pas d'absurdités et
de contradictions de ce genre, mais un parfait accord
et une harmonie convaincante. Aussi, c'est une telle vue que nous désirons
présenter maintenant ; le lecteur lui-même se convaincra qu'elle est
scripturale.
Les différents titres appliqués à ce système sont évidemment
symboliques ; ils ne désignent pas les noms d'un simple individu, mais
bien les traits caractéristiques d'une combinaison religieuse et civile
corrompue qui s'est développée dans l'église chrétienne nominale et
qui, par son opposition subtile à Christ, le chef, et à sa véritable Église,
son corps, mérite bien le nom d'Antichrist. Un tel système
pouvait accomplir toutes les prédictions faites concernant l'antichrist,
ou l'homme du péché, ce qu'un seul homme ne pouvait faire. Il est en
outre évident que ce système antichrist n'est pas un des systèmes païens
de religion, tels que le mahométisme ou le brahmanisme, parce que l'église
chrétienne n'a jamais été sous l'autorité d'aucun système semblable
et aucun de ces systèmes n'a son origine dans l'église chrétienne. Ils
sont et ont toujours été indépendants de celle-ci.
Le
système qui répond pleinement à la description donnée par inspiration
doit être un système professant le christianisme et doit contenir une
grande majorité de ceux qui prétendent être chrétiens. Il doit de même
avoir débuté par une apostasie, c'est-à-dire par une désertion de la
vraie foi chrétienne — une apostasie secrète et furtive jusqu'à ce
que les circonstances aient favorisé son élévation au pouvoir ; il faut
chercher son commencement clandestin dans les jours des apôtres — dans
le désir de quelques docteurs d'occuper une
place prépondérante.
Il
n'est pas nécessaire de chercher longuement pour trouver un caractère
s'adaptant parfaitement à toutes ces exigences ; un caractère qui, décrit
par les historiens profanes ainsi que par ses propres serviteurs abusés,
s'accorde exactement avec les esquisses prophétiques concernant
l'Antichrist. Mais lorsque nous déclarons que le seul et unique système
dont l'histoire s'adapte à ces prophéties est la Papauté, que l'on ne
nous interprète pas comme voulant dire que chaque catholique romain est
un homme du péché, ou que les prêtres
ou même les papes de l'église de Rome sont ou ont été
l'Antichrist. Aucun homme n'est l'Antichrist, « l'homme du péché »,
décrit dans les prophéties. Papes, évêques et autres, sont tout au
plus des parties ou des membres du système de l'Antichrist, de même que
tous ceux de la sacrificature royale ne sont que des membres du vrai
Christ, sous Jésus leur tête, et de la même manière que ceux-ci, dans
leur condition présente, sont dans leur ensemble l'Élie-antitype, bien
qu'aucun d'eux ne soit l'Élie ou le Christ prédit. Remarquons en outre
que l'église de Rome, considérée seulement comme système ecclésiastique,
n'est pas l'homme du péché » et n'est jamais représenté
par un homme dans aucune figure. Au contraire, le symbole employé
pour indiquer une église considérée indépendamment de son Seigneur et
Chef, est toujours une femme. La véritable Église est symbolisée
par une « vierge chaste », tandis que l'église apostate qui
est déchue de sa chasteté et de sa fidélité primitives au Seigneur est
symboliquement appelée « une prostituée ». De même que la
vraie Église « vierge » continue à être telle jusqu'à la
fin de l'âge, moment où elle sera unie à son Seigneur et prendra son
nom, — Christ — ainsi l'église apostate ne fut pas l'Antichrist ou
l'homme du péché avant qu'elle fût unie à son seigneur et chef, le
pape, et qu'elle soit devenue un empire religieux, faussement appelé
chrétienté — c'est-à-dire royaume de Christ.
Papauté,
tel est le nom de ce faux royaume ; il fut établi sur une vérité
faussement appliquée — sur cette vérité que les membres de l'église
sont appelés à être des rois et des prêtres de Dieu et à régner sur
la terre. Mais le temps de ce règne n'était pas encore venu ; l'âge de l'Évangile n'avait pas été fixé dans ce but, mais pour
la sélection, le développement, la discipline, l'humiliation et le
sacrifice de l'Église qui doit suivre l'empreinte des pieds de son
Seigneur en veillant et souffrant patiemment jusqu'au temps déterminé
pour l'exaltation et le
glorieux règne promis — l'âge millénaire.
Le
Seigneur avait vu à l'avance que le christianisme nominal s'étendrait
sur le monde et qu'en devenant populaire, il serait embrassé par un grand
nombre qui en adopteraient la
forme extérieure sans pénétrer l'esprit de son organisation. Il avait
vu par avance qu'au fur et à mesure que les masses de ces gens
s'identifieraient avec l'Église, l'esprit mondain — lequel est l'opposé
de l'esprit d'abnégation et de sacrifice de soi-même — y entrerait
avec elles ; que l'égoïsme et le désir d'être grand et de dominer,
s'introduisant ainsi, n'auraient pas à attendre longtemps une occasion
favorable ; que c'est ainsi que l'Église chercherait à dominer le monde
avant le temps — ou plutôt que l'élément mondain qui entrerait dans
l'église ferait sentir son influence et, au nom de la véritable
Église, saisirait le pouvoir civil de la terre que Dieu avait donné aux
nations et qui ne peut pas passer pleinement entre les mains de la véritable
Église avant la fin des « temps des nations » en 1914.
C'est
ainsi que les choses se passèrent réellement : l'église nominale commença
à déchoir, à mesure qu'elle croissait en nombre sous les enseignements
et l'exemple d'hommes ambitieux dont les idées s'inclinaient de plus en
plus en faveur de l'influence et du pouvoir mondains que le nombre et la
richesse apportaient avec eux. L'esprit de l'église devint graduellement
mondain et les choses du monde furent convoitées. La suggestion
ambitieuse était celle-ci : « Si le grand Empire Romain, avec tout
son pouvoir et son influence, ses armées et ses richesses, devenait
seulement le soutien de l'église, combien il serait honorable et noble
alors d'être un chrétien ! Combien alors les persécutions païennes
cesseraient vite ! Non seulement nous pourrions alors leur en imposer,
mais nous pourrions aussi les contraindre à adhérer à l'église, à la
croix et au nom de Christ. Il est évident que ce n'était pas l'intention
de Dieu que l'Église soit à tout jamais assujettie au monde et persécutée
par lui ; les paroles de l'apôtre : « Ne savez-vous pas que les
saints jugeront le monde ? » aussi bien que les promesses de notre
Seigneur que nous régnerons avec lui et toutes ces prophéties qui
parlent du règne de l'Église indiquent clairement que tel est le plan de
Dieu. Il est vrai que l'apôtre écrivit que notre Seigneur reviendrait
premièrement et exalterait l'Église, et qu'il nous exhorte à l'attendre
; mais plusieurs siècles sont maintenant passés et nous ne voyons aucun
signe de la venue du Seigneur. Il nous
faut en conclure que les apôtres ont été quelque peu dans l'erreur.
Pour nous, il semble clair que nous pouvons et devons employer tous les
moyens pour obtenir le pouvoir sur le gouvernement civil et conquérir le
monde pour le Seigneur. Il faudrait aussi que l'église ait un chef,
quelqu'un qui représentât le Seigneur absent et l'église devant le
monde — quelqu'un qui pût recevoir l'hommage du monde, exercer
l'autorité de Christ et gouverner le monde avec une verge de fer, comme
le prophète David l'a prédit. » C'est ainsi que graduellement, par
un lent processus de raisonnements qui dura des siècles, l'attente réelle
de l'église dans la seconde venue du Seigneur, en vue de son exaltation
et de la bénédiction du monde, fut perdue de vue et qu'une nouvelle
attente prit place — l'attente du succès sans le Seigneur, sous la suprématie
et la direction d'une lignée de papes. Et c'est ainsi que par des
connivences, des intrigues et des échanges de faveurs avec le monde,
l'attente de l'église devint une fausse attente, un piège
trompeur par lequel Satan la conduisit d'erreurs en erreurs et de
maux en maux, tant par la doctrine que par la pratique.
Le
moment où l'apostasie se développa comme « l'homme du péché »
fut celui où la hiérarchie papale s'exalta elle-même sous la suprématie
d'une lignée de papes, et où elle usurpa le gouvernement de la terre et
commença à régner au nom du Royaume Millénaire de Christ et prétendit
être ce Royaume. C'était un royaume frauduleux et contrefait quelle que
fût la sincérité à le croire de certains de ses partisans. C'était un
royaume frauduleusement imité, quelle qu'ait été la sincérité de
certains de ses organisateurs et soutiens. Ce royaume était celui de
l'Antichrist, peu importe la prétention de ses partisans à croire qu'il
était le règne, la puissance et la gloire du vrai Christ sur la terre.
C'est une erreur ; de croire qu'être consciencieux veut toujours dire
avoir raison. Il n'y a pas de doute que tous les systèmes d'erreur ont
autant et même plus de disciples consciencieux, quoique égarés, que
d'hypocrites. Être consciencieux, c'est posséder l'honnêteté morale et
cela n'a rien à faire avec la connaissance. Les païens mal informés
adorent les idoles et leur sacrifient consciencieusement. Saul, renseigné
faussement, persécutait les saints en toute bonne conscience ; de même
aussi, beaucoup de papistes, mal enseignés, firent consciencieusement
violence aux prophéties, persécutèrent les vrais saints et organisèrent
le grand système de l'Antichrist. Pendant des centaines d'années, la
papauté a non seulement trompé les rois de la terre, quant à son
pouvoir, à sa prétention à les gouverner par droit divin et régné sur
eux, mais elle s'est assise dans l'église, le temple de Dieu, où Christ
seul doit être reconnu comme Chef et Maître, prétendant être le seul
maître et législateur; et avec cela, elle a trompe tout le monde, excepté
un petit nombre de fidèles, par son succès phénoménal et par son
arrogante prétention. « Toute la terre était dans l'admiration »
— étonnée, égarée, confondue, — « tous ceux dont les noms
n'ont pas été écrits dans le livre de vie de l'Agneau » ; et
beaucoup de ceux dont les noms sont écrits comme saints de Dieu ont été
sérieusement ébranlés et dans la perplexité. Cette tromperie fut
d'autant plus forte que ces desseins ambitieux ne se montrèrent que petit
à petit et qu'ils se réalisèrent d'une manière encore plus graduelle.
Cette séduction dura des siècles ; elle existait déjà secrètement
sous forme d'ambition aux jours de Paul. Ce fut un lent processus au cours
duquel une erreur suivit une autre erreur, — les déclarations d'un
homme ambitieux s'ajoutant aux déclarations d'un autre et ainsi de suite
dans le cours des temps. Ainsi, insidieusement, Satan sema et arrosa les
semences de l'erreur et développa le système le plus grand et le plus
influent que le monde ait jamais connu — l'Antichrist.
Le mot
Antichrist a une double signification : premièrement il veut dire contre
(c'est-à-dire opposé à) Christ ; secondement il signifie à la place,
ou une contrefaçon de Christ. Dans le premier sens, c'est une expression
générale qui peut s'appliquer à tout ennemi s'opposant à Christ. Dans
ce sens, Saul, plus tard appelé Paul, tous les Juifs, tous les Mahométans,
tous les empereurs païens et tout le peuple de Rome furent des
antichrists — adversaires de Christ (Actes 9 : 4). Mais ce n'est pas
dans ce sens que les Écritures emploient le nom Antichrist ; elles
négligent de semblables ennemis et appliquent le terme Antichrist
dans le sens donné ci-dessus à la seconde signification, c'est-à-dire
contre, dans le sens de dénaturer, de contrefaire, de prendre la place
du vrai Christ. Ainsi Jean remarque : « Vous avez entendu que
l’Antichrist vient ; — même maintenant il y a plusieurs antichrists »
(1 Jean 2 : 18, 19). [Le grec fait la distinction entre l'Antichrist spécial
et les autres en grand nombre qui sont moindres]. Et les remarques
suivantes de Jean montrent qu'il ne parle pas de tous ceux qui sont opposés
à Christ et à l'Église, mais d'une
certaine classe de ceux qui tout en professant être du corps de
Christ, l'Église, ont abandonné les principes fondamentaux de la vérité,
et par cela même, non seulement la dénaturèrent, mais prirent aux yeux
du monde la place et le nom de la véritable Église — contrefaisant
ainsi réellement les vrais saints. Jean dit, en parlant d'eux :
« Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres »
; ils ne nous représentent pas, quand même ils peuvent se tromper eux-mêmes
et le monde sur ce sujet. Jean déclare dans la même épître que ceux
qu'il mentionne comme plusieurs antichrists ont l'esprit de l’Antichrist.
Nous
trouvons donc ici ce à quoi nous pouvions nous attendre, et nous le
trouvons dans la papauté : Non une opposition au nom de Christ,
mais un ennemi ou adversaire de Christ, en ce qu'il porte faussement son
nom, contrefait son royaume et son autorité et dénature son caractère,
ses plans et ses doctrines devant le monde — un adversaire et un ennemi
en vérité plus pernicieux qu'un ennemi déclaré — tout ce qu'il y a
de pire en fait d'ennemi. Cela est vrai, on ne peut trop le répéter,
alors même que quelques-uns de ceux qui sont rattachés à ce système
sont consciencieusement égarés, « séduisant et étant séduits ».
Après ces indications sur l'identité et les caractéristiques de
l'homme du péché, et sachant dans quel lieu et dans quelles
circonstances nous pouvons le chercher, nous allons procéder à l'examen
de quelques preuves historiques, prouvant, au-delà, de tout doute, que
toutes les prédictions concernant l'Antichrist ont été accomplies dans
le système papal d'une manière et à un degré tels qu'à la lumière de
nos jours, tous doivent admettre que cela ne saurait se répéter.
L'espace dont nous disposons nous oblige à ne donner qu'une simple
esquisse de la grande masse du témoignage historique. Nous nous sommes
bornés aux historiens reconnus les plus dignes de foi et nous avons cité
en plusieurs cas les témoignages et les faits admis par des écrivains
catholiques romains.
LES CIRCONSTANCES AYANT DONNE
NAISSANCE A L'HOMME DU PÉCHÉ
UNE GRANDE APOSTASIE. Nous
demandons d'abord : L'histoire nous parle-t-elle d'un accomplissement de
la prophétie de Paul touchant une grande déchéance de la simplicité et
de la pureté originelles des doctrines et de la vie de l'Église chrétienne
et les agissements mystérieux d'une influence inique et ambitieuse dans
l'Église avant le développement de la papauté, l'homme du péché —
c'est-à-dire avant que le pape fût reconnu comme le chef de l'église ?
Oui, et cela bien clairement ; la hiérarchie papale ne naquit que
plusieurs siècles après que le Seigneur et les apôtres eurent fondé l'Église.
Au sujet de cet intervalle, nous lisons:* [* Fisher. — Histoire universelle, page 193.]
« Comme l'église croissait en nombre et en richesse, de magnifiques
édifices furent construits pour le culte ; les services furent rendus
plus somptueux et, dans le but d'aider à la dévotion, des sculptures et
des peintures furent employées. Des reliques de saints et de martyrs
furent chéries comme des possessions sacrées ; les observances
religieuses furent multipliées, et l'église sous les empereurs chrétiens
[au IVe siècle] avec la pompe de son clergé et ses cérémonies
imposantes, prit beaucoup de la grandeur et de la splendeur visible du
système païen qu'elle avait supplanté. »
Nous lisons encore:** [** White. — Histoire universelle, page 156. ]
« Simultanément avec cet établissement [du christianisme comme
religion de l'empire au IVe siècle] progressa une grande et
générale corruption qui avait commencé deux siècles auparavant. La
superstition et l'ignorance revêtaient les ecclésiastiques d'un pouvoir
dont ils se servaient pour leur propre agrandissement. »
Rapin fait observer que :
« Au cinquième siècle, le christianisme fut corrompu par un grand
nombre d'inventions humaines ; la simplicité de son gouvernement et de sa
discipline furent réduits à un système de pouvoir clérical ; son culte
fut profané par des cérémonies empruntées au paganisme. »
« Dans son « Histoire du Christianisme »,
Mosheim suit l'Église dans la déchéance de sa pureté et de sa simplicité primitives ; comment elle descendit degré par
degré dans sa profonde dégradation qui culmina dans le développement de
« l'homme du péché ». Il ne ressort pas de cet ouvrage si
son auteur a reconnu ou non l'Antichrist, mais il a tracé d’une façon
magistrale les agissements du « mystère de l'iniquité » dans
l’Église jusqu'au commencement du IVème siècle, —
lorsque son travail fut soudainement arrêté par la mort. La place dont
nous disposons ne nous permet pas de faire d'autres citations de son
excellent et volumineux ouvrage mais nous en recommandons la lecture comme
grandement instructive par ce qu'elle nous apprend sur ce sujet.
Nous citons une brève et frappante esquisse tirée de « L'Ancien
Monde Romain » de Lord, sur l'histoire de l'église pendant les
quatre premiers siècles, laquelle montre d'une manière claire et concise
son déclin graduel et sa rapide dégénérescence après que l'obstacle
dont parle saint Paul eut été éloigné. Il dit :
« Au
premier siècle peu de sages et de nobles furent appelés ; aucun grand nom ne nous est
rapporte : ni philosophes, ni hommes d'état, ni nobles, ni généraux, ni
gouverneurs, ni juges, ni magistrats. Les chrétiens n’étaient pas
assez importants au premier siècle pour être généralement persécutés
par le gouvernement. Ils n’avaient pas même retenu l'attention publique.
Personne n'a écrit contre eux, pas même les philosophes grecs. Nous
ne lisons aucune protestation, ni apologie faite par les chrétiens
eux-mêmes. Ils n'avaient pas, dans leurs rangs de grands hommes en fait
de science, de talents, de richesse ou qui aient occupé une position
sociale. Il n'y a rien de plus stérile, dans l'histoire, que les annales
de l’église dans le premier siècle pour autant qu'il est question de
grands noms. Cependant, dans ce siècle, les convertis se
multiplièrent dans chaque ville et les traditions indiquent le
martyre de ceux qui étaient le plus en vue, y compris
à peu près tous les apôtres. »
« Au second siècle, il n'y eut pas d'autres noms plus grands que ceux de Polycarpe, Ignace,
Justin Martyr, Clément, Mélito et Appolonius, évêques paisibles ou
intrépides martyrs, qui enseignaient leurs troupeaux dans
les chambres hautes et n'occupaient aucun rang dans le monde.
Renommés seulement pour leur sainteté et leur simplicité de caractère,
ils ne furent cités qu'à cause de leur foi et de leurs souffrances. En
fait de martyrs, parmi lesquels quelques-uns ont écrit des apologies et
des traités de valeur, nous ne trouvons parmi eux personne d'un rang élevé.
C'était une disgrâce, aux yeux des grands et des puissants, que d'être
chrétien. La première littérature chrétienne est principalement apologétique
; le caractère doctrinal en est simple et pratique. Il y eut des
controverses dans l'Église, une vie religieuse intense, de grandes
activités, de grandes vertus, mais pas de conflits extérieurs, ni
d'histoire séculière. Elle n'avait pas encore attaqué le gouvernement
ou les grandes institutions sociales de l'empire. Elle n'était qu'une
petite troupe d'hommes purs et irréprochables qui n'aspiraient pas à diriger
la société. Mais ils avaient attiré l'attention du gouvernement et
étaient maintenant d'une importance suffisante pour être persécutés.
Ils étaient regardés comme des fanatiques qui cherchaient à détruire
le respect dû aux institutions existantes.
[L'ÉGLISE S'ORGANISE POUR GOUVERNER]
«
Dans ce siècle, la politique de l'église s'organisa tranquillement.
Il y eut une association organisée entre ses membres ; les évêques étaient
devenus influents, non dans la société, mais parmi les chrétiens ; des
diocèses et des paroisses furent établis ; il y eut une distinction
entre les évêques des villes et ceux de la campagne ; des
délégués des églises s'assemblèrent pour discuter des articles
de foi ou supprimer des hérésies naissantes ; le système diocésain fut
développé et la centralisation ecclésiastique commença ; on se mit à
considérer les diacres comme faisant partie du haut clergé ; les armes
d'excommunication furent forgées ; des efforts missionnaires furent
poursuivis ; les fêtes de l'église furent créées ; le gnosticisme fut
embrassé par nombre des principaux esprits ; des écoles de catéchistes
enseignèrent systématiquement la foi ; les formules du baptême et les
sacrements prirent une grande importance et le monachisme devint populaire.
L'église posait ainsi le fondement de sa future politique et de sa
puissance.
« Le troisième siècle vit l'Église comme une institution plus puissante. Des synodes réguliers
furent tenus dans les grandes villes de l'empire ; le système métropolitain
était mûr ; les canons de l'Église furent définitivement fixés ; de
grandes écoles de théologie attirèrent les esprits chercheurs ; les
doctrines furent systématisées [définies, limitées et formulées
dans les credo et confessions de foi]. Le Christianisme s'était tellement
étendu qu'il ne pouvait être que persécuté ou légalement reconnu. De
grands évêques gouvernaient l'église croissante ; de grands docteurs
[en théologie] discutaient sur les questions [de philosophie et de
science faussement ainsi nommées] qui avaient agité les écoles grecques
; les édifices des églises furent agrandis et des banquets institués en
l'honneur des martyrs. L'Église s'avançait rapidement vers une position
qui attirait sur elle l'attention de l'humanité.
« Ce ne fut qu'au quatrième siècle — lorsque la persécution
impériale eut cessé, que [l'Empereur Romain] Constantin fut converti ; que
l'église se fut alliée avec l'État ; lorsque la foi
primitive fut corrompue ; que la superstition et la vaine philosophie
eurent pénétré dans les rangs des fidèles ; que les évêques furent
devenus courtisans et les églises riches et splendides ; lorsque les
synodes furent amenés sous l'influence politique ; que les monachistes [moines]
eurent établi de faux principes de vertu ; que les politiciens et les
dogmaticiens eurent marché la main dans la main, que les empereurs eurent
renforcé les décrets des conciles ecclésiastiques, que les hommes
haut placés y entrèrent. Lorsque le Christianisme fut devenu la
religion de la cour et des classes aristocratiques, il servit à soutenir
les maux mêmes contre lesquels il protestait à l'origine. L'église fut
non seulement imprégnée par les erreurs de la philosophie païenne, mais
elle adopta beaucoup des cérémonies compliquées et magnifiques du culte
oriental. Les églises devinrent, au IVe siècle, aussi imposantes que les anciens temples des idoles.
Les fêtes devinrent fréquentes et imposantes. Le peuple y adhéra parce
qu'il y trouvait de l'émotion et la suspension du travail. La vénération
des martyrs aboutit à l'introduction de statues, future source de l'idolâtrie
populaire. Le christianisme fut rehaussé par de pompeuses cérémonies.
La vénération des saints se rapprocha de leur déification et la
superstition exalta la mère de notre Seigneur comme un objet de culte
absolu. Les tables de communion devinrent d'imposants autels dans le genre
des autels des sacrifices judaïques, et les reliques des martyrs furent
conservées comme des amulettes sacrées. La vie monastique mûrit en un
grand système de pénitence et de rites expiatoires. Des armées de
moines se retirèrent dans des lieux tristes et solitaires et s'adonnèrent
à des rapsodies, à des jeûnes et à des pénitences. Ils formaient une
triste et fanatique catégorie d'hommes qui méconnaissaient le but
pratique de la vie.
« Le clergé, ambitieux et mondain, recherchait le rang et la
distinction. Il assiégeait même les cours des princes et aspirait aux
honneurs temporels. Il ne fut plus soutenu par les contributions
volontaires des fidèles, mais par des revenus fournis par le gouvernement
et par des propriétés héritées des anciens temples païens. De gros
legs furent faits à l'église par des riches et l'administration en fut
confiée au clergé. Ces dons devinrent la source de la plus grande
opulence. Comme ces richesses allaient croissant et furent confiées aux
prêtres, ceux-ci devinrent indifférents aux besoins du peuple qui ne les
soutenait plus. Ils devinrent paresseux, arrogants et indépendants. Le
peuple fut exclu du gouvernement de l'église. L'évêque devint un grand
personnage qui nommait son clergé et le dirigeait. L'église s'allia
avec l'État et les dogmes religieux furent renforcés par l'épée du
magistrat. »
UNE IMPOSANTE HIÉRARCHIE AVEC DES
GRADES VARIES FUT ÉTABLIE, AYANT A SA
TÊTE L'ÉVÊQUE DE ROME
« L'empereur tranchait les points de la foi et le clergé fut exempté
des charges de l'État. Lorsque le clergé eut obtenu un si grand pouvoir
et fut devenu si riche, il y eut une grande affluence pour l'office de prêtre
; les hommes furent élevés à de grands sièges [évêchés], non à
cause de leur piété ou de leurs talents, mais par suite de leur
influence chez les grands. La mission de l'Église fut perdue de vue
dans une alliance dégradante avec l'état. Le christianisme fut une
parade, un ritualisme, un bras de l'état, une vaine philosophie, une
superstition, une formule. »
Ainsi la grande apostasie, prédite par l'apôtre Paul, est un fait
établi par l'histoire. Tous les historiens en témoignent, même ceux qui
approuvent l'élévation au pouvoir et louent les principaux acteurs du
système. Nous regrettons que
l'espace dont nous disposons limite nos
citations à quelques-unes des expressions les plus significatives.
L'apostasie, couvrant une période de siècles, fut si graduelle qu'elle
fut beaucoup moins remarquable pour ceux qui vivaient de son temps que
pour nous qui la voyons dans son ensemble ; elle fut d'autant
plus séduisante que chaque pas fait en avant vers l'organisation
et vers l'influence et la puissance sur l'Église et sur le monde, fut
fait au nom de Christ et, comme on le prétendait, pour le
glorifier et accomplir ses plans décrits dans les Écritures. C'est ainsi
que se développa le grand Antichrist, — le plus dangereux, le plus
subtil et le plus persistant adversaire du vrai Christianisme et le persécuteur
le plus âpre des vrais saints.
L'OBSTACLE ENLÈVE
L'apôtre
Paul prédit que ce principe d'iniquité travaillerait secrètement
pendant un temps, tandis que quelque chose s'opposant à lui serait sur
son chemin, jusqu'à ce que, l'obstacle enlevé, il puisse avoir libre
cours et progresser rapidement jusqu'au développement
de l'Antichrist. Il dit : « II faut seulement que celui qui
le retient encore ait disparu » (2 Thessaloniciens 2 : 7). Que dit
l'histoire pour montrer l'accomplissement de cette prédiction ? Nous y
trouvons que ce qui empêchait le développement rapide de l'Antichrist était
le fait que la place à
laquelle il aspirait était déjà occupée par un autre. L'empire romain
avait non seulement conquis le monde et lui avait donné sa politique et
ses lois, mais ayant reconnu que les superstitions religieuses étaient
les plus fortes chaînes par lesquelles on peut tenir et diriger un peuple,
il adopta un plan qui avait son origine à Babylone dans le temps de sa
grandeur, lorsqu'elle dominait sur le monde entier. Ce plan consistait en
ce que l'empereur devait être considéré comme dirigeant et gouvernant
les affaires religieuses aussi bien que les affaires civiles. Pour appuyer
cela, il fut prétendu que l'empereur était un demi-dieu, descendant en
quelque sorte de leurs divinités païennes. C'est comme tel qu'on lui
rendait un culte et que ses statues étaient adorées ; et c'est comme tel
qu'il fut appelé Pontifex Maximus, chef des prêtres ou le plus grand
gouverneur en matière de religion. Et c'est là le titre même qui a été
donné aux pontifes ou papes de la hiérarchie romaine, depuis que
l'Antichrist a obtenu « la puissance, le trône et la grande autorité »
des anciens gouverneurs de Rome. — Apocalypse 13 : 2.
Mais
l'ancienne Rome païenne et Babylone n'avaient qu'un simple squelette de
pouvoir sacerdotal, comparé à l'organisation complexe et minutieuse, aux
inventions de doctrines et de pratiques de la Rome papale, le successeur
triomphant de leur système qui, maintenant, après des siècles de ruse
et d'habileté, est si puissamment retranché que même aujourd'hui, où
son pouvoir est extérieurement brisé et où il est dépouillé de toute
domination civile, il régit le monde et dirige les royaumes secrètement,
d'une manière déguisée, bien plus complètement que les empereurs
romains ne surent gouverner les rois qui leur étaient subordonnés.
Qu'il soit rapporté à leur honneur que pas un des empereurs
romains n'a exercé, comme Pontifex Maximus, ou principal gouverneur
religieux, la tyrannie de quelques-uns de leurs successeurs sur le trône
papal. Sur ce point, Gibbon dit (Vol. II, p. 85).
« On doit admettre que le nombre de protestants qui furent exécutés
dans une seule province et pendant un seul règne, excéda de beaucoup
celui des premiers martyrs pendant trois siècles sous l'empire romain
tout entier. » Selon la coutume de leur temps, ils favorisèrent les
dieux les plus populaires ; mais partout où leurs armées pénétrèrent,
les dieux et le culte des peuples conquis étaient généralement respectés.
On en vit la preuve en Palestine ; ce pays, quoique gouverné par les
Romains, avait la liberté religieuse et la liberté de conscience généralement
respectées par le Pontifex Maximus impérial qui montrait ainsi,
comme gouverneur religieux, sa clémence envers le peuple et son harmonie
avec tous les dieux populaires.
Nous voyons donc ainsi que ce qui empêchait le hâtif développement
de l'Antichrist était le fait que le siège convoité de la suprématie
spirituelle était occupé par les représentants de l'empire le plus
solide que le monde ait jamais connu, et que tous ceux qui auraient essayé
de déployer ouvertement de l'ambition dans cette direction se seraient
exposés à la colère des maîtres du monde. Ainsi, cette inique ambition
agit premièrement en secret, prétendant n'avoir aucune ambition de se
saisir du pouvoir ou de l'autorité, — jusqu'à ce qu'une occasion
favorable se présentât, — lorsque l'église nominale se fut agrandie
et eut pris de l'influence et que le pouvoir impérial divisé par les
dissensions politiques eût commencé à décroître.
Le
pouvoir de Rome déclina rapidement et sa force et son unité furent divisées
entre les six prétendants aux honneurs impériaux quand Constantin devint
empereur. Qu'il ait adopté le christianisme, en partie du moins, dans le
but de fortifier et d'unifier son empire, il est raisonnable de le
supposer. Sur ce point, l'histoire dit :
« Quant à savoir si Constantin a embrassé
le christianisme par conviction de sa vérité ou par politique, il
y a là matière à discussion. Il est certain que cette religion,
quoique méprisée secrètement, ou même persécutée activement par le
pouvoir romain, s'était répandue parmi le peuple de sorte que Constantin
s'affermit lui-même dans l’affection de ses soldats en l'adoptant...
C'est par ambition mondaine que Constantin se déclara chrétien et non par l'esprit de Christ qui dit : « Mon royaume
n’est pas de ce monde ». Constantin fit du christianisme la
religion de l'empire et c'est de ce moment
que nous trouvons son
influence souillée par les choses terrestres… Aucun évêque
particulier n'était regardé comme le chef de l’église entière,
tandis que l'empereur l'était. C'est en cette qualité qu'il convoqua le
Concile de Nicée ; et ayant pris parti contre Arius dans la
controverse que celui-ci eut avec Athanase le concile se mit du côté
de l'empereur » * [Willard : Histoire
universelle, page 163.]
« Quels qu’aient été les avantages résultant de l'acquisition
d’un prosélyte impérial, celui-ci se distingua entre les milliers de
ses sujets qui avaient embrassé le christianisme plutôt par la splendeur
de la pourpre que par la supériorité de sa sagesse ou de ses vertus...
La même année de son règne où il convoqua le concile de Nicée
fut flétrie par l'exécution de son fils aîné. La gratitude de l'église
a exalté les vertus et excusé les fautes d’un patron généreux, qui
avait assis le christianisme sur le trône du monde romain. » ** [ Gibbon, volume II, page 269]
Ainsi
donc, sous le règne de Constantin l'opposition de l’empire au
christianisme fut favorable à ce dernier et l’impérial Pontifex
Maximus devint le Patron de celle qui professait être l’Église
de Christ mais qui était en réalité l’église apostate ; il la pris
par la main et l’aida à
prendre une place de popularité et de splendeur de laquelle elle fut
capable plus tard, lorsque le pouvoir impérial se fut affaibli, d'élever
ses propres représentants sur le trône religieux du monde comme
principal gouverneur religieux — Pontifex Maximus.
Mais
c'est une erreur de supposer, comme le font beaucoup de personnes, que l'église
était dans ce temps-là une église pure (vierge), soudainement élevée
à une dignité et à un pouvoir qui devinrent son occasion de chute.
C'est tout à fait le contraire. Comme nous l'avons déjà dit, une grande
apostasie avait, eu lieu et l'église avait déchu de sa pureté
primitive, de sa simplicité et de sa liberté, et était tombée dans
l'esclavage des credo et dans les factions ambitieuses. Ses erreurs et ses
cérémonies ressemblant à celles de philosophies païennes, ornées de
quelques vérités et renforcées et reliées avec la doctrine du tourment
éternel, amenèrent dans l'église de grandes multitudes dont le nombre
et l'influence devinrent de précieux auxiliaires pour Constantin,
et qui furent par conséquent respectés et employés par lui. Il n'est
aucun de ces hommes mondains qui ait jamais pensé sérieusement à épouser
la cause de l'humble « petit troupeau » ressemblant à Christ
— de l'Église vraiment consacrée, dont les noms sont écrits dans les
cieux. La popularité qu'il avait parmi ses soldats, mentionnée par les
historiens, est tout à fait différente de la popularité qui doit
exister entre les vrais soldats de la croix.
Comme
preuve de cela, nous citons ici quelques mots de l'histoire concernant l'état
de la société religieuse sous Dioclétien, le prédécesseur de
Constantin, qui, vers la fin de son règne, croyant que les chrétiens
avaient essayé de lui ôter la vie, devint leur ennemi, les persécuta en
ordonnant la destruction des Bibles, le bannissement des évêques, et
finalement en décrétant la mort de tous ceux qui s'opposaient à ses
ordonnances. Gibbon * [Gibbon, volume II, pages 53
et 57.] dit de cette époque :
« Dioclétien et ses collègues conféraient souvent les charges
les plus importantes aux personnes qui avouaient abhorrer le culte des
dieux, mais qui déployaient de l’habileté pour le service de l'État.
Les évêques occupaient un rang honorable dans leurs provinces
respectives et ils étaient traités avec distinction et respect, non
seulement par le peuple, mais par les magistrats eux-mêmes. Dans chaque
ville, les anciennes églises furent
jugées insuffisantes pour contenir le nombre croissant
des prosélytes et on érigea à leur place des édifices plus
imposants et plus spacieux pour le culte public des fidèles. La
corruption des mœurs et des principes, dont Eusèbe se plaignit si
fortement, peut être considérée non seulement comme une conséquence,
mais comme une preuve de la liberté dont les chrétiens jouirent sous le
règne de Dioclétien et dont ils abusèrent. La prospérité avait relâché
les règles de la discipline. La tromperie, l'envie et la malice prévalaient
dans chaque assemblée. Les prosélytes aspiraient aux charges épiscopales
qui devenaient de jour en jour un objet plus digne de leur ambition. Les
évêques qui luttaient les uns contre les autres pour la prééminence
ecclésiastique, paraissaient par leur conduite prétendre à un pouvoir séculier
et tyrannique dans l'église ; et la foi vivante qui distinguait
encore les chrétiens des Gentils, se montrait beaucoup moins dans leur
vie que dans leurs écrits de controverse.
« L'histoire de Paul de Samosate qui occupa le siège métropolitain
[l'évêché] d'Antioche, tandis que l'Orient était entre les mains d'Odénath
et de Zénobie, peut servir à illustrer les conditions et le caractère
de ces temps (270 Ap. J.C.). Paul considérait le service de l'église
comme une profession très lucrative. Sa juridiction ecclésiastique était
vénale et rapace ; il arrachait de fréquentes contributions aux plus
opulents des fidèles et employait pour son usage personnel une considérable
partie des revenus publics. [La critique a prétendu, dit Gibbon, que Paul
remplissait l'office de Ducenarius ou procurateur, avec un salaire
annuel de 200 sesterces, — environ 77.000 $] (27 millions de frs 1953
— Trad.) Par l'orgueil et le luxe de Paul, la religion chrétienne
devint odieuse aux yeux des Gentils. Sa salle de conseil, son trône, la
splendeur avec laquelle il paraissait en public, la foule suppliante qui
sollicitait son attention : la quantité de lettres et de suppliques pour
lesquelles il dictait ses réponses, la hâte perpétuelle des affaires
dans lesquelles il était engagé, étaient des conditions qui auraient
mieux convenu aux fonctions d'un magistrat qu'à l'humilité d'un évêque
primitif. Lorsqu'il haranguait son peuple du haut de la chaire, Paul
affectait le style figuré et les gestes théâtraux des sophistes de
l'Asie, tandis que la cathédrale résonnait des acclamations les plus
extravagantes à la louange de son éloquence divine. Le prélat
d'Antioche était arrogant, raide et inexorable vis-à-vis de ceux qui résistaient
à son pouvoir et qui refusaient de flatter sa vanité ; mais il se relâchait
de sa discipline et il était prodigue des trésors de l'Église pour le
clergé qu'il protégeait. »
Ainsi,
sous le règne de Constantin, tout obstacle fut finalement enlevé et,
comme nous allons le voir, l'organisation de la Papauté — l'église
nominale sous la suprématie de l'évêque de Rome comme pape —
s'effectua bien vite.
DÉVELOPPEMENT RAPIDE DE L'ANTICHRIST
Le développement rapide de la hiérarchie papale après l'adhésion
de Constantin est un trait vraiment remarquable de son histoire. « Le
prince de ce monde » tint sa promesse de donner comme récompense le
pouvoir et la domination à ceux qui l'adoreraient et lui obéiraient (Matthieu
4 : 8, 9). Par l'édit de Milan, Constantin donna une sécurité légale
aux possessions de l'église et les chrétiens rentrèrent en possession
des terres qui leur avaient été enlevées tout d'abord. Un second édit,
en l'an 321, autorisa de faire à l'église des legs de propriétés,
tandis que Constantin donnait lui-même un exemple de libéralité en
prodiguant sans mesure les biens et les richesses au clergé chrétien.
Cet exemple, donné par l'empereur, fut suivi par des milliers de ses
sujets, dont les offrandes pendant la vie et les legs à l'heure de la
mort affluaient dans les trésors ecclésiastiques. White dit : * [White : Histoire universelle,
page 155.]
« L'église
de Rome, en raison de sa position dans la ville capitale, comme aussi du
nombre et de la richesse de ses convertis, commença de bonne heure par
s'assurer l'autorité sur les autres [sur les églises des autres villes
et pays]. De nombreuses circonstances concoururent à augmenter
l'influence de son évêque, bien que son ambition et son usurpation
fussent pour un temps vigoureusement repoussées. Le transfert, [par
Constantin, du siège du pouvoir de Rome à Constantinople en 334],
accrut le pouvoir de l'église d'occident, en conférant à l'évêque
la principale magistrature. De plus, il faut y ajouter la sanction, donnée
par Gratien et Valentinien, à
la coutume d'en appeler à Rome, et les pèlerinages fréquents aux tombes
de saint Pierre, de saint Paul et d'autres martyrs. »
Après
la mort de Constantin, les chances variées de l'empire romain paraissent
avoir coopéré à l'avancement de l'église apostate et au développement
de l'Antichrist ; car l'église n'avait pas encore été unifiée sous un
chef ou pape, regardé comme le représentant ou vice-gérant de Christ.
Les empereurs qui succédèrent à Constantin jusqu'à Théodose continuèrent
à se considérer comme les chefs de l'Église, en qui se concentrait
l'autorité divine. Bien qu'aucun des 1800 évêques de l'empire ne fût
encore préparé pour demander à être reconnu comme le
chef ou pape, plusieurs avaient jeté les yeux sur cette bonne fortune et
montraient aux empereurs le peu de fondement de leurs prétentions au
titre de Pontifex Maximus, en se servant de cet argument que
puisqu'ils adoraient les saints morts, ils ne devaient pas avoir moins de
respect pour leurs représentants vivants — les évêques. Néanmoins
dans leurs édits, les empereurs firent fréquemment allusion à l'empire
comme à une hiérarchie divine et à eux-mêmes comme à des personnages
divins.* [ Voy. Gibbon, volume II, page 108.]
La
puissance et la suprématie de l'évêque de Rome augmentèrent à vue d'œil
: cinquante ans après que le christianisme eut été légalement établi,
son opulence et sa dignité comme évêque de la ville capitale du monde
étaient vraiment grandes. Ammianus, historien contemporain, décrivant
son opulence et son ostentation, dit : « II surpassait les rois en
splendeur et en magnificence, se faisant traîner dans de majestueux
chariots ; parés de fins atours, il se distinguait par son luxe et son
orgueil. » Le transfert à Constantinople du siège de l'empire, la
menace pour la ville de Rome de l'invasion des barbares du nord, le
changement continuel des généraux et des gouverneurs dans l'empire en décadence,
faisaient de l'évêque de Rome l'être officiel le plus honoré, comme y
étant le plus stable ; son prestige croissant graduellement s'augmenta
encore, aussi bien par le transfert des splendeurs rivales de la cour impériale
à Constantinople que par la vénération attachée au nom de Rome par
tous les peuples du monde.
Pour illustrer cela, nous faisons remarquer que, en
l'an 455, lorsque la ville de Rome fut envahie et pillée par les vandales
et que tous les environs étaient dans la détresse et la désolation, Léon,
l'évêque de Rome, crut le moment opportun de proclamer le pouvoir
spirituel pour impressionner les barbares et les Romains. Il se montra aux
grossiers et superstitieux barbares, déjà fortement impressionnés par
ce qu'ils voyaient autour d'eux de la grandeur de Rome et de ses richesses,
revêtu de ses vêtements pontificaux en s'écriant : « Méfiez-vous,
je suis le successeur de saint Pierre, celui à qui Dieu a donné les
clefs du royaume des cieux et contre qui les portes de l'enfer ne peuvent
prévaloir ; je suis le représentant vivant du pouvoir divin sur la terre
; je suis César, un César chrétien, gouvernant dans l'amour et à qui
tous les chrétiens doivent obéissance ; Je tiens en mes mains et les malédictions
de l'enfer et les bénédictions du ciel ; je relève tous les sujets de
l'obéissance aux rois ; je donne et j'enlève, par droit divin, tous les
trônes et toutes les principautés de la chrétienté. Prenez garde
maintenant de profaner le patrimoine qui m'est donné par votre invisible
roi ; pliez devant moi vôtre cou et priez pour que la colère de Dieu
soit écartée. »
L'évêque de Rome se hâta de profiter des avantages que lui
donnait la vénération du nom et de la place ; il prétendit bientôt à
la supériorité sur tous les autres évêques, gouverneurs et maîtres.
Il prétendit non seulement à la domination ecclésiastique du monde,
mais aussi à la domination civile. Dieu, disait-il, ayant investi l'église
de Rome de la domination de la terre, par droit d'héritage avec le droit
de couronner et de découronner, d'élever et d'abaisser tous les
gouverneurs du vieil empire romain. Ces prétentions furent si souvent émises
et si souvent repoussées par des évêques concurrents qu'il est presque
impossible de fixer la date exacte où elle commencèrent. La Papauté,
elle, prétend qu'elle fut organisée dans les jours des apôtres et que
Pierre fut le premier pape ; mais cela est non seulement sans preuve, mais
très positivement contredit par l'histoire tout entière. Cette dernière
montre que quoique l'iniquité de l'ambition travaillât secrètement
pendant un temps, assez long, elle fut empêchée de se développer en
Antichrist jusqu'à ce que l'empire romain ait commencé à se désagréger.
Dès
maintenant nous avons affaire avec l'Antichrist dont le développement
graduel et l'organisation provenant d'une ambition agissant secrètement
ont été un prélude frappant du terrible caractère qui s'est déployé
après que le pouvoir convoité eut été saisi — de l'an 539 à l'an
1799, soit pendant 1260 ans. De cette période, les 300 premières années
marquent l'augmentation de son pouvoir temporel ; les 300 dernières
marquent son déclin sous l'influence de la Réformation et de la
civilisation ; la période intermédiaire de sept siècles embrasse le
temps de la gloire de la Papauté et les « âges de ténèbres »
du monde, pleins d'impostures et de tromperies faites au nom de Christ et
de la vraie religion.
Un écrivain catholique romain appuie pleinement nos conclurions sur ce
sujet et nous présentons ses paroles, sans nous occuper autrement de leur
apprêt, comme étant un témoignage corroboratif. Il donne, avec un
enthousiasme ardent, une description du développement de la Papauté et
la décrit comme une plante d'origine céleste et, par suite, de
croissance rapide et de haute exaltation dans le monde, disant :
« L'accroissement du pouvoir temporel des papes présente à
l'esprit un des phénomènes les plus extraordinaires que les annales de
la race humaine aient offert à notre stupéfaction et à notre
admiration. Par une singulière combinaison de concours de circonstances,
un nouveau pouvoir, une nouvelle domination s'éleva silencieusement et de
façon continue sur les ruines de cet empire
romain qui avait établi son influence sur presque toutes les
nations et races qui vivaient pendant la période de sa force et de sa
gloire et s'était fait respecter par elles. Cette nouvelle puissance exerça
bientôt une plus grande autorité que l'empire dont elle vit les ruines
gigantesques se briser en fragments et tomber en poussière. Dans Rome même,
le pouvoir du successeur de Pierre crût côte à côte avec celui de
l'empereur et sous son ombre protectrice ; l'influence croissante des
papes fut telle que la majesté
du souverain pontife semblait vouloir bien vite éclipser la splendeur de
la pourpre.
« Le transfert, par Constantin, du siège de l'empire de l'occident
en orient, des rives historiques du Tibre aux merveilleuses côtes du
Bosphore, posa la base d'une souveraineté qui commença en réalité
lors de cet important changement. En effet, c'est presque de ce jour
que Rome, qui avait été témoin de la naissance, de la jeunesse, de la splendeur et du déclin de la puissante race qui avait
transporté son nom avec ses aigles dans les régions lointaines du monde
connu alors, fut graduellement abandonnée par les héritiers de son renom,
et ce peuple romain, déserté par les empereurs, en proie facile aux
ravages des barbares auxquels ils n'avaient plus le courage de résister,
mit sa confiance dans l'évêque de Rome,
son gardien, son protecteur, son père. D'année en année,
l'autorité temporelle des papes prit plus de forme et augmenta en force,
sans violence, sans effusion de sang,
sans fraude, par la force de circonstances irrésistibles,
amenées visiblement comme par la main de Dieu. »
Tandis
que les catholiques romains représentent ainsi l'élévation de la Papauté
sur les ruines de la Rome païenne, comme un triomphe du christianisme,
ceux qui connaissent le véritable esprit de ce dernier cherchent en vain
quelque trace de cet esprit dans la prostitution de l'église et dans son
alliance impure avec le monde. Le vrai chrétien ne peut voir, dans les
avantages fournis par l'ignorance, la superstition, les calamités et les
différentes circonstances des temps dont l'église de Rome tira parti,
aucune évidence d'une intervention divine en sa faveur. Il n'est pas non
plus possible de découvrir dans l'exaltation de l'église de Rome au
pouvoir et à la gloire terrestres, aucune preuve des promesses du
Seigneur à la véritable Église, quant à son exaltation dans le
propre temps — après que l'Antichrist serait venu et s'en serait
allé ; car l'exaltation de la véritable Église ne sera pas sur un trône
taché de sang et souillé de crimes comme le trône de la Papauté l'a été
depuis son commencement ; et le vrai Christ n'aura
jamais besoin d'en appeler aux rois de la terre pour établir son
pouvoir ou le défendre. Les signes qui distinguent la contrefaçon du
vrai royaume de Christ sont facilement reconnaissables pour ceux qui sont
instruits par les Écritures, de ce qu'est le vrai Christ et son corps, la
véritable Église, les principes sur lesquels son royaume sera établi et
le but de son établissement.
Mais
personne ne doit supposer que, même en ces temps corrompus, l'Église réelle
de Christ se soit jamais éteinte ou ait été perdue de vue. « Le
Seigneur connaît ceux qui sont siens » dans tous les âges et dans
n'importe quelle condition. Dieu permit que, comme blé, ils crussent au
milieu d'un champ rempli d'ivraie ; que, comme or, ils fussent dans la
fournaise, pour être purifiés et éprouvés et rendus
« propres pour l'héritage des saints dans la lumière ».
Il est vrai que la course de la multitude de ceux qui s'appelaient chrétiens
occupe la place la plus proéminente dans les pages de l'histoire, mais il
n'y a aucun doute que, au milieu de toutes les séductions du mystère de
l'iniquité et malgré toutes les persécutions, il ne soit resté un
petit nombre de fidèles qui ont marché dignes de leur haut appel : il
leur fut donné de se reposer, inscrits par Dieu comme héritiers de la
couronne qui ne se flétrit pas et qui est réservée pour eux dans les
cieux.
Ainsi,
le fait est clairement indiqué dans les pages de l'histoire que cet homme
du péché, l'Antichrist, est né à Rome ; que malgré l'opposition qu'on
lui fit au commencement, il s'éleva graduellement au pouvoir ; ou, ainsi
que cela est exprimé dans la prophétie de Daniel, comme « une
petite corne » il s'éleva, sortant de la tête de cette vieille bête
romaine, cette « grande et terrible bête » pour laquelle
Daniel ne trouva aucun nom, qui eut un tel pouvoir pour blesser et détruire.
Et, par la suite, nous trouvons que l'histoire de l'Antichrist correspond
exactement, non seulement avec la prophétie de Daniel, mais avec toutes
les prophéties qui le concernent.
LE CARACTÈRE DE L'ANTICHRIST DANS L'HISTOIRE
Ayant identifié l'Antichrist, nous voulons tout d'abord comparer
les caractères de la Papauté avec les prophéties qui en parlent et qui
décrivent le caractère et les agissements de l'Antichrist, ou l'homme du
péché.
Quelques-uns pourraient demander s'il est juste de laisser de côté les
empereurs de Rome (qui prétendaient au suprême gouvernement religieux),
en n'appelant pas leur système l'Antichrist, mais en appliquant complètement
et entièrement ce titre à l'organisation du système papal. Nous répondons
que cela est certainement juste, et nous renvoyons de nouveau le lecteur
à la définition que nous avons déjà donnée de l'Antichrist, telle
qu'elle est employée dans les Écritures, c'est-à-dire :
« à la place de », « au lieu
de ». Pour répondre à cette
définition, il doit prétendre être un empire spirituel,
prétendre gouverner les royaumes de la terre par cette autorité
spirituelle ; il doit, non seulement être un antagoniste, mais une
contrefaçon, une fausse représentation, une prétention d'être le
royaume de Christ et exerçant
ce qui, au temps marqué par Dieu, sera l'autorité du vrai Christ, l'Église
glorifiée et complète sous le vrai Chef et Seigneur — le réel Pontifex
Maximus.
Non seulement la Papauté prétend être le royaume glorifié de
Christ, promis par le Seigneur, par les apôtres et par les prophètes,
mais elle applique à elle-même et à ses chefs successifs (les papes qui
prétendent prendre la place de Christ comme pontifes, chefs ou
rois de ce royaume) tous les passages des prophètes qui décrivent
la gloire millénaire du Christ. « Séduisant les autres et étant séduits »
eux-mêmes par leurs fausses théories, développées lentement pendant
des siècles par une ambition coupable des grandeurs, les papes ont arrangé
les uns après les autres les titres de tous ceux qui sont associés dans
cette hiérarchie, leurs vêtements splendides, leurs imposantes cérémonies,
leurs grandes cathédrales avec des services solennels inspirant la
crainte, cela sur une échelle qui correspondait autant qu'il était
possible avec leurs prétentions — entourages splendides, vêtements et
cérémonies, assortis dans la mesure du possible avec les gloires et la
grandeur décrites par les prophètes.
Nous lisons par exemple dans le Psaume 2 : 10-12 : « O rois
de la terre !... baisez le Fils, de peur qu'il ne s'irrite et que vous ne
périssiez dans votre voie ; car bientôt s'embrasera sa colère. »
II n'est pas commandé ici de baiser littéralement, mais de se rendre
volontairement à notre Seigneur, par une soumission joyeuse. Cela
s'applique à l'heure présente, à notre époque préparatoire du grand
et véritable règne millénaire du vrai Christ, où les rois et les
grands de la terre, au point de vue politique, social, financier et ecclésiastique,
seront jugés d'après leur bonne ou mauvaise volonté à s'incliner
devant les justes règlements qui doivent entrer en œuvre maintenant.
Ceux qui résistent à la justice, résistent au sceptre de ce Roi de
gloire, et tous ceux-là seront renversés dans le grand temps de détresse
qui introduira le règne millénaire du nouveau Roi. Tous ceux qui ne
voudront pas de lui pour régner sur eux seront détruits (Luc 19 : 27).
« Ses ennemis mordront la poussière », seront vaincus.
En appliquant à tort cette prophétie à son imitation du royaume, le chef représentant de l'Antichrist, le pape,
a, dans les glorieux jours de sa prospérité, amené les rois et les
empereurs à s'incliner devant lui comme devant Christ et à baiser son
gros orteil, appliquant cela à l'accomplissement de cette prophétie.
De semblables prétentions sont généralement considérées à la
légère par ceux qui étudient les prophéties et par les écrivains,
alors qu'ils recherchent et notent avec soin les immoralités ; en cela
ils errent grandement, parce que les crimes ont été assez abondants
dans tous les âges, pour que de telles descriptions prophétiques
spéciales, comme celles qui ont été données de l'Antichrist soient nécessaires.
Quand bien même il serait prouvé que ceux qui se rattachaient au grand
système papal ont été de vrais modèles de moralité, ce système ne
serait pas moins identique au caractère indiqué dans les Écritures
comme étant celui du grand Antichrist : le contrefacteur qui s'est arrogé
les titres, les privilèges, les pouvoirs et la révérence appartenant à
l'Oint de l'Éternel. Comme contrefacteur, il a aussi mal représenté le
plan de Dieu quant à la sélection d'un
« petit troupeau » ou Église, dans le temps présent,
et il a entièrement mis de côté la réelle espérance de
l'Église et les provisions du Seigneur pour les bénédictions du
monde durant le règne millénaire de Christ — qu'il présente comme
accompli par son propre règne.
Il est presque impossible d'évaluer les mauvais effets d'une telle
altération et défiguration du plan de Dieu. Ils ont été la source
directe d'où jaillirent toutes les doctrines corrompues qui furent
introduites les unes après
les autres pour aider aux prétentions et ajouter à la dignité de
l'Antichrist. Bien que la Réformation ait introduit, il y a trois siècles,
une ère d'étude de la Bible et de liberté de pensée et qu'elle ait
conduit au rejet de beaucoup de maux et d'erreurs, la contrefaçon avait
été élaborée et perfectionnée à un tel degré dans toutes ses
parties et dans ses institutions, elle avait si pleinement trompé le
monde entier que, même après que la Papauté eut été reconnue par
Luther et beaucoup d'autres comme le résultat inévitable de la grande
apostasie — l'Antichrist de la prophétie —, tandis qu'ils le dénonçaient
comme système, ils tenaient fermement à la fausse théorie qui conduisit
aux erreurs particulières, soit de doctrine soit de pratique, de la
Papauté. Jusqu'à nos jours, la grande majorité des protestants
acceptent la théorie de l'Antichrist : que le royaume de Christ a été
établi. Quelques-uns se sont efforcés de faire comme la Papauté,
d'organiser leur église avec une personne à leur tête, tandis que
d'autres remplacent la tête par un concile ou un synode ; mais tous sont
sous l'illusion imposée par la fausse et trompeuse interprétation des
doctrines des Écritures lancée par l'Antichrist que le règne du
royaume de Christ a lieu maintenant et non pas dans un temps à venir
; et niant l'âge à venir, comme le fait l'Antichrist, ils sont indifférents,
comme ce système l'a été, au plein développement de la sainteté parmi
les croyants et sont plutôt zélés pour accomplir maintenant le travail
qui doit se faire dans l'âge prochain, la conversion du monde ; ce
faisant, ils dénaturent souvent volontairement le plan de Dieu et sa
Parole. Ils inventent des théories pour effrayer le monde et le pousser
à faire profession de piété ; et volontairement aussi ils ont retours
à des méthodes mondaines et contestables qui s'ajoutent à leurs moyens
d'attraction pour rendre le plus séduisants possible leurs divers systèmes
aux inconvertis ; et, comme l'Antichrist, ils sont soucieux
d'avoir ces inconvertis et de les enregistrer dans leurs rangs pour en augmenter le nombre, et cela par orgueil afin
d'en faire parade.
Ceux-là
trouvent difficile de voir que la Papauté est l'Antichrist. Comment le
pourraient-ils, tant que leur foi n'est pas libérée du poison et que
leur raison est toujours fortement aveuglée par l'essence même des
erreurs de l'Antichrist. La magnificence, la grandeur
et la nécessité du royaume millénaire de Christ et de son œuvre
de bénir toutes les familles de la terre, doivent être vues avant que l'énormité
de la contrefaçon de l'Antichrist puisse être reconnue, ou avant que le
dégât qu'il a causé à la vérité et que son influence de
souillure et de désolation dans l'église nominale, ou temple de Dieu,
puissent être justement estimés.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de la perfection de cette
contrefaçon, lorsque nous réfléchissons qu'elle est l’œuvre de
Satan et qu'elle a été copiée sur les types et les illustrations de
la gloire à venir présentés dans les Écritures. Lorsque le grand
adversaire vit que le temps pour la sélection de l'Église était venu et
que les vérités implantées par notre Seigneur et par les apôtres
gagnaient rapidement du terrain sur les religions païennes, cherchant les
humbles partout où il y en avait, il essaya de détruire la pureté de l'Église
et de conduire dans de fausses voies ce qu'il ne pouvait plus arrêter.
Ainsi, le triomphe de l'Antichrist, aussi bien que sa puissance actuelle,
a été réellement un succès de Satan. Mais nous admirons ici la sagesse
de Dieu ; car, tandis que le succès de l'Antichrist, ainsi que son
pouvoir présent, semblait le présage de la défaite du plan de Dieu, il
coopérait réellement, bien qu'à son insu, à en assurer le succès ;
parce que les vrais consacrés n'auraient pu être en aucune autre façon
si complètement éprouvés, ni leur fidélité à la Parole de Dieu si
pleinement mise à l'épreuve que par la permission de cette grande
contrefaçon.
|
L'ÉGLISE DE DIEU
LA SACRIFICATURE ROYALE
|
|
LE
VRAI TYPE
Aaron,
et
ses successeurs — le Souverain Sacrificateur ou grand prêtre,
chef, représentant et
porte-parole.
|
LA RÉALITÉ
Pendant le millénium
Christ-Jésus,
notre Seigneur, Chef et représentant ; le Souverain Sacrificateur de
notre profession ou ordre.
|
LA
CONTREFAÇON
Les Papes,
chacun à son tour, souverain pontife de la
hiérarchie Papale ; son seigneur, chef et porte-parole. |
|
Les sous-prêtres recevant leur dignité officielle, leurs droits et
privilèges de service par le moyen d'Aaron, dont ils représentaient
le corps, lequel typifiait l'Église de Christ.
|
L'Église
glorifiée, le corps de Christ, participe à sa gloire, à sa
majesté et à sa charge de gouverneur ; la position de chaque
membre différera comme une étoile diffère en éclat d'une autre.
|
L'église de Rome se compose d'évêques et
de prélats qui participent aux dignités de la hiérarchie, mais
chacun selon son grade d'honneur : cardinal, évêque, etc.
|
SOUS CES HIÉRARCHIES SONT DES ASSISTANTS INFÉRIEURS, SAVOIR :
|
Les Lévites
qui faisaient le service du tabernacle
typique — qui enseignaient, etc., etc. Un ordre inférieur de prêtres
qui ne devaient pas entrer ni regarder dans le Saint des saints (lequel
servait de type à la nature spirituelle).
|
La phase terrestre
du royaume de Dieu qui sera l'intermédiaire
de l'Église glorifiée pour gouverner et instruire le monde,
etc., et sera en communion intime avec l'Église spirituelle en
gloire.
|
Les Prêtres
de la papauté qui ne font pas partie et ne sont pas des membres
de l'église ou de la hiérarchie, mais sont appelés « frères »
et « sœurs ». Parmi eux sont recrutés le corps
enseignant, les infirmières, etc. Ils sont en contact direct avec
le peuple, aussi bien qu'avec la hiérarchie.
|
|
Tout Israël était enseigné et dirigé
par la hiérarchie sus-mentionnée. Dans Moïse qui fut un type du
Christ complet, ils avaient réuni en un seul, le prophète, le prêtre
et le roi, type de l'autorité millénaire du Christ. — Actes 3
: 22.
|
Le monde sera instruit, conduit, gouverné et aidé par le Royaume de
Dieu, ci-dessus mentionné et ses représentants terrestres. Tout
pouvoir leur sera donné et les hommes devront leur obéir ; celui
qui ne les écoutera pas « sera exterminé ». —
Actes 3 : 23.
|
La papauté exige que le monde obéisse et se conforme à ses
prescriptions et à ses enseignements comme étant le Royaume de
Dieu sur la terre. Le bas clergé est son agent. Pendant qu'elle
avait la puissance, elle s'efforçait de faire valoir ses
ordonnances et d'exterminer ceux qui ne lui obéissaient pas.
|
Le
tableau précédent servira à montrer combien la contrefaçon du royaume
de Christ à venir, par la Papauté, a été complète et comment elle a
été tirée du type sacerdotal Juif.
Mosheim, expliquant la naissance du système hiérarchique, dans l'Église,
montre très clairement cette contrefaçon en disant, au volume I, page
337 : «
Tant
qu'il resta quelque probabilité que Jérusalem pourrait prochainement à
un moment ou l'autre relever la tête de la poussière, les docteurs chrétiens
et les anciens ne se donnèrent aucun titre ou distinction. Mais lorsque
le sort de cette ville eut été décidé par Adrien (en l'an 135) et que
les Juifs ne purent plus garder le plus faible espoir de voir leur ancien
gouvernement rétabli, ces mêmes pasteurs et ministres conçurent l'idée
de faire croire à leur troupeau qu'ils avaient succédé aux droits de la
sacrificature juive. C'est pourquoi les évêques s'ingénièrent à
inculquer la notion qu'ils étaient investis d'un caractère ressemblant
à celui du Grand Prêtre des Juifs et étaient, par conséquent, revêtus
de tous les droits qui avaient été reconnus comme appartenant au Pontife
Juif. Les fonctions des prêtres juifs ordinaires furent transmis de
la même manière, mais sous une forme plus parfaite, aux anciens de l'Église
Chrétienne, et finalement les diacres furent placés sur le même pied
que les Lévites ou ministres inférieurs ».
LA TÊTE ET LA BOUCHE DE L'ANTICHRIST
LES GRANDES CHOSES QU'IL PROFÉRAIT
Le
pape (chaque pape à son tour) est la tête de la fausse église,
qui est son corps, de même que Christ Jésus est la tête de la véritable
Église, qui est son corps. Puisque la tête est le représentant du corps
et que sa bouche parle pour le corps, nous trouvons, ainsi que nous
devions nous y attendre, ce trait de l'Antichrist exprimé dans les Écritures
d'une façon marquante. Dans Daniel 7 : 8, 11, 25 et dans Apocalypse 13 :
5, 6, la bouche de l'Antichrist nous est montrée d'une façon particulière
comme une de ses principales caractéristiques. Daniel dit que cette corne
« avait des yeux comme des yeux d'homme », symbole de
l'intelligence et d'une politique clairvoyante. Cette « corne »
devait être différente de tous les autres pouvoirs ; elle devait être
plus sage, plus habile que les autres empires qui essayèrent de gouverner
le monde ; mais sa puissance résidait plutôt dans sa bouche (ses
expressions), guidée par ses yeux (sa connaissance), que dans sa force
physique. Il n'est personne d'initié avec l'histoire de la Papauté qui
puisse nier que les figures employées pour illustrer son pouvoir et ses méthodes
ne soient remarquablement justes.
« Et il lui fut donné une bouche qui proférait de grandes choses...
Elle ouvrit sa bouche en blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom
et son habitation, et ceux qui habitent dans le ciel. » « Et
il proférera des paroles contre le Très-Haut. » – Apocalypse 13 : 5, 6 ;
Daniel 7 : 8, 25, D.
Il ne
faut pas oublier que ces expressions sont figuratives et descriptives du
caractère et des prétentions d'une « bête » symbolique (gouvernement)
et d’une « corne »
(pouvoir) qui sort de l'ancienne bête ou empire Romain. A certains égards
la Papauté fut un nouveau gouvernement (« bête ») distinct
de l'ancien empire romain, et à d'autres égards, elle fut une corne ou puissance parmi d'autres sorties de cet empire, et qui, pour
un temps, exerça une autorité supérieure sur les autres cornes ou
pouvoirs. C'est pour la désigner plus exactement et pour la localiser
qu'elle est présentée en symbole sous ces deux apparences.
Les
grandes paroles orgueilleuses, ou blasphématoires, de l'Antichrist
couvrent la période tout entière de sa longue carrière. L'expression
« blasphème » est habituellement employée de nos jours
dans le sens le plus commun et est appliquée seulement aux formes les
plus vulgaires de malédiction et de profanation. Mais le mot « blasphème »
dans sa vraie signification s’applique à toute indignité vis-à-vis de
Dieu. Bouvier le définit ainsi : « Blasphémer »,
c'est attribuer à Dieu ce qui est contraire à sa nature, ce qui ne lui
appartient pas, et nier ce
qui lui appartient ». —
Voyez le dictionnaire de Webster aux mots blasphème et blasphématoire.
(*) [Larousse. — Parole ou discours impie qui outrage la
divinité, la religion.] C'est là le sens dans lequel le mot blasphème est employé dans les Écritures,
comme nous le montre la manière dont notre Seigneur et les pharisiens
employaient ce mot. Les Juifs répondirent : « Ce n’est pas pour
une bonne œuvre que nous te lapidons, mais c’est pour un blasphème, et parce qu'étant un homme tu te
fais Dieu Jésus leur répondit : Dites-vous, tu blasphèmes, à moi que
le Père a sanctifié et qu'il a envoyé dans le monde, parce que j'ai
dit : Je suis le Fils de Dieu ? » — Jean 10 : 33, 36 ; voy.
aussi Marc 14 : 61-64.
Ayant
ainsi devant nous la définition convenable du mot « blasphème »,
il devient évident, même pour les plus simples, que les paroles
orgueilleuses et arrogantes et les prétentions vantardes de la Papauté
ont toutes été des blasphèmes. L'établissement d'une contrefaçon du
royaume de Dieu fut une diffamation contre le gouvernement de Dieu, un
grossier blasphème et une représentation mensongère de son caractère,
de son plan et de sa Parole. Le caractère de Dieu, c'est-à-dire son
« nom », fut blasphémé par les milliers d'édits
monstrueux, de bulles et de décrets donnés en son nom, par la longue
lignée de ceux qui, en tant que vice-gérants (vicaires), ont prétendu
représenter son Fils ; le tabernacle de Dieu, la véritable Église,
fut blasphémé par le faux système qui prétendit prendre sa place,
disant que ses fidèles étaient le vrai et seul tabernacle ou Église de
Dieu. Mais nous devons laisser l'histoire nous parler de ces grandes
paroles orgueilleuses, de ces présomptions blasphématoires que les différents
papes ont émises et approuvées comme chefs de l'Antichrist.
Dans
un travail intitulé : « Le Pape, Vicaire de Christ, Chef de l'Église »,
par un célèbre catholique romain, Mgr Capel, se trouve une liste ne
comprenant pas moins de soixante-deux titres blasphématoires appliqués
au pape ; et, comme on peut le remarquer, ce ne sont pas des titres morts
du passé, vu qu'ils ont été fixés par un de leurs plus grands écrivains,
vivant encore.
Nous
citons de cette liste les vingt-sept titres suivants :
|
« Le
plus Divin de tous les Chefs.
Saint Père des Pères.
Pontife Suprême au-dessus de tous les Prélats.
Administrateur de la Religion Chrétienne.
Souverain Pasteur, — le
Pasteur des pasteurs.
Christ par Onction.
Abraham par Patriarcat.
Melchisédec selon l'Ordre.
Moïse en Autorité.
Samuel dans l'Office de Juge.
Souverain Sacrificateur, Suprême Évêque.
Prince des Évêques,
Héritier des Apôtres, — Pierre en Puissance.
Porteur des Clefs du Royaume des Cieux.
Ayant la charge de Pontife avec Pleins Pouvoirs.
Vicaire de Christ.
Souverain-Sacrificateur.
Tête de toutes les Saintes Églises.
Chef de l'Église Universelle.
Souverain Pontife, qui est l'Évêque des évêques.
Gouverneur de la Maison du Seigneur.
Seigneur Apostolique et Père des pères.
Principal Pasteur et Docteur.
Médecin des Âmes.
Rocher contre lequel les portes orgueilleuses de l'enfer ne prévalent
pas.
Pape Infaillible.
Chef de tous les Saints Prêtres de Dieu. » |
L'auteur ajoute à la longue liste des titres, dont ceux ci-dessus ne sont que des exemples, les citations
suivantes d'une lettre que saint Bernard, Abbé de Clairvaux, écrivait au
pape Eugène III, en l'an 1150 :
« Qui es-tu ? — Le Grand Prêtre, le Suprême Évêque. Tu es le
prince des Évêques, l'Héritier des Apôtres. Tu es Abel en primauté,
Noé en domination, Abraham par rang patriarcal, Melchisédec selon
l'ordre, Aaron en dignité,
Moïse en autorité ; Samuel dans l'office de juge ; Pierre en puissance ;
et CHRIST EN ONCTION. Tu es celui à qui ont été données les clefs du
royaume des cieux ; à qui ont été confiées les brebis. Il y a en vérité
d'autres portiers du ciel et d'autres bergers des troupeaux, mais tu es le
plus glorieux, comme ce que tu as de différentes façons hérité de ces
deux noms avant tous les autres... La puissance des autres a des limites
bien établies ; la tienne s'étend même sur ceux qui ont reçu autorité
sur les autres. Ne peux-tu pas, lorsqu'une juste raison se présente,
fermer les cieux à un évêque, le déposer de sa charge épiscopale
et le livrer à Satan ? Ainsi, ton privilège est immuable, aussi bien
pour les clefs qui t'ont été remises que pour les brebis confiées à
tes soins.
Tous
ces titres flatteurs et blasphématoires furent appliqués aux pontifes
Romains et reçus par eux avec complaisance et une satisfaction marquée,
comme leur appartenant légitimement.
Nous
avons du pape Boniface VIII le décret suivant qui existe encore dans la
loi commune : « Nous déclarons, disons, jugeons et prononçons
qu'il est nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d'être
assujettie au pontife romain ». Le pape Grégoire VII qui, dans
l'année 1063, ordonna que le pape serait appelé le « père des pères »,
tire ce qui suit de Genèse 1 : 16 pour appuyer ses prétentions papales :
« Dieu fit deux grandes luminaires dans l'étendue du ciel ; le
plus grand pour dominer sur le jour, le moindre pour dominer sur la
nuit ; grands tous deux, mais l'un est le plus grand. Dans le firmament
des cieux qui est l'Église universelle, Dieu fit deux grands
luminaires, c’est-à-dire
qu'il institua deux dignités, qui sont l'autorité pontificale et le
pouvoir royal ; mais c'est celui qui préside sur le jour, le spirituel,
qui est le plus grand ; celui qui préside sur les choses charnelles
est le moindre ; car comme le
soleil diffère de la lune, ainsi les papes : diffèrent des rois. »
D'autres papes ont également adopté cette interprétation qui n'a fait
que renforcer l'idée de la suprématie papale.
Saint
Antoine, archevêque de Florence, après avoir cité le Psaume 8 : 4-8 :
« Tu l'as fait un peu moindre que les anges », etc., et
l'avoir appliqué à Christ, le transfère au pape par les paroles
suivantes : « Parce qu'il nous a quittés corporellement, il a laissé
son vicaire (substitut) sur la terre... le pape. Car le pape, d'après
Hostiensis, est plus grand qu'un homme et moindre qu'un ange, étant
mortel ; cependant il est plus grand en autorité et en puissance. Car un
ange ne peut consacrer le corps et le sang de Christ, ni absoudre ou lier,
pouvoir que les papes possèdent au plus haut degré. Un ange ne peut pas
non plus ordonner ou accorder des indulgences. Il est couronné de gloire
et d'honneur ; la gloire des éloges, parce que non seulement il est appelé
saint, mais très-saint. Qui pourrait hésiter
à l'appeler saint, lui que l'expression suprême d'une telle haute
dignité a exalté ? Il est couronné de l'honneur de la vénération, au
point que le fidèle peut baiser ses pieds. Nulle plus grande vénération
ne peut exister. « Prosternez-vous devant son marchepied ! »
(Psaume 99 : 5). Il est couronné de la magnificence de l'autorité, parce
qu'il peut juger tout le monde et ne peut être jugé par personne ; à
moins qu'il ne soit prouvé qu'il ait dévié de la foi [de l'Antichrist,
naturellement]. En conséquence, il est couronné d'une triple couronne
d'or, et est établi sur toute l'œuvre de ses mains pour disposer de tous
ses inférieurs. Il ouvre les cieux, envoie les coupables en enfer,
confirme les empires et régit le clergé tout entier ».
Le
Concile de Latran, dans sa première session, appela le pape le « Prince
de l'Univers » ; dans sa seconde session, « Prêtre et Roi qui doit
être adoré par tout le peuple et qui est vraiment semblable à Dieu »
; et dans sa cinquième session, il attribue à Léon X les prophéties,
qui se rapportent au glorieux règne de Christ, en ces termes : « Ne
pleure point, fille de Sion, car voici le Lion de la tribu de Juda, la
racine de David : voici, Dieu t'a suscité un Sauveur. »
Du Dictionnaire Ecclésiastique de Ferrari, ouvrage
classique de l'autorité catholique romaine, nous citons le rapport
condensé suivant sur le pouvoir papal, sous le mot papa (article
2) :
« Le pape est d'une telle dignité et grandeur, qu'il n'est pas
simplement un homme, mais pour ainsi dire comme Dieu et le vicaire [représentant]
de Dieu... Ainsi le pape est
couronné de la triple couronne comme roi des cieux,
de la terre, et de l'enfer. Non, que disons-nous, l'excellence et
la puissance du pape s'étendent non seulement
aux choses célestes, terrestres et infernales, mais il est au-dessus
des anges et est leur supérieur ; de sorte que s’il était possible que
les anges se détournassent de la foi, ou entretinssent des sentiments qui
lui fussent opposés, ils pourraient être jugés et excommuniés par le
pape... Il a une telle dignité et un tel pouvoir qu'il occupe un seul
et même tribunal avec Christ, et que tout ce qu’il fait semble
sortir de la bouche de Dieu Le pape est en quelque sorte Dieu sur la terre,
le seul prince des fidèles de Christ, le plus grand roi de tous les rois,
possédant la plénitude du pouvoir, auquel le gouvernement du royaume
terrestre et céleste a été confié ». Il ajoute plus loin :
« Le pape a si grande puissance et autorité qu'il peut modifier, révéler
ou interpréter la loi divine ». « Le pape peut parfois
contrecarrer la loi divine, en la limitait et en l’expliquant, etc. »
Ainsi,
non seulement l'Antichrist s'efforça d'établir l'église en puissance
avant le temps du Seigneur, mais il fut assez audacieux pour
essayer de « contrecarrer » et « modifier » les lois
divines afin de faciliter ses propres plans. Il a de cette manière
accompli la prophétie qui, plus d'un millier d'années auparavant, avait
déclaré : « II pensera changer les temps et la loi ».
— Daniel 7 : 25.
Dans
une bulle ou édit, Sixte V déclare :
« L'autorité donnée à saint Pierre et à ses successeurs par
l'immense puissance de l'éternel Roi, est au-dessus de tous les pouvoirs
des rois et princes terrestres ; elle prononce des décisions définitives
sur eux tous. Et si quelqu'un d'entre eux résiste aux ordres de Dieu,
cette autorité se venge sur eux plus sévèrement, en les faisant tomber
de leurs trônes, quelque puissants qu'ils puissent être et en les jetant
dans les parties les plus basses de la terre, comme ministres de
l'ambitieux Lucifer. »
Une bulle du pape Pie V, ayant pour titre : « La damnation et
l'excommunication d'Élisabeth, reine d'Angleterre et de ses adhérents
— avec addition d'autres châtiments », dit ce qui suit :
« Celui qui règne en haut, à qui tout pouvoir a été donné dans
les cieux et sur la terre, a institué une sainte église catholique,
apostolique (hors de laquelle il n'y a pas de salut) et il a donné plénitude
de pouvoir pour la gouverner
à un seul, savoir Pierre, le prince des apôtres et au successeur de
Pierre, l'évêque de Rome. Lui seul est fait prince sur tout le peuple et
sur tous les royaumes pour arracher, détruire, disperser, consumer,
planter et bâtir. »
Saint
Bernard affirme que « personne, si ce n'est Dieu, n'est semblable
au pape, ni dans les cieux, ni sur la terre ».
Le
pape Nicolas I dit de l'empereur Constantin qu’il conféra l'appellation de Dieu au pape, lequel étant Dieu,
ne peut en conséquence être Jugé par l'homme.
Le
pape Innocent III dit : « Le pape occupe la place du vrai Dieu »
; et la loi-canon, dans le commentaire, appelle le pape : « notre
Seigneur Dieu ».
Innocent et Jacobatius rapportent que « le pape peut faire à peu près
tout ce que Dieu peut faire », tandis que Décius rejette le mot
« à peu près » comme n'étant pas nécessaire.
Jacobatius et Durand assurent « qu'on
n'ose pas lui dire, pas plus qu'à Dieu : Éternel, que fais-tu ?
Et Antonin écrit :
« C'est à lui [au pape] qu'il appartient d'ordonner les choses qui
favorisent le bien public et d'éloigner celles qui l'entravent, tels que
les vices et les abus qui éloignent l'homme de Dieu... Et cela d'après Jérémie
1 : 10 [Ici encore une prophétie qui appartient au règne millénaire de
Christ est attribuée à l'Antichrist]. « Regarde, je t'ai établi ce jour-ci sur les nations et sur les royaumes pour
arracher et pour démolir, pour détruire et pour renverser » quant
à ce qui regarde les vices, « pour bâtir et pour planter »
en ce qui concerne les vertus. Pour ce qui est du pouvoir des papes sur
ceux qui sont en enfer, désignés par les poissons de la mer (Psaume 8),
parce que de la même manière que les poissons sont continuellement agités
par les vagues de la mer, ainsi ceux qui sont dans le purgatoire sont
continuellement maintenus en mouvement par les afflictions du châtiment.
Dieu a aussi assujetti au pape les poissons de la mer, c'est-à-dire ceux
qui sont dans le purgatoire
pour les soulager par des indulgences.
« Les
païens sont assujettis au pape qui préside dans le monde à la place de
Christ, Christ ayant plein pouvoir sur toute créature. Le pape est le
vicaire de Christ et personne ne peut légitimement se soustraire à son
obéissance, comme personne ne peut se soustraire légitimement à l'obéissance
à Dieu... Le pape peut punir les païens et
les nations barbares... Si les païens ne peuvent être punis par
le châtiment spirituel de l'excommunication et d'autres semblables, ils
peuvent toutefois être punis par l'Église au moyen de châtiments pécuniaires,
et de peines corporelles par les princes... L'Église peut punir
indirectement les Juifs par des châtiments spirituels, en excommuniant
les princes chrétiens auxquels tous les Juifs sont assujettis, s'ils négligent
de les châtier par des peines corporelles, lorsqu'ils font quelque
chose contre les chrétiens... Si l'on désire la conversion de certains, on peut les
y contraindre par la terreur et les coups, non en vérité pour qu'ils reçoivent
la foi, mais parce qu'ils ne doivent opposer aucun obstacle à la foi par
une obstination volontaire ; car le jugement de Dieu devrait être imité
pour la conversion des incrédules. »
Ceci
illustre très bien comment les erreurs de doctrine produisent l'injustice.
Les hommes peuvent être rapidement amenés à toutes les formes de cruauté
et d'oppression, si, premièrement, ils peuvent se convaincre eux-mêmes
que dans l'exercice de telles dépravations ils sont le plus semblables à
Dieu — des imitateurs de Dieu. Il est vraiment étonnant qu'avec toutes
les fausses idées et les terribles doctrines concernant le plan de Dieu
envers les hommes, par lesquelles Satan les a aveuglés et trompés au
moyen de la source papale de l'erreur, leur enseignant une ligne de
conduite en rapport avec leur nature déchue, les hommes soient demeurés
si doux et si modérés. Le même auteur continue ainsi :
« Le pouvoir du pape s'exerce sur les hérétiques et les
schismatiques, désignés aussi par les bœufs, parce qu'ils résistent à
la vérité avec les cornes de l'orgueil. Dieu les a aussi assujettis sous
les pieds du pape pour être punis au quadruple, c'est-à-dire par
l'excommunication, la déposition, la privation de leurs biens temporels
et la persécution militaire. Mais ils ne doivent être pris pour hérétiques
que lorsqu'ils refusent de renoncer à leurs doctrines pestilentielles et
s'entêtent réellement à les défendre... Le pape peut choisir ou élire
l'empereur. L'empereur est le ministre [serviteur] du pape, dans ce sens
qu'il est le ministre de Dieu, dont la place est remplie par le pape ;
car Dieu a député l'empereur comme ministre du pape... Je suppose qu'on
peut dire en vérité que le pape, le vicaire de Christ, a une juridiction
universelle des choses spirituelles et temporelles dans le monde entier, à
la place du Dieu vivant. »
Les proclamations suivantes des papes, glanées dans les « Actes et Monuments » de Fox, par H. G.
Guinness, un écrivain anglais connu, méritent une place marquante, et
nous pouvons sympathiser de cœur avec ses commentaires sur le système
dont la bouche prononce de telles choses, lorsqu'il dit : « Si celui
qui s'élève sera abaissé, quelle dégradation pourra être proportionnée
à une exaltation de soi-même telle que celle-ci ? »
« C'est pourquoi, vu qu'un tel pouvoir est donné à Pierre,
et à moi par Pierre, comme son successeur, qui est celui dans le monde
entier qui ne doive pas être assujetti à mes décrets, qui ont tel
pouvoir dans le ciel, dans l'enfer et sur la terre, sur les vivants et les
morts ?... La plénitude de mon pouvoir est si grande par la juridiction
de la clef qui m'a été donnée que tandis que tous me sont assujettis,
oui, et les empereurs eux-mêmes devraient me soumettre leurs arrêts, moi
seul ne suis assujetti aucune créature, ni à moi-même...; tous doivent me suivre,
m'obéir ; personne ne doit me juger ou m'accuser d'aucun crime ; et nul
ne peut me déposer, si ce n'est moi-même. Personne ne peut m'excommunier,
lors même que j'aurais des rapports avec les excommuniés ; car aucun
canon ne me lie. Personne n'oserait me mentir, car si quelqu'un me mentait,
il ne serait qu'un hérétique et un excommunié. Nous voyons donc ainsi
que la grandeur de la sacriflcature commença en Melchisédec, fut
solennisée en Aaron, perfectionnée en Christ, représentée en Pierre, exaltée
dans la juridiction universelle et manifestée dans le pape. Ainsi,
par la prééminence de ma sacrificature, toutes choses m'étant
assujetties, ce qui fut dit de Christ : Tu as assujetti toutes choses sous
ses pieds, semble se trouver bien vérifié en moi.
« Et de même, il faut admettre que l'évêque de cette Église
est toujours bon et saint. S'il tombe dans l'homicide ou dans l'adultère,
il peut pécher, mais il ne peut cependant être accusé mais plutôt
excusé par les meurtres de Samson et les vols des Hébreux, etc. Toute la
terre est mon diocèse et je suis l'Ordinaire (juge - trad.) de
tous les hommes, ayant l'autorité du Roi de tous les rois sur ses sujets.
Je suis tout en tous et au-dessus de tous à ce point, que Dieu lui-même
et moi, le vicaire de Dieu, avons un seul consistoire ; je suis capable de
faire à peu près tout ce
que Dieu peut faire. Dans tout ce que je désire, ma volonté tient lieu
de raison, parce que je puis par la loi dispenser au-dessus de la loi et
faire sortir la justice de l'injustice, en corrigeant les lois et en les
changeant. Si donc on dit que les choses que je fais viennent non de
l'homme, mais de Dieu, que pouvez-vous faire de moi,
sinon me faire Dieu ?… Il est en mon pouvoir de changer les
temps et les saisons, d'altérer ou d'abroger les
lois et de dispenser de toutes choses, même les préceptes de
Christ ; car si Christ ordonne à Pierre de remettre son épée dans
le fourreau, et s'il engage ses disciples à n'user d'aucune force extérieure
pour se venger eux-mêmes, n'écris-je pas, moi, pape Nicolas, aux évêques
de France pour les exhorter à tirer leurs épées matérielles ?... Si
Christ lui-même a été présent aux noces de Cana en Galilée, ne défends-je
pas, moi, pape Martin, au clergé spirituel d'assister aux repas de
mariage et aussi de se marier ? De plus, lorsque Christ ordonne de prêter
sans espoir de gain, ne puis-je pas, moi, pape Martin, en donner la
dispense ? Que dirais-je des meurtres, lorsque je fais passer comme n'étant
pas un meurtre ou homicide, la mise à mort des excommuniés ? De même
contre la loi naturelle, contre les apôtres et aussi contre le canon des
apôtres, je peux faire et je fais des dispenses, car, bien que dans leur
canon, ils commandent de déposer un prêtre pour fornication, j'altère
la rigueur de cette constitution, par l'autorité de Sylvestre, considérant
que les esprits et aussi les corps des hommes sont plus faibles qu'ils étaient
alors... Si vous désirez écouter brièvement tous les cas qui
appartiennent en propre à ma dispensation papale, il y a cent cinquante
points pour lesquels aucun homme ne peut s'entremettre, si ce n'est moi
seul. Je veux les réciter. (Ici
en suit la liste).
« Après avoir ainsi suffisamment démontré combien mon
pouvoir est grand sur la terre, au ciel et dans le purgatoire, je parlerai
maintenant un peu de mes richesses et de mes grandes possessions, afin que
chacun puisse voir mon opulence et l'abondance que j'ai de toutes choses
— rentes, dîmes et tributs, mes soieries, mes mitres de pourpre,
couronnes, or, argent, perles et diamants, terres
et seigneuries. Premièrement, la ville impériale de Rome
m'appartient ; le palais de Latran ; le royaume de Sicile est à moi en
propre ; l'Apulie et Capoue sont à moi.
De même les royaumes d'Angleterre et d'Irlande ne me sont-ils pas
ou ne devraient-ils pas m'être tributaires ? Joignez à cela, à côté
d'autres contrées et provinces en Orient et en Occident, ces provinces du
nord au midi qui se nomment [Ici suit une longue liste de noms]. Que
dirai-je de mes revenus journaliers, de mes prémices, annates, palliums,
indulgences, bulles, confessions, faveurs et rescrits, testaments,
dispenses, privilèges, élections, prébendes, maisons religieuses et
tant d'autres choses qui ne me rapportent pas mal d'argent ?... par quoi
on peut se faire une petite idée du gain qui rentre dans mes coffres...
Mais que dois-je dire de l'Allemagne, puisque le monde entier est mon diocèse,
comme le dit mon droit canon que tous les hommes doivent croire. C'est
pourquoi je conclus comme j'ai débuté et je commande, déclare et
prononce qu'il est nécessaire pour le salut de tous les hommes de m'être
assujetti. »
Beaucoup de personnes, de nos jours, semblent croire que ces
jactances de la papauté appartiennent seulement au passé lointain, et
qu'un grand changement s'est produit dans ce système ces derniers temps.
Mais un peu de réflexion et d'observation démontrera que ces sentiments
de la papauté sont toujours les mêmes. Nous devrions aussi nous rappeler
que la prétention constante de la papauté est que ses doctrines sont
immuables ; que les décrets de ses papes et de ses conciles sont infaillibles
; et que ces décrets, qui respirent le blasphème contre Dieu et la persécution
contre les saints, sont toujours tenus comme sacrés par l'église
catholique romaine d'aujourd'hui. Le seul changement survenu dans la
papauté est la perte de pouvoir, amenée par le réveil de la Réformation.
La volonté y est toujours,
mais le pouvoir d'exécution est restreint par l'accroissement de
connaissance et de liberté, pour lequel la Bible a été le principal
facteur. L'Antichrist est
« rendu graduellement impuissant » par le vrai Christ,
par l'esprit de sa bouche, sa Parole. Bientôt la lumière brillante de la
présence d'Emmanuel détruira entièrement la vaine gloire de la
contrefaçon, et libérera complètement le monde des chaînes de ses prétentions
illusoires et de ses erreurs.
Pour
illustrer les présomptions des derniers temps, notez le fait que le
dernier pape, en montant sur le trône prit le titre de Léon XIII, et peu
après, y ajouta lui-même Léo de tribus Juda, c'est-à-dire
« Le Lion de la tribu de Juda », un des titres du vrai Chef.
Par ces prétentions présomptueuses, il n'est sûrement pas en retard sur
ceux qui occupèrent le même office durant les sombres siècles passés.
Ce qui
suit, appelé L'Adoration, est encore une partie de la cérémonie
en rapport avec l'installation d'un nouveau pape. Celui-ci, habillé de
blanc, paré de nombreux diamants brillants, et revêtu de souliers
rouges, garnis de grandes croix d'or en guise de boucles, est conduit à
l'autel où il s'agenouille. Ensuite « le pape se lève et, ayant
revêtu sa mitre, il est levé par les cardinaux et placé par eux sur le
trône-autel pour s'y asseoir. Un des évêques s'agenouille, et le chant
du Te deum (ô Dieu, nous te louons) commence. Pendant ce temps les
cardinaux baisent les pieds, les mains et le visage du pape ». Une
monnaie, représentant cette cérémonie et frappée à l'hôtel des
monnaies du pape, porte les mots : « Ils adorent celui qu'ils ont créé »
.
Le cardinal Manning, le représentant en chef de la Papauté en
Angleterre, attire l'attention du public sur la clause suivante de la foi
catholique, tout en la confirmant :
« Nous déclarons, affirmons, définissons et prononçons qu'il
est nécessaire au salut de toute créature humaine qu'elle soit
assujettie au Pontife Romain. » Dans un discours qui a été publié,
il fait dire ce qui suit au pape : « Je prétends être le Juge Suprême
et le Directeur des consciences des hommes ; du paysan qui laboure la
terre au prince qui est assis sur le trône ; de la famille qui vit retirée
au législateur qui donne des lois au royaume. Je suis le seul, dernier et
Suprême Juge de ce qui est juste et injuste. »
Nous
ne devrions pas oublier, en observant ces exemples modernes « de
discours enflés de vanité » de la Papauté, le remarquable décret
du Concile Œcuménique, tenu à Rome en 1870, qui proclama
l'infaillibilité du pape. Il est vrai que de tout temps les papes présomptueux
avaient prétendu à l'infaillibilité et que des évêques et des
princes, désireux de flatter leur orgueil, les avaient virtuellement
appelés ainsi dans cette déclaration : « Tu es un autre dieu sur
la terre » ; mais il restait à un concile papal, dans ce XIXme
siècle de lumière, de faire connaître au monde, froidement et
délibérément, la grandeur de ce « dieu sur la terre »
et de proclamer qu'il est presque aussi parfait que l'autre Dieu
dans les cieux ; qu'il ne peut pas plus se tromper que l'autre ; que
lorsqu'il parle ex-cathedra, le pape est infaillible —
qu'il ne se trompe pas.
Le vote du concile fut émis le 13 juillet
1870, et le 18, le décret fut formellement promulgué avec cérémonie
dans la grande cathédrale de St-Pierre à Rome. On lira avec intérêt la
description suivante de cet événement, donnée par le Dr. J. Cummings de
Londres. Il dit : « Le pape avait un grand trône, érigé devant
les fenêtres de la façade est de St-Pierre ; il s'enveloppa dans un véritable
scintillement de pierres précieuses et s'environna de cardinaux, de
patriarches et d'évêques en vêtements splendides, pour une représentation
théâtrale des plus grandioses. Il avait choisi une heure matinale et les
fenêtres à l'orient, afin que le soleil levant pût lancer ses pleins
rayons sur sa magnificence et que, par ce fait, ses diamants, ses rubis et
ses émeraudes les reflétassent et produisissent une telle réfraction
qu'il devait apparaître, non un homme, mais ce que le décret le
proclamait, un être ayant toute la gloire de Dieu... Le pape se plaça de
bonne heure à la fenêtre à l'orient... mais le soleil refusa... de
luire. L'aurore pâle et triste s'assombrit rapidement jusqu'à une très
profonde obscurité. Le glorieux éblouissement ne put être produit. Les
yeux usés de celui qui se prétendait Dieu ne pouvaient voir assez pour
lire à la lumière du jour et il fallut apporter des chandelles. Cette
lumière ayant encore plus fatigué ses nerfs visuels, le pape demanda à
l'un des cardinaux de faire la lecture. Celui-ci commença à lire au
milieu d'une obscurité croissante ; mais à peine avait-il lu quelques
lignes que jaillirent du ciel d'un noir d'encre une lueur livide et un
craquement étourdissant tels que jamais encore pareille chose n'avait été
vue à Rome. Une grande terreur saisit toute l'assistance et le lecteur
s'arrêta. Un cardinal sauta tout tremblant de sa chaise en s'écriant :
« C'est la voix de Dieu qui parle, les tonnerres du Sinaï ».
Parmi
les prétentions blasphématoires de l'Antichrist, il est plusieurs de ses
doctrines qui devraient être rappelées, particulièrement celle de la
messe, dont nous parlerons dans un autre volume. Passant sur le culte
rendu aux saints et à la vierge Marie, nous voulons indiquer
quelques-unes des erreurs encore plus graves.
L'infaillibilité de l'Église fut l'une des premières et elle prépara la voie aux
autres. Proclamée avant que le pape fût reconnu comme tel, elle fut une
erreur des plus sérieuses et barra le chemin à la rectification
d'erreurs qui furent découvertes dans la suite. Elle plaça les décrets
des conciles de l'église au-dessus de toute contradiction ou discussion,
soit par la raison, soit par l'Écriture, et fit de l'ignorance, de la
faiblesse et des fausses conceptions humaines la mesure ou règle de la
foi à la place de la Parole de Dieu, la Bible ; car lorsqu'il fut établi
que la voix des conciles de l'église était infaillible, toutes
choses durent s'arranger pour s'y conformer ; et chaque concile se sentit
lié de ne rendre aucune décision qui fût contraire à celle des
conciles précédents ; ceux qui auraient fait autrement se seraient exposés
à être répudiés. Ainsi lorsqu'une erreur avait été une fois affirmée,
elle ne pouvait plus être niée, ni même abandonnée. La Bible et la
raison durent être interprétées et tordues de manière à s'accorder
avec les décrets infaillibles d'hommes faillibles. Il n'y a donc
rien d'étonnant à ce qu'il ait été nécessaire de requérir de véritables
experts en théologie pour interpréter
les Écritures et les faire concorder avec leurs soi-disant décrets
Infaillibles.
Proscription de la Bible. L'histoire de la Papauté montre
clairement que, tout en professant vénérer la Bible comme étant la
Parole de Dieu, elle la plaçait à l'arrière-plan et mettait au premier
rang ses propres paroles infaillibles. Non seulement cela, mais le
pape proscrivit entièrement la Parole de Dieu, comme étant
peu propre à être lue, et dangereuse pour le peuple, afin que sa
propre parole infaillible pût avoir une pleine autorité. Il savait très
bien que la Bible était dangereuse pour son pouvoir et une dénonciation
constante de ses prétentions blasphématoires.
Dans
les jours de la puissance papale, la possession ou la lecture de la Bible
par le peuple étaient traitées comme une offense criminelle. L'art de
l'imprimerie vers le XVIème siècle et la renaissance générale
de l'instruction qui en fut le résultat, assurèrent la résurrection de
la Bible hors du sépulcre des langues mortes, où l'Antichrist l'avait si
longtemps tenue cachée en en interdisant la traduction sous peine de sévères
châtiments. Lorsqu'un réveil de l'esprit d'indépendance commença à la
répandre parmi le peuple par les langues vivantes, les Bibles furent
souvent brûlées, et longues et terribles furent les malédictions
impitoyables qui sortirent du Vatican contre les pécheurs audacieux qui
osaient traduire, publier ou lire la Parole de Dieu.
Lorsque Wiclef publia sa traduction, le pape Grégoire envoya une bulle à
l'université d'Oxford, condamnant le traducteur comme « étant tombé
dans un genre de crime détestable. » La traduction de Tyndale fut
aussi condamnée ; et lorsque Luther publia sa traduction allemande, le
pape Léon X lança une bulle contre lui. Mais l'œuvre n'en progressa pas
moins avec rapidité ; la Bible devait avoir une résurrection complète
et était destinée à déverser sa lumière sur les
hommes de toute nation et de toute langue. L'église de Rome s'en
aperçut lentement et résolut pour cela de permettre la traduction des Écritures
en langue moderne par des traducteurs catholiques, en y ajoutant des
commentaires catholiques. Ce n'était pas cependant pour les donner au
peuple, excepté dans le cas où il y avait danger que celui-ci ne reçût
des traductions protestantes. La traduction de Reims le déclare.
Ce qui
suit montre le caractère de certaines des Notes de cette
traduction de Reims - Douai (1578 — trad.), qui a été remplacée plus
tard (1610 — trad.) par la
version de Douai, très ressemblante, mais avec moins de notes
remarquables. Sur Matthieu 3, il est dit dans une de ces notes « Les
hérétiques peuvent être punis et supprimés ; ils peuvent et doivent être
châtiés ou exécutés par l'autorité publique. » Une autre note
sur Galates 1 : 8 se lit : « Les catholiques ne devraient
pas épargner leurs propres parents s'ils sont hérétiques. »
Sur Hébreux 5 : 7 la note dit : « Les traducteurs de la Bible
protestante devraient être envoyés dans les profondeurs de l'enfer ».
Et sur Apocalypse 17 : 6 le commentaire
dit : « Mais le sang des protestants n'est pas appelé le sang des
saints, pas plus que celui des voleurs, des meurtriers ou d'autres
malfaiteurs répandu par ordre de la justice, et pour le meurtre desquels,
aucun gouvernement n'a à répondre. »
Nous donnons ici quelques-unes des restrictions qui furent imposées
lorsqu'il fut reconnu que la lecture de la Bible ne pouvait pas être entièrement
empêchée. L'article 4 de l'Index Expurgatoris dit :
« Si quelqu'un a la témérité de lire ou de posséder la Bible
sans autorisation écrite, il ne doit pas recevoir l'absolution avant
d'avoir remis cette Bible au préposé. — Les libraires qui auront vendu
ou disposé de quelque autre façon de Bibles en langues vulgaires à
quelqu'un non pourvu d'une telle permission, perdront la valeur des livres...
et seront soumis par l'évêque à tels autres châtiments que celui-ci
jugera convenable, d'après la gravité de l'offense. »
Le
concile de Trente dit dans sa session de 1546 :
«
Afin de restreindre les esprits pétulants, le concile décrète que, en
matière de foi et de morale et de quoi que ce soit concernant le maintien
de la doctrine chrétienne, personne ne devra, se confiant en son propre
jugement, oser tordre ou fausser les Écritures sacrées à son propre
sens, contrairement à celui qui a été attaché et est encore maintenu
par la sainte église-mère, qualifiée pour juger du sens véritable. »
Ce qui
suit est extrait de la bulle de Pie VII au Primat de Pologne, le 29 juin
1816, contre les Sociétés Bibliques :
« Nous avons été vraiment affligé de cette invention pernicieuse
par laquelle les fondements mêmes de la religion sont minés, et vu la
grande importance du sujet, en ayant conféré en concile avec nos vénérables
frères, les cardinaux de la sainte Église Romaine, nous avons, avec
le plus grand soin et une attention extrême, délibéré sur les
mesures propres à être adoptées par notre autorité pontificale afin de
remédier autant que possible à cette peste et de l'abolir. Vous
avez déjà montré, de votre plein gré, un ardent désir de découvrir
et de renverser les machinations impies de ces innovateurs, cependant,
nous conformant à notre office, nous vous exhortons de plus en plus que
tout ce que vous pouvez accomplir par votre pouvoir, préparer par conseil,
ou effectuer par autorité, vous l'exécutiez journellement avec la
plus grande ardeur… La
Bible imprimée par les hérétiques doit être mise au rang des autres
livres prohibés, conformément aux règles de l'Index. »
Le même
pape, dans l'année 1819, lança une bulle contre ceux qui se servaient
des Écritures dans les écoles d'Irlande ; nous en citons ce qui suit :
« La
congrégation du Saint-Office a été informée que des écoles de la
Bible, soutenues par les fonds des hétérodoxes, ont été établies dans
presque toutes les parties de l'Irlande, par lesquelles les personnes sans
expérience des deux sexes ont été infectées du poison fatal de
doctrines dépravées... C'est pourquoi tous les efforts possibles doivent
être faits pour éloigner la jeunesse de ces écoles funestes...
Travaillez de tout votre pouvoir pour éviter à la jeunesse orthodoxe d'être
corrompue par eux ; ce qui pourra, je l'espère, être facilement obtenu
par l'établissement d'écoles catholiques dans tout votre diocèse. »
Nous
avons ici l'aveu candide du but réel de l'établissement des écoles
paroissiales catholiques en Angleterre et en Amérique du Nord, c'est-à-dire
la protection du système catholique même. L'Antichrist n'a pas d'autre
but en offrant l'instruction au peuple. L'ignorance et la superstition
sont les remparts de la papauté, et les siècles de sa puissance, y
compris ceux qui sont connus sous le nom d'âge des ténèbres, le
prouvent. L'instruction du
clergé ne fut pas négligée, bien que sous certaines restrictions. Mais
qu'aucun effort ne fut fait pour l'instruction du peuple, l'ignorance
profonde de tous les vieux pays catholiques romains en est une forte
preuve. Les écoles et la Bible ont toujours été les ennemis
insupportables de l'Antichrist et ne furent tolérées que lorsqu'elles
devinrent des nécessités ; — une fausse lumière dut encore être jetée
sur ces écoles pour préserver l'existence de l'Antichrist.
Nous
citons ce qui suit d'une bulle de Léon XII, lancée en 1825 au clergé
catholique d'Irlande :
« Ce n'est pas un secret pour vous, vénérables frères, qu'une
certaine société, vulgairement appelée la Société Biblique, se répand
audacieusement dans le monde entier. Au mépris des traditions des saints
pères, et en opposition au décret bien connu du Concile de Trente, cette
Société a concentré toutes ses forces et dirige tous ses moyens vers un
but : la traduction ou plutôt la perversion de la Bible dans la langue
maternelle de toutes les nations. »
Même le pape Pie IX exprima l'angoisse de son cœur de voir de
tous côtés le triomphe de ce grand ennemi de l'Antichrist — la Bible,
disant :
« Maudites soient ces sociétés pleines de ruses et de tromperies,
appelées Sociétés Bibliques, qui placent la Bible entre les mains de la
jeunesse inexpérimentée. »
II est vrai qu'en 1886, le Concile Plénier Catholique Romain de
Baltimore décréta qu'une Bible approuvée serait permise dans les écoles
catholiques des États-Unis. Cela ne signifie toutefois aucun changement
dans les sentiments réels de l'Antichrist ; mais c'est
simplement un autre coup de sa politique clairvoyante, par déférence
pour l'esprit de liberté régnant dans ce pays et qui déteste de telles
restrictions. Ce concile savait très bien que c'était la liberté
qui était demandée et non la Bible ; une enquête montre
d'ailleurs que maintenant,
plusieurs années après, la Bible ne se trouve pas du tout dans les écoles
catholiques de ce Pays.
La
doctrine de l'immortalité naturelle et inhérente de l'homme (qu'une
existence humaine qui a une fois commencé ne peut jamais cesser), fut une
autre fertile erreur empruntée aux philosophes grecs. Une fois admise,
elle conduisit naturellement à cette conclusion, que s'il faut que
l'existence continue à toujours, les expressions de la Bible
concernant la destruction finale des pécheurs volontaires, la seconde
mort, etc., doivent être expliquées de manière à signifier
juste le contraire de ce qu'elles disent, c'est-à-dire une vie éternelle
en un état quelconque. Il fut facile après cela de décréter que pour
le méchant cette existence serait une vie de souffrance ; et les
tourments furent souvent peints sur les murs des églises aussi bien
qu'ils étaient dépeints par les paroles de prêtres et de moines zélés.
Cette erreur s'imprima d'autant plus facilement chez les nouveaux
convertis que les philosophes grecs (alors les maîtres du monde en matière
de science, de religion et de philosophie, — dont les idées, comme le
montre Josèphe, avaient même commencé à colorer le judaïsme) avaient
depuis longtemps soutenu et enseigné un châtiment pour les méchants après
la mort. Il faut toutefois dire à leur décharge qu'ils ne sont jamais
descendus jusqu'aux horribles blasphèmes contre le caractère de
Dieu et son gouvernement, enseigné au monde par l'Antichrist. Il était
tout indiqué, après cela, de fixer un lieu pour ce tourment, de
l'appeler l'enfer et de chercher les passages de l'Écriture parlant du shéol,
du hadès et de la géhenne, qui dépeignent le
salaire réel du péché, la première et la seconde morts,
et de les appliquer adroitement, ainsi que les paraboles de notre
Seigneur et les symboles de l'Apocalypse, pour se tromper eux-mêmes sur
ce sujet et le monde entier avec eux ; et, chose plus grave, pour diffamer et blasphémer
le caractère et le plan de Dieu, notre tout sage et miséricordieux Père
Céleste.
Le purgatoire
fut introduit pour adoucir ces affreuses doctrines, les rendre plus
supportables et en même temps pour donner à l'Antichrist un moyen de
mieux tenir le peuple sous sa dépendance. Il prétendit tenir les clefs
du ciel et de l'enfer et avoir le pouvoir de remettre les peines du
purgatoire : non seulement la peine adamique et les infirmités qui en découlèrent,
mais aussi le châtiment pour les péchés volontaires et commis de propos
délibéré. On peut facilement concevoir quel levier puissant ce fut sur
un peuple ignorant — spécialement lorsque les empereurs et les princes
de la terre acceptèrent le trompeur et s'inclinèrent devant lui.
Les
messes pour les morts suivirent ; et pour les avoir, riches et pauvres se firent un devoir de
payer libéralement. L'efficacité des messes pour le soulagement des
souffrances du purgatoire est reconnue omnipotente, — à tel point que
ni même Jéhovah, ni Christ ne peuvent intervenir contre elles. Cela
devint une source de grands revenus pour l'Antichrist ; parce que si le
mourant était riche, les prêtres ne manquaient pas de lui rappeler
qu'avant son départ il devait laisser des legs pour faire dire des messes
pour lui-même, de peur que quelqu'un des héritiers de ses richesses ne négligeât
de le faire. En effet, nous trouvons cette même pensée exprimée
dans des journaux catholiques romains, où il est recommandé de dépenser
moins d'argent en fleurs pour les funérailles et un peu plus en messes
pour les morts.
Les indulgences
s'introduisirent quelque temps avant les « croisades ». Nous
savons que des indulgences furent offertes comme prime d'encouragement,
afin de s'assurer des volontaires pour ces
« croisades » ou « guerres saintes ». Par
un édit papal, quiconque voulait s'engager
dans ces guerres saintes recevait non seulement la rémission de ses péchés
passés, mais méritait aussi que ses péchés futurs fussent effacés et
qu'il fût ainsi garanti contre certaines souffrances du purgatoire. Les
catholiques romains nous disent que ces indulgences ne sont pas données
comme une licence pour faciliter le péché, mais en récompense du mérite
qui rachète ou annule un certain nombre de jours ou d'années
d'angoisse dans le purgatoire ; de sorte que si les péchés d'un homme
lui avaient valu mille ans de souffrance et si cet homme s'était, en une
ou plusieurs fois, assuré des indulgences pour mille ans, soit avec de
l'argent, soit par des services rendus à la papauté, ou encore en
faisant des pénitences, il s'en irait libre ; et s'il avait à son crédit
des indulgences pour neuf cents ans, il n'aurait que cent ans de
souffrances à endurer. Et il est probable que si le nombre de ses
indulgences dépassait de beaucoup les peines qui lui étaient dues, il
serait considéré comme un saint, possédant assez d'influence au ciel
pour être prié et adoré. Nous en avons un exemple dans le croisé
Louis, roi de France. Il fut canonisé et est maintenant prié et adoré
sous le nom de saint Louis.
S'il y
a en effet une différence entre cette manière de comprendre les
indulgences et celle qui estime qu'elles sont une licence pour commettre
le péché, elle est cependant bien petite ; car la papauté fixa pour les
différents péchés ordinaires un certain temps de souffrances. Non
seulement les péchés passés pouvaient ainsi être anéantis et effacés,
mais les personnes qui avaient des raisons de penser qu'elles pourraient
commettre certains péchés dans l'avenir, pouvaient ainsi pourvoir par
avance à leur annulation en faisant des œuvres méritoires. En outre, il
y a certaines de ces indulgences appelées
« plénières » [complètes, entières] qui sont
certainement comprises comme couvrant tous les péchés passés ou à
venir.
Il est presque incroyable que ces indulgences soient encore en
vogue aujourd'hui même. Les catholiques romains ont certaines prières
dont la répétition leur assure un droit d'indulgences pour une période
limitée ; ils prétendent qu'en multipliant ces prières, cela les
protégera pour longtemps de la colère. Ainsi, à ceux qui disent
le « Salut Sainte Reine ! », il est accordé
40 jours d'indulgence ; tandis qu'il est accordé une indulgence de
200 jours à celui qui récite « Les Litanies de la Bienheureuse
Vierge ; et ceux qui disent le : « Béni soit la sainte,
immaculée et très pure conception dis la Vierge Marie » ont
une garantie de 100 années d'indulgences, etc., etc. On peut facilement
se faire une idée à quel degré de corruption conduisit cette doctrine
blasphématoire, lorsque, dans l'âge des ténèbres, les indulgences étaient
libéralement accordées pour de l'argent
ou pour les services rendus en persécutant les incrédules et les hérétiques.
D'énormes peines étaient fixées pour les crimes commis généralement
par les riches, qui pouvaient payer libéralement, tandis que les
plus basses violations de la justice, plus communes parmi les classes plus
pauvres, étaient facilement excusées. C'est ainsi que le mariage avec un
cousin germain coûtait jusqu'à 1.500.000 francs d'aujourd'hui, tandis
que le meurtre d'une femme ou d'un père coûtait seulement 45.000 francs.
Spanheim dit : « L'institution des indulgences fut pour l'église
romaine l'hôtel à frapper la monnaie, la mine d'or pour les neveux
libertins et les enfants naturels des papes, le nerf des guerres papales,
le moyen de liquider les dettes et l'intarissable fontaine de luxe des
papes ».
Pour régulariser ce trafic, une échelle graduée des peines fut
établie pour les différents péchés — soit plusieurs jours ou des années
de purgatoire pour chacun ; et une échelle de prix fut aussi arrangée
pour y correspondre, afin que ceux qui obtenaient des indulgences pour un
meurtre, un vol, un adultère, un parjure, ou autres péchés, pussent être
taxés suivant le cas. Par ce moyen, les peines étaient rachetées et les
tourments du purgatoire mitigés ou annulés selon le bon plaisir de la
volonté de l'Antichrist. Nous ne pouvons donc pas nous étonner que le
peuple comprit promptement que beaucoup d'argent payait beaucoup de péchés.
Les
crimes s'accrurent tellement par ces indulgences que les meilleures
classes de la société s'indignèrent jusqu'à se rebeller contre l'église.
Les yeux des hommes commencèrent à s'ouvrir et à voir que le clergé,
depuis les plus hauts dignitaires de l'église jusqu'aux sous-prêtres et
officiants, trempaient dans l'iniquité.
De même
qu'une heure sombre précède la tempête, ainsi l'heure des plus grandes
ténèbres morales du règne ténébreux de l'Antichrist eut lieu juste
avant que commençât le grand mouvement de la Réformation. Ce fut le
trafic public et honteux des indulgences qui produisit des nausées et
conduisit Luther et d'autres papistes zélés à discuter et à examiner
le système tout entier, d'abord sous son aspect moral, puis sous son
aspect doctrinal. Finalement, Luther conçut la pensée exacte,
c'est-à-dire que la papauté était en vérité l'Antichrist. Une fois
qu'il eut découvert cela, il indiqua sans crainte quelques-uns des
symboles de l'Apocalypse et montra leur application et leur
accomplissement, partiel dans la hiérarchie papale.
A ce
sujet nous citons ce qui suit de la plume de l'ecclésiastique bien connu,
Lyman Abbott :
« L'apport d'argent pour l'église était une des conditions pour
lesquelles les indulgences étaient accordées autrefois plus que
maintenant. Ce trafic atteignit son apogée au début du XVIe
siècle sous Léon X qui publia que des indulgences seraient accordées à
tous ceux qui contribueraient à l'érection de la cathédrale de St.
Pierre à Rome. Son principal agent pour la vente des indulgences en
Allemagne fut un nommé Jean Tetzel. Les vices notoires de ce Tetzel n'empêchèrent
pas le choix qui fut fait de lui pour être le dispensateur de ces pardons
accordés à d'autres âmes plus pieuses ; rien ne lui semblait trop
extravagant pour remplir ses coffres d'argent. Il déclara que la croix
rouge qui l'accompagnait partout où il allait avait une efficacité aussi
grande que la croix de Christ — qu'il n'y avait pas de péché si grand
qu'il ne pût le remettre ; que les indulgences ne sauvaient pas seulement
les vivants, mais aussi les morts ; qu'au moment même où l'argent
tintait au fond des caisses, les âmes quittaient le purgatoire pour
s'envoler au ciel. Telles étaient quelques-unes de ses déclarations
blasphématoires. Une échelle régulière de prix fut établie : La
polygamie coûtait six ducats ; le sacrilège et le parjure, neuf ; le
meurtre, huit ; la sorcellerie, deux. Ce fut ce trafic sans vergogne et à
la vue de tous qui, plus que toute autre chose, conduisit à la Réformation.
Les indulgences continuèrent à être accordées, non seulement pour des
actes de culte, mais aussi pour des contributions en argent faites à l'église
; mais la vente publique et ouverte est maintenant pour la plus grande
partie bannie de l'église de Rome. »
Un
autre écrivain relate ainsi d'autres paroles de Tetzel :
« Approchez-vous et je vous donnerai des lettres dûment scellées,
par lesquelles même les péchés que vous désireriez commettre à
l'avenir vous seront tous pardonnés. Il n'y a pas de péchés si grands
que les indulgences ne puissent les remettre. Payez, mais payez largement,
et vous serez pardonnés. Vous prêtres, vous nobles, vous négociants,
vous femmes, vous jeunes filles, vous jeunes gens, écoutez la voix de vos
parents et amis qui s'en sont allés et qui s'adressent à vous de l'abîme
sans fond : Nous endurons l'horrible tourment ; une petite aumône peut
nous délivrer ; vous pouvez la donner, ne lèverez-vous pas ? Avec dix
sous allemands vous pouvez délivrer votre père du purgatoire. Notre
Seigneur Dieu ne s'occupe plus de nous comme Dieu ; il a donné tout
pouvoir au pape. »
Ce qui
suit est la copie d'une des formules employées par Tetzel, contenant le
nom de l'acheteur, la nature de ses péchés, etc. :
« Que
notre Seigneur Jésus-Christ te fasse miséricorde... et t'absolve par les
mérites de ses plus saintes souffrances. En vertu du pouvoir apostolique
qui m'a été conféré, je t'absous de tous les... excès, péchés et
crimes que tu pourrais avoir commis, quelque grands qu'ils puissent être
et de quelque nature qu'ils soient... Je te fais remise des peines que tu
aurais à endurer au purgatoire,... je te restaure à l'innocence et la
pureté de ton baptême, afin qu'au moment de la mort, les portes du lieu
de tourment te soient fermées et que celles du paradis te soient ouvertes.
Et si tu dois vivre longtemps, cette grâce demeure inaltérable jusqu'au
moment de ta fin. Au nom du Père, du Fils et du St Esprit, Amen. Le frère
Jean Tetzel, commissaire, a signé ceci de sa propre main. — »
Quant au présent immédiat, nous ne pouvons rien dire, mais nous
savons qu'il y a seulement quelques années, des indulgences imprimées
avec les prix fixés étaient en vente, sur des tables, dans certaines
grandes églises catholiques romaines du Mexique et de Cuba.
« IL LUI FUT DONNÉ DE FAIRE LA GUERRE AUX
SAINTS ET DE LES VAINCRE » — « DE
CONSUMER LES SAINTS DU TRÈS-HAUT »
La contrefaçon papale du royaume a-t-elle détenu et exercé le
pouvoir sur les vrais enfants de Dieu consacrés, les a-t-elle vaincus,
« réduits à l'extrémité » (Laus.) ou écrasés, comme le
texte hébreu l'implique, par une longue période d'oppression ? Nous répondons
: Oui. Tous les moyens qui purent être imaginés furent employés pour écraser
et éteindre l'esprit ou l'essence du vrai christianisme (Jean 8 : 36 ;
Galates 5 : 1 ; 2 Corinthiens 3 : 17) ; et y substituer l'esprit, les
doctrines et les formes de l'Antichrist. Tout d'abord ce fut moins une
attaque ouverte contre les fidèles qu'une lente, persistante et écrasante
oppression, procédant spécialement contre les docteurs opposés, mettant
à bout la patience et détruisant la foi chez beaucoup. Ce harcèlement
persistant est bien illustré par l'institution du confessionnal, par
lequel l'Antichrist prenait non seulement connaissance de toutes les
critiques et de toutes les objections faites contre ce système et dites
à l'oreille d'un confesseur, mais sous la menace de peines à venir, il
contraignait à confesser toutes les pensées ou actes qui lui étaient
opposés et à s'en repentir. Cela aussi fut bientôt si soutenu par le
pouvoir civil que toute protestation contre l'église put être envisagée
comme une trahison contre le pouvoir civil qui était soutenu par
l'autorité papale.
Pendant le premier éclat de l'exaltation papale, le peuple, dans son
ensemble, était reconnu nominalement comme membre de l'église, ou sans
cela il était païen ; et tous ceux qui professaient Christ étaient
tenus de se conformer aux usages et aux règlements de la hiérarchie qui
s'élevait graduellement. L'erreur, toujours plus populaire que la vérité
quand elle est à l'influence et au pouvoir, la chassait, la proscrivait
et la discréditait et persécutait ceux qui y étaient attachés. Ce fut
le temps où, comme cela est dépeint dans l'Apocalypse, la véritable Église
(la femme) s'enfuit dans le désert — dans la solitude (Apocalypse 12 :
6),— proscrite à cause de sa fidélité à la vérité et au vrai
Seigneur et Chef de l'Église. Dans ce temps, où les apostats furent
exaltés comme princes, les saints vraiment humbles firent l'expérience
de ce dont le Seigneur les avait avertis : que tous ceux qui (durant
l'ère de l'Évangile) veulent vivre pieusement doivent s'attendre à être
persécutés. La belle-mère s'élèvera contre la belle-fille, le père
contre le fils, le frère contre le frère et l'homme aura pour ennemis
les gens de sa maison. Pouvait-il être conçu quelque chose de plus
propre à épuiser ou écraser les saints que de tels moyens,
employés pendant des siècles ?
Pour
avoir une idée de l'implacable férocité de cette persécution, il nous
faut encore retourner aux pages de l'histoire.
Les
persécutions des chrétiens sous la Rome païenne ne peuvent être comparées
à celles de la Rome papale, ayant été moins fréquentes, plus limitées
en étendue et beaucoup moins sévères. Il a été constaté, sur la
parole digne de foi des premiers chrétiens, que la majorité des
magistrats romains qui exerçaient l'autorité de l'empereur ou du sénat
dans les provinces, qui possédaient le pouvoir de vie et de mort, se
conduisaient en hommes polis, d'éducation libérale et respectaient les règles
de la justice. Ils déclinaient fréquemment les devoirs odieux de la persécution,
repoussaient avec mépris les accusations contre les chrétiens (comme Hérode
et Pilate essayèrent de le faire dans le cas de notre Seigneur :
Luc 23 : 14-16, 20, 22 ; Matthieu 27 : 24), ou suggéraient aux chrétiens
un moyen légal d'évasion. Ils employaient plus souvent leur pouvoir,
lorsque cela était possible, pour délivrer les chrétiens plutôt que
pour les opprimer. Les tribunaux païens furent souvent pour eux le plus sûr
refuge, contre leurs accusateurs juifs *[ Gibbon, Vol. II, pages
31-33.]. La cruelle persécution
qui sévit sous l'exécrable tyran Néron, qui fit brûler des chrétiens
pour éloigner les suspicions que le peuple avait contre lui-même, forme
une des pages les plus obscures de l'histoire de la
Rome païenne ; mais elle fit relativement peu de victimes.
Ce ne sont pas généralement ceux du commun peuple qui furent victimes
des persécutions païennes, mais plutôt des individualités en vue. Mais
même ces persécutions des principaux représentants n'étaient pas
tant une opposition fixe et persistante de la part du gouvernement
que le résultat d'une clameur populaire irrésistible, éveillée par la
superstition et qui semblait nécessaire aux gouvernants pour assurer
l'ordre et la paix. Nous en trouvons plusieurs exemples dans la carrière
de Paul et des autres apôtres. — Voy. Actes 19 : 35- 41 ; 25 : 24-27 ;
26 : 2, 3, 28. Les persécutions les plus générales, sous les empereurs
romains, ne furent même que de courte durée, excepté celle qui eut lieu
sous Dioclétien et qui se continua avec plus ou moins de sévérité
pendant dix ans. Entre ces persécutions il y eut souvent de longues périodes
de paix et de tranquillité. Sous les empereurs, la chrétienté, bien que
fortement oppressée, ne fut pas réduite à l'extrémité, mais, comme
nous l'avons vu, elle prospéra grandement.
Combien furent différentes les persécutions de la papauté, qui non
seulement s'attaqua aux personnages en vue, mais à tous ; et ses persécutions
ne duraient pas quelques mois seulement, mais ne cessèrent pas. Ce qui,
sous les empereurs païens n'était qu'une rage ou frénésie passagère
devint sous les papes un système organisé, animé par le fanatisme
religieux, par des plans ambitieux, et inspiré par un zèle satanique
avec une énergie et une cruauté sans parallèle dans les annales de
l'histoire. L'église apostate mit de côté l'épée de l'Esprit, et,
saisissant le bras de l'empire, tourna ses armes charnelles avec une
fureur sans pitié contre tous les faibles opposants qui se
trouvaient sur le chemin de son ambition, tandis qu'elle courtisait,
nattait et trompait ceux qui détenaient l'autorité, jusqu'à ce qu'elle
eût capté leur confiance et
usurpé leur place et leur pouvoir.
Le paganisme et l'hérésie devinrent alors des motifs de persécutions,
— tout spécialement cette dernière. Le clergé soi-disant chrétien,
dit Edgar, « appliquait les lois de la théocratie juive et les
transactions des annales judaïques dans le but vil et profane de réveiller
le démon de la persécution contre les restes poussiéreux de la
superstition [païenne] des Grecs et des Romains... Ils dissolvaient
l'ancienne fabrique du polythéisme et faisaient bénéficier l'église,
l'état et l'armée de leurs revenus... »
Le paganisme fut chassé du territoire romain... On substitua la
contrainte à la conviction et la terreur à l'Évangile. On rougit de
honte en lisant qu'un Symmaque et un Libanius, deux orateurs païens,
plaidaient pour la raison
et la persuasion dans la propagation de
la religion, tandis qu'un Théodose et un Ambroise, un empereur chrétien
et un évêque chrétien poussaient à la violence et à la contrainte.
Quand
Constantin eut été élevé à la souveraineté de Rome, il était disposé
à tolérer toutes les religions, comme nous le montre le célèbre édit
de Milan qui accordait la liberté religieuse à tout individu dans
l'empire romain. Une telle mesure aurait dû être reçue avec joie par l'église
chrétienne qui avait tant soupiré après la liberté au cours des persécutions
précédentes ; mais tel ne fut pas le cas. Le véritable esprit du
christianisme avait disparu et l'ambition de l'église était alors de
s'exalter elle-même le plus rapidement possible en écrasant toute étincelle
de liberté, et en soumettant toutes choses à sa volonté. D'accord avec
cela, Gibbon dit : * [Vol. II, page 236. ] « Les ministres
ecclésiastiques de Constantin en vinrent bientôt à réduire
l'impartialité du magistrat et à éveiller le zèle du prosélyte.. ;
tout espoir de paix et de tolérance fut détruit dès le moment où il
rassembla trois cents évêques à l'intérieur de son palais ». Là
on persuada à l'empereur de déclarer que ceux qui résisteraient au
jugement de ce corps clérical en matière de foi, se prépareraient à
l'exil immédiat ; et leurs décisions furent déclarées être d'autorité
divine. Cet esprit d'intolérance se développa bientôt en d'arriérés
et implacables persécutions.
Constantin promulgua deux lois pénales
contre l'hérésie, et son exemple fut suivi par les empereurs qui
lui succédèrent — Valentinien, Gratien, Théodose, Arcadius, et
Honorius. Théodose publia quinze, Arcadius douze et Honorius pas moins de
dix-huit de ces statuts. Ils sont rapportés dans les codes de Théodose
et de Justinien à la honte de leurs auteurs, prêtres
et empereurs.
Ce
qu'il plaisait à l'Antichrist d'appeler hérésie (le glus souvent c'était
la vérité et la justice s'efforçant de prendre pied) était classé
comme, pire que l'incrédulité ; les rois, les empereurs et les théologiens
s'y opposèrent ; l'hérésie et l'incrédulité, spécialement la première,
furent persécutées par l'Inquisition. Lorsque vers le commencement du
treizième siècle il y eut une renaissance de l'instruction et que les
hommes commencèrent à se réveiller de leur sommeil et des mauvais
songes de l'âge des ténèbres, ceux chez qui le sentiment de la vérité
n'était pas entièrement extirpé furent stimulés et l'étendard de la vérité
fut levé en opposition aux erreurs grossières de l'Antichrist. C'est
alors que l'esprit de persécution de l'Antichrist s'excita et commit des
actes furieux afin d'écraser l'opposition.
Les
rois et les princes qui en quelque mesure pouvaient avoir encouru le déplaisir
du pape, tremblaient pour la sécurité de leurs couronnes ; leurs
royaumes pouvaient être mis au terrible ban de l'église, si eux ou leurs
sujets refusaient une obéissance absolue aux commandements du pape qui
les adjurait d'exterminer l'hérésie et les exhortait à purifier
leurs provinces de la perversité hérétique, sous peine de se voir
retirer leur gouvernement. Ceux d'entre les nobles qui négligeaient
d'aider à la persécution perdaient leurs droits et possessions. C'est
pourquoi rois et princes s'empressèrent d'exécuter les mandats qu'ils
avaient reçus de la papauté ; et les barons et leurs partisans furent à
leur service dans cette œuvre de destruction.
Même avant ce réveil, déjà en l'an 630, le Concile de Tolède
força le roi d'Espagne, lors de son avènement au trône, de jurer qu'il
ne tolérerait pas l'hérésie parmi ses sujets et dans toutes les
possessions espagnoles ; et il fut spécifié que le souverain qui
violerait un tel serment « serait maudit loin de la face du Dieu éternel
et deviendrait le combustible du feu éternel ». Mais la terrible
importance de telles exigences fut beaucoup plus complètement comprise
lorsque le réveil commença et que l'Antichrist eut obtenu son maximum de
puissance.
Le
Concile d'Oxford en 1160 livra au bras séculier comme châtiment, une
compagnie de Vaudois du Piémont qui avaient émigré de Gascogne en
Angleterre. En conséquence, le roi Henri II ordonna que les hommes et les
femmes fussent fouettés publiquement, marqués à la joue par un fer
rougi au feu et chassés demi nus hors de la ville, en plein hiver ; et il
ne fut permis à personne de leur montrer de la pitié ou de leur accorder
la moindre faveur.
L'empereur d'Allemagne, Frédéric, en 1224, condamna les hérétiques à
divers châtiments : à être brûlés vifs, à voir leurs propriétés
confisquées et leur postérité vouée à l'infamie à moins qu'ils ne
devinssent eux-mêmes persécuteurs. Louis, roi de France, publia en 1228
des lois pour extirper l'hérésie et les mit en vigueur. Il força
Raymond, comte de Toulouse, à se charger de l'extermination de l'hérésie
dans son domaine, sans épargner ami ou vassal.
Il y eut dès le début une certaine résistance contre
l'usurpation du pouvoir qui se développa peu à peu en système papal,
mais cette résistance fut faite seulement par un petit nombre de fidèles
; et elle fit peu d'impression sur le flot écrasant de mondanité qui
entra dans l'église et la
submergea. Quelques-uns, au fur et à mesure qu'ils discernaient l'erreur,
se retirèrent tranquillement de la grande apostasie pour adorer Dieu
selon ce que leur conscience leur dictait, malgré les risques de la persécution.
Les plus notables furent les Vaudois,
les Albigeois, les Wicléfistes et les Huguenots. Tous, bien que connus
sous des noms différents, ont eu, autant que nous pouvons en juger, une
origine et une foi communes. « La doctrine des Vaudois », dit
Rainerous (3, 4), le célèbre Inquisiteur du 13° siècle,
« est la plus ancienne hérésie ; elle existait, d'après
quelques-uns, depuis le temps du pape Sylvestre et, suivant d'autres,
depuis les jours des apôtres ». Sylvestre était pape lorsque
l'empereur Constantin embrassa le christianisme ; nous voyons donc par
cela que dès le début la vérité ne demeura pas sans adhérents qui,
quoique humbles et sans popularité, résistèrent résolument, à la
Papauté et aux doctrines papales du purgatoire, de l'adoration des
statues, de l'invocation des saints, de l'adoration de la vierge Marie,
des prières en faveur des morts, de la transsubstantiation, du célibat
du clergé, des indulgences, de la messe, etc., et désapprouvèrent les pèlerinages,
les fêtes, l'encens brûlé, les enterrements religieux, l'emploi de
l'eau bénite, les vêtements sacerdotaux, les monastères, etc. Ils
avaient compris que l'enseignement de l'Écriture sainte devait être
maintenu en opposition aux traditions et prétentions de l'église de
Rome. Ils regardaient le pape, comme le chef de toutes les erreurs et prétendaient
que la rémission des péchés était obtenue seulement par les mérites
du Seigneur Jésus.
Par leur foi et leurs oeuvres, ces gens formèrent la base d’une réformation
et protestèrent contre l'erreur bien longtemps avant Luther. Eux et
d'autres adversaires du romanisme furent chassés, détestés et persécutés
avec une furie impitoyable par les émissaires du pape. Les Vaudois et les
Albigeois furent les partis les plus nombreux qui protestèrent contre la
Papauté et lors du réveil
littéraire du 13e siècle,
ce furent eux surtout qui
firent briller la vérité que Wyclef, Huss
Luther et d'autres reflétèrent et accentuèrent avec plus
de puissance. Leurs doctrines, qu'ils soutinrent avec simplicité
et moralité, brillèrent d'un lustre plus grand encore par contraste avec
l'orgueil pompeux et l'immoralité flagrante de la Papauté alors dans
l'exaltation.
C'est alors que les papes, les conciles, les théologiens, les rois,
les croisés et les inquisiteurs combinèrent leur puissance diabolique
pour exterminer tous les opposants et éteindre le moindre rayon de lumière
qui se levait. Le pape Innocent III envoya tout d'abord des missionnaires
dans les districts où les doctrines des Albigeois avaient pris pied, pour
prêcher le romanisme, opérer des miracles, etc.; mais trouvant ces
efforts insuffisants, il proclama une croisade contre eux et offrit à
tous ceux qui s'y engageraient le pardon de tous leurs péchés et un
passeport immédiat pour le ciel, sans passer par le purgatoire. Un demi-million
d'hommes, — des Français, des Allemands, et des Italiens, pleins de
confiance dans le pouvoir du pape de donner la récompense promise, se
rallièrent sous l'étendard de la croix pour défendre le catholicisme et
exterminer l'hérésie. Une série de batailles et de sièges se succédèrent
alors durant 20 ans. La ville de Béziers fut prise et saccagée en 1209,
et les bourgeois, sans distinction d'âge ou de sexe, périrent par l'épée
au nombre de 60.000, comme plusieurs historiens le rapportent. Le sang de
ceux qui se réfugièrent dans les églises et qui furent tués par les
saints Croisés abreuva les autels et coula dans les rues.
Lavaur
fut assiégée en 1211. Le gouverneur fut pendu à un gibet, et sa femme,
ayant été jetée dans un puits, y fut lapidée. Les citoyens furent mis
à mort sans distinction, 400 furent brûlés vifs. La florissante contrée
du Languedoc fut dévastée, ses villes brûlées et ses habitants balayés
par le feu et l'épée. On estime que 100.000 Albigeois tombèrent en un
seul jour ; leurs corps furent mis en tas et brûlés.
Tous ces massacres et ces vilenies furent faits au nom de la
religion, soi-disant pour la gloire de Dieu et l'honneur de l'église,
mais en réalité pour soutenir l'Antichrist, assis dans le temple de Dieu
[l'église] se donnant lui-même comme étant un dieu, c'est-à-dire un
puissant, capable de conquérir et de détruire ses ennemis. Le
clergé remercia Dieu pour cette œuvre de destruction, et un hymne de
louange à Dieu fut composé et chanté pour la glorieuse victoire de
Lavaur. L'épouvantable carnage de Béziers fut considéré comme le
jugement visible du ciel contre l'hérésie des Albigeois. Les croisés
participèrent à la messe le matin, et le reste du jour ils dévastèrent
la contrée du Languedoc et assassinèrent ses habitants.
Qu'on se souvienne toutefois que ces croisades ouvertes contre les
Vaudois et les Albigeois ne furent entreprises que parce que l'hérésie
avait pris une extension considérable dans la plus grande partie de ces
communautés. Ce serait une grande erreur de supposer que ces croisades
furent les seules persécutions : le lent et constant écrasement des
individus dont la masse se compta par milliers se poursuivit dans le vaste
empire de la Papauté, — consumant ainsi sans interruption les saints du
Très-Haut.
Charles-Quint, empereur d'Allemagne, roi d'Espagne et des Pays-Bas, persécuta
les amis de la Réforme dans toute l'immense étendue de son gouvernement.
Soutenu par la diète de Worms, il proscrivit Luther, ses disciples
et ses écrits, condamna tous ceux qui aideraient Luther ou liraient ses
livres à la confiscation de leurs biens, à être mis au ban de l'empire
et à la peine de haute trahison. Dans les Pays-Bas, les hommes qui
suivirent Luther furent décapités et les femmes enterrées vives ou, si
elles s'obstinaient, livrées aux flammes. Quoique cette loi fût en
grande partie suspendue, l’œuvre
de mort n'en continua pas moins sous toutes ses formes horribles. Le duc
d'Albe se glorifia de l'exécution de 18.000 protestants en six semaines.
Paolo estime à 50.000 le nombre de ceux qui furent exécutés dans les
Pays-Bas à cause de leur religion ; et Grotius
donne une liste des martyrs de la Belgique s'élevant à 100.000.
Charles exhorta jusqu'à son dernier souffle son fils, Philippe II, à
achever l'œuvre de persécution et d'extermination de l'hérésie qu'il
avait commencée. Philippe ne tarda pas à suivre ces conseils ; il
stimula avec furie l'esprit de persécution et condamna les protestants
aux flammes, sans distinction ni pitié.
François et Henri, rois de France, suivirent l'exemple de Charles
et de Philippe dans leur zèle pour le catholicisme et l'extermination de
l'hérésie. Les massacres de Mérindol, d'Orange et de Paris sont de
frappantes illustrations de leur zèle pour la cause de l'Antichrist. Le
massacre de Mérindol, projeté par le roi de France et approuvé par le
parlement, fut confié au président Oppède pour être exécuté. Le président
fut chargé de massacrer la population, de brûler les villes et de démolir
les châteaux des Vaudois qui résidaient en grand nombre dans cette contrée.
Les historiens catholiques romains estiment que l'exécution de cette
commission causa la mort de milliers de personnes, tant hommes que femmes
et enfants ; 24 villes furent mises en ruines et le pays fut dévasté et
désolé. Hommes, femmes et enfants cherchèrent à se sauver dans les
bois et les montagnes ; ils y furent poursuivis et tués par l'épée.
Beaucoup de ceux qui restèrent dans les villes y subirent un même ou
pire sort. Cinq cents femmes furent jetées dans une grange à laquelle on
mit le feu, et lorsque quelques-unes sautèrent par les fenêtres, elles
furent reçues sur la pointe des lances. Les femmes furent violées, et
les enfants égorgés sous les yeux de leurs parents, impuissants à les
protéger. Quelques-unes furent jetées dans des précipices et d'autres
traînées nues dans les rues.
Le massacre d'Orange, en 1562, eut un caractère
semblable à celui de Mérindol et il a été décrit avec précision par
des écrivains catholiques. L'armée italienne, envoyée par le pape Pie
IV, avait reçu l'ordre de massacrer les hommes, les femmes et les enfants
; et cet ordre fut exécuté avec une terrible cruauté. Les hérétiques
sans défense furent tués par l'épée, précipités du haut des rochers,
lancés sur des tranchants de haches
ou des pointes de poignards, pendus, rôtis à feu lent et exposés à la
honte et à des tortures défiant toute description.
Le massacre de Paris, le jour de la Saint-Barthélemy (24 Août
1572), égala en cruauté, mais dépassa en extension ceux de Mérindol et
d'Orange. Il a aussi été décrit en détail par des historiens
catholiques ; l'un d'eux, Thuanus, le stigmatise comme une
« féroce cruauté, n'ayant pas de parallèle dans toute
l'antiquité ». Le 23 Août à minuit, le son du tocsin donna le
signal de la destruction, et les épouvantables scènes de Mérindol et
d'Orange éclatèrent à nouveau contre les huguenots détestés. Le
carnaval de mort dura sept jours : des ruisseaux de sang humain coulèrent
dans les rues ; le roi et la reine regardaient avec une extrême
satisfaction les morts dont la cour du palais était remplie. Le corps de
l'amiral Coligny fut traîné par les
rues et la Seine fut couverte de corps morts flottants. Le nombre
évalué de ceux qui furent ainsi massacrés varie entre cinq et dix
mille. L'œuvre de destruction ne se concentra pas seulement dans Paris,
mais s'étendit très loin à travers toute la France. La veille, des
messagers spéciaux avaient été dépêchés dans toutes les directions
portant un ordre pour le massacre général
de tous les huguenots. Les mêmes scènes eurent lieu à peu près
dans toutes les provinces et l'estimation du nombre des morts varie entre
25 et 70.000.
L'Antichrist éprouvait une extrême satisfaction à ces épouvantables
scènes de carnage. Le pape et sa cour exultaient à cause de la victoire
du catholicisme sur les Vaudois à Mérindol et l'impie Oppède reçut le
titre de « défenseur de la foi et héros du christianisme ».
Le roi de France s'en alla à la messe et rendit de solennelles
actions de grâces à Dieu pour la victoire sur les huguenots de Paris et
leur massacre. Ce carnage, sanctionné par le roi de France, son parlement
et ses sujets catholiques romains, eut probablement lieu sous
l'instigation directe du pape et de la hiérarchie papale. Le fait que la
nouvelle en fut reçue à la cour papale avec de grandes réjouissances
prouve qu'il fut du moins hautement approuvé. Le pape Grégoire XIII se
rendit en grande procession à l'église de Saint-Louis afin de rendre grâces
à Dieu pour cette victoire remarquable. Il proclama aussitôt un jubilé
et envoya à la cour de France
un nonce, qui, au nom du pape, loua « l'exploit
si longuement médité et si habilement exécuté pour le bien de la
religion. » Une médaille
fut frappée par le roi, en mémoire du massacre, avec cette inscription :
« Pietas exitavit justitiam »” — La piété
excita la justice.
Des médailles
commémoratives de l'événement furent aussi frappées à l'hôtel papal
des monnaies, par ordre du pape. Une de celles-ci est exposée à l'Hôtel
du Souvenir de Philadelphie, Pie. L'avers présente une
figure sublime du pape, avec cette inscription abrégée : Gregorius
XIII, Pontifex Maximus, anno I, la première année de son pontificat,
1572. Au revers de cette médaille est une représentation d'un ange
destructeur portant dans la main gauche une croix et dans la main droite
une épée ; au-dessous de lui, prosternés et fuyants, une bande de
huguenots, hommes, femmes et enfants
sont représentés avec des visages et des traits empreints
d'horreur et de désespoir. Sous cette scène se trouvent les mots :
Ugonottorum Strages 1572, ce qui signifie : « Le massacre dès
Huguenots en 1572. »
Une peinture du massacre de la St. Barthélemy fut suspendue dans
le Vatican, avec cette inscription en latin : Le pontife approuve le
meurtre de Coligny. Coligny était chef des huguenots et un des
premiers qui devaient tomber. Après qu'il eut été assassiné, sa tête
fut séparée de son corps et portée à la reine, qui après l'avoir fait
embaumer, l'envoya à Rome comme un trophée, tandis que son corps fut traîné
dans les rues de Paris par la populace. Le roi fut bientôt saisi par les
horreurs des remords et il ne s'en remit jamais. Son médecin particulier
rapporte qu'il disait : « Je ne sais pas ce qui m'est arrivé, mais
je suis agité dans mon corps et dans mon esprit comme par la fièvre, que
je dorme ou que je sois éveillé, il me semble à tout moment voir des
corps mutilés se présenter à moi, avec des
faces hideuses et couvertes de sang. » II mourut dans
une grande agonie, couvert d'une sueur de sang.
En
1641, l'Antichrist proclama une guerre de religion en Irlande et fit appel
au peuple pour le massacre des protestants, par tous les moyens qui étaient
en leur pouvoir. Le peuple
trompé écouta ce commandement comme émanant de Dieu et s'empressa d'exécuter
cette charge. Le sang des protestants coula à flots dans toute l'Irlande
; des maisons furent réduites en cendres, des villes et des villages
furent presque détruits. Quelques-uns furent forcés de tuer les membres
de leur parenté et ensuite de s'ôter la vie. Les derniers mots que ces
prêtres faisaient retentir à leurs oreilles étaient que leur agonie n'était
que le commencement du tourment éternel. Des milliers moururent de froid
et de faim, en cherchant à émigrer dans d'autres pays. A Cavan, le
chemin était taché sur une longueur de près de 15
kilomètres du sang des fugitifs traqués ; 60 enfants furent
abandonnés par leurs parents dans leur fuite, et
il fut déclaré que quiconque leur viendrait en aide serait
enterré à côté d'eux, 70 adultes furent enterrés vivants à
Fermaugh et 72 à Kilkenny. Dans la seule province d'Ulster plus de
154.000 protestants furent massacrés
ou expulsés de l'Irlande.
O'Niel, prélat d'Irlande, appela cela une guerre pieuse et légale,
et le pape (Urbain VIII) lança une tulle datée de Mai 1643, accordant
pleine et absolue rémission de leurs péchés à ceux qui y avaient
pris part « en faisant bravement leur devoir d'extirper et de déraciner
entièrement le levain pestilentiel de la contagion hérétique. »
L'INQUISITION OU « SAINT OFFICE »
C'est à Dominique, l'esprit principal de cette croisade, qu'est
attribué l'honneur d'avoir inventé l'infernale Inquisition ; toutefois
Benoît, dans son zèle à attribuer à Dominique l'honneur d'être le
premier Inquisiteur Général, est très incertain quant à la question de
savoir si l'idée en vint au pape Innocent lui-même ou à St.
Dominique. Elle fut établie premièrement par le pape Innocent III en
1204.
St.
Dominique était un monstre dépourvu de tout sentiment de compassion, qui
semblait trouver ses principales délices dans les scènes de torture et
de souffrances. Durant la croisade contre les Albigeois, il dirigea et
encouragea, un crucifix à la main, les saints guerriers dans leurs
exploits de mort et de destruction. L'Inquisition ou St. Office est
aujourd'hui un tribunal de l'église catholique romaine pour découvrir, réprimer
et punir l'hérésie et les autres offenses contre l'église de Rome * [ La Chaire de St. Pierre, p. 589.]. Mais aux jours de
Dominique cette Inquisition n'avait pas de tribunal légal et les
instruments de torture n'étaient pas perfectionnés comme ils le furent
plus tard. Néanmoins, Dominique, bien qu'il ne possédât point de système
semblable, sut trouver de nombreux moyens de torture, en disloquant les
jointures, en arrachant les nerfs et en lacérant les membres de ses
victimes ; ou encore en brûlant sur un bûcher ceux dont les convictions
restaient inébranlables par les autres procédés et qui ne voulaient pas
renoncer à leur foi et à leurs libertés.
Avec
le mandat qu'il avait reçu du pape Innocent III de punir de la
confiscation, du bannissement et de la mort les hérétiques qui ne
voudraient pas recevoir son évangile, Dominique stimula le zèle de la
magistrature civile et de la populace au massacre des Vaudois hérétiques
; il livra d'un seul coup 180 Albigeois aux flammes. C'est pour une telle
fidélité au service de l’Antichrist qu'il fut canonisé comme un
saint, et qu’il est adoré et prié aujourd'hui par les catholiques
romains. Le bréviaire romain (une sorte de livre de prières) parlant de
St. Dominique, loue « ses mérites et ses doctrines qui illuminèrent
l'église, son génie et son courage qui détruisirent les hérétiques
toulousains, et ses nombreux miracles qui allèrent même jusqu'à
ressusciter les morts ».
Le missel romain (qui comprend le service en rapport avec la célébration
du souper du Seigneur) fait l'éloge de ses mérites et indique les prières
à faire pour être aidé temporairement par le moyen de son intercession.
C'est ainsi que l'Antichrist continue à soutenir et honorer ses fidèles
héros.
Il serait impossible d'exprimer brièvement une conception exacte
des horreurs de l'Inquisition, ou de la peur terrible qu'elle inspirait au
peuple. Ceux qui ne louaient pas hautement l'Antichrist, ou qui osaient s'aventurer à critiquer ses méthodes, étaient aussitôt
suspectés d'hérésie ; et, sans avertissement, sans occasion de
se justifier, ils étaient liés et emprisonnés dans un donjon pour un
temps indéfini, jusqu’à ce que le moment parût convenable pour les
juger ; — l’accusateur et l'accusation leur étant souvent inconnus.
On procédait secrètement à ces jugements et la torture était souvent
employée pour extorquer des confessions. Les tortures infligées étaient
généralement si épouvantables qu'on peut à peine y croire aujourd'hui
dans nos pays de liberté ; cependant leur réalité est confirmée par
une évidence que les historiens catholiques romains eux-mêmes ne peuvent
nier et les vaines tentatives qu'ils font pour les excuser ne font
qu'affirmer la chose. Les instruments de torture, des reliques de
l'Inquisition, existent toujours et rendent tout reniement sans valeur. Le
« Saint Office » employa même des médecins pour surveiller
la marche de la torture et l'arrêter lorsque la mort semblait prête à délivrer
la victime ; il lui était alors permis de guérir en partie, pour que la
torture puisse lui être appliquée une deuxième et même une troisième
fois. Ces tortures n'étaient pas toujours infligées comme châtiment
pour punir l'hérésie ; elles avaient généralement pour but de forcer
l'accusé à se confesser, à se rétracter ou à dénoncer d'autres
personnes, suivant le cas.
L'Inquisition, tout en ayant perdu la plus grande partie de ses
horreurs, était encore terrible durant nôtre présent siècle.
L'historien des guerres de Napoléon, décrivant la prise de Tolède par
son armée, mentionne incidemment l'ouverture des prisons de l'Inquisition
et dit :
« Des tombeaux semblaient s'ouvrir et de pâles figures semblables
à des fantômes sortaient des donjons qui exhalaient une odeur sépulcrale.
Des barbes touffues retombant sur la poitrine et de longs ongles crochus
semblables à des griffes d'oiseaux défiguraient ces squelettes dont la
poitrine haletante respirait l'air frais pour la première fois depuis de
longues années. Beaucoup d'entre eux étaient devenus estropiés, la tête
inclinée en avant, les bras et les mains tombant, pendant raides et
inertes. Ils avaient été enfermés dans des casemates si basses qu'ils
ne pouvaient pas s'y tenir debout ; et en dépit des soins des chirurgiens
(de l'armée), beaucoup d'entre eux moururent le même jour. Le jour
suivant, le général Lasalle, accompagné
par plusieurs officiers de son état-major, inspecta minutieusement les
lieux. Le nombre des instruments de torture faisait tressaillir même ces
hommes habitués aux horreurs des champs de bataille.
Dans
le renfoncement d'une voûte souterraine, contiguë à la salle privée
des interrogatoires, se trouvait une statue en bois faite par des moines
et représentant la vierge Marie. Une auréole dorée entourait sa tête
et elle tenait dans sa main droite une bannière. Tous furent à première
vue frappés de suspicion, en ce que, malgré la robe de soie qui
descendait depuis les épaules de chaque coté en larges plis, elle était
revêtue d'une sorte de cuirasse. Un examen plus attentif montra que le
devant du corps était garni de petites lames de couteaux étroites et de
clous très effilés, avec leurs pointes et tranchants tournés vers le
spectateur, les bras et les mains avaient des jointures, et un mécanisme
derrière la cloison mettait la statue en mouvement. Un des serviteurs de
l'Inquisition fut appelé par ordre du général pour qu'il fît manœuvrer
la machine, comme il la nomma. Lorsque la statue étendit les bras
comme pour presser tendrement quelqu'un sur son cœur, on y plaça le
havresac bien garni d'un grenadier polonais pour remplacer la victime
vivante. La statue l'embrassa
et l'étreignit de plus en plus, et lorsque, sur commande, le serviteur
fit ouvrir les bras de la statue
et la fit retourner à sa position précédente le havresac était perforé
à une profondeur de cinq à huit centimètres et restait suspendu aux
pointes des clous et des lames de couteaux. »
Des
« roues » de différentes sortes furent inventées et appliquées
comme moyens de torture ; une des méthodes les plus simples est ainsi
expliquée : La victime, dépouillée de tous ses vêtements, avait les
bras attachés derrière le dos avec une forte corde par laquelle, au
moyen d'une poulie, elle était relevée sur ses pieds, auxquels des poids
étaient attachés. On laissait ainsi retomber le malheureux plusieurs
fois et on le relevait par des secousses qui disloquaient des jointures
des bras et des jambes, tandis que la corde pénétrait jusqu'aux os dans
la chair frémissante.
Quelque chose qui rappelle de tels outrages faits au nom de Christ
vient d'être récemment exposée au grand jour. L'imprimerie d'une Société
biblique installée à Rome et manquant de place, avait loué une grande
maison près du Vatican. Au plafond, un anneau énorme et étrange attira
l'attention et après examen on acquit la certitude que l'endroit dans
lequel était maintenant imprimée la Bible, « l'Épée de l'Esprit,
qui est la Parole de Dieu, » par laquelle l'Antichrist a été déjà
rendu « impuissant »
à opprimer et à exterminer les saints, était justement une chambre de
torture au temps de l'Inquisition, la boucle de la poulie ayant
probablement été usée à rouer de nombreuses pauvres victimes bâillonnées.
Ceux
qui étaient convaincus d'hérésie étaient quelquefois condamnés à ce
qu'on appelait un autodafé, ou « acte de foi ». L'autorité
ecclésiastique renvoyait le condamné au pouvoir séculier, tandis que le
clergé, sous prétexte de miséricorde, implorait les magistrats de
montrer de la compassion pour le condamné, et, élevant la croix, il
invitait la victime à se rétracter et sauver sa vie présente et à
venir. Les magistrats savaient ce qu'ils avaient à faire, ils ne
montraient de miséricorde que pour ceux qui se rétractaient et gagnaient
ainsi le titre de Défenseurs de la Foi et d'exterminateurs de l'hérésie.
L'hérétique condamné, revêtu d'un habit jaune bariolé de dessins de
chiens, de serpents, de flammes et de démons était conduit au lieu de
l'exécution, attaché sur le bûcher et livré aux flammes.
Torquemada, un autre fameux Inquisiteur Général, fournit une
illustration marquante de l'esprit de l'Antichrist. Des écrivains
catholiques romains admettent qu'il fit mourir, brûlées vives, 10.220
personnes, hommes et femmes. Llorente, qui fut secrétaire général
de l'Inquisition pendant trois ans, et avait en mains toutes les
preuves documentaires, montre, dans ses rapports (en 4 volumes) publiés
en 1817, que de 1481 à 1808, il n'y eut pas moins de 31.912 personnes brûlées
vives et environ 300.000 condamnées à la torture et à diverses autres
peines, par ordre de ce seul St. Office. Chaque pays catholique en Europe,
en Asie et en Amérique a eu son Inquisition.
Nous ne pouvons retracer ici les persécutions de l'Antichrist
contre tout ce qui sentait les réformes, la liberté de conscience ou la
liberté politique. Il suffit de dire que ces persécutions s'étendirent
sur toutes les contrées où la Papauté avait pris pied : en Allemagne,
Hollande, Pologne, Italie, Angleterre, Irlande, Écosse, France, Espagne,
Portugal, Abyssinie, aux Indes, à Cuba, au Mexique et dans quelques états
de l'Amérique du Sud. Faute de place nous ne pouvons raconter tous les
cas individuels qui pourraient servir à montrer que beaucoup de martyrs
étaient de vrais saints et des héros, qui, par une grâce spéciale,
furent rendus capables tout en mourant lentement dans les plus horribles
souffrances, de chanter des hymnes de louange et d'actions de grâces au
vrai Chef de la véritable Église et qui, semblables à Lui, prièrent
pour leurs ennemis, lesquels, comme cela leur avait été prédit, les
persécutaient à cause de Lui. * [ Nous renvoyons les lecteurs français qui désireraient des détails
plus complets sur ces temps terribles et les scènes qui s'y rapportent,
à l'Histoire de l’Angleterre par Macaulay ; à l'Histoire de la Réformation
par Merle d’Aubigné ; à l'ouvrage du prof. Gaussen : « Le
Souverain Pontife et l'Église de Rome », ainsi qu'à la brochure de
François Délilez : « Christ et l'Antichrist », etc. ]
Il
nous est impossible aussi, pour les mêmes raisons, d'insister sur les
terribles, navrantes et épouvantables tortures infligées à quelques-uns
des joyaux du Seigneur à cause de leur fidélité à leurs convictions.
Ceux qui ont fait des recherches assez minutieuses sur ce sujet estiment
que dans l'espace de 1300 ans la Papauté, directement ou indirectement,
causa la mort de cinquante millions de personnes. Et l'on peut dire en
toute certitude que le génie humain et satanique s'éleva au plus haut
degré dans l'invention de nouvelles et horribles tortures contre les
adversaires religieux et politiques de l'Antichrist ; les hérétiques,
surtout, furent poursuivis avec une fureur décuplée. En plus des formes
ordinaires de la persécution et de la mort, qui déchiraient, brûlaient,
noyaient, transperçaient ou tuaient avec des flèches ou des fusils, des
gens diaboliques recherchaient quelles étaient les parties du corps
humain les plus sensibles et les plus délicates, qui pouvaient le plus
faire souffrir leurs victimes. Ils faisaient couler du métal fondu dans
les oreilles ; la langue était arrachée et à sa place on coulait du
plomb fondu dans la bouche ; des lames de couteaux étaient fixées à des
roues de manière à ce que les victimes pussent être peu à peu hachées
en morceaux ; des pinces et des tenailles rougies au feu étaient appliquées
sur les parties les plus sensibles du corps ; les yeux étaient arrachés,
ainsi que les ongles, avec des fers rouges. Les victimes étaient pendues
par des trous percés au travers de leurs talons. Des martyrs furent
contraints à sauter depuis des éminences sur de longues piques placées
au-dessous, où ils mouraient lentement dans d'atroces souffrances.
D'autres eurent la bouche remplie de poudre à canon qui, allumée,
faisait sauter la tête en pièces ; d'autres encore furent battus en pièces
sur des enclumes ; il y en eut d'autres qui furent gonflés d'air avec des
soufflets jusqu'à ce qu'ils éclatent, ou étouffés avec des pièces
arrachées de leur propre corps, ou avec de l'urine, des excréments, etc,
etc.
Il serait impossible de croire à certaines de ces atrocités
diaboliques, si elles n'étaient si bien prouvées. Elles servent à
montrer la profondeur de dépravation dans laquelle le cœur humain peut
descendre et ce que peut devenir la droiture du cœur de l'homme et ses
bons instincts sous l'influence d'une religion fausse et contrefaite. L'esprit
de l'Antichrist dégrada et rabaissa le monde autant que l'esprit du vrai
Christ et le pouvoir et l'influence du vrai royaume de Dieu auraient élevé
et ennobli et qu'ils, élèveront et ennobliront durant le Millénium les
cœurs des hommes et leurs actions. Cela est représenté, bien que dans
une faible mesure, par les progrès de la civilisation et l'accroissement
de la justice et de la miséricorde depuis que le pouvoir de l'Antichrist
a commencé à décliner et que la Parole de Dieu commence à être
entendue et écoutée, quoique encore superficiellement.
Nous ne pouvons pas concevoir de stratagème mieux combiné pour
tromper et opprimer l'humanité. On tirait avantageusement parti de toute
disposition dépravée et des faiblesses des hommes déchus ; on fit appel
à toute vile passion et chacune fut stimulée et récompensée. Les
vicieux furent ainsi attirés et enrôlés comme dévots, tandis que les
gens de race plus noble furent engagés par d'autres moyens — par un
semblant de piété hypocrite et extérieure, — une sorte de renoncement
à soi-même et de charité manifestés dans ses institutions monastiques,
mais qui ne servaient réellement qu'à en faire dévier beaucoup bien
loin du sentier de la vertu. Les gens viveurs et frivoles trouvèrent
d'amples satisfactions dans le faste, le décor, la pompe et les cérémonies.
Les gens audacieux et chevaleresques les trouvèrent dans ses missions et
ses croisades, de même que
les scélérats dans ses indulgences et les bigots fanatiques et cruels
dans ses entreprises d'oppression de ceux qui s'opposaient à l'Antichrist.
Remplis d'horreur et d'étonnement, nous nous demandons comment il
se fait que les rois et les princes, les empereurs et le peuple tout
entier aient permis de telles atrocités ? Comment ne se sont-ils pas levés
depuis longtemps et n'ont-ils pas abattu l'Antichrist ? La réponse est
donnée dans les Écritures (Apocalypse 18 : 3) : « Les
nations ont été « enivrées » (stupéfiées) ; elles
ont perdu leurs sens en buvant le vin mêlé (le mélange de
fausses et vraies doctrines) qui leur avait été donné par l'église
apostate. Elles ont été trompées par les prétentions de la Papauté.
Et pour dire la vérité, elles ne sont encore qu'en partie réveillées
de leur stupeur ; car si les ambassadeurs des rois, en fléchissant le
genou devant le pape, ne s'adressent plus à lui comme ils le faisaient
autrefois, en lui disant : « Agneau
de Dieu qui ôte les péchés du monde »
et ne le regardent plus comme un
« Dieu ayant toute puissance au ciel et sur la terre »,
ils sont cependant encore bien loin de reconnaître la vérité, c'est-à-dire
que la Papauté a été et qu'elle est encore la contrefaçon satanique du
vrai royaume.
Tandis
que les rois et les soldats se lassaient de cette œuvre inhumaine, il
n'en était pas ainsi de la sainte (?) hiérarchie ; et nous trouvons le
Concile Général de Sienne déclarant en 1423 que la propagation de l'hérésie
dans diverses parties du monde, due à la négligence des Inquisiteurs,
était une offense à Dieu, une injure au catholicisme et la perdition des
âmes. Les princes furent conjurés, par la miséricorde de Dieu, d'exterminer
l'hérésie, s'ils voulaient échapper à la vengeance divine ; et des
indulgences plénières furent accordées à tous ceux qui s'engageraient
dans l'œuvre de destruction ou procureraient des armes dans ce but. Ces
arrêtés furent publiés chaque dimanche dans les églises. Beaucoup de
théologiens et d'historiens catholiques romains mirent leur plume au
service de cette cause injuste, justifiant, recommandant et louant la persécution
de l'hérésie. Le cardinal Bellarmin, par exemple, déclara que « si
les apôtres ne firent pas appel au bras séculier, c'est parce que de
leurs jours il n'y avait pas de princes chrétiens ». Le docteur
Dens, un célèbre théologien catholique romain, publia en 1578 un
ouvrage de théologie qui est considéré par les papistes de nos jours
comme une autorité classique, principalement dans leurs universités, où
elle occupe le même rang que Blackstone occupe dans la loi civile
anglaise. Ce travail respire d'un bout à l'autre l'esprit de persécution.
Il condamne les chefs de l'hérésie à la confiscation de leurs biens, au
bannissement, à l'emprisonnement et à la peine de mort avec privation du
droit de sépulture chrétienne.
Une
des malédictions autorisées, employée contre les protestants et publiée dans le « Pontifical
romain » est ainsi conçue :
« Puisse le Dieu tout-puissant et tous ses saints les maudire de la
malédiction dont le diable et ses anges sont maudits ! Qu'il les
retranche de la terre des vivants. Que la mort la plus abjecte les
surprenne et qu'ils descendent vivants dans l'abîme. Que leur semence
soit détruite de dessus de la terre ; qu'ils périssent par la faim et la
soif, par la nudité ou toute autre détresse ! Que toutes
les misères, les pestes et les tourments soient sur eux. Que tout
ce qu'ils ont soit maudit ; qu'ils soient maudits partout et toujours.
Qu'ils soient maudits parlant et se taisant. Qu'ils soient maudits au
dedans et au dehors qu'ils soient maudits du sommet de la tête à la
plante des pieds ; que leurs yeux deviennent aveugles et leurs oreilles
sourdes ; que leur bouche devienne muette et que leur langue se colle à
leur gosier. Que leurs mains ne touchent plus et que leurs pieds ne
marchent plus ; que tous les membres de leurs corps soient maudits. Que la
malédiction reste sur eux, debouts ou couchés, dès maintenant et à
toujours, et qu'ainsi leur lampe soit éteinte en la présence de Dieu, au
jour du jugement. Que leur sépulture soit avec les chiens et les ânes.
Que les loups affamés dévorent leurs cadavres. Que le diable et ses
anges soient leurs compagnons à toujours ! Amen, Amen ; qu'il en soit
ainsi, ainsi soit-il ! »
Tel
est l'esprit de la Papauté et tous ceux qui ont l'esprit du vrai Christ
devraient facilement reconnaître une contrefaçon si basse.
Puisque la véritable cause de ces erreurs de conduite réside dans
les erreurs de doctrine, il n'y a pas de doute que si les circonstances étaient
de nouveau favorables, les doctrines étant les mêmes, leur mauvais
esprit et leurs mauvais fruits apparaîtraient certainement sous peu, par
les mêmes actes d'injustice, d'oppression, de superstition, d'ignorance
et de persécution et on aurait recours à toutes sortes de moyens pour
restaurer, soutenir et étendre le royaume contrefait de Dieu. Nous
citons comme preuve quelques incidents tout récents, venus à notre
connaissance :
« Le 7 Août 1887, à Ahuehuetitlan, état de Guererro, Mexique, un
missionnaire protestant, indigène, nommé Abraham Gomez, fut mis à mort
en même temps que deux de ses aides, par des indigènes, sur
l'instigation d'un prêtre catholique romain, le Père Vergara, qui, la
veille, en célébrant la messe, avait recommandé à ses ouailles de
faire un exemple du ministre de Satan qui était arrivé au milieu d'eux ;
il avait ajouté qu'ils pouvaient le tuer en toute sécurité, comptant
sur la protection du chef de la police aussi bien que du prêtre. La
parole du prêtre fit loi pour ce peuple enténébré, aussi bien que pour
les autorités civiles. Le corps mutilé du pauvre missionnaire fut traîné
par les rues et soumis à toute sorte d'indignités, comme un
avertissement pour d'autres. Il ne put être obtenu aucun recours pour
ce meurtre. »
L'Indépendant de New-York ayant attiré l'attention sur ce massacre sanglant, la
riposte suivante fut faite par le Freeman (L'homme libre), un
influent journal catholique romain de New-York :
« Lorsqu'ils [les missionnaires protestants] voient d'honnêtes
gens s'agenouiller au son de l'angélus en l'honneur de
l'Annonciation et de l'Incarnation, ils disent que la Bible abolira bientôt
de telles superstitions. Si une lumière brûle devant une statue de la mère
de Dieu : Ah ! crie le missionnaire, nous instruirons bientôt ce
peuple plongé dans les ténèbres à mettre en pièces ces symboles ! et
ainsi de suite. Si le massacre de quelques missionnaires de cette sorte
faisait rester chez eux ceux qui leur ressemblant nous aimerions presque
dire — nous sommes si méchants, nous autre papistes
— : Que la danse continue et que la joie déborde ! »
Un
ministre du nom de C. G. Moule raconte une douloureuse histoire qui a fait
le tour de la presse sur la persécution qui eut lieu à Madère contre
Robert Kelley et les personnes qui avaient été converties par son moyen
environ un millier de gens, y compris les
enfants ; ils furent frappés de l'exil pour avoir reçu une
parcelle de la vérité.
Dans
la soi-disant « Prusse
protestante », le pasteur Thummel fut arrêté pour
« insultes faites à l’église
catholique romaine ». Dans une brochure qu’il publia
il critiquait la Papauté et l'une de ses remarques « insultantes »
était que la Papauté est une apostasie « édifiée sur la
superstition et l'idolâtrie ».
Récemment
il y eut un différend entre la Prusse et l’Espagne au sujet des îles
Carolines et le pape fut choisi comme arbitre ou juge pour trancher le
différend (cela nous
rappelle un peu sa puissance précédente et sa politique comme arbitre ou
juge suprême des nations). Il décida en faveur de l'Espagne. Un vaisseau
de guerre, cinquante soldats et six prêtres furent aussitôt envoyés
par l'Espagne ; dès leur arrivée, un missionnaire américain, Mr Doane,
fut fait prisonnier et fut séparé de ses convertis sans autre cause que
son refus d’abandonner sa mission, son œuvre et ses propriétés aux
prêtres et parce que les îles appartiennent maintenant à
l’Espagne et l’Espagne au Pape, aucune autre religion que celle du
pape ne pouvait y être tolérée.
Un ami de l'auteur, ex-catholique romain dit que voyageant récemment
en Amérique du Sud, il fut assailli à coups de pierres et obligé de
fuir pour sauver sa vie parce qu'il
n'avait pas voulu se découvrir et s'agenouiller avec la foule sur le
passage du prêtre romain portant le crucifix et l'hostie. Un cas
semblable, dans lequel trois Américains furent battus par les prêtres,
attaqués par le peuple et arrêtés par la police dans la ville de
Madrid, en Espagne, pour une offense du même genre, est encore sans doute
dans l'esprit de beaucoup de ceux qui lisent les journaux.
Le « Catholique converti » extrait ce qui suit
du « Watchman »
, journal catholique romain publié à St. Louis (Mo) :
« Le protestantisme ! Nous voudrions l'abattre et le dépecer ! Nous
voudrions l'empaler et le pendre pour les nids de corbeaux. Nous voudrions
le déchirer avec des pinces et le brûler avec des fers rougis au feu !
Nous voudrions le remplir de plomb fondu et l'enfoncer dans le feu de
l'enfer à 200 mètres de profondeur. »
Il est
absolument probable, si nous regardons aux temps passés, que si le Rédacteur
du Watchman, ayant un tel esprit, en avait le pouvoir, il aurait bientôt
étendu ses menaces, non seulement au protestantisme, mais à tous les
protestants.
Tout
dernièrement, à Barcelone, Espagne, par ordre du gouvernement, un grand
nombre d'exemplaires de la Bible furent brûlés, — naturellement à
l'instigation de l'église de Rome. Ce qui suit, traduit de la « Bannière
Catholique », l'organe de la papauté en cette ville, montre que
la papauté approuva et reconnut cet acte. Il dit :
« Béni soit Dieu de ce que nous revenons enfin aux temps où ceux
qui propageaient l'hérésie étaient punis d'un châtiment exemplaire. Le
tribunal de la Ste Inquisition doit bientôt être rétabli ; son règne
sera plus glorieux et portera plus de fruits que dans le passé. Notre cœur
catholique déborde de foi et d'enthousiasme ; et l'immense joie qui nous
inonde, en commençant de recueillir les fruits de notre campagne actuelle,
dépasse tout ce que nous pouvions imaginer. Quel jour de plaisir ce sera
pour nous, lorsque nous verrons les anti-cléricaux se tordre dans les
flammes de l'Inquisition ! »
Pour
encourager une autre croisade, le même journal dit :
« Nous croyons devoir publier les noms des saints hommes entre les
mains desquels tant de pécheurs ont souffert, afin que les bons
catholiques puissent vénérer leur mémoire :
|
Par
Torquemada.
|
|
|
Hommes et femmes brûlés vifs.
|
10.220
|
|
Brûlés en effigie.
|
6.840
|
|
Condamnés à d'autres châtiments.
|
97.371
|
|
Par
Diego Desa.
|
|
|
Hommes et femmes brûlés vifs.
|
2.592
|
|
Brûlés en effigie.
|
829
|
|
Condamnés à d'autres châtiments.
|
32.952
|
|
Par
le cardinal Jiminez de Cisneros.
|
|
|
Hommes et femmes brûlés vifs.
|
3.564
|
|
Brûlés en effigie.
|
2.232
|
|
Condamnés à d'autres châtiments.
|
48.059
|
|
Par
Adrien de Florence.
|
|
|
Hommes et femmes brûlés vifs.
|
1.620
|
|
Brûlés en effigie.
|
560
|
|
Condamnés à d'autres châtiments.
|
21.835
|
|
Nombre total des hommes et des femmes brûlés vifs
sous
le ministère de 45 saints Inquisiteurs Généraux. |
35.534
|
|
Total des brûlés en effigie.
|
18.637
|
|
Total des condamnés à d'autres châtiments
|
293.533
|
|
Total
général
|
347.704
|
LE MILLENIUM PAPAL
De même que le véritable royaume du vrai Christ doit avoir une
durée de mille ans, ainsi l'imitation papale de ce royaume considéré au
temps de sa plus grande prospérité, dura de 800 à 1800, comme
accomplissement du règne millénaire prédit en Apocalypse 20. Les
catholiques regardent la période depuis 1800, pendant laquelle la Papauté
a graduellement perdu tout son pouvoir temporel, où elle a subi de
nombreux affronts de la part des nations qui la soutenaient autrefois, et
ou elle a été grandement dépouillée des territoires, revenus et privilèges
si longtemps revendiqués et possédés, comme étant le « peu de
temps » d'Apocalypse 20 : 3,7, 8, durant lequel Satan doit être délié,
à la clôture du Millénium.
Les dates qui marquent le commencement et la fin du millénium papal
d'ignorance, de superstition et de fraude, sont clairement indiquées dans
l'histoire. Un écrivain catholique romain * [ La
Chaire de St-Pierre. ] parle ainsi du commencement de cet empire religieux : « Le
couronnement de Charlemagne
comme empereur d'Occident par le pape Léon III en l'an 800 fut réellement
le commencement du Saint Empire Romain ** ».[« Le St-Empire Romain »
fut le titre de l'institution politique du moyen âge. Il eut son point de
départ en Charlemagne.
Fisher, dans son Histoire universelle, page 262 le décrit ainsi :
« Théoriquement, ce fut l'union entre le monde état et le monde-église
; une communauté indivisée
sous l'Empereur, et le Pape, ses chefs séculiers et spirituels, ordonnés
du ciel (?) ». Puisque les papes donnaient l'onction aux empereurs,
comme remplaçant du Christ, ils en étaient par conséquent les véritables
chefs.]
Bien
que la papauté eût été organisée longtemps auparavant, comme système
religieux, et qu'elle eût été « élevée » au pouvoir en
539, ce fut cependant Charlemagne qui le premier établit réellement et
reconnut formellement le pouvoir temporel du pape. De même
que Charlemagne fut le premier empereur du Saint Empire Romain en 800,
François II en fut le dernier. Il abandonna volontairement ce titre en 1806.*[ Par la bataille de Marengo,
en 1800, et celle d'Austerlitz, en 1805, l'Allemagne se trouva deux fois
aux pieds de Napoléon. Le principal résultat de cette dernière défaite
fut l'établissement de la Confédération du Rhin sous le protectorat du
souverain français. Cet événement mit fin au vieil Empire Germanique
ou Saint-Empire, après une durée d'un millier d'années ». —
Histoire Universelle de White, page 508. ] De même qu'avant l'an
800 la papauté s'éleva, aidée par la bête romaine [le peuple] et par
ses « cornes » [puissances] ainsi, depuis l'an 1800, elle a
perdu son autorité temporelle sur les rois et les peuples, et elle a été
déchirée et pillée par ceux qui la soutenaient autrefois (Apocalypse 17
:16, 17). Aujourd'hui, bien qu'elle reçoive toujours des honneurs et possède
encore une grande influence sur les consciences du peuple, la Papauté se
lamente sur la perte de tout ce qui ressemble à une domination temporelle.
Celui
qui étudie attentivement ce sujet remarquera qu'il existe quatre périodes
plus ou moins distinctement marquées du développement et de l'exaltation
de l'Antichrist, et un nombre égal qui indiquent clairement sa chute.
Les
quatre dates de son développement sont :
1. —
Dans les jours de Paul, vers l'an 50 : Le commencement du travail secret
de l'ambition inique apparut.
2. — De l'an 300 à 494 **,[ L'écrivain catholique de « La Chaire de St Pierre » montre
clairement (page 128) que la juridiction pontificale lutta longtemps pour
la possession de la place de chef de l'église et qu'elle n'en obtint que
graduellement la reconnaissance et l'autorité ; cette domination fut généralement
reconnue dès l'année 494. Après avoir donné en détail les actes des
différents conciles, évêques, empereurs, etc, qui avaient reconnu l'évêque
de Rome comme Souverain pontife, l'écrivain conclut ainsi :
« Ces paroles furent écrites à une date fort éloignée déjà
en 494. ... A tout prendre, il ressort donc clairement de ce témoignage
authentique précédent, que la primatie de la chaire de St. Pierre
(l'évêché de Rome) s'était déjà tellement développée au 5e
siècle, que le pape fut alors universellement regardé comme le
centre de l'unité chrétienne, — le Gouverneur Suprême et
l'Instructeur de l'Église de Dieu, le Prince des évêques, l'Arbitre définitif
de tous les appels pour les causes ecclésiastiques dans toutes les
parties du monde, et le Juge et Modérateur des Conciles Généraux qu'il
présida par ses légats ».] la Papauté, l'homme du péché s'organisa en hiérarchie, c.-à-d.,
l'église s'organisa graduellement et les papes furent reconnus comme étant
ses chefs, représentant Christ, régnant dans l'église et sur les
nations.
3. —
L'an 539 fut, ainsi que cela sera montré plus loin (Vol. III, chapitre
3), la période dans laquelle les papes commencèrent à exercer l'autorité
et le pouvoir civils.
4. — La période d'exaltation commença en l'an 800, lorsque,
comme nous l'avons déjà démontré, le Saint Empire Romain fut formé et
que le pape, couronnant Charlemagne empereur, fut reconnu lui-même comme
Roi des rois, Empereur des empereurs, « un autre Dieu sur la terre ».
Les
quatre périodes de la chute de l'influence papale sont les suivantes :
1. —
La période de la Réformation qui commença aux environs * [« ... de l'an 1309 par les écrits
de Marsile suivi par Wyclef, Huss, Luther, etc. »
(éd. 1937). ] de l'an 1400 par les écrits de Wyclef, suivi
par Huss, Luther, etc.
2. —
La période des succès de Napoléon, la dégradation des papes et
l'abrogation finale du titre d'Empereur du Saint Empire Romain par François
II de 1800 à 1806.
3. — Le rejet final du pape comme gouverneur de Rome et de ce
qu'on appelait les États pontificaux par ses sujets et par le roi
d'Italie, en 1870 ; de ce fait l'Antichrist demeura sans la moindre
autorité temporelle.
4. — L'extinction finale de cette hiérarchie contrefaite, près
de la fin du « jour de la colère » et du jugement déjà
commencé, qui se terminera, comme nous l'avons montré, par les « temps
des nations », avec l'année 1914.
PEUT-ON ENCORE EN DOUTER ?
Nous avons retracé la naissance de l'Antichrist, comme provenant d'une « apostasie » dans l'église
chrétienne ; nous avons entendu sa prétention blasphématoire d'être le
Royaume de Christ, et son pape, le Vicaire de Christ « un autre Dieu
sur la terre » ; nous
avons entendu ses discours enflés de vanité et pleins de blasphèmes,
s'arrogeant les titres et les pouvoirs appartenant au vrai Seigneur des
seigneurs et Roi des rois ; nous avons vu combien terriblement il a
accompli la prédiction : « II consumera les saints »,
nous avons vu que la vérité, écrasée et déformée, aurait été
entièrement ensevelie sous l'erreur, la superstition et la politique cléricale
[priestecraft), si le Seigneur, au moment convenable, n'était
intervenu en suscitant des réformateurs,
aidant ainsi ses saints, comme il est écrit : « Les sages du peuple
enseigneront la multitude ; et ils tomberont par l'épée et par la flamme,
par la captivité et par le pillage, plusieurs jours. Et quand ils
tomberont, ils seront secourus avec un peu de secours ! »
— Daniel 11 : 33, 34 D.
En présence de tous ces témoignages, est-il permis ;
de douter que ce que les prophètes et les apôtres furent inspirés à écrire
minutieusement ne soient les principaux traits caractéristiques de la
Papauté ? Nous pensons qu'il ne devrait subsister aucun doute dans les
esprits non prévenus que la Papauté est l'Antichrist, l'homme du péché,
et qu'il est impossible à un homme d'accomplir ces prédictions. Le succès
sans pareil de la Papauté comme contrefaçon du Christ, en trompant le
monde entier, a accompli pleinement la prédiction de notre Maître,
lorsque, après avoir parlé de son propre rejet il dit : « Si un
autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez ».
— Jean 5 : 43.
On
aura remarqué, sans doute avec surprise, qu'en traitant ce sujet, nous
avons généralement omis de parler des vilenies et des grossières
immoralités des papes et d'autres dignitaires, comme aussi de l'œuvre ténébreuse
de l’expédient pratiqué par les Jésuites et autres ordres
secrets qui font toute espèce d'œuvres de police secrète pour la Papauté.
C'est avec intention que nous avons procédé de cette manière, non parce
que ces faits ne seraient pas vrais, puisque des écrivains catholiques
romains même les reconnaissent en partie, mais parce que nous n'avions
pas besoin de telles preuves pour étayer nos arguments. Nous avons montré
que la hiérarchie papale (même si elle avait été composée des hommes
les plus moraux et les plus justes, ce qui n'est pas le cas, toute
l'histoire est là pour en témoigner) est « l'homme du péché »,
l'Antichrist, la contre-façon et la fausse représentation du Royaume
Millénaire de Christ, habilement arrangée pour tromper.
Les
paroles de Macaulay, historien anglais, servent à montrer que
quelques-uns, sans avoir de lumière prophétique spéciale, ont pu
reconnaître dans l'étonnant système
de la Papauté la contrefaçon du plus merveilleux de tous les systèmes,
le Royaume de Dieu, encore à venir. Il dit :
« II est impossible de nier que la constitution de
l'église de Rome ne soit le chef-d'œuvre de la sagesse humaine
[nous dirions satanique]. Il n'y a vraiment rien qui aurait pu soutenir
une telle doctrine contre de pareils assauts, si ce n'est une constitution
de ce genre. L'expérience de 1.200 années mouvementées, l'habileté ingénieuse
et les soins inlassables de quarante générations d'hommes d'état, ont
amené cette institution à un degré de perfection tel que parmi les
inventions de l'habileté politique elle occupe la place la plus élevée. »
FIN DÉFINITIVE DE L'ANTICHRIST
Nous avons suivi la marche de la Papauté jusqu'au temps présent,
au jour de l'Éternel — le temps de la présence d'Emmanuel. Cet
homme du péché s'est développé, a fait son terrible travail et a été
frappé par l'épée de l'Esprit — la Parole de Dieu. L'esprit de la
bouche de Christ l'a rendu impuissant, en dépit de son ardent désir de
persécuter ouvertement et d'une manière générale les saints. Nous nous
demandons. maintenant : « Que devons-nous attendre ? Que dit l'apôtre
concernant la fin de l'Antichrist ? »
Dans 2
Thessaloniciens 2 : 8-12, l'apôtre Paul déclare concernant l'Antichrist
: « Que le Seigneur consumera par le souffle de sa bouche et
qu'il anéantira par l'éclat de sa présence ». La lumière
de la vérité pénétrera chaque sujet. En mettant en relief le bien et
le mal, elle conduira à la grande lutte entre ces deux principes et entre
les partisans humains de l'un et de l'autre et causera le grand temps de détresse
et de colère. Dans cette lutte, l'injustice et le mal tomberont
et le bien et la vérité triompheront. Parmi les maux qui existent
maintenant et qui seront finalement et complètement détruits, se trouve
l'Antichrist avec lequel presque toute espèce de théorie et de pratique
du mal est plus ou moins en
rapport direct. Ce sera cet éclat resplendissant, cette brillante lumière
du soleil de la présence du Seigneur qui produira ce jour de détresse,
par lequel et dans lequel l'Antichrist et tous les autres systèmes du mal
seront détruits. « Dont la présence est selon [accompagnée par,
ou durant] l'efficace de Satan [une énergie et une action sataniques], en
toute puissance, et signes et miracles de mensonge, et en toute séduction
d'injustice chez ceux qui périssent, parce
qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés ou
en être préservés. Et à cause de cela,
Dieu leur envoie une énergie d'erreur [une puissance d'égarement,
Seg.] pour qu'ils croient le mensonge, afin que tous ceux qui n'ont
point cru la vérité, mais qui ont pris plaisir dans l'injustice soient jugés » indignes
de participer au Royaume Millénaire, comme co-héritiers avec Christ.
D'après
nous, ces paroles impliquent que dans le temps de la présence du
Seigneur (le temps actuel — depuis 1874), par ce système de
l'Antichrist (un des principaux agents de Satan pour tromper et maîtriser
le monde) aussi bien que par tous ses autres agents, le diable
opposera une résistance désespérée au nouvel ordre de choses qui est
sur le point d'être établi. Il tirera parti de chaque petite
circonstance, de toutes les faiblesses innées à la famille humaine et de
son égoïsme, pour enrôler leurs cœurs, leurs mains et leur plume dans
cette lutte finale contre la liberté et l'entière élucidation de la vérité.
Des préjugés seront éveillés là où il n'en existerait aucun si la vérité
était clairement vue. Un zèle passionné sera évoqué et des unions de
partisans se formeront qui en tromperont et égareront beaucoup. Il en
sera ainsi, non parce que Dieu n'a pas fait la vérité assez claire pour
guider tous les vrais consacrés,
mais parce que ceux qui feront trompés le seront pour ne pas s'être
suffisamment empressés à rechercher la vérité et à en user comme de
la nourriture au temps convenable. Il sera ainsi manifeste que la classe
égarée ne reçut pas la vérité dans l'amour pour elle, mais
plutôt par formalisme ou par crainte. L’apôtre semble assurer que dans
cette lutte à mort finale de l'Antichrist, même s'il semble gagner un
pouvoir croissant dans le monde par de nouveaux stratagèmes, par des
tromperies et des combinaisons, le vrai Seigneur de la terre, le Roi des
rois, prévaudra cependant au temps de sa présence ; et finalement,
durant le grand temps de détresse,
il anéantira complètement l’Antichrist et détruira pour toujours sa
puissance et ses tromperies.
Quant
à la forme exacte que prendra cette lutte finale, nous ne pouvons faire
que des suppositions, appuyées principalement sur les tableaux
symboliques donnés dans l'Apocalypse sur cette lutte. Nous prévoyons la
constitution graduelle de deux grands partis
dans le monde, desquels les saints fidèles et vainqueurs se
tiendront séparés. Ces deux grands partis seront composés : d'un côté,
par les socialistes, les libres-penseurs, les incrédules, les mécontents,
et les vrais amis de la liberté dont les yeux commencent à s’ouvrir
sur l’état de choses amené par le despotisme et le mauvais
gouvernement religieux et politique. De l’autre côté
s'associeront peu à peu ceux qui sont opposés aux libertés humaines et
à l'égalité : les empereurs, les rois, les aristocrates ; et la
contrefaçon du Royaume de Dieu, l'Antichrist,
se trouvera en parfaite harmonie avec eux et les soutiendra, tout en étant
soutenu lui-même par les despotes civils de la terre. Nous nous attendons
aussi à ce que la politique de l'Antichrist sera quelque peu modifiée et
adoucie pour chercher à s'attirer même
la sympathie et la coopération pratique (non l’union réelle)
des extrémistes de toutes les dénominations protestantes qui justement
maintenant recherchent une union nominale les unes avec les autres
et avec Rome, oubliant que la seule et véritable union est celle qui est
produite et maintenue par la vérité, et non par les credo, les
conventions et les lois. Cette coopération entre protestants et
catholiques peut sembler improbable à quelques-uns ; mais nous voyons des
signes évidents de son approche rapide. Elle est hâtée par les
agissements secrets de la Papauté parmi ses adeptes, laquelle fera élire,
pour occuper des places en vue dans les affaires gouvernementales, les
hommes politiques désireux de coopérer avec elle.
On peut s'attendre à voir bientôt surgir des lois par lesquelles
la liberté personnelle sera peu à peu restreinte en alléguant la nécessité
et le bien-être public jusqu'à ce que degré par degré il devienne
finalement nécessaire de formuler quelque « simple loi de
religion » et qu'ainsi l'Église et l'état pourront être
jusqu'à un certain point unis pour gouverner les États-Unis d'Amérique.
Ces lois, aussi simples qu'elles puissent être faites, pour convenir à
toutes les vues religieuses soi-disant orthodoxes (ou populaires), seront
calculées pour réprimer et prévenir un accroissement subséquent en grâce
et en connaissance de ce qui est maintenant la nourriture au temps
convenable. Le prétexte en sera probablement pour prévenir le socialisme,
l'incrédulité et l'éruption politique des classes inférieures et des
classes indépendantes.
Il est
évident que dans un avenir très prochain, même avant que la gravité de
la grande détresse de ce jour de la colère ait éclaté sur le monde et
ruiné l'ordre social tout entier sur la terre (préparant la terre
nouvelle et meilleure promise sous le vrai Christ), il y aura une
heure sévère de tentation et d'épreuve pour l'Église vraiment consacrée,
comme ce fut le cas dans les jours de triomphe de la Papauté ; avec cette
différence qu'aux jours actuels les méthodes de persécution seront plus
raffinées et mieux en rapport avec les méthodes plus civilisées de
notre époque. Les piques, les pinces et les roues auront plutôt la forme
de sarcasmes, de dénonciations, de restrictions des libertés et de
boycottages sociaux, financiers et politiques. Mais concernant cela et les
nouvelles combinaisons que l'Antichrist pourra former dans cette lutte
finale contre l'établissement du vrai royaume millénaire, nous en
parlerons plus loin.
En
terminant ce chapitre, nous aimerions encore une fois pénétrer le
lecteur de ce fait que la Papauté est l'Antichrist ; non à cause de la
perversité de sa morale, mais parce qu'elle est la contrefaçon du vrai
Christ et du vrai Royaume. C'est parce que beaucoup de protestants
manquent de reconnaître ce fait qu'ils seront trompés et amenés à coopérer
avec la Papauté en opposition au vrai Roi de gloire.
|
AURORE
MILLÉNAIRE
Tout
se meut en avant ! L'ère heureuse commence,
L'astre de ce qui fut disparaît au couchant,
La cloche d'or résonne et la parade avance ;
Bataillon qui se hâte au rythme d'un beau chant !
La théorie obscure est fondement qui croule,
Le sommet s'illumine et la Vérité luit,
Les forces d'aujourd'hui, des frontières en foule
Font des fantômes vains qui s'effacent sans bruit.
Frère, pourquoi tarder ?
Ma sœur, pourquoi te taire ?
Sors au soleil levant, veille pour les fruits mûrs.
Poète, assez de pleurs, barde, échappe au mystère,
Peintre, enfin, dans le ciel prends des feux pour nos murs.
Sors au soleil levant, sors avec l'alouette,
N'attends pas le midi, sans trêve, à l'œuvre encore,
Car tout se meut, rapide, et l'ère heureuse est prête,
Ce qui fut disparaît, et voici l'âge d'or.
Sur l'ordre du grand Roi la céleste lumière
Se répand dans sa gloire, et s'étend, et s'accroît.
Les vieux credo s'en vont, ils tombent en poussière,
Mais un chemin meilleur aux feux du jour se voit.
Oh ! soyons donc tous prêts pour l'œuvre sans égale,
Travaillons nuit et jour, nous sommes peu, luttons,
Moissonnons, puisqu'il faut, à l'aube aux tons d'opale,
Moissonnons dans le champ — pour le droit, combattons.
Tout se meut en avant ! Le Jubilé du monde
Enfin va remplacer les siècles de chagrins,
II vient, mon œil le voit, plein d'extase profonde,
Le sommet resplendit, —
Christ est avec les siens |