ÉTUDES
DANS LES ÉCRITURES
VOLUME
III - QUE
TON RÈGNE VIENNE
ÉTUDE
VIII
LE RÉTABLISSEMENT
D'ISRAËL
(Écrit en 1890)
Le rétablissement
d’Israël en Palestine est un événement attendu au cours de cette période
de la moisson. — Comment, dans quelle mesure et pour quelle
classe devrons-nous attendre ce rétablissement ? — Date à laquelle commença ce rétablissement et
preuves de son développement actuel. — Pourquoi les bénédictions millénaires destinées à toute l'humanité
atteindront-elles et régénéreront-elles d'abord les Juifs ? — Le réveil des espérances
judaïques. — Appréciations d'écrivains
éminents juifs et gentils. — Leur harmonie avec la prophétie. —
L’aveuglement d’Israël à l'égard de Christ commence déjà à
disparaître. — Diffusion et importance de ce mouvement. — Dieu les secourra.
« En ce jour-là je
relèverai le tabernacle de David qui est tombé, et je fermerai ses brèches
et je relèverai ses ruines et je bâtirai comme aux jours d'autrefois...
Et je rétablirai les captifs de mon peuple d’Israël et ils bâtiront
les villes dévastées et y habiteront et ils planteront des vignes et en
boiront le vin et ils feront des jardins et en mangeront le fruit. Et je
les planterai sur leur terre et ils ne seront plus arrachés de dessus
leur terre que je leur ai donnée, dit l'Éternel ton Dieu » (Amos 9
: 11, 14, 15).
Parmi les reliques que l'Antiquité nous a léguées aucune autre que le
peuple juif ne présente un objet d'aussi grand intérêt. Les savants spécialisés
dans les recherches de l'Antiquité ont inlassablement interrogé chaque
objet inanimé afin de découvrir un indice d'information historique ou
scientifique. Les monuments, les autels, les tombes, les vestiges d’édifices
publics et privés, les peintures, les sculptures, les hiéroglyphes et
les langues mortes ont tous été mis à contribution ; certains se sont
efforcés patiemment de découvrir la somme de pure vérité qui inspira
probablement les nombreuses traditions, légendes fantastiques, chants,
etc., qui nous sont parvenus des siècles passés, afin d'apprendre tout
ce qu'il est possible de savoir sur l'origine, l'histoire et la destinée
de l'humanité. Mais, le peuple juif est la plus intéressante relique et
la seule dont l'histoire peut être le plus fidèlement déchiffrée et
comprise. Il est un monument antique dont la valeur est incomparable et
sur lequel nous pouvons lire, en caractères très lisibles, l'origine, le
développement et la destinée finale de toute la race humaine, un témoignage
vivant et intelligent de l'accomplissement graduel d'un plan merveilleux
relatif aux affaires de l'humanité, en exacte conformité avec les prédictions
des prophètes et des voyants divinement inspirés.
Comme peuple, il reste marqué et à part par les événements de leur
histoire nationale, leur foi religieuse commune, aussi bien que par chaque
élément de leur caractère national, leur mentalité et leurs coutumes.
Les traits distinctifs nationaux sont les mêmes aujourd'hui qu'il y a
plusieurs siècles, ils aiment toujours les poireaux, les oignons et l'ail
d'Égypte et sont toujours des gens obstinés au col roide. Comme peuple,
ils eurent certainement beaucoup d'avantages de toutes manières. Les
oracles de Dieu développèrent chez eux des poètes, des juristes, des
hommes d'état et des philosophes, et les amenèrent graduellement de la
condition de peuple esclave à celle — comme au temps de
leur plus grande gloire sous le règne de Salomon et suscitant l'étonnement
et l'admiration du monde — d'une nation honorée et élevée parmi toutes les autres. (Rom. 3
: 1, 2 ; 1 Rois 4 : 30-34 ; 10 : 1-29).
La prophétie qui figure en tête de ce chapitre nous annonce formellement
que le rétablissement d'Israël dans la terre de Palestine est un des événements
qui doivent s'accomplir dans le Jour du Seigneur, au temps actuel. On
remarque de suite que cette prophétie ne peut pas être interprétée
dans un sens symbolique quelconque. Il ne leur est pas destiné un pays de
Canaan céleste, mais bien un pays de Canaan terrestre. Ils doivent être
plantés sur « leur terre », le pays que Dieu déclare leur avoir donné,
le pays qu'Il avait promis à Abraham en lui disant : « Lève les yeux et
regarde du lieu où tu es vers le nord, vers le midi, vers l'orient et
vers l’occident ; car tout le pays QUE TU VOIS, je te le donnerai et à
ta semence pour toujours, et je ferai que ta semence sera comme la
poussière de la terre, en sorte que si quelqu'un peut compter la poussière
de la terre, ta semence sera aussi comptée. [Une indication d'un temps
futur alors très éloigné permettant dans l'intervalle la multiplication
suffisante de sa semence]. « Lève-toi et promène toi dans le pays,
en long et en large, car je te le donnerai ». « Et je te donne, et à ta
semence après toi, Ie pays de ton séjournement — tout le pays de Canaan, en POSSESSION PERPÉTUELLE ».
(Gen. 13 : 14-17 ; 17 : 8). C'est un pays dans lequel les Juifs eurent le
privilège d'entrer autrefois et qu'ils habitèrent pendant des siècles.
Mais pendant ce temps, ils furent souvent dépouillés, emmenés en
captivité, dans d'autres pays, pendant que des étrangers dévastaient
leurs villes, buvaient le vin de leurs vignes et mangeaient le fruit de
leurs jardins. Finalement, ils furent complètement arrachés de leur
pays, leurs villes furent détruites et ravagées, et ils furent chassés
comme des vagabonds errants et exilés de pays en pays, dans le monde
entier. Lorsqu'ils seront rétablis dans leurs pays, selon la promesse, «
Ils ne seront plus arrachés de dessus leur terre », du pays que Dieu
leur a donné et « ils bâtiront les villes dévastées [celles où ils
avaient vécu autrefois] et les habiteront ». Quoique dispersés, sans
patrie, affligés et persécutés, les Juifs sont toujours un peuple
distinct et homogène. Ils sont unis entre eux par les liens solides de la
parenté et d'un même sang, par des espérances communes, inspirés par
une même foi dans les merveilleuses promesses de Dieu qu'ils ont
cependant bien peu comprises. Ils sont en outre liés entre eux par une
sympathie réciproque provenant de leurs souffrances et privations
communes dans l'exil. Aujourd'hui encore, comme peuple, ils s'attachent
fortement à l'espérance d'Israël. Comme peuple, ils ont toujours foi en
Dieu bien que dans leur aveuglement et leur orgueil de cœur, ils aient trébuché
et soient tombés sur la pierre d'achoppement qu'était l'humilité du
Messager choisi par Dieu pour le salut du monde ; de sorte qu'au lieu de
recevoir le Sauveur, le Seigneur de gloire, ils le crucifièrent. Et
cependant, les apôtres et les prophètes nous montrent que ce crime
odieux, dû à leur orgueil et à leur opiniâtreté, leur sera pardonné.
A cause de ce crime, ils ont été punis et sévèrement punis. Lorsqu'ils
condamnèrent le Seul Juste et dirent : « Que son sang soit sur nous et
sur nos enfants », ils ne s'attendaient pas à la terrible rétribution
qui allait suivre.
La terrible détresse et la perte de vies, la destruction, de leur sainte
cité et de leur temple, la fin complète de leur existence nationale, la
dispersion des survivants comme exilés parmi toutes les nations achevèrent
l’œuvre de leur période de moisson. Elle débuta par l'émeute et la
lutte civiles, puis une armée romaine envahit le pays. Le feu, l'épée
et la famine accomplirent sur eux un terrible châtiment.
Depuis cette époque, Israël a toujours été une nation dispersée et dépouillée.
Chassés de Pays en pays comme des exilés, les Israélites furent privés
de presque tous les droits et privilèges dont jouissaient les autres
hommes. Rejetant la chrétienté, aussi bien sous sa forme corrompue que
sous sa forme pure, ils devinrent l'objet du mépris et des persécutions
inexorables de l'Église de Rome. L’historien déclare :
« En Allemagne, en France, en Angleterre et en Italie, leurs droits
furent limités par des décrets et par des lois des autorités ecclésiastiques
aussi bien que des autorités civiles. Ils furent exclus de toutes les
positions honorables, chassés de lieu en lieu, réduits à subsister
presque entièrement par des occupations mercantiles, par l'usure ; on les
imposait durement dans les villes, on les maintenait dans une véritable
abjection, on les reléguait dans des quartiers étroits ; leurs vêtements
portaient des insignes de leur condition dégradante, ils étaient dépouillés
par des barons pillards et par des princes sans argent, ils étaient une
proie facile, à la merci de tous, pendant les guerres civiles ; on les
volait, on s'emparait d'eux et on les vendait comme des esclaves, la
populace en émeute et les paysans révoltés les massacraient, les moines
les pourchassaient et finalement on les brûlait par milliers dans des
croisades spéciales ; les croisés, d'ailleurs, brûlèrent aussi leurs
frères à Jérusalem dans leurs synagogues, les tourmentèrent par le mépris,
par des sermons injurieux, par des accusations et des épreuves
monstrueuses. Ils furent menacés, on voulut les convertir de force... Ils
ne pouvaient posséder aucune propriété foncière, ils ne pouvaient
s'occuper d'aucun métier d'artisan, d'aucune profession artistique. Ils
en étaient réduits presque exclusivement au commerce. Voyant que toute
l'humanité se dressait contre eux, leur orgueil national et leur fierté
ne furent certes pas adoucis ; aussi, le fossé s'élargit-il grandement
entre Juifs et Gentils vivant ensemble en tout lieu ».
Ainsi, étrangers vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis des autres humains de
toutes les nations, leur condition a été en vérité misérable, leur
sort triste et pitoyable. Au cours d'implacables persécutions papales,
ils ont souffert en commun avec les saints et les martyrs de Jésus, le
Chrétien pour avoir rejeté l’Antichrist, le Juif pour avoir rejeté
Christ et l'Antichrist. Si Dieu a permis que ces afflictions et ces persécutions
fussent le châtiment des Juifs pour leur crime national de rejet de l'Évangile
et la crucifixion du Rédempteur, néanmoins au temps marqué, il récompensera
la constance de leur foi dans ses promesses, auxquelles ils sont attachés
depuis si longtemps, avec une telle persévérance. Dieu connut d'avance
l'orgueil et la dureté de leur cœur. Il l'annonça d'avance ainsi que
les malheurs qui allaient s'abattre sur eux. Il a aussi indiqué d'avance
que leur aveuglement prendrait fin et qu'alors s'accompliraient toutes les
promesses terrestres faites depuis longtemps à Abraham et répétées
successivement par tous les saints prophètes.
Aujourd'hui que nous approchons du moment où, selon la promesse, la
faveur de Dieu retournera à Israël, nous voyons les préparatifs faits
dans ce but. Au cours du siècle passé, il s'est manifesté parmi eux un
criblage et une séparation les partageant en deux classes : les Juifs
orthodoxes et les non-orthodoxes. Les premiers s'attachant toujours aux
promesses de Dieu, ils espèrent toujours que le temps marqué de la rentrée
en faveur de Sion viendra bientôt. Les seconds ont perdu la foi en un
Dieu personnel, aussi bien que dans les promesses abrahamiques et sont
entraînés vers la libre-pensée, le rationalisme et l'incrédulité.
Chez les orthodoxes, nous trouvons la plupart des Juifs pauvres et opprimés,
ainsi que quelques-uns des riches et des gens cultivés ; ils sont
beaucoup plus nombreux que les non-orthodoxes, bien que ces derniers
soient beaucoup plus influents et respectés, car ils sont souvent des
commerçants, des financiers, des éditeurs, etc.
Voici un bref résumé de la foi des Juifs orthodoxes :
« Je crois avec une foi parfaite et véritable (1) que Dieu est le Créateur,
le Souverain et l'Auteur de toutes les créatures et que toutes choses ont
été créées par Lui ; (2) que le Créateur est un et que, seul, Il a été
notre Dieu, qu’Il l'est, le sera à toujours ; (3) que le Créateur ne
possède pas de Corps, ne contient en lui aucune des propriétés
corporelles et qu'aucune essence corporelle ne peut lui être comparée ;
(4) que rien n'existait avant Lui et qu'Il demeurera à toujours ; (5)
qu’on doit l'adorer et personne d'autre ; (6) que toutes les paroles des
prophètes sont vraies ; (7) que les prophéties de Moïse étaient vraies,
qu'il fut le plus grand de tous les sages qui vécurent avant lui ou qui
vivront après lui. [Nous pouvons considérer que les Juifs sont quelque
peu excusables d'avoir pareillement surfait un aussi noble et aussi
admirable caractère]. (8) que toute la loi que nous possédons à ce jour
fut donnée par Dieu Lui-même à notre maître Moïse ; (9) que cette même
loi ne sera jamais changée et que Dieu ne nous en donnera jamais une
autre ; (10) que Dieu comprend toutes les pensées et toutes les œuvres
des hommes, selon qu'il est écrit dans les prophètes : « C’est lui
qui forme leur cœur à tous, qui prend connaissance de toutes les œuvres
» (*) ; (11) que Dieu récompensera ceux qui gardent ses commandements et
qu'il punira ceux qui les transgressent ; (12) que le Messie doit toujours
venir et quoique sa venue tarde, « j'attendrai jusqu'à ce qu'il vienne
» ; (13) que les morts reviendront à la vie quand Dieu le Créateur le
jugera bon. Que son nom soit béni et sanctifié et sa mémoire célébrée
à toujours. Amen ».
(*) [Ps. 33 : 15 — Trad.].
Depuis la destruction de leur temple et leur dispersion, les sacrifices
ont été interrompus. Mais, à beaucoup d'autres égards, les
prescriptions de la loi de Moïse sont toujours observées chez les Juifs
orthodoxes. Comme autrefois, leur culte comprend la lecture des Écritures,
la prière et la louange. Le second jour de leur fête des trompettes, ils
lisent le récit de l'offrande par Abraham de son fils Isaac et de la bénédiction
par Dieu d'Abraham et de sa postérité. Puis ils font retentir la
trompette et prient Dieu de les ramener à Jérusalem.
Les Juifs non-orthodoxes ou réformés, les « radicaux » diffèrent
grandement des orthodoxes. Beaucoup d'entre eux sont des athées reniant
un Dieu personnel ; ils nient que le Messie doive venir et s'ils ne nient
pas entièrement la prophétie, ils expliquent que la nation juive est
elle-même le Messie dont la tâche est de réformer graduellement le
monde, et que les souffrances prédites du Messie sont accomplies par
leurs persécutions et leurs souffrances comme peuple. D'autres déclarent
que la civilisation est le seul Sauveur du monde qu'ils attendent.
Ce sera sans aucun doute les orthodoxes qui seront rassemblés et bénis
quand le Messie viendra une seconde fois, en gloire et en puissance, et
qui diront : « Voici c'est ici notre Dieu ; nous l’avons attendu et il
nous sauvera ; c'est ici l'ÉTERNEL, nous avons attendu ; égayons-nous,
et réjouissons-nous dans sa, délivrance » (Esaïe 25 : 9). A la
lumière plus claire de l'enseignement du Messie, toute foi dans les
vaines traditions qu'ils tiennent toujours comme étant des adjonctions de
grande valeur à la Loi de Dieu disparaîtra. Le temps est très proche où
Dieu parlera de paix à Israël, le consolera et enlèvera son aveuglement.
Nous ne voulons pas laisser entendre par là que ceux qui se sont égarés
dans l'incrédulité n'auront jamais les yeux ouverts, Dieu nous en garde.
Les yeux de tous en toutes les nationalités, seront ouverts et toutes les
oreilles des sourds seront débouchées. Mais aucune faveur spéciale ne
viendra pour ces Juifs incrédules au moment du retour de la faveur, «
car celui-là n’est pas Juif qui l'est au dehors » simplement par sa
parenté de famille et son expression faciale. Les Juifs que Dieu reconnaît
comme les enfants d'Abraham sont ceux qui s'attachent à la foi d'Abraham
et ont confiance dans les promesses divines.
LES ANGLO — ISRAÉLITES
Nous devons exprimer ici notre divergence de vues d’avec ceux qui prétendent
que les Anglo-Saxons sont l'Israël de la promesse des Écritures. Ils prétendent,
en somme, que les Anglo-Saxons, la population des États-Unis, etc. sont
les descendants des dix tribus d'Israël qui se séparèrent des tribus de
Juda et de Benjamin, après la mort de Salomon, et qu'on appelle souvent
« les dix tribus perdues », parce qu'après la captivité (des douze
tribus au complet) en Babylone, les dix tribus ne rentrèrent jamais dans
le pays de Canaan comme « Israël », mais demeurèrent disséminées
comme tribus et individuellement parmi les diverses nations. Ceux dont
nous critiquons la théorie prétendent qu'ils peuvent retracer leur
voyage jusqu'en Grande-Bretagne et que la grandeur et l'influence des
peuples de langue anglaise du monde sont imputables au fait qu'ils
appartiennent à Israël et héritent des promesses faites à Israël.
A ceci nous répondons : Certaines des preuves avancées pour soutenir
qu'ils font partie des « tribus perdues » semblent loin d'être
fortes ; mais si nous les admettions, cela ne prouverait, nullement leur
position, savoir que la grandeur de la race anglo-saxonne provient du fait
qu'elle appartient à la race juive par voie de génération naturelle,
pas plus qu'elle n'est « perdue ». Leur grandeur est due à leur liberté
et à leur intelligence qui proviennent, non du fait qu'ils ont été
perdus, ni de ce qu’ils sont nés Israélites selon la chair, mais des
doctrines de Christ — à la lumière que certains
membres de la postérité spirituelle d'Abraham font briller parmi eux.
Le fait que les dix tribus se dispersèrent loin des deux autres n'est pas
un témoignage en leur faveur, tout au contraire. Il prouve qu'elles étaient
disposées à rejeter les promesses de Dieu : c'est un signe d'infidélité,
d'incrédulité ; car elles savaient bien que le Législateur, le
Sauveur, le Libérateur, le Roi en qui et par qui les promesses devaient
être accomplies devait sortir de Juda. La tribu de Benjamin fut donc la
seule, outre celle de Juda, qui eut foi dans les promesses de Dieu au
temps de la révolte. Mais lors du retour de la captivité de Babylone,
ceux qui montrèrent leur foi persévérante en Dieu et ses promesses, en
retournant au pays de Canaan, appartenaient surtout aux tribus de Juda et
de Benjamin ; cependant, tous ceux qui revinrent n'appartenaient pas
uniquement à ces deux tribus. Il y avait parmi eux des personnes des
autres tribus, qui aimaient l'Éternel, le recherchaient avec des
sentiments de repentance, se confiant toujours dans ses promesses.
Cependant, la grande majorité des dix tribus, comme celle des membres des
deux autres tribus, ne se soucièrent pas de rentrer au pays de la
promesse, préférant Babylone et d'autres pays. Beaucoup d’entre eux étaient
même tombés dans l'idolâtrie et avaient perdu leur respect pour les
promesses de Dieu.
Nous devons nous souvenir qu'un petit nombre de ceux qui rentrèrent dans
leur pays sous la conduite de Zorobabel et aucun de ceux qui revinrent
sous Esdras étaient de ceux qui avaient été emmenés captifs autrefois,
car presque tous ceux qui avaient été emmenés captifs à Babylone y étaient
morts. Ceux-ci étaient leurs enfants, dont le cœur brûlait toujours de
la foi de leurs pères et qui espéraient toujours dans les bénédictions
et les honneurs promis à la semence d'Abraham. Ainsi les petites troupes
de moins de cinquante mille hommes qui s'en retournèrent étaient tous
les Israélites restant alors de toutes les tribus, dont l'acte de retour
dans la terre promise montrait qu'ils tenaient toujours à la foi
d'Abraham. Ce fut aux descendants de cette élite triée de toutes les
tribus d'Israël (quoique principalement des deux tribus) et tous appelés
Juifs, selon la tribu royale et prédominante, que notre Seigneur se présenta
lui-même et offrit le Royaume au premier avènement, comme les représentants
de la sainte nation, de tout Israël.
Jésus parlant du peuple juif, l'appela Israël, le considéra comme Israël
tout entier et non comme Juda seulement. Il parle de ceux qui, de son
temps, étaient toujours attachés aux promesses et étaient restés unis
entre eux, comme de « brebis perdues de la maison d'Israël », parce
qu'ils s'étaient égarés loin de la vérité, en suivant les traditions
de faux bergers qui les avaient conduits dans leur propre chemin et non
dans les voies de Dieu. Jésus dit : « Je n'ai été envoyé qu'aux
brebis perdues de la maison d’Israël ». Son ministère fut en
effet consacré à la maison d'Israël uniquement, conformément à sa
propre déclaration, il montra ainsi que les Juifs de son temps étaient
les seuls représentants reconnus de la « maison d'Israël », comme
l'indiquent les termes : « tout Israël », « nos douze tribus qui
servent Dieu continuellement », ainsi que d'autres expressions analogues
de notre Seigneur et des apôtres. Rappelons aussi que notre Seigneur,
voulant marquer que son ministère était destiné Israël seul, interdit
à ses disciples d'aller vers quiconque en dehors des Juifs de la
Palestine. (Matth. 10 : 5, 6 ; 15 : 24).
Notez également que les apôtres employèrent aussi le terme « Israël
» et non « Juda » lorsqu'ils parlèrent de ceux qui vivaient à cette
époque en Palestine (Actes 2 : 22 ; 3 : 12 ; 5 : 35 ; 13 : 16 ; 21 : 28)
; et parlant aussi de la prophétie d'Esaïe, ils reprirent l’expression
un reste d'Israël, pour désigner le nombre comparativement petit des
Juifs qui reçurent l'Évangile (Rom. 9 : 4, 27, 29, 31-33 ; 10 : 1-4 ; 11
: 1, 7-14, 25, 26-31), et parlant de tout le reste, ils les considéraient
comme des aveugles, trébuchants. Si donc il pouvait même être démontré
que les Anglo-Saxons étaient une partie des « dix tribus perdues », nous
voyons clairement qu'aucune faveur n'aurait pu leur être accordée à ce
titre, car ils avaient abandonné l'alliance d’Israël et étaient
devenus idolâtres, incrédules et pratiquement des Gentils. Du reste,
comme on l'a déjà vu (*), tous ceux reconnus comme la postérité
naturelle d'Abraham, qui continuèrent à rejeter Christ, furent privés
de toute faveur depuis la mort de Christ jusqu'en 1878, date à laquelle
la faveur de Dieu devait commencer à leur revenir et leur aveuglement
commencer à disparaître. En conséquence, la grandeur des Anglo-Saxons
au cours des siècles passés ne saurait être en aucune manière assimilée
au retour de la faveur à ceux à qui la faveur fut enlevée, parce qu'ils
avaient rejeté et crucifié le Seigneur et qui sont ceux auxquels la
faveur doit retourner maintenant. A ce moment, et jusqu'à nos jours, Israël
a toujours été représenté par le « Juif » (Rom. 2 : 9, 10), et c'est
maintenant au Juif que la faveur sera rendue parce qu'il est la « semence
naturelle d'Abraham ». Cette postérité ainsi que la « semence »
spirituelle (choisie pendant l'Age de l'Évangile, un reste d'Israël, des
Juifs et un complément tiré des Gentils) deviendront les agents de Dieu
pour bénir toutes les familles de la terre.
(*) Vol.
Il, Chapitre 7
La faveur venant sur Israël ne sera pas non plus exclusive. Tous les
croyants dans les promesses de l’alliance pourront participer à la
faveur qui revient à la postérité naturelle d'Abraham comme tout Juif
qui acceptait Christ pouvait avoir part aux bénédictions et avantages
spirituels offerts pendant l'Age de l'Évangile. De même qu'un petit
reste seulement crut à I’Évangile et accepta les faveurs au début,
ainsi à part des Juifs, un petit nombre seulement d'humains sera prêt à
accepter les nouvelles lois et le nouvel état de choses de I’Age millénaire,
sous la juste administration de notre Seigneur glorifié et de son Église
glorifiée ; c'est pourquoi, au début, peu de gens en dehors des Juifs
seront bénis par elle.
Autrefois, le Juif accoutumé depuis longtemps à l'effort pour accomplir
la Loi et se confiant dans ses œuvres d'obéissance, à la loi pour obtenir la bénédiction divine,
vint trébucher sur le premier trait de la dispensation évangélique — la rémission des péchés,
sans les œuvres, pour tous ceux qui croient à l’œuvre parfaite de Jésus et
dans son sacrifice suffisant pour le péché. Mais le respect du Juif pour
la Loi tournera à son avantage à l'aurore de l'Âge millénaire ; et
personne ne sera plus prêt que lui pour le faire lorsqu'il faudra
accepter et pratiquer strictement les lois et dispositions de cet âge
futur, son aveuglement quant au Christ et à son sacrifice pour les péchés
ayant disparu ; car des œuvres seront exigées après la foi en Christ,
bien qu’elles, ne fussent pas acceptées avant. En acceptant l'amour et
les faveurs de Dieu en Christ, le Juif ne perdra pas de vue la justice de
Dieu, comme le font beaucoup d'autres aujourd'hui D'autres, au contraire,
seront aveuglés pendant un certain temps et ne seront guère bien disposés
à reconnaître les règles du Royaume dans lequel la droiture sera posée
comme règle et la justice comme niveau.
Comme le Juif fut aveuglé par sa fausse conception de la Loi rendue vaine
par de faux enseignements, ainsi beaucoup de Gentils auront de grandes
difficultés à se rendre compte des nouvelles conditions millénaires de
faveur, parce qu'actuellement ils ont des fausses notions sur la doctrine
de la grâce dans le pardon des péchés, des faux prédicateurs et
instructeurs du temps présent, lesquels rendent vains l'Évangile de la
grâce de Dieu, par divers sophismes, « reniant même le Maître qui les
a rachetés » (2 Pi. 2 : 1), niant même qu'un prix d'une rançon fut payé
ou était nécessaire pour le salut de l'homme. Ils prétendent que
l'erreur est humaine, et le pardon, divin ; en déduisant de là que le péché
occasionnel est parfaitement excusable et qu'un châtiment strict n'a pas
plus de raison d'être qu'une rançon, ils disent que s'il n'y avait pas
de péchés à pardonner, cela priverait Dieu de la joie et du ministère
du pardon. Perdant la notion de la justice de Dieu, ils ne comprennent pas
la philosophie de son plan de réconciliation avec Dieu par le sang de la
croix qui garantit la rémission des péchés par un sacrifice de rançon,
à ceux qui acceptent Christ et luttent contre le péché. Aveuglés par
leurs conceptions relâchées sur la justice et la rigueur de Dieu, bien
peu seront prêts comme les Juifs à accepter l'obéissance stricte qui
sera exigée de tous dans l'âge prochain.
Pour illustrer la préparation du Juif à reconnaître la mort de Christ
comme sa rançon — le prix correspondant — la satisfaction légale du péché de l'homme, nous citerons ces
lignes d'un jeune Hébreu converti à Christ, à l'occasion de la commémoration
annuelle du « Grand Jour de Réconciliation », tel qu'il est observé
actuellement par les Juifs orthodoxes ; cet article parut dans le journal
« Le Chrétien Hébreu »
« Le Yom Kippur, ou le Grand Jour de Réconciliation, était un jour
solennel chez mon père, car non seulement il jeûnait, priait, mortifiait
sa chair en ce saint jour d'expiation, mais il passait réellement en dévotions
la nuit entière à la synagogue. Ce grand jour-là, j'ai souvent vu mes
parents pieux pleurer lorsqu'ils répétaient la confession émouvante qui
suivait l'énumération des sacrifices exigés par Dieu pour les péchés
d'omission et de commission. Souvent je versais des larmes de sympathie
lorsque je me joignais à mon père quand il se lamentait que nous
n'avions plus aujourd'hui ni temple, ni souverain sacrificateur, ni autel,
ni sacrifices. La veille de ce jour solennel, mon père, en compagnie des
autres Juifs de la communauté, prenait un coq, et pendant qu'on répétait
certains genres de prières, il tournait l'oiseau vivant trois fois au-dessus
de sa tête en répétant les paroles suivantes : « Que cet animal me
soit substitut, qu'il soit mon remplaçant, qu'il soit mon expiation; que
cet oiseau meure et que j'obtienne une vie bénie ». il posait ensuite
ses mains sur l'oiseau, comme on le faisait dans les sacrifices-types et
immédiatement après le coq était mis à mort, C'est là, aujourd'hui,
le seul sang répandu en Israël. Le sang des taureaux et des boucs ne
ruisselle plus aux côtés de l'autel d'airain.
« Mon père faisait tous ses efforts pour se procurer un coq blanc, il évitait
d'en prendre un rouge, et lorsque je lui en demandai la raison, il me dit
qu'un coq rouge est déjà couvert de péché, car le péché est rouge
selon qu'il est écrit : « Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils
deviendront blancs comme la neige ; s'ils sont rouges comme l'écarlate,
ils seront comme la laine »(Es. 1 : 18). Mon père continuait : Vous
trouverez que les Rabbins l'ont déposé dans le Talmud ; si le coq est
blanc, il n'est pas infecté de péché et peut par conséquent porter les
péchés des Juifs ; mais s'il est rouge, il est alors couvert de péchés
et impropre pour porter nos iniquités ».
« Pourquoi les Juifs se servent-ils d'un coq, plutôt que d'une autre créature
? C’est parce que l'homme, en langue hébraïque, est appelé gever. Les
Juifs disent alors : Si gever (l’homme) a péché, gever doit aussi
subir le châtiment du péché. Or, comme le châtiment (la mort) est plus
lourd que ce que les Juifs peuvent porter, les rabbins leur ont substitué
un coq, qui dans le dialecte chaldéen est appelé gever et ainsi la
justice divine est présumée satisfaite, car gever ayant péché, gever
(un coq) est sacrifié ».
« Cette vaine parodie est cependant une preuve remarquable du fait plus
frappant qu'aujourd'hui parmi les Juifs (dont beaucoup nient tout à fait
la propitiation), la masse de la nation conserve toujours la notion de la
nécessité absolue d'un sacrifice pour le péché et sait que sans une
propitiation, la repentance ne sert de rien pour le salut. Si au lieu de
lire les fables des rabbins, les Juifs voulaient étudier la Bible, ils
trouveraient que notre Seigneur Jésus, le véritable Messie, a accompli
dans sa propre personne sanctifiée la propitiation même pour le péché,
laquelle certains Juifs, dans leur ignorance, s'imaginent avoir accomplie
par le sacrifice d'un coq. « Gever (l'homme) ayant péché, gever (l’homme),
Jésus-Christ homme livra son âme en sacrifice pour le péché » (Es. 53
: 10).
AU JUIF PREMIÈREMENT
Nous voyons donc que la prédiction divine, à savoir qu'Israël (à
l'exception de quelques fidèles) serait aveuglé par sa Loi (Rom. 11 :
9), s'est accomplie d'une manière naturelle, et aussi que selon sa prédiction
ultérieure que les faveurs et conditions de l'âge millénaire béniront
beaucoup d'entre eux plus rapidement que les autres, doit également
s'accomplir d'une manière parfaitement naturelle et produire des résultats
de causes raisonnables.
Ainsi, les faveurs millénaires iront aux Juifs premièrement, de même
qu'en raison des alliances, etc. les faveurs de l'Évangile leur furent
offertes premièrement. Et ainsi en sera-t-il comme Siméon l'avait prophétisé
: « Cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de
plusieurs en Israël ». Aujourd'hui, le temps du relèvement de cette
nation, si longtemps déchue de la faveur, est proche.
Cependant, ne partageons pas l'erreur trop commune faite par beaucoup de
personnes qui voient quelque chose de ces promesses, de supposer qu'il
faut prendre à la lettre les paroles suivantes : « Après ces choses, je
retournerai et je réédifierai le tabernacle [maison] de David qui est
tombé, et je réédifierai ses ruines et je le relèverai ». Et : « Le
Seigneur Dieu, lui donnera le trône de David, son père ». « Et mon
serviteur David sera roi sur eux ». (Actes 15 : 16 ; Luc 1 : 32 ; Ez. 37
: 24). S'il est parfaitement certain que le retour effectif d'Israël dans
son propre pays s'accomplira, selon la promesse, ainsi que la
reconstruction de Jérusalem sur ses ruines, nous pouvons être également
persuadés que par les expressions maison ou trône de David, il n'est pas
question de pierres, de bois, etc... au sens littéral. Le relèvement de
la maison de David, dont il est parlé, a trait au rétablissement de la
royauté et de la domination entre les mains d'un membre de la postérité
de David. Christ-Jésus est le rejeton promis de la maison de David, l'héritier
de son trône ; lorsque son autorité commencera à s'établir, alors
commencera le relèvement (l'établissement permanent) de la maison
temporaire ou tabernacle de David qui fut renversée, demeurant dans la
poussière pendant de nombreux siècles. D'une manière analogue, « le trône
de David » sur lequel le Messie doit s'asseoir n'est pas le trône littéral de bois, d'or et d'ivoire sur lequel David
s'asseyait, mais la dignité,
le pouvoir et l'autorité de la charge
qu'il exerça. Cette autorité — charge ou titre — que David assuma pendant quelques années, doit l'être dans des
proportions bien plus grandes par l'Oint de Jéhovah, notre Seigneur Jésus.
Mais quelle autorité possédait et exerçait David ? Nous répondons : C'était
l'autorité de Jéhovah, car David était « assis sur le trône de Jéhovah
» (1 Chron. 29 : 23) ; et c'est la même autorité qui soutiendra Christ
dans son Règne millénaire. Lorsque l'on voit la chose correctement, il
est évident que David et son trône ou autorité divine établie au sein
de la nationtype d'Israël, n'étaient que des figures-types de Christ
et de son Royaume. L'honneur principal de David, S'il est jugé digne,
consistera à être l'un des « princes » auxquels Emmanuel confiera la
phase terrestre de son Royaume — Ps. 45 : 16.
Le nom de David aussi bien que son Royaume étaient des types. Le nom
David signifie Bien-aimé, et c'est le Fils bien-aimé de Dieu qui sera
roi sur toute la terre en ce jour-là, et non pas le bien-aimé David-type
d'autrefois. Il est bon également
de distinguer nettement la Nouvelle Jérusalem, qui est céleste ou
spirituelle de laquelle les apôtres sont les douze fondements, d'avec la
Jérusalem de jadis qui sera reconstruite sur ses ruines terrestres. Le rétablissement
promis de la Jérusalem d'autrefois comporte non seulement la
reconstruction matérielle de la ville, mais surtout la réorganisation du
gouvernement d'Israël ; car, dans la prophétie, une ville est toujours
un symbole représentatif d'un gouvernement. C'est pourquoi la
reconstruction promise de Jérusalem sur ses anciens fondements implique
une réorganisation nationale d'Israël sur une base analogue à celle
qu'elle possédait autrefois comme peuple sur lequel l'oint de Jéhovah
exerçait son autorité. La Nouvelle Jérusalem représente l'Église de
l'Évangile glorifiée et la puissance du Royaume spirituel, invisible aux
humains et néanmoins tout-puissant. Sa descente sur la terre (Apoc. 21 :
2) accomplit la prière du Seigneur « Que ton règne vienne » ; sa «
venue » sera graduelle et non soudaine ; elle « descend » déjà
maintenant ; le Royaume s'établit et comme résultat nous voyons les
premières étapes du relèvement de la Jérusalem d'autrefois. Plus tard
aura lieu l'accomplissement intégral de la prière de notre Seigneur :
Que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel. La Nouvelle
Jérusalem et les Nouveaux Cieux sont des expressions synonymes, qui désignent
le nouveau pouvoir spirituel régnant.
Selon les prophéties déjà examinées, l'année 1878 est la date à
laquelle le « double » temps d'attente du Roi s'est accompli et à
partir de laquelle leur retour à la faveur et l'éloignement de leur
aveuglement devaient commencer : le temps après lequel il serait propre
de « parler au cœur de Jérusalem » et lui « crier que son temps marqué
[son temps d'attente son « double »] est accompli, que son iniquité est
acquittée, qu'elle a reçu de la main de l'Éternel le [son] double pour
tous ses péchés » (Es. 40 : 1, 2).
Depuis ce temps, en effet, nous constatons selon notre attente des
indications caractéristiques du retour graduel de la faveur à Israël ;
il se crée un mouvement pour les « replanter » dans leur pays, pour les
rétablir comme une grande nation, selon les nombreuses promesses de Dieu
: « Ainsi, dit l’Éternel, le Dieu d'Israël : Comme tu vois ces bonnes
figues, ainsi je me
souviendrai, en bien, des transportés de Juda, que j'ai envoyés hors de
ce lieu au pays des Chaldéens [Babylone, la Babylone mystique, la Chrétienté,
comme cela est montré au verset 9 ; car, depuis leur renversement, ils
ont été dispersés parmi toutes les nations de la soi-disant Chrétienté]
pour leur bien [pour leur discipline et leur châtiment: une bonne chose
sous une forme déguisée]. « Car je mettrai mes yeux pour leur bien, et
je les ferai retourner dans ce pays ! Et je les bâtirai et je ne les
renverserai pas, et je les planterai et ne les arracherai pas. [Ceci ne
peut se rapporter au retour de la captivité en Babylone selon la lettre,
puisque après leur retour, ils furent à nouveau abattus et déracinés].
Et je leur donnerai un cœur pour me connaître, car moi je suis l'Éternel,
et ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu, car ils reviendront
à moi de tout leur cœur ». (Jér. 24 : 5-7).
« Ainsi, dit l'Éternel : Voici, je rétablirai les captifs des tentes de
Jacob, et j'aurai compassion de ses demeures, et la ville [Jérusalem]
sera rebâtie sur le monceau de ses ruines, et le palais [le temple] sera
habité selon sa coutume... Et ses fils seront comme jadis, et son assemblée
sera affermie devant moi, et je punirai tous ses oppresseurs. Voici, je
les fais venir des pays du Nord [la Russie où près des deux tiers des
Juifs actuellement vivants demeurent] et je les rassemble des extrémités
de la terre... tous ensemble, une grande congrégation : ils retourneront
ici. Ils viendront avec des larmes, et je les conduirai... Nations, écoutez
la parole de l'Éternel, et annoncez-la aux îles, éloignées, et dites :
Celui qui a dispersé Israël le rassemblera et le gardera comme un berger
son troupeau. Car l'Éternel a délivré Jacob et l'a racheté de la main
d'un plus fort que lui. Et ils viendront et exulteront avec chant de
triomphe sur les hauteurs de Sion, et ils afflueront vers les biens de l'Éternel,
au blé et au moût et à l'huile et au fruit du menu et du gros bétail ;
et leur âme sera comme un jardin arrosé et ils ne seront plus
languissants » (Jér. 30 : 18, 20, 21 ; 31 : 8-12).
Non seulement le grand Rédempteur, autrefois rejeté par eux, rétablira
et régénérera les générations vivantes d'Israël, mais les morts
aussi seront rétablis car, « ainsi parle le Seigneur, l’Éternel :
Voici, j'ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai monter hors de vos sépulcres,
mon peuple, et Je vous ramènerai dans la terre d'Israël. Et vous saurez
que je suis l'Éternel lorsque j'aurai ouvert vos sépulcres... Et je
mettrai mon esprit en vous et vous vivrez ; je vous placerai dans votre
terre, et vous saurez que c'est moi l'Éternel qui ai parlé et qui l'ai
fait, dit l'Éternel ». (Ez. 37 : 12-14).
Ces merveilleuses promesses ne s'accompliront pas dans un jour de
vingt-quatre heures, mais pendant le jour millénaire. Elles commencèrent
à se réaliser en 1878 comme résultat du Congrès international de
Berlin. Aujourd'hui les Juifs jouissent dans le pays de leurs ancêtres de
plus grands privilèges que pendant les siècles précédents. Ils ne sont
plus considérés comme des « chiens » par les Turcs insolents.
On ne sait pas en général, pensons-nous, que l'Angleterre a déjà exercé
un protectorat sur la Palestine, et aussi sur toutes les provinces de la
Turquie d'Asie, dont elle est l'une d'elles. L'Angleterre a, depuis
longtemps, senti la nécessité de protéger la Turquie pour trois raisons
: Premièrement, parce que les financiers anglais détiennent une quantité
considérable des obligations et des titres de rente de la Turquie ; deuxièmement,
si la Turquie devait être annexée aux nations voisines ou si elle était
partagée entre elles, l'Angleterre ne retirerait que peu de choses ou
rien de ce butin, et ainsi les autres nations rivales s'accroîtraient
plus que l’Angleterre en puissance et en influence dans la direction des
affaires européennes ; troisièmement et principalement, l'Angleterre
sait très bien que le jour où le gouvernement turc serait mis à l'écart,
l'influence de la Russie serait grandement accrue en Asie méridionale et
dans un temps assez court absorberait l'empire des Indes duquel la reine
d'Angleterre est l'impératrice, et duquel l'Angleterre tire des revenus
énormes dans le commerce, etc... Telles sont les raisons pour lesquelles
le parti royal ou parti Tory d'Angleterre appuyait chaudement les Turcs.
Aussi lorsqu'en 1878, la Russie était sur le point d'entrer à
Constantinople, l'Angleterre s'interposa et envoya une flotte de guerre
dans le port de cette ville. Le résultat fut la Conférence de Berlin le
13 juin 1878, dans laquelle la personnalité la plus marquante de ce congrès
était un Juif, lord Beaconsfield, Premier ministre d'Angleterre. Les
affaires de la Turquie furent réglés de façon à préserver son
existence nationale pour le présent, mais on désigna cependant les
provinces turques qui, en cas d'un démembrement futur, reviendraient aux
grandes puissances. C'est à ce moment-là que la Turquie accorda une plus
grande liberté religieuse à toutes ses provinces et que, par un traité
secret avec la Turquie, l'Angleterre devint la protectrice des provinces
asiatiques. Voici ce que dit l'historien Justin Mc Carthy :
« Le gouvernement britannique entreprit de garantir à la Turquie ses
possessions d'Asie contre toute invasion... I’Angleterre s'engagea
formellement à défendre la Turquie contre toute attaque ou invasion et
occupa Chypre afin d'avoir un avantage du terrain plus effectif à partir
duquel elle pourrait mettre ses projets à exécution ».
On voit donc que la Palestine, comme l'une de ces provinces asiatiques,
est déjà sous la protection britannique et ceci, à cause du plus grand
relâchement de la part du gouvernement turc à exiger l'application de
ses lois défavorables aux intérêts des Juifs. Cette ouverture
providentielle de la Palestine aux Juifs fut suivie par de nouvelles persécutions
dans « le pays du septentrion » — en Russie et en
Roumanie — dans le dessein de
provoquer l'émigration juive vers la Palestine. Le résultat de ce
concours de circonstances est la rentrée rapide et croissante en
Palestine, et spécialement à Jérusalem, de nombreux Juifs du type «
orthodoxes ». Maintenant déjà, à Jérusalem, les Juifs l'emportent par
le nombre sur toutes les autres nationalités réunies, alors que, pendant
des siècles, ils n’étaient qu'une petite minorité.
Voici un extrait du New York Herald qui commentait, il y a quelque temps,
l'acquisition par l'Angleterre, de l’île de Crète, son occupation de
l'Égypte et la condition de la Turquie et de ses provinces en général :
« Nous vivons dans l'âge de la rapidité, et même !’histoire se forge
à une plus grande vitesse. Autrefois, les guerres duraient des dizaines
d'années, la civilisation avançait lentement, les communications entre
nations étaient lentes, le commerce peu actif. Aujourd'hui, les
inventions réalisées dans un Pays sont rapidement connues à des
milliers de kilomètres au loin, et le monde entier peut en profiter en même
temps. La politique en particulier révèle à l’évidence un esprit de
rapidité. Autrefois, les plans des hommes d'état exigeaient des générations
pour être menés à bonne fin ; maintenant, les plans les plus audacieux
sont exécutés par ceux qui les ont conçus, et on change la carte d'un
continent en une semaine. Les événements marchent et l'histoire se
forge, rapidement. On le constate à l'évidence dans cette fameuse
question d'orient si passionnante... Au milieu même du théâtre du
conflit de tant d'intérêts divers, il y a la Palestine, chère aux Juifs,
aux Chrétiens et aux Mahométans. L'homme d'État déclare que ce pays
est la clef de toute la situation internationale, car il connaît les
avantages matériels que ses compatriotes pourraient retirer de la
possession de ce pays dont la fertilité est prodigieuse et a nourri
autrefois des millions d'habitants, dont le commerce a un grand avenir.
C'est lui, en effet, qui autrefois fit de ses ports maritimes des centres
d'activité et de richesse et a rendu Tyr et Sidon des cités proverbiales
jusqu'à ce jour. La Palestine est aussi le véritable trait d'union de
l’Europe et de l’Asie ; sa situation est donc des plus privilégiée ;
c'est pourquoi pour l’homme d'État la possession de la Palestine est,
à son cœur de patriote, des plus désirable. L'historien déclare : Le
premier épisode relaté de l'histoire internationale fut l'invasion de la
Palestine et, depuis ce jour-là jusqu'à nos jours, la Palestine est restée
un centre d'intérêt ; c'est pourquoi l’historien s'intéresse à
l'avenir de la Palestine. L'homme religieux ne peut trouver les mots pour
exprimer tout l'intérêt que, de son point de vue, IL prend à ce qu'il
appelle la Terre Sainte : pour lui, chaque pierre est une épopée, chaque
arbre un poème Le commerçant habile comprend toute l'importance
commerciale de ce pays, le jour où le réseau des chemins de fer
asiatiques aura été établi, ce qui arrivera dès qu'un gouvernement
stable aura été installé ; car la situation géographique de la
Palestine fera de cet état le point de convergence des grandes lignes de
chemins de fer amenant les produits de l'Asie sur les marchés européens
et américains et vice-versa. En effet, de même que le commerce de trois
continents aboutissait dans ce pays au temps de Salomon, ainsi le futur
commerce des mêmes continents déferlera-t-il de nouveau sur cette terre
favorisée. Rien ne saurait abattre les espérances du commerçant bien
que la réalisation de ce programme paraisse lointaine. Se souvenant, en
effet, de la croissance rapide de Chicago ou de San- Francisco, se
rappelant comment les déserts de l'ouest américain furent rapidement
convertis en états populeux, il remarque simplement : « Les événements
vont vite de nos jours » et il attend.
« Cependant, au moment où les grandes puissances chrétiennes avancent
une main rapace et armée pour saisir ce pays convoité et tentant, au
moment où la Turquie agonisante laisse échapper son pouvoir, une figure
historique s'avance au premier plan et déclare : Ce pays m'appartient !
Et lorsque les puissances, se retournent pour dévisager l'interlocuteur,
ils reconnaissent le Juif — l'enfant du
patriarche qui vécut en Palestine,
lorsque ce pays fut envahi pour la première fois, et qui serait bien aise
lui aussi d’être présent pour recevoir ce pays qui lui appartient, au
moment où beaucoup s'en disputent la possession trente-six siècles [trente-neuf]
après la première invasion!
« Quelle merveilleuse coïncidence ! Non pas, dit le Juif ; « ce n'est
pas une coïncidence, c'est là ma destinée ». Examinons maintenant
rapidement la situation du Juif dans cette question de l'avenir de la
Palestine. Les nations sont nées des idées. De l'idée de l'unité
germanique sortit dans les faits l'empire allemand proclamé au monde à
Versailles au son du canon français répondant amen à la prière
allemande pour sa prospérité. Du cri de « Italia irredenta. » naquit
la nouvelle Italie d'aujourd'hui, dont le tonnerre ébranlera de nouveau
les rives méditerranéennes. La Grèce moderne fut créée par la
tradition de l'ancienne Grèce. Ainsi les chrétiens comprennent comment
les aspirations longtemps chéries des Juifs pourront être réalisées.
Ils admettent pleinement que la Palestine appartient avant tout au Juif
qui d’ailleurs, possède toutes les aptitudes nécessaires pour développer
l'avenir de cette contrée fertile. D'autre part, la possession de ce pays
par lui mettrait fin aux craintes des puissances jalouses ; ce serait
d'ailleurs là un acte de justice et une expiation bien justifiée par les
terribles injustices commises à l'égard du Juif, le martyr de l'histoire.
« Quant aux Juifs eux-mêmes, il est bien inutile de dire combien ils désirent
ardemment leur rétablissement. Chaque année, le neuvième jour de leur
mois d'Ab, ils jeûnent en souvenir de la destruction de leurs temples et
des calamités nationales qui s'abattirent sur eux à cette occasion. Il
n'y a pas un matin et pas un. soir qu'ils ne prient : « Rassemble-nous
des quatre extrémités de la terre », « Rétablis notre peuple comme
autrefois », « Demeure au sein de Jérusalem ». Toutes ces paroles sont
exprimées dans chaque ville où il y a des Juifs, c'est-à-dire dans le
monde entier. Une telle constance est absolument merveilleuse ;
aujourd'hui encore les Juifs espagnole dispersés dans tous les pays (même
aux États-Unis), répandent un peu de poussière de la Palestine ou
« tierra santa » comme ils l'appellent, sur les yeux de leurs
morts, ce qui est une marque poétique et touchante de leur amour pour le
soi sacré.
« Quand le chemin de fer atteindra Jérusalem, le Messie viendra »,
disent-ils, faisant allusion à Es. 66 : 20, où le prophète dans sa
vision assiste au retour des exilés qui rentrent au pays par tous les
modes de locomotion possibles, y compris celui qu'il a désigné par le
terme hébreu kirkaroth. Ce mot a été rendu parfois par animaux
rapides, ce qui est trop vague, ou dromadaires, ce qui est certainement
inexact. Les philologues dérivent le terme kirkaroth de kar qui veut dire
fournaise et de kakar qui veut dire se mouvoir. Ils prétendent que le
prophète chercha à exprimer par un mot qu’il créa ce qu'il avait vu
dans sa vision, c'est-à-dire un train se mouvant avec rapidité. « Quand
Nicolas règnera, la rédemption viendra » est une allusion à Es. 63 :
4, texte sur lequel les hébraïsants s'appuient pour interpréter le
terme hébreu rashe-teboth par la sentence : Tout Juda entendra et
contemplera la chute de Nicolas, empereur de Moscovie (Russie), parce que
les enfants de Juda ont été opprimés. Après notre chute, notre véritable
rédemption viendra et les enfants de Juda recevront bientôt la bonne
nouvelle par le prophète Tischbite [Élie] ». Toutes ces indications,
ainsi que d'autres analogues, sont importantes, car elles montrent la pensée
d'Israël ».
Nous sommes surpris parfois de voir comment des hommes du monde
s'approchent de la vérité, sans la connaître, par l'expression déjà
citée que le patriarche Abraham « serait bien aise lui aussi d'être présent
pour recevoir » le pays de la promesse qui lui appartient ainsi qu'à sa
postérité trente-six siècles [trente-neuf] après sa mort. Ce que
certains pensent peut-être être une envolée poétique n'en est pas, car
les Écritures déclarent que ce seront des faits réels. Nous avons déjà
vu (*) qu'Abraham, Isaac, Jacob, Daniel et tous les saints prophètes
seront « rendus parfaits », réveillés de la mort à la perfection
humaine, après la glorification de l'Église de l'Évangile (Hébr. 11 :
40), et qu'ils seront les « princes sur toute la terre » (Ps. 45 : 16) ;
ils seront les représentants visibles et terrestres du Christ, le
Souverain spirituel, invisible. Le pays de la promesse fut donné en
possession éternelle à Abraham et à sa postérité, il doit donc
recevoir ce pays dans l'avenir, car, jusqu'à présent, il n'en a jamais
possédé une seule parcelle (Actes. 7 : 5).
Voici une lettre publiée dans un journal de Chicago qui nous apporte un témoignage
remarquable sur les progrès graduels du rétablissement en Palestine et
sur la préparation en vue de la bénédiction divine future pour ce pays
et son peuple :
Jérusalem, le 23 novembre 1887.
« Je suis très content de vous parler des choses glorieuses que
nous avons contemplées depuis six ans que nous vivons ici. Lorsque nous
arrivâmes, il y a six ans, nous étions quatorze adultes et cinq enfants.
En montant de Jaffa à Jérusalem, nous fûmes profondément impressionnées
par la désolation du pays. On ne pouvait voir nulle part un brin d'herbe
verte. Les oliviers et les vignes étaient tellement couverts de poussière
grise pendant un été chaud et sec, qu'on ne pouvait s'imaginer qu'il pût
y avoir encore quelque chose de vert sous cette poussière. Toute la terre
semblait desséchée dans toute sa profondeur. Depuis lors, nous ne
l’avons plus vue dans cet état. Chaque année, elle apparaît plus
verte, et maintenant, beaucoup de ces coteaux stériles sont couverts de
vignes et d'oliviers qui en changent complètement l'aspect.
« Quelle est la cause de ce grand changement, demanderez-vous ? Dieu a
promis que de même qu'il a apporté tout ce mal dans ce pays, ainsi il y
apportera plus tard de grandes bénédictions. Ces bénédictions ont
manifestement commencé en envoyant plus de pluie que pendant de nombreux
siècles passés. Dieu envoie de belles averses et de lourdes rosées dans
un pays qui n'en recevait pas. Il envoie des nuages en été, fait
totalement inconnu il y a vingt ans. Cela tempère la chaleur qui ne dessèche
pas autant le sol. Il y a cinq ans, en juillet et août (mois dans
lesquels il ne pleuvait jamais) il plut pendant trois heures à Jaffa et
pendant seize heures à Damas, ainsi que dans toute la contrée
avoisinante. Les journaux américains commentèrent la chose et virent là
la preuve d'un changement de climat en Palestine. Lorsque nous vînmes ici,
il y avait très peu de Juifs qui rentraient dans ce pays, mais les persécutions
de Russie, d'Allemagne et d'autres pays commencèrent à les chasser, et
malgré les édits du Sultan, ils commencèrent à rentrer en Palestine.
Ils achetèrent du terrain, plantèrent, construisirent et accaparèrent
le commerce de la ville ; c'est pourquoi, aujourd'hui, il y a des milliers
de Juifs de plus qu'à notre arrivée.
« Aujourd'hui, Jérusalem est entre les mains des Juifs au point de vue
commercial. Le Juif n'est plus foulé aux pieds par le Musulman comme
autrefois. Aujourd'hui, ils bâtissent rapidement une nouvelle ville,
conformément à la description contenue dans Jér. 31 : 38-40 ; 32 :
43-44. Même les Turcs qui sont encore au pouvoir remarquent ces choses et
ils se disent les uns aux autres : « C'est Dieu ; Que pouvons-nous faire
? » Nous-mêmes, que pouvons-nous dire de tout cela, sinon que Dieu
accomplit rapidement sa parole de nos jours, ainsi que l'alliance qu'Il
fit avec Abraham. Nous sommes témoins de toutes ces choses ».
Ainsi, malgré l'oppression et la tyrannie qui ont écrasé les Juifs dans
la poussière même, nous trouvons que beaucoup d'entre eux, pendant ces
dernières années, se sont enrichis et élevés aux honneurs bien au-dessus
de leurs voisins, les Gentils. Disposant dès lors de tels moyens et de
telles influences, ils ont pu fréquemment les mettre au service de la
race juive pour la relever ; des efforts sages et bien dirigés ont
accompli de grandes choses dans ce domaine. L'attention des hommes réfléchis,
tant parmi les Juifs que parmi les Gentils, se porte sur ce tournant dans
les affaires du peuple juif.
Il est certain, d'après les principaux journaux juifs, et d'après les
divers mouvements actuellement en cours pour la colonisation de la
Palestine, et pour le progrès des choses déjà réalisées, que des
milliers d'entre eux tournent des yeux avides vers le pays de la promesse.
C'est depuis 1878 que ce renouveau a pris naissance dans les affaires
juives. La tournure des événements, depuis ce moment-là, a provoqué,
et provoque encore un réveil remarquable sur cette question ; ce fait en
lui-même est un signe des temps important. Voici, par exemple, un extrait
du journal Jewish World (Le Monde Juif), du 20 août 1886) :
« Il y a des éclaircies dans les nuages qui ont assombri si
longtemps la Terre Sainte. L'avenir de cette contrée malheureuse, si
longtemps enveloppé de ténèbres impénétrables, commence à luire
faiblement et les rayons lumineux d'un état de choses meilleur sont
nettement visibles à chacun. Il existe deux institutions qui doivent
jouer un rôle essentiel dans l'amélioration des conditions des Juifs de
la Palestine : ce sont l'École d'Agriculture de Jaffa et l'Institut
Lionel de Rothschild, près de Jérusalem. Nous pourrions encore citer une
troisième institution utile, le Fonds Testimonial de Montefiore, qui par
son assistance apportée à des sociétés de construction d'immeubles et
par son édification d'habitations à bon marché, a fait beaucoup pour
encourager l'économie et pour réduire considérablement les misères et
les difficultés de la vie domestique dans la Cité Sainte... Nous sommes
heureux de constater aujourd'hui que les perspectives des Juifs en
Palestine ne sont plus désormais attristantes. D'un côté, il y a des
forces considérables à l’œuvre, qui cherchent à améliorer les
conditions de nos frères selon un plan très sage et ingénieusement
organisé, maintenant mis à exécution avec persévérance ; d'un autre côté,
les habitants de ce pays sont fatigués de leur misère et de leur
inactivité et manifestent un désir croissant de tirer parti de tous les
efforts accomplis pour leur venir en aide. Un tel état de choses aura des
conséquences heureuses et tout Juif en éprouvera du plaisir ».
Dans un autre numéro du même journal, l'éditorial, portant sur «
L’Avenir de la Palestine », se terminait ainsi :
« La dernière arrivée en Palestine d'éléments cultivateurs et ruraux,
implantés dans les colonies organisées grâce aux fonds Montefiore,
Hirsch et Rothschild, permettra d'obtenir une main-d’œuvre bien
disposée pour travailler à la transformation du pays, afin que, selon la
promesse, le désert fleurisse comme la rose, des mains actives et des cœurs
bien disposés qui devront faire sortir la Terre Sainte de sa longue nuit
de mort et rendre à la vie et à la lumière la demeure nationale des
Juifs ».
Un autre journal, The Jewieh Messenger (Le Messager Juif) s'exprime comme
suit :
« Tandis que les hommes sont absorbés par leurs petites difficultés,
alternativement poussés par des espérances et par des craintes, la
grande et majestueuse marche des événements humains progresse irrésistiblement
jusqu'à l'achèvement complet, dans l'accomplissement d'une loi
inexorable qui contrôle toutes les actions humaines. Ici et là, les
hommes élèvent leurs faibles voix pour tenter d'arrêter cette marée de
progrès et s'opposer au décret de l'Éternel. Ils pourraient tout aussi
bien essayer de s'opposer aux lois qui gouvernent l'univers. Les races ont
une destinée fixée d'avance, qu'elles doivent suivre comme les étoiles
qui scintillent dans la voûte des cieux, et la race d'Israël est parmi
elles la brillante étoile fixe. Dans toutes ses pérégrinations, elle
est restée fidèle à sa course. Sa mission a été prévue et annoncée.
Son rétablissement final dans la Terre Sainte a été prophétisé. Cette
prophétie est en train de s'accomplir, les signes des temps l'indiquent
Son accomplissement se fait d'une manière si calme et si graduelle, que
seuls ceux qui ont prêté attention à la chose, comprennent l'importance
de l’œuvre accomplie.
« Pour la race juive, la Palestine est une nécessité politique. La
fondation d'une nation dans la Terre Sainte signifie une fois de plus
l'exaltation de tout Israël ; il redevient une nation parmi les nations
de la terre. Le Juif obtient de nouveau, par sa nation reconstituée, ce
pouvoir politique et ce droit souverain qui lui assurent la protection. Il
redevient. un citoyen de son pays, ce qui lui donne un passeport parmi
toutes les nations de la terre... Ces idées peuvent paraître
impraticables à l'homme absorbé dans ses livres, dans son cabinet de
travail ; au marchand dans son magasin occupé à calculer ses profits et
ses pertes ; à l'homme occupé de ses plaisirs sociaux ; mais elles sont
aussi claires que le soleil en plein midi à celui qui étudie l'horoscope
politique.
« Lorsque leur autonomie politique sera un fait accompli, les Juifs
dispersés dans le monde entier ne se rendront pas en foule en Palestine ;
il y en a 300.000 en Asie, 400.000 en Afrique et 5.000.000 en Europe.
C’est de ces derniers que la Palestine tirera la sève vitale de son rétablissement.
Le Juif né en Amérique restera très probablement un Américain, et si
jamais il se rend en Terre Sainte, ce sera, pour son plaisir, pour voyager
en touriste et contempler un pays si célèbre, principal berceau de sa
race héroïque.
« Géographiquement parlant, la Palestine peut paraître trop petite pour
exercer une grande influence parmi les nations de la terre. A cela nous répondons
qu'autrefois la Grèce était une puissance, et qu'aujourd'hui la petite
île de la Grande-bretagne est une puissance. Au point de vue géographique,
que sont-elles ? C’est la puissance intellectuelle et morale, ainsi que
l'orgueil national qui font la grandeur d'une nation et non l'étendue de
son territoire. C'est la puissance intellectuelle et morale qui feront le
prestige d'Israël parmi les nations ».
Le journal Jéwish Chronicle (La Chronique Juive) s'exprime comme suit :
« Le mouvement est irrésistible. Nous ne saurions rester les bras croisés
devant ce nouvel exode. Pendant près de deux mille ans, nous, les Juifs,
avons cru que la consommation des âges de souffrance serait atteinte le
jour où nous serions de nouveau en possession du pays de nos pères.
Est-ce que cette espérance va s'éteindre au moment même où elle semble
devoir s'accomplir ? Ou, pensons-nous que le retour sera réalisé par des
moyens mystérieux sans la collaboration d'êtres humains ? Dieu accomplit
sa volonté par la volonté des hommes ; et si l'accomplissement dés
prophéties doit avoir lieu, ce sera par des volontés et des énergies
humaines. Ces considérations peuvent paraître trop élevées pour avoir
une relation quelconque avec un plan d'exécution pratique en vue de la
colonisation juive en Palestine. Mais c'est par de petits commencements
comme ceux-ci que de grands événements se sont souvent produits. Le
retour d'un petit groupe de Juifs en Terre Sainte ne saurait manquer de démontrer
la possibilité et la réalisation pratique d'un retour plus massif
pleinement justifié par toute l'histoire et les aspirations juives
concentrées sur cet objet ».
Outre les Juifs, d'autres personnalités éminentes dans le monde voient
la future élévation d'Israël et ils en parlent ; voici par exemple
comment s'exprime le journal The Central Presbyterian :
« Au lieu de mourir, le peuple juif fait preuve d'une vitalité
croissante. Les Juifs ne peuvent être écrasés, ni absorbés. Ils vont
de pays en pays et, partout où ils vont, ils y deviennent pratiquement
les maîtres. Ils accaparent la terre en Allemagne et en Hongrie ; ils
deviennent riches en Russie, ils sont les plus grands banquiers de Londres
et de Paris, ils centralisent entre leurs mains le commerce européen.
Dans les dix années récentes, les Rothschild ont prêté 100.000.000 de
livres sterling [au cours de l'époque —Trad.] à
l'Angleterre, à l'Autriche, à la Prusse, à la France, à la Russie et
au Brésil ».
Voici ce que disait récemment un Anglais, lord Shaftesbury :
« On est très jaloux des Juifs, de ce peuple étonnant qui, aujourd'hui,
vient au premier plan. Un signe indiscutable des temps, c'est que partout
où il y a des Juifs, ou bien ils sont les plus persécutés des hommes ou
bien les personnalités les plus éminentes dans les diverses branches de
l'activité humaine ! On demandait à une haute personnalité de Berlin :«
Pourquoi, à Berlin et dans toute l'Allemagne, y a-t-il un mouvement antisémite
aussi accentué ? » Elle répondit : « Je vais vous le dire : dans le
commerce, les Juifs sont les premiers marchands ; dans la finance, ils
sont les premiers banquiers ; dans le corps des juristes, ils sont les
premiers avocats et dans tous les divers genres littéraires, ils sont
plus forts que nous tous ; quelle que soit la carrière qu'ils
entreprennent, ils supplantent les gentils et je puis vous assurer,
Monsieur, que nous ne voulons pas supporter un tel état de choses ». « Les persécutions contre les Juifs en Russie et en
Pologne ne sont nullement causées par la question de religion ou de
nationalité. Les Russes persécuteraient tous ceux qui occuperaient une
situation analogue à celle des Juifs ; ces derniers possèdent, en effet, des hypothèques considérables sur une
grande partie des terres de la Russie ; ils sont les créanciers d'une
grande partie des paysans russes et même des négociants de ce pays.
C'est pourquoi, en toute occasion, le peuple russe maltraite les Juifs et
les dépouille. En mettant à mort les Juifs et en détruisant leurs
titres, les Russes se débarrassent ainsi de documents par lesquels ils
sont liés et qui les enchaînent devant la loi. Aussi longtemps que les
Juifs mettront la main sur les terres des Russes, on peut être sûr que
ces derniers se soulèveront contre les Juifs ».
Voici un extrait d'une lettre d'un journal anglais signée par Charles
Reade, le romancier bien connu dans les cercles littéraires, qui se
convertit à Christ et aux doctrines de la Bible il y a quelques années :
« La nation juive, aujourd'hui si déshéritée, rentrera finalement en
possession de son ancien territoire qui, visiblement, semble avoir été
tenu en réserve pour elle. Les prophéties démontrent clairement deux
choses : d'abord que les Juifs doivent posséder de nouveau la Palestine
et régner du Liban à l'Euphrate, et ensuite, que cet événement sera le
début d'une série de grands changements qui amèneront de grandes améliorations
dans les conditions d'existence de la pauvre humanité souffrante et de
toute la création même. Aujourd'hui, nous avons la perspective prochaine
d'un glorieux événement, cela est aussi certain que le lever du soleil
demain. La seule différence est que le soleil se lèvera à une heure déterminée,
tandis que les Juifs occuperont la Syrie et retrouveront leur ancienne
gloire nationale à une date indéterminée. Le faible des humains est de
croire qu’une date indéterminée est forcément lointaine, ce qui est
peu raisonnable. L'homme sage et prudent doit veiller et reconnaître les
indices précurseurs de ces événements et y apporter son humble
collaboration si ce grand privilège lui est offert.
« Cette persécution soudaine des Juifs dans la nation même où ils sont
les plus nombreux n'est-elle pas un indice et un avertissement de la
Providence qui rappelle aux Juifs que leur patrie véritable n'est pas la
Tartarie d'Europe (Russie) ? Aujourd'hui, c'est de la Russie seulement que
la Palestine peut être effectivement colonisée ; car, dans ce pays, il y
a trois millions de Juifs qui tremblent pour leur vie et pour leurs biens
; quand ceux-là auront commencé le mouvement, les autres suivront.
L'histoire est un miroir derrière nous. Elle nous apprend que tout ce que
les Juifs ont fait, ils peuvent le faire ; ils possèdent du génie, et le
génie n'est pas limité par la nature, mais bien par la volonté, par
l'habitude ou par l'accident. Ces gens ont-ils jamais échoué dans leurs
entreprises ? Leurs hommes de guerre, leurs écrivains, leurs
constructeurs, leurs marchands, leurs législateurs, leurs agriculteurs
ont toujours été les premiers en toutes choses ! Dans ce domaine,
l'histoire se répète.
« Ils occuperont le premier rang dans les arts de la paix et de la
guerre, et leurs ennemis fondront devant eux comme la neige d'un fossé.
Si au début, ils ont besoin du secours d'une autre nation, bénie sait
celle qui leur offrira l’aide nécessaire ; par contre, la nation qui
les persécutera recevra un châtiment exemplaire d'une manière ou d'une
autre. Si donc les dernières persécutions décident les conducteurs des
Juifs de Russie à venir coloniser la Palestine, offrons leur gratuitement
des bateaux, des marins, de l'argent et tout ce qui sera demandé ; ce
placement sera infiniment meilleur que, les obligations ou titres de rente
d'Égypte, du Brésil ou du Pérou ».
Un proverbe juif, de date récente, déclare : « Lorsque le chemin de fer
atteint Jérusalem, le Messie vient » ; ce dicton est en parfaite
harmonie avec la représentation symbolique du chemin de fer décrite par
les prophètes Nahum et Esaïe (Nah. 2 : 3-5 ; Es. 66 : 20). Le proverbe
n'a certainement pas manqué son but de beaucoup, car le chemin de fer
atteindra Jérusalem « au jour de sa préparation », au temps de la présence
du Messie. Or, voici ce que publiait récemment un journal quotidien :
« Galilée avait raison : le monde se meut. On doit construire un chemin
de fer, sur une distance de 31 miles [50 km. environ — Trad.] de Jérusalem
à Jaffa, l'ancien port de la capitale juive sur la Méditerranée et le
lieu où l'on débarquait les cèdres qui servirent à la construction du
temple. Un Juif de Jérusalem, nommé Joseph Nabon, sujet turc, a obtenu
du Sultan une concession dans ce but. Cette concession a une durée de 71
ans. Le coût de cette ligne est estimé à 250.000 dollars [au cours
d'alors — Trad.]. La
civilisation pénètre donc en Palestine. Le dix-neuvième siècle paraîtra
dans ce pays lorsque la première locomotive lancera des jets de fumée à
Jérusalem ».
Voici une lettre d'un correspondant de la Pittsburgh Dispatch (La Dépêche
de Pittsburgh) qui nous confirme les progrès actuels réalisés en
Palestine et à Jérusalem :
Jérusalem, le 12 juillet 1889.
« A Jérusalem, sur quarante mille habitants, trente mille sont des Juifs.
Le gouvernement turc qui, pendant si longtemps, les empêcha de séjourner
plus de trois semaines à la fois en Terre Sainte, a levé cette
interdiction, et maintenant les Juifs viennent par centaines. Ils se
livrent au commerce et ont accaparé presque tout celui de Jérusalem
Certains d'entre eux croient que le jour où, selon la Bible, ils doivent
habiter de nouveau leur pays est très prochain. Une curieuse tribu du sud
de l'Arabie prétend avoir reçu une révélation l'engageant à quitter
son pays désert pour rentrer en Palestine. Ces Juifs vivaient en Arabie,
dans le Yémen depuis 2.500 ans ; ils appartiennent à la tribu de Gad et
ils quittèrent la Palestine 700 ans avant la naissance de Christ. Ils ont
apporté avec eux beaucoup de documents de valeur démontrant leur origine.
Ils sont maintenant engagés dans des occupations agricoles près de Jérusalem.
Les persécutions subies par les Juifs en Russie et en Autriche en font
rentrer beaucoup en Palestine, ainsi que nombre de Juifs polonais et
espagnols. Les Juifs peuvent maintenant rester plus longtemps en Palestine
; on ne les empêche pour ainsi dire plus du tout de résider à Jérusalem.
Il y a cinquante ans, il y avait seulement 32 familles juives dans cette
ville et 3.000 Juifs au total dans toute la Palestine. Maintenant ils sont
près de 50.000 en Terre Sainte et les trois-quarts de la population de Jérusalem
sont des Juifs.
« C'est un peuple curieux ; ces gens ne ressemblent pas aux autres Juifs
de la terre, ils se rapprochent davantage de l'ancien type juif ; le grand
nombre de ceux qui ont été amenés ici par les persécutions sont
presque entièrement entretenus par les diverses églises juives du monde
entier.
« Une des plus grandes curiosités de Jérusalem est le mur des
lamentations, à l'extérieur de la mosquée d'Omar, sur l'emplacement du
temple de Salomon; tous les vendredis, certaines sectes judaïques s'y
rendent et, la tête appuyée contre la muraille, ces gens se lamentent
sur la ruine de Jérusalem et prient Dieu de rendre le pays à son peuple
élu. Cette coutume existe depuis le moyen-âge et c'est un spectacle des
plus émouvants. Je l'ai visité la semaine dernière : on voit une étroite
allée entourée de demeures misérables, recouverte de dalles de pierres
usées parle frottement des pieds nus de milliers de Juifs ; cette allée
longe le pied d'une ancienne muraille faite de grands blocs de marbre. Ce
mur a une hauteur d'environ 15 mètres. Une longue file d'hommes en robes
longues et de femmes à la tête recouverte d'un châle, sont inclinés,
prient et pleurent. Beaucoup sont des hommes à barbe blanche et ils
portent de longs cheveux blancs bouclés. Il y a aussi des jeunes gens ;
il est difficile de ne pas être surpris en voyant le visage de ces gens,
parfois convulsé d'émotion, Chacun d'eux a une Bible hébraïque usagée
à la main. De temps à autre, tous ensemble entonnent une sorte de chant
que dirige un vieillard à cheveux blancs ; ce dernier chante seul, puis
les autres répondent par un refrain. En voici les paroles :
Le
vieillard.- Pour le palais en ruines –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
Le
vieillard. - Pour les murailles détruites –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
Le
vieillard. - Pour notre majesté disparue –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
Le
vieillard. - Pour nos grands hommes morts –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
Le
vieillard. - Pour nos sacrificateurs qui ont trébuché –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
Le
vieillard. - Pour nos rois qui l'ont méprisé –
Réponse
- Nous sommes dans la solitude et le deuil.
« On ne peut se rendre compte de l'effet produit par ce chant si on ne
l'a pas entendu. Les vieillards et les femmes en larmes baisent les
pie