ÉTUDES
DANS LES ÉCRITURES
VOLUME
IV - LE
JOUR DE LA VENGEANCE
« LA BATAILLE D'HARMAGUEDON »
ÉTUDE
XII
LA GRANDE PROPHÉTIE DE NOTRE SEIGNEUR
Matt. 24 ; Marc 13 ; Luc 21 : 5-36 ; 17 : 20-37.
Importance de cette prophétie. — Les conditions et les trois questions
qui l'ont provoquée. — Prenez garde aux faux christs. — Bref aperçu
historique et prophétique d'une période de dix-huit siècles. — La détresse
à la fin de l'Age judaïque et celle qui termine l'Age de l'Évangile
sont confondues dans le langage de tous les évangélistes. —
L'abomination de la désolation. — Fuyez vers la montagne. Celles qui
allaitent, etc. — Avant l'hiver et le sabbat. — Il est ici ! Il est là
! Ne les croyez pas. — La tribulation de ces jours-là. —
L'obscurcissement du soleil et de la lune sont des signes. — La chute
des étoiles. — Des accomplissements symboliques également. — Le
signe du Fils de l'homme. — Ce que les tribus de la terre verront. —
Le figuier. — « Cette génération ». — Veillez ! — « Comme
au jour de Noé, ils ne connurent rien. » — Souvenez-vous de la femme
de Lot. — L'un pris et l'autre laissé. — Les élus doivent être
rassemblés par la vérité. — La maison de Satan doit être renversée.
— Dispositions prises pour fournir la nourriture spirituelle à la
famille de la foi.
Notre Seigneur prononça l'une des plus remarquables prophéties des
Saintes Écritures touchant le « Temps de la fin » l'époque
qui termine l'Age de l'Évangile. Il le fit vers la fin de son ministère
terrestre, alors qu'il s'efforçait de préparer graduellement ses
disciples à la nouvelle dispensation qui allait être pleinement
introduite après la tragédie du Calvaire. Il désirait leur faire
comprendre qu'ils ne devaient pas s'attendre à recevoir immédiatement
les honneurs et les gloires du Royaume auxquels, selon sa promesse,
devaient participer ses fidèles. Avant ces gloires et ces bénédictions
viendraient les épreuves et les souffrances. Lui, leur maître, le Roi,
devait être rejeté par Israël et crucifié, en accord avec les déclarations
prophétiques ; ensuite, Israël serait livré à ses ennemis, et sa ville
sainte et son temple somptueux totalement détruits ; de plus, ses
disciples ne devaient pas espérer être plus que leur Maître, exempts de
l'opprobre et des souffrances qui l'accablèrent, mais leur fidélité
envers lui et envers ses enseignements attirerait sur eux la haine de tous
les hommes pour sa cause ; pourtant, en fin de compte, après beaucoup de
tribulation, ceux qui seraient fidèles jusqu'à la mort seraient récompensés,
lorsqu'il reviendrait pour les prendre avec lui et leur faire partager sa
gloire.
Notre Seigneur réserva cet enseignement sur ce sujet jusqu'à ce qu'il fût
sur le point d'achever son ministère. Tout d'abord, les disciples furent
portés à s'irriter de cela et à insister (comme certains le font
aujourd'hui) en disant que la cause du Seigneur devrait conquérir le
monde, à la suite de leur prédication, et Pierre alla même jusqu'à
exprimer ce dissentiment à notre Seigneur, disant : « Seigneur, Dieu
t'en préserve, cela [la mort et la dispersion de ton peuple, et le
triomphe du mal en général] ne t'arrivera point ! » (Matt. 16 : 22 ;
Marc 8 : 31, 32). Cependant, notre Seigneur réprimanda sévèrement
Pierre, et tous les disciples semblent être parvenus graduellement à
discerner que les gloires du Royaume étaient encore lointaines, que leur
Maître devait s'en aller, et qu'en les quittant, il leur enverrait le
Consolateur, le saint esprit, afin de les guider et de les garder jusqu'à
ce qu'il revienne dans la gloire du Royaume du Père.
Ce fut dans cette attitude d'esprit, et avec la dernière expression de
notre Seigneur touchant le temple, résonnant encore dans leurs oreilles,
que les disciples cherchèrent à obtenir du Maître des renseignements précis
sur ces points qui n'étaient pas encore bien clairs pour eux.
LES TROIS QUESTIONS
« Et comme Jésus était assis sur la montagne des Oliviers, les
disciples vinrent à lui en particulier, disant :
Dis-nous (1) quand
ces choses [la destruction du Temple, etc.] auront lieu, et (2) quel sera
le signe de ta présence (*) et (3) de la consommation du siècle [Age] ?
» — Matt. 24 : 3.
(*) Le mot grec parousia,
employé ici, signifie invariablement présence, et non venue.
— Voir the Emphatic Diaglott ; note N.T. Lausanne.
Il ne fait aucun doute que c'est sous la providence divine que se présentèrent
l'occasion favorable et les questions qui furent posées, car la prophétie
était certainement destinée davantage à l'instruction du peuple de Dieu
vivant dans ce temps de la « moisson » [écrit en 1897 — Trad.] qu'à
celle des disciples qui posaient les questions. Lorsqu'on étudie cette
prophétie, il est absolument nécessaire de se rappeler ces questions
auxquelles la prophétie est la réponse inspirée. La prophétie est
rapportée d'une manière fort semblable par trois des Évangélistes
Matthieu, Marc et Luc, mais puisque celle de Matthieu est la plus complète
et la plus méthodique, nous en suivons le compte rendu en général, en
indiquant toutes modifications notées dans les autres récits.
PRENEZ GARDE AUX FAUX CHRISTS
« Prenez garde que personne ne vous séduise car plusieurs viendront
en mon nom, disant : Moi, je suis le Christ ; et ils en séduiront
plusieurs. » — Matt. 24 : 4, 5. (D.)
Deux de ces faux Christs sont mentionnés dans le discours de Gamaliel en
Actes 5 : 36, 37, et l'histoire nous parle de plusieurs autres qui séduisirent
nombre de Juifs. L'un des plus fameux d'entre eux fut Sabbathaï Lévi, de
Smyrne, qui se présenta en 1648 après J.-C. Sabbathaï Lévi se donnait
le titre de « Fils premier-né de Dieu, le Messie, le Sauveur d'Israël »
et promettait le rétablissement du royaume et de la prospérité.
Sabbathaï, dit l'historien, « avait une telle autorité [à Smyrne] que
certains de ses disciples prophétisaient et tombaient dans d'étranges
extases ; quatre cents hommes et femmes prédirent que son royaume
s'accroîtrait. Pendant quelque temps, les gens se comportèrent comme
s'ils eussent été possédés par des esprits ; certains tombaient en
transes, l'écume à la bouche, racontaient leur future prospérité, les
visions qu'ils avaient du Lion de Juda, les triomphes de Sabbathaï. »
Ce fut là sans nul doute, une contrefaçon satanique de l'accomplissement
de la prophétie de Joël (2 : 29), une contrefaçon dit saint esprit
telle qu'elle s'exerce aussi dans des réveils religieux des temps plus
modernes. En tout, il y a eu probablement cinquante ou plus de faux
christs, hommes et femmes, et beaucoup d'entre eux ayant certainement
perdu la raison, possédés d'esprits malins. Toutefois, d'aucun d'eux, ni
même de tous comptés ensemble, on ne peut dire qu'ils en ont
« séduit beaucoup »
[v. Darby : « plusieurs » — Trad.]. Pourtant, c'est contre l'espèce
de faux christs qui en a « séduit beaucoup » que notre
Seigneur nous met en garde ici, et plus loin encore dans cette prophétie
où nous examinerons particulièrement les antichrists qui en ont séduit
beaucoup.
L'HISTOIRE DE DIX-HUIT SIÈCLES BRIÈVEMENT PRÉDITE
Matt. 24 : 6-13 ; Marc 13 : 7-13 ; Luc 21 : 9-19.
« Et vous entendrez parler de guerres et de bruits [de menaces,
d'intrigues] de guerres ; prenez garde que vous ne soyez troublés, car il
faut que tout arrive ; mais la fin n'est pas encore. Car nation s'élèvera
contre nation, et royaume contre royaume ; et il y aura des famines, et
des pestes, et des tremblements de terre en divers lieux. Mais toutes ces
choses sont un commencement de douleurs. » — Matt. 24 : 6-8.
C'est ainsi que notre Seigneur résuma brièvement l'histoire profane, et
enseigna aux disciples à ne pas attendre immédiatement sa seconde venue
et son Royaume de gloire. Et quelle justesse dans ce résumé ! Assurément,
l'histoire du monde est exactement cela : un compte rendu de guerres,
d'intrigues, de famines et de pestes, et peu d'autres choses. Notre
Seigneur met à part l'histoire de la véritable Église et l'expose avec
la même brièveté, comme suit :
« Alors [durant cette même période, l'Age de l'Évangile] ils vous
livreront pour être affligés, et ils vous feront mourir ; et vous serez
haïs de toutes les nations [peuples] à cause de mon nom. Et alors [durant
cette même période] plusieurs seront scandalisés, et se livreront l'un
l'autre, et se haïront l'un l'autre ; et plusieurs faux prophètes [instructeurs]
s'élèveront et en séduiront plusieurs : et parce que l'iniquité prévaudra,
l'amour du grand nombre [v. D.] sera refroidi ». — Matt. 24 : 9-13.
A la lumière de l'histoire, serait-il possible de dépeindre la marche de
la véritable Église de Dieu d'une manière plus concise ? Assurément
non ! La ressemblance est parfaite. « Tous ceux aussi qui veulent vivre
pieusement dans le christ Jésus, seront persécutés » dit l'Apôtre
(2 Tim. 3 : 12), et quiconque n'a pas eu sa part dans cette persécution a
toutes raisons pour douter de sa parenté avec Dieu comme fils (Héb. 12 :
8). Il en a été ainsi pour l'Église dans son ensemble : lorsque ses
membres ne furent pas persécutés par la classe d'Ismaël et d'Ésaü, ce
fut parce qu'il y avait tant de l'esprit du monde ou tant d' « amour
froid » envers le Seigneur et sa vérité qu'ils n'étaient pas dignes de
la persécution. Cependant, jugés selon la même mesure, et par la prophétie
de notre Seigneur, il y a eu quelques membres fidèles jusqu'à la mort
tout le long de cet Age de l'Évangile — un « petit troupeau ».
LE TÉMOIGNAGE DE L'ÉVANGILE DANS LE MONDE ENTIER
Matt. 24 : 14 ; Marc 13 : 10.
« Et cet évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout
entière, en témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la
fin. »
Ici encore, notre Seigneur montra clairement à ses disciples que la fin
de l'Age était beaucoup plus éloignée qu'ils ne l'avaient supposé ;
que le message de son Royaume devait être une bonne nouvelle, non
seulement pour Israël, mais pour toutes les nations. Néanmoins, cela
n'impliquait pas que d'autres nations recevraient l'évangile qu'Israël
avait rejeté. Au contraire, nous devrions nous attendre à ce qu'en fait
nous trouvons, savoir, que si le dieu de ce monde a aveuglé Israël,
ainsi aveuglerait-il l'immense majorité d'autres nations et les empêcherait
de voir en Christ la puissance de Dieu, la sagesse de Dieu — et c'est ce
qu'il a fait (1 Cor. 1 : 24). Si, seul, un reste d'Israël (spécialement
instruit sous la Loi pendant des siècles) fut trouvé digne de faire
partie de la « sacrificature royale », que pourrait-on
raisonnablement espérer de plus des nations païennes qui vécurent si
longtemps « sans Dieu et sans espérance » ?
Il est bon de noter avec soin que, selon les paroles de notre Seigneur, l'Évangile
ne devrait pas être prêché aux nations pour convertir les nations,
mais pour servir de témoignage aux nations, et pour appeler,
perfectionner et rassembler de toutes les nations les « élus». Plus
tard, les « élus », comme Royaume, béniront les nations, ouvrant leurs
oreilles sourdes à l'Évangile, et leurs yeux aveuglés à la vraie Lumière.
Ce témoignage a déjà été donné : la parole du Seigneur, l'Évangile
du Royaume, a été proclamée à toutes les nations de la terre. Chaque
individu ne l'a pas entendue, mais telle n'est pas la déclaration de la
prophétie. L'Évangile devrait être, et a été, une proclamation
nationale. Et la fin est venue ! « La moisson est la fin
de l'Age » selon l'explication donnée par notre Seigneur (Matt. 13 :
39). Certains ont été enclins à se demander si, oui ou non, cette prédiction
avait été accomplie, étant donné que les missionnaires qui sont allés
dans des pays païens ont, dans leur grande majorité, connu peu de chose
ou rien de la bonne nouvelle spécifiée d'une manière particulière par
notre Seigneur : « la bonne nouvelle du Royaume ». A cela nous répondons
que les évangiles imprimés de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean leur
sont parvenus, débordant de la nouvelle du Royaume, exactement comme nous
les avons.
Ainsi notre Seigneur résuma-t-il brièvement les dix-huit siècles d'épreuves
et de persécutions pour son Église, et le fruit de leur labeur en témoignant
avec succès à toutes les nations ; il se pressa de répondre à la
question importante à savoir comment les vivants connaîtraient le temps
et le fait de sa seconde présence. Il laissa de côté la question
concernant le moment où les pierres du temple seraient toutes bouleversées,
de crainte qu'ils n'associent cet événement avec sa seconde venue, et
aussi parce qu'il désirait associer la détresse qui s'abattrait sur Israël
selon la chair dans le renversement de sa politique, avec la détresse qui
doit s'abattre sur Israël nominal selon l'esprit à la fin de cet Age,
comme type et antitype.
Ce fut avec une intention évidente de la part de Dieu — bien que cela fût
ignoré des Évangélistes — que le récit de la prophétie de notre
Seigneur à ce point précis, soit donné par fragments : ici, une partie,
là une autre partie ; ici, une allusion à la détresse-type sur Israël-type
à la fin de la moisson-type, là une allusion à la détresse analogue
bien que plus générale et plus intense à la fin de cet Age-ci sur Israël-antitype,
la chrétienté. En vérité, les prophètes purent dire que notre
Seigneur parlerait en paraboles et en langage obscur, et « qu'il ne parla
aux autres qu'en paraboles ». Cependant, en accord avec l'intention
divine, le langage obscur et les paraboles deviennent maintenant lumineux
à tous ceux dont les yeux sont oints du véritable collyre.
LA DÉTRESSE A LA FIN DE L’ AGE JUDAÏQUE
Le récit que fait Luc sur la détresse qui devrait s'abattre sur Israël
selon la chair et atteindre son point culminant en 70 après J.C., est le
plus clair, aussi le présentons-nous ici :
« Et quand vous verrez Jérusalem environnée d'armées, sachez alors que
sa désolation est proche. Alors, que ceux qui sont en Judée s'enfuient
dans les montagnes ; et que ceux qui sont au milieu de Jérusalem s'en
retirent ; et que ceux qui sont dans les campagnes n'entrent pas en elle.
Car ce sont les jours de vengeance ; afin que toutes les choses qui sont
écrites soient accomplies. Mais malheur à celles qui sont enceintes et
à celles qui allaitent en ces jours-là ! car il y aura une grande détresse
sur le pays, et de la colère contre ce peuple. Et ils tomberont
sous le tranchant de l'épée, et seront menés captifs parmi toutes les
nations ; et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce
que les temps des nations soient accomplis. » — Luc 21 : 20-24.
Il est évident que cette partie de la prophétie de notre Seigneur
parlait d'événements relatifs à Israël selon la chair ; l'histoire
nous dit qu'elle s'accomplit avec précision dans les moindres détails
dans les scènes d'agitation qui mirent fin à l'Age et à la politique
judaïques. « Car ce sont les jours de vengeance ; afin que toutes les
choses qui sont écrites soient accomplies ».
Cependant, les paroles de notre Seigneur, rapportées par Matthieu et par
Marc, diffèrent des précédentes et s'appliquent évidemment à la détresse
qui doit frapper Israël selon l'esprit à la fin de l'Age de l'Évangile.
Sans aucun doute, notre Seigneur fit bien ces deux déclarations, mais les
Évangélistes ne sachant pas qu'il y aurait deux moissons et deux détresses,
supposèrent qu'en réalité il s'agissait de répétitions et ne rapportèrent
pas les deux prophéties. Le Seigneur dirigea ainsi les choses dans le
dessein de couvrir ou de cacher les faits concernant cette moisson
jusqu'au temps marqué où il la révélerait.
LA DÉTRESSE A LA FIN DE L’AGE DE L'ÉVANGILE
Les
récits de Matthieu et de Marc sont ici presque identiques. Matthieu dit :
« Quand donc vous verrez l'abomination de la désolation, dont il a
été parlé par Daniel le prophète, établie dans [le] lieu saint (que
celui qui lit comprenne), alors que ceux qui sont en Judée s'enfuient
dans les montagnes ; que celui qui est sur le toit ne descende pas
pour emporter ses effets hors de sa maison ; et que celui qui est aux
champs ne retourne pas en arrière pour emporter ses vêtements. Mais
malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces
jours-là ! Et priez que votre fuite n'ait pas lieu en hiver, ni un jour
de sabbat ; car alors il y aura une grande tribulation, telle qu'il n'y en
a point eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant, et qu'il
n'y en aura jamais. Et si ces jours-là n'eussent été abrégés, nulle
chair n'eût été sauvée ; mais à cause des élus, ces jours-là seront
abrégés. » — Matt. 24 :15-22 ; Marc 13 :14-20.
Quatre points, dans cette narration, montrent que si l'on a pu en faire
une application typique à la détresse de la fin de l'Age judaïque, son
application réelle ou la plus importante appartient à la détresse par
laquelle se termine l'Age de l'Évangile : (1) L'allusion faite à l'
« abomination de la désolation » mentionnée dans la prophétie
de Daniel. (2) La déclaration que la détresse sera la plus cruelle («
severest ») que le monde ait jamais connue ou sera jamais appelé à
connaître. (3) Que si le carnage n'était abrégé, nulle chair ne
serait sauvée. (4) Le contexte qui suit décrit sans aucun doute des
événements qui ont lieu à la fin de l'Age de l'Évangile : ce sont en
effet des événements qu'on ne pourrait appliquer à la fin ou moisson de
l'Age judaïque, et qui n'eurent pas lieu alors. Deux de ces points méritent
un examen spécial.
Le prophète Daniel dit bien (9 : 27) que le Messie serait «
retranché » au milieu de la soixante-dixième
semaine de l'alliance de faveur ; que le Messie, en établissant les
sacrifices-antitypes de réconciliation (« atonement »),
ferait ainsi cesser les sacrifices et les oblations de la Loi, et qu'alors,
parce que les abominations prévaudraient, il déverserait la
destruction sur la désolée [la nation rejetée], comme Dieu
l'avait auparavant décrété.
Tout cela eut son accomplissement dans la destruction d'Israël selon la
chair, comme État. A partir du moment où notre Seigneur dit : « Voici,
votre maison vous est laissée déserte » — « vous ne me
verrez plus désormais jusqu'à ce jour où vous direz : « Béni
soit celui qui vient au nom de l'Éternel », leur religion devint une
abomination, un formalisme vide, en signe de leur rejet du seul
sacrifice que Dieu avait fourni pour les péchés. Demeurant sous la
malédiction qu'ils avaient invoquée sur eux-mêmes (l'aveuglement —
Matt. 27 : 25), leur marche vers la destruction fut rapide, ainsi que Dieu
l'avait résolu et prédit.
Cependant, la prophétie de Daniel se rapporte beaucoup plus à une Abomination
qui cause la désolation en Israël nominal selon l'esprit ; cette
abomination fut élevée au pouvoir d'une manière représentative sous la
forme de papauté, et elle a exercé une grande et néfaste influence de désolation
spirituelle dans la maison (ou temple) spirituel de Dieu, l'Église de
Christ. Ce système abominable d'erreur devait continuer jusqu'à la
purification de la classe du sanctuaire ; et ensuite, il devait prospérer
grandement et amener un grand nombre de membres d'Israël spirituel
nominal à renier le sacrifice de la rançon, donné une fois pour
tous le résultat de son influence croissante devait être la désolation
de la chrétienté rejetée. — Voir Daniel 11 : 31 ; 12 : 11, et ÉTUDES
DANS LES ÉCRITURES, volume III, chap. 4.
La grande abomination de la désolation dont le fondement repose sur la
doctrine de la messe (qui substitue des œuvres humaines à la place du grand sacrifice du Calvaire pour la
purification du péché), a maintenant en plus des théories d'expiation
par soi-même, et ces abominations largement répandues sont appuyées par
une influence et de faux raisonnements tels que beaucoup ont été séduits
; « si possible, même les élus ». Ce sont là des signes précurseurs
de la destruction de la chrétienté.
Jetant un regard en arrière, nous discernons en ceci un autre parallélisme
entre la fin de la moisson judaïque et la fin de la moisson de l'Évangile.
Israël selon la chair rejeta le véritable sacrifice pour les pêchés et
continua à offrir les sacrifices-types qui n'étaient plus désormais
acceptables à Dieu mais des abominations, et cela compta pour beaucoup
dans son rejet comme nation et dans sa chute ecclésiastique. De même ici,
le rejet de la doctrine de la rançon et l'acceptation à sa place,
soit de messes, soit de bonnes œuvres ou de pénitences,
constituent une abomination aux yeux de Dieu et contribuent pour une
grande part à la chute de la chrétienté, civile et ecclésiastique.
Comme nous l'avons déjà montré, l'abomination de la désolation
qui souilla le lieu saint ou véritable temple (l'Église) de Dieu, fut
l'abomination papale dont la doctrine blasphématoire de la messe est la
pierre angulaire. L'abomination, la souillure et la désolation sont
anciennes, mais les ténèbres de l'erreur durant les siècles passés étaient
si totales que peu de gens, s'il y en eut, purent la discerner. Il
est évident que même les Réformateurs ne virent pas que la messe était
l'abomination, car bien que dans ses articles (de foi) l'Église anglicane
rejette le pouvoir des prêtres de créer Christ à partir du pain et du
vin pour le sacrifier de nouveau, cependant, nous n'avons pas le moindre
indice qu'elle ait discerné l'énormité de cette pratique coupable (pécheresse).
Luther lui-même, qui dénonça nombre de péchés et de faussetés de la
papauté, ne vit pas que l'abomination de la désolation était
telle à cause de la messe. Au contraire, lorsqu'il rentra dans son église,
après son séjour au château de Wartburg, trouvant qu'on avait supprimé
la messe, aussi bien que les statues et les chandelles, comme n'étant pas
de source scripturale, Luther rétablit la messe [en la dépouillant des
idées d'expiation du péché].
Par
ce qui précède, les paroles suivantes de notre Seigneur ont une très
grande signification : « Quand donc vous verrez
l'abomination de la désolation [voir note D.], dont il a été parlé par
Daniel le prophète, établie dans [le] lieu saint (que celui qui
lit comprenne), alors que ceux qui sont en Judée s'enfuient dans les
montagnes. » Nous devons nous souvenir ici du parallélisme qui
existe entre les deux moissons, les deux temps de détresse et les deux
fuites, et nous devons considérer que la Judée représenterait la chrétienté
de nos jours.
Le terme grec rendu par « montagnes » peut être aussi rendu
aussi bien ou mieux par le singulier — une montagne [si cette montagne a
plus d'une cime]. En vérité, s'enfuir hors de la Judée (au sens
propre) soit vers une montagne ou vers des montagnes parait singulier,
puisque, en fait, la Judée était « une contrée montagneuse » et que Jérusalem
est décrite comme étant située au sommet des montagnes. Pourtant, si
nous appliquons les paroles de notre Seigneur au temps actuel et à son
peuple qui, maintenant dans la chrétienté, à la lumière de la vérité
présente, voit l'Abomination se tenir là où elle ne devrait pas
être (dans le saint lieu) à la place du véritable sacrifice, tout
devient très simple. Les membres du peuple de Dieu devraient s'enfuir
tout de suite pour échapper à l'influence de l'abomination, s'enfuir du
système qui s'intitule faussement le royaume (montagne) de Christ et
gagner la vraie montagne ou Royaume, que Christ, de retour alors, va établir
en gloire et en puissance, et cela dans ses deux phases [la montagne à
plusieurs cimes].
Cependant, il s'agit certainement bien d'une fuite, d'un long voyage que
d'abandonner la chrétienté, de renoncer à ses temples, à ses formes
extérieures de piété, à ses enchantements sociaux, à ses flatteries
et à ses honneurs, de braver ses condamnations, ses anathèmes et ses
divers moyens de boycottage, et de fuir vers le Seigneur et le véritable
Royaume, rejeté, méprisé et désavoué par les sages de ce monde et les
vertueux de ce monde ; aussi, bien peu de gens, à l'exception des «
saints » penseront-ils même à entreprendre une telle fuite. Les périls
du chemin sont dépeints par
notre Seigneur d'une manière qui semblerait exagérée et contraire à sa
manière habituelle si elle ne s'appliquait qu'aux souffrances physiques
des croyants qui s'enfuirent de la Judée à la fin de la moisson judaïque,
mais ses paroles sont manifestement appropriées à la fuite spirituelle
et aux épreuves du temps actuel de la moisson. En un mot, on ne peut
convenablement comprendre cet ordre de s'enfuir et la description de ses
épreuves que relativement à l'ordre d'Apocalypse 18 : 4 : « Sortez
du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés
et que vous ne receviez pas de ses plaies. »
« SORTEZ DU MILIEU D'ELLE, MON PEUPLE ! »
« Que celui qui est sur le toit ne descende pas pour emporter quoi que ce
soit hors de sa maison ; et que celui qui est aux champs ne retourne pas
en arrière pour emporter ses vêtements. » Matt. 24 : 17, 18.
Ces déclarations indiquent combien il convient de se hâter de s'enfuir
de « Babylone » aussitôt qu'on a discerné l'abomination de la désolation.
Selon la parole du Seigneur, il est dangereux de temporiser, de
parlementer ou de raisonner. Nous devons, sans perdre un instant, obéir
aussitôt que Dieu nous fait discerner l'abomination de Babylone et sa
parenté avec ceux qui portent son nom. Hélas ! Combien y a-t-il de
chrétiens qui, n'ayant pas tenu compte de la parole du Maître, se sont
laissé lier pieds et mains, de sorte que maintenant leur fuite est
presque impossible. Toutefois, le Maître dit : « Mes brebis entendent ma
voix et elles me suivent. »
Ces versets nous donnent une autre leçon : ils montrent que certains du
peuple du Seigneur se trouvent dans un lieu ou condition, et d'autres dans
un autre. Certains sont aux « champs » c'est-à-dire dans le
monde des organisations humaines : ils ne doivent pas penser qu'il est à-propos
de se joindre tout d'abord aux églises nominales ; au contraire,
qu'ils profitent de leur liberté pour s'enfuir de leur position de gens
du monde afin de se joindre au Seigneur comme membres de son Royaume (montagne).
Certains du peuple du Seigneur sont dans les maisons, c'est-à-dire dans
les églises faisant partie de Babylone, mais, comme on le donne à
entendre ici, ce sont généralement des saints qui se tiennent, au figuré,
sur le toit de l'édifice, c'est-à-dire qui ont une vie, une expérience
et une foi plus élevées que celles des membres d'église qui ne sont
purement et simplement que de nom. Avant de fuir, ces fidèles ne doivent
pas descendre dans la maison (des organisations d'églises nominales) pour
chercher à emporter avec eux leurs « biens», c'est-à-dire leurs biens
précieux aux yeux des hommes tels que des titres honorifiques, des places
d'honneur, la considération, les louanges quant à leur réputation
morale, etc. ; mais il leur faut tout abandonner pour Christ, et
fuir vers le vrai Royaume.
DIFFICULTÉS DE LA FUITE
« Mais malheur à celles qui sont enceintes et à celle qui
allaitent en ces jours-là ! » — Matt. 24 : 19.
Il y a des « enfants » selon l'esprit aussi bien que des enfants selon
la chair, et il y a des enfants illégitimes aussi bien que des fils. L'apôtre
Paul compare son intérêt dans le travail de l'Évangile à celui d'une mère
qui éprouve les douleurs de l'enfantement. Il dit : « Mes enfants pour
l'enfantement desquels je travaille de nouveau jusqu'à ce que Christ ait
été formé en vous » (Gal. 4 : 19). D'une manière analogue, tous
les fidèles serviteurs de Christ, tous ceux qui travaillent ardemment
pour des âmes, sont comme les femmes « enceintes » dont parle ce texte.
L'enfantement spirituel, selon l'exemple apostolique, est un service des
plus honorables et absorbe l'attention de quelques-uns des enfants de Dieu
les plus dévoués. Mais, hélas ! de même que, dans leur désir d'aider
l'accomplissement des promesses de Dieu, Abraham et Sara en vinrent à
employer une méthode non approuvée et produisirent une classe
d'Ismaël, laquelle, née selon la chair, persécuta la semence née légitimement,
ainsi en est-il de nombre de ceux qui sont maintenant en « travail
d'enfantement spirituel » : ils aident à produire des « enfants de
Dieu » illégitimes. Tous, cependant, devraient se souvenir que, seuls,
les moyens légitimes doivent être employés : tous les enfants de Dieu
sont engendrés par la parole et l'esprit de la vérité, et non par des méthodes
humaines et par l'esprit du monde.
De fausses conceptions du plan de Dieu, comme par exemple celle de
supposer que tous les humains à l'exception de l'Église élue seront éternellement
tourmentés, ont chez certains, stimulé à tel point leurs désirs de
produire des « enfants » spirituels, qu'ils ont eu recours à divers expédients
humains pour les engendrer. Ce faisant, ils ont oublié que tous ceux qui
ne sont pas « engendrés de Dieu », que tous ceux qui ne sont pas
engendrés « par la parole de vérité » (non simplement de la
lettre de la Parole, mais « engendrés de l'esprit » de la vérité),
sont illégitimes, et ne sont pas reconnus comme étant de Dieu, ni traités
comme des fils (Hébr. 12 : 8). C'est pourquoi l'église nominale
d'aujourd'hui a « une belle apparence dans la chair » (des points de vue
numérique, financier, intellectuel) ; elle a, dans une grande mesure, «
la forme de la piété » sans en avoir le véritable esprit et la
puissance pour diriger le cœur. Elle est remplie de « petits enfants »
; certains sont vraiment des petits enfants en Christ, mais, beaucoup,
beaucoup sont des enfants illégitimes, et non des fils de Dieu ; ils
ont été engendrés par l'erreur et non par la vérité ; ils
forment « l'ivraie ». L'église nominale fait de constants
efforts pour augmenter cette progéniture même illégitime ; elle
espère ainsi la sauver du tourment éternel, de la condamnation injuste
d'un Dieu supposé inexorable.
Hélas ! Comme il est difficile à ces chers enfants de Dieu qui sont
ainsi, au figuré, selon les paroles du Seigneur, « en travail
d'enfantement », de sortir de l'organisation de l'église nominale qui
possède une multitude de moyens pour produire un engendrement illégal et
rapide, ce dont ils ont appris à se glorifier et à être fiers. Oui, ce
sera difficile pour ceux-là de tout abandonner et de fuir auprès du
Seigneur et sur sa montagne (Royaume). Ce sera difficile pour eux de
croire que l'Éternel est vraiment bon, juste et miséricordieux, et qu'il
a un plan de bonté qui prévoit toutes les mesures nécessaires pour
chaque membre de la race d'Adam — tous sont rachetés par la grande «
rançon pour tous ».
La classe qui « allaite » en ces jours-là, renferme également beaucoup
d'enfants de Dieu nobles, bons, bien intentionnés. Elle comprend beaucoup
de ministres et d'instructeurs des Écoles du dimanche, dont le travail
religieux consiste à distribuer le « lait » ; cependant, ce
« lait », n'est pas toujours le « lait pur de la Parole », car,
en général, ils le diluent et le frelatent avec des narcotiques de la
tradition, de la philosophie et de la sagesse du monde qui maintiennent
leurs « petits enfants » dociles, endormis, « bons » et empêchent
leur croissance en connaissance et en grâce, car ces instructeurs
en sont arrivés à considérer la connaissance et la grâce comme
dangereuses.
Un petit nombre de ces instructeurs s'efforcent vraiment de donner le «
pur lait de la parole » afin que leurs « petits enfants » puissent
grandir et apprendre à manger et à assimiler la nourriture solide pour
parvenir à la qualité d'hommes faits en Christ ; mais, déclarent-ils,
de nombreuses expériences leur prouvent que même le « pur lait
de la parole » ne convient pas à la majorité de leurs « petits
enfants » ; c'est pourquoi ils considèrent de leur devoir de
frelater le lait de peur que leurs « petits enfants » ne tombent
malades et ne meurent. Hélas ! ils ne reconnaissent pas que la
majorité de leurs « petits enfants » n'étant pas engendrés de
l'esprit de la vérité, ne seront jamais capables d'assimiler le « lait
» spirituel, car « l'homme animal [ou naturel — Trad.] ne reçoit
pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et
il ne peut les connaître, parce qu'elles se discernent spirituellement »
(1 Cor. 2 : 14, 12). Ils ne discernent pas non plus qu'en manquant de
faire cette distinction, ils affament, empoisonnent les vrais «
petits enfants » spirituels qu'ils ont sous leur garde, et empêchent
leur croissance, alors que « vu le temps », ces derniers «
devraient être des docteurs ». — Héb. 5 : 12.
Tous ceux de cette classe qui sont de vrais enfants de Dieu entendront
l'appel « Sortez du milieu d'elle, mon peuple », et auront également
de grandes difficultés dans ce jour. Alors qu'ils en viendront à
discerner la vérité présente, ils craindront non seulement de la donner
à ceux qui sont sous leur soin, mais il craindront également d'agir
eux-mêmes en conséquence, de peur d'être privés de leurs charges. En
ce jour-là, ils craindront de fuir, se rendant compte que bien peu de
leurs « petits enfants » seraient capables ou voudraient fuir avec
eux, et en vérité, seuls les enfants spirituels seront capables de
supporter l'épreuve. Certains traverseront la période décisive en sécurité
comme « vainqueurs », tandis que d'autres, craintifs, ne sortiront
qu'à travers la grande tribulation.
FUYEZ AVANT L'HIVER
« Et priez que votre fuite n'ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat
; car alors il y aura une grande tribulation, telle qu'il n'y en a point
eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant, et qu'il n'y en
aura jamais. Et si ces jours-là n'eussent été abrégés, nulle chair
n'eût été sauvée ; mais, à cause des élus [par les élus] ces
jours-là seront abrégés ». — Matt. 24 : 20 à 22.
Ce rassemblement de l'Église a lieu dans ce qu'on appelle un temps de «
moisson » à la fin d'une période d'été, de faveur. Notre Seigneur
expliqua (Matt. 13 : 30, 37-43) que dans cette moisson, il
rassemblerait son blé dans le grenier et brûlerait l'ivraie dans un
grand temps de détresse qui suivrait. C'est encore la coutume, à la
campagne, de ne brûler qu'en hiver les déchets de la récolte. Nous
comprenons donc que notre Seigneur nous exhorte à chercher secours et
force pour fuir de Babylone, avant que la période hivernale de sa détresse
ne s'abatte sur elle.
Nous devons nous souvenir que deux classes de blé seront sauvées dans
cette moisson, bien que ce soit contraire à la nature. (1) Les «
vainqueurs », les fidèles qui obéissent promptement, sortiront
avant l' « hiver » et seront « estimés dignes d'échapper à
toutes ces choses qui doivent arriver » (Luc 21 : 36) ; (2) Ceux qui sont
de loyaux enfants de Dieu, mais n'obéissent pas promptement ; ils sont
surchargés, ayant du zèle mais non selon la connaissance, et ils sont
plus ou moins contaminés par l'esprit du monde. Ceux-ci seront aidés à
sortir de Babylone alors qu'elle est en train de tomber, et ils fuiront en
hiver, disant : « La moisson est passée, l'été est fini [l'hiver est
venu], et nous ne sommes pas sauvés » (Jér. 8 : 20). Avec beaucoup de
bonté, le Seigneur indique que, finalement, tous ceux qui, parmi eux,
sont vraiment fidèles, « sortiront de la grande tribulation » et
seront devant le trône (et non pas sur le trône avec le « petit
troupeau » qui, lui, hérite avec Christ,) ayant lavé leurs robes
dans le sang de l'Agneau (Apoc. 7 : 14, 15). Prions et travaillons en conséquence,
afin que nous ayons achevé notre fuite avant que vienne l' « hiver »
de la détresse.
Nous devons prier et faire en sorte que notre fuite n'ait pas lieu même
le jour de sabbat. Quel jour de Sabbat ? Ni le septième jour de la
semaine, ni le premier, car « des nouvelles lunes et des sabbats »
ne seraient sûrement pas des obstacles à des chrétiens lors d'une fuite
quelconque au sens propre du terme (Col. 2 : 16). Le Sabbat en question
ici est le grand Sabbat-antitype, le Millénium, le septième Sabbat de
mille ans. Si nous avions commencé notre fuite avant que ne commençât
chronologiquement ce Sabbat, notre position est d'autant plus favorable et
plus nous attendons pour fuir, plus il sera difficile de nous libérer et
d'abandonner Babylone, au moment même où elle a le plus besoin de nous
et réclame notre aide pour la soutenir. Cependant, Dieu a déclaré que
Babylone doit tomber, et aucune puissance ne peut la soutenir ; aucun de
ceux qui se rendent compte combien est imparfaite son œuvre, et combien sera
bonne et miséricordieuse celle de l’Éternel après que Babylone aura
disparu et que la véritable Église sera glorifiée, ne désirerait
entraver, même un instant, l’œuvre du Seigneur.
La grande tribulation de cet « hiver »-là sera sans précédent,
et notre Seigneur nous donne l'assurance que rien dans le passé ne peut
lui être comparé, et que rien de semblable ne s'abattra plus jamais sur
le monde. Ceci identifie d'une manière positive sa déclaration avec la détresse
qui termine cet Age de l'Évangile et à propos de laquelle le prophète
dit : « En ce temps-là se lèvera [pour régner] Micaël [Christ] ... et
ce sera un temps de détresse tel, qu'il n'y en a pas eu depuis qu'il
existe une nation » (Dan. 12 : 1). Cela l'identifie encore avec la période
mentionnée dans l'Apocalypse (11 : 17, 18), où « les nations se
sont irritées, et ta colère est venue, et le temps des morts pour être
jugés ». Cette détresse sera si grande, que si quelque puissance
n'intervenait pour l'abréger, toute la race entière serait définitivement
exterminée. Mais Dieu a préparé la puissance qui doit intervenir : Son
Royaume, Christ et son Église — « les élus ». Les élus
interviendront au temps convenable et apporteront de l'ordre sur la terre
en pleine confusion.
DE FAUX MESSIES ET DE FAUX INSTRUCTEURS
« Alors, si quelqu'un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou
: Il est là, ne le croyez pas. Car il s'élèvera de faux christs et de
faux prophètes ; et ils montreront de grands signes et des prodiges, de
manière à séduire, si possible, même les élus. Voici, Je vous l'ai
dit à l'avance ». — Matt. 24 : 23 à 25.
Les séducteurs auxquels il est fait allusion ici, ne sont certainement
pas les fanatiques qui, de temps en temps, ont prétendu être Christ et
n'ont séduit qu'un petit nombre de personnes dépourvues de sobre bon
sens et d'un jugement sain. Nous avons déjà désigné l'Antichrist,
le grand séducteur, la Papauté (*) [Vol.
II, chap. 9.] qui, pendant des siècles, s'est assise dans le
temple spirituel, prétendant être le seul représentant de Christ ou son
vicaire ; c'est à son sujet que notre Seigneur prédit avec exactitude
que le monde entier s'étonnerait à son sujet, sauf ceux dont les
noms sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau (Apoc. 13 : 8). D'une
manière analogue, l'église anglicane n'est pas simplement une église ou
« corps », mais elle a une tête (un chef) terrestre dans la personne de
la souveraine civile, la Reine. D'une manière très similaire, bien que
n'étant pas ainsi dans les moindres détails, l'église catholique
grecque a pour tête (ou chef) le Tsar de Russie qui, néanmoins, exerce
encore plus de pouvoir. Si la papauté est un Antichrist, un pseudo ou
faux Christ, les autres faux corps avec de fausses têtes ne sont-ils pas
également de faux Christs, ou des Antichrists, même si dans leur sein se
trouvent quelques-uns des vrais saints de Dieu ?
Diverses dénominations protestantes ne reconnaissent aucune autre tête (ou
chef) que Christ ; néanmoins, en pratique, elles font de leurs
synodes, conférences et conseils des têtes, d'où elles tirent
leurs lois, usages et confessions de foi, au lieu de l'unique tête de
l'unique véritable Église.
Durant une longue période et à un degré plus ou moins grand, ces
organisations humaines ont si bien contrefait authentique Messie (tête et
corps) qu'elles en ont partiellement trompé beaucoup. Mais maintenant, et
depuis un siècle, ces tromperies sont en train de faire faillite. Peu de
Presbytériens, sil en est, croient maintenant que leur église est la
seule véritable Église ; ainsi en est-il des Méthodistes, des
Baptistes, des Luthériens et d'autres à l'égard de leurs églises ; même
les Catholiques anglicans, grecs et romains se libèrent de l'illusion que
leur propre église est la seule Église, hors de laquelle il n'y a aucun
élu. Mais dans la prophétie que nous examinons, notre Seigneur nous met
en garde contre les faux Christs d' « alors », c'est-à-dire maintenant.
En accord avec ceci, nous trouvons en Apocalypse (13 : 14-18) une prophétie
concernant une alliance d'influence par laquelle des dénominations
protestantes seront unifiées, et qui, bien que séparées, entreront néanmoins
en coopération avec la papauté, d'une manière qui donnera aux deux plus
de pouvoir et en trompera beaucoup en leur faisant supposer que cette
nouvelle alliance sera le moyen employé par Dieu pour accomplir l’œuvre
prédite du Messie, et qu'elle est ainsi son représentant.
« LE SOLEIL DE JUSTICE SE LÈVERA »
« Si donc on vous dit : Voici, il est au désert, ne sortez pas ; voici,
il est dans les chambres intérieures [ou secrètes — concordance
grecque Strong — Trad.], ne le croyez pas. Car comme l'éclair [le
Soleil] sort de l'orient et apparaît jusqu'à l'occident, ainsi sera la
présence [en grec : parousia] du fils de l'homme ». — Matt. 24 :
26, 27.
De grandes séductions, « une énergie d'erreur » par Satan sont
maintenant à l’œuvre devant nous, comme en témoignent non seulement
les paroles de notre Seigneur dans ce texte, mais également l'apôtre
Paul (2 Thess. 2 : 10-12). S'il avait été prédit sous quelle forme précise
ces séductions apparaîtraient, cela aurait quelque peu limité leur
pouvoir mensonger. Dieu permet ces séductions dans le but même de séparer
les « vainqueurs » de tous les autres, et il nous garantit
simplement que les « élus » seront préservés de la chute. Et
pourtant, il est tout à fait possible que ces épreuves, criblages et séductions,
puissent serrer de très près (« closest ») ceux-là même
qui possèdent la plus grande somme de lumière de la vérité présente.
Dès lors, comme il est de première importance de nous « conserver »
dans l'amour de Dieu ! Que nous n'ayons pas seulement une connaissance de
la vérité, laquelle, seule, pourrait simplement nous enfler d'orgueil,
mais qu'en plus, nous ayons l'esprit de Christ que doit produire cette
connaissance : l'amour pour Dieu l'amour les uns envers les autres et la
sympathie pour tous les hommes, car « l'amour édifie » le caractère
à la ressemblance à notre Seigneur.
L'appel « il est dans la chambre secrète » est déjà lancé par
les spirites (*) [Voir notre brochure : « Le
Spiritisme ancien et moderne ». Preuves que c’est du démonisme.]
qui prétendent pouvoir s'entretenir face à face avec le Seigneur dans
certaines de leurs séances, et qui affirment que tous ceux qui partagent
leur manière de voir peuvent avoir le même privilège, etc.
L'avertissement que, s'il était possible, cela séduirait même les élus,
se prouverait donc vouloir signifier que les « élus mêmes » seront
assujettis aux épreuves les plus rudes dans ce mauvais jour. « Qui peut
subsister ? » (Apoc. 6 : 17). Le prophète en donne la réponse : «
Celui qui a les mains innocentes [une vie honnête] et le cœur pur [une
conscience exempte de toute offense envers Dieu et envers l'homme] ... il
montera en la montagne [Royaume] de l'Éternel... et se tiendra dans le
lieu de sa sainteté ». — Ps. 24 : 3, 4.
Mais comment le peuple de Dieu saura-t-il d'une manière certaine que ces
manifestations ne sont pas authentiques ? Il nous a informés que son jour
viendrait comme un voleur dans la nuit, qu'invisible au monde, il sera présent
surveillant l’œuvre de la moisson (rassemblant ses élus, etc.).
Comment savons-nous que, contrairement à ce que prétendent les
soi-disant « spiritualistes chrétiens », il ne se manifestera pas
à son peuple veillant, dans les « chambres secrètes » (dans leurs
séances) ?
Nous savons qu'il ne se manifestera pas ainsi à nous, parce que : (1)
selon ses instructions, nous serons « changés », nous serons faits
« semblables à lui », et de cette manière nous le verrons tel
qu'il est ; et (2) il nous a prévenus contre ces supercheries qui
proposeraient de le montrer à nous dans notre condition charnelle inchangée,
disant : « S'ils vous disent : Voici il est au désert ou dans des
chambres secrètes, ne le croyez pas ». Car ce n'est pas
ainsi qu'il sera manifesté. Au contraire, « Comme l'éclair [le Soleil]
sort de l'orient [et ne peut être emprisonné dans un lieu solitaire ni
dans une chambre privée] mais apparaît [partout] jusqu'à l'Occident [jusqu'au
lointain], ainsi sera la présence du fils de l'homme ».
La révélation de notre Seigneur à sa seconde présence ne se fera pas
dans une chambre, ni à une communauté dans un désert ou dans un lieu désert,
ni même à une seule nation comme au premier avènement, mais elle sera
une manifestation générale universelle : « Le soleil de justice se lèvera,
et la guérison sera dans ses rayons [litt. « dans ses ailes » ; voir
note Cr. — Trad.] ». C'est le rayon chercheur de vérité émanant du
grand Soleil de justice qui cause déjà tant de confusion parmi les
hommes, en brillant dans les lieux obscurs et en découvrait l'erreur et
la corruption de tout genre. C'est la lumière qui manifeste tout. Et
c'est la grande lumière du monde, Christ (et finalement son Église
associée aussi), qui bénira l'humanité en mettant au jour toutes les
choses cachées des ténèbres, car il n'y a rien de caché qui ne doive
être découvert. « Le jour le fera connaître », et il ne
pourrait se passer aucun jour sans que le Soleil brille de l'orient jusqu'à
l'occident. « C'est la vraie lumière qui éclaire [au temps convenable]
tout homme venant dans le monde ».
(Nous allons examiner Matt. 24 : 28 après le verset 41 pour faire
correspondre le récit de Matthieu avec ceux de Marc et de Luc).
L'OBSCURCISSEMENT DU SOLEIL ET DE LA LUNE SONT DES SIGNES
« Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera
obscurci, et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont
du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées ». — Matt. 24 :
29 ; Marc 13 : 24, 25.
On doit distinguer clairement la tribulation « de ces jours-là »
de celle qui aura lieu dans ces jours où se termineront l'Age actuel et
la moisson. Toutefois, nous ne comprenons clairement la chose dans les récits
de Matthieu et de Marc que si on les compare avec celui de Luc : ce
dernier parait résumer brièvement les événements de l'Age de l'Évangile,
et, omettant la « tribulation de ces jours-là », ne fait allusion qu'à
l'autre tribulation par laquelle se terminera l'Age actuel. Il dit :
« Et ils [les Juifs] tomberont sous le tranchant de l'épée, et seront
menés captifs parmi toutes les nations ; et Jérusalem sera foulée aux
pieds par les nations jusqu'à ce que les temps des nations soient
accomplis. Et il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles,
et sur la terre une angoisse des nations en perplexité devant le grand
bruit de la mer et des flots, les hommes rendant l'âme de peur et à
cause de l'attente des choses qui viennent sur la terre ». —
Luc 21 : 24, 25.
Le fait est que l'Age de l'Évangile tout entier a été une période de
tribulation décrite en Matt. 24 : 9-12, et maintenant au verset 29. (1)
l'Église primitive fut persécutée par la Rome civile, tandis que plus
tard, lorsque la Rome papale posséda le pouvoir, tous ceux qui refusèrent
d'approuver ses abominations furent persécutés par elle (Jézabel) soit
directement, soit indirectement par les pouvoirs civils (Achab) auxquels
elle s'était mariée. Les saints du Très-Haut tombèrent en son pouvoir
et furent persécutés par elle pendant un temps, des temps et une moitié
d'un temps (1260 années) jusqu'en 1799 après J.-C. Durant cette longue
persécution, « plusieurs furent purifiés et blanchis et affinés »
et la Mère des prostituées s' « enivra du sang des saints et du sang
des martyrs (« témoins » — D.) de Jésus » (Apoc. 17 :
6). Comme nous l'avons déjà montré, cette période se termina
pratiquement en 1776 et réellement en 1799 lorsque le pape et son autorité
furent humiliés devant le Monde. (*) [Vol.
II, chap. 9 et Vol.
III, chap. 4]
Comprenant donc clairement que c'est à des signes qui suivront la
tribulation « de ces jours-là » que notre Seigneur fait
allusion, nous nous informons au sujet des signes qui sont décrits
d'une manière très précise, savoir : l'obscurcissement du soleil et de
la lune, et la chute des étoiles. Ces signes doivent-ils être considérés
au sens propre ou au sens symbolique ? Ont-ils déjà été accomplis ?
Nous répondons qu'ils ont eu un accomplissement littéral et qu'ils ont
maintenant un accomplissement symbolique beaucoup plus important.
Le 19 mai 1780 (c'est-à-dire « en ces jours-là », les 1260 années de
puissance papale, toutefois après que cette puissance eut commencé à décliner
et que la fureur de la tribulation eut passé), un obscurcissement
extraordinaire du soleil eut lieu, que les savants de cette époque, et même
ceux d'aujourd'hui, n'ont pu expliquer. Le témoignage compétent suivant
établit suffisamment que ce ne fut pas là un événement ordinaire :
Le célèbre astronome Herschel dit :
« L'obscurcissement du jour, en Amérique du Nord, fut un de ces
merveilleux phénomènes de la nature dont on lira toujours le récit avec
intérêt, mais que la philosophie est bien en peine d'expliquer ».
Le dictionnaire de Webster (édition de 1869), au chapitre du vocabulaire
des noms remarquables, dit :
« Le jour obscur du 19 mai 1780 : appelé ainsi à cause d'une obscurité
remarquable qui s'étendit ce jour-là sur toute la Nouvelle-Angleterre.
Dans certains endroits, pendant plusieurs heures de suite, les gens ne
purent pas voir assez pour lire en plein air des imprimés ordinaires. Les
oiseaux chantèrent leurs chants du soir, disparurent, et devinrent
silencieux ; les oiseaux de basse-cour gagnèrent leur perchoir de nuit ;
le bétail chercha la cour de la ferme et l'on alluma les chandelles dans
les maisons. L'obscurcissement commença à dix heures environ du matin et
continua jusqu'au milieu de la nuit suivante, mais il y eut des différences
dans la durée de l'obscurité en différents endroits ».
L'Assemblée législative de Connecticut siégeait ce jour-là et dut
s'ajourner. Le Journal of the House relate l'événement comme suit
:
« Une ombre épaisse et terrifiante d'une obscurité exceptionnelle avant
10 heures (avec un nuage plus sombre encore qui avança sous le rideau
noir à la fois du Nord et de l'Ouest avant 11 heures) intercepta la lumière
au point que personne ne pouvait, au Parlement, lire ou écrire, même à
l'une ou l'autre des fenêtres, ni distinguer des personnes à une courte
distance, ni percevoir une différence quelconque dans les vêtements des
assistants ; en conséquence, à 11 heures, le Parlement fut ajourné
jusqu'à 14 heures. Vendredi, le 19 mai 1780 ».
Un ministre de l'époque, le Rév. Elam Potter, qui fut un témoin
oculaire de l'événement, prêchant le 28 de ce mois, c'est-à-dire neuf
jours après, se serait exprimé dans ces termes :
« Mais je parle spécialement de cette prodigieuse obscurité du 19 de
ce mois. Alors, comme dans notre texte, le soleil fut obscurci : on
n'a probablement jamais connu pareille obscurité, depuis la crucifixion
de notre Seigneur. Les gens quittèrent leur travail à la maison et aux
champs ; les voyageurs s'arrêtèrent ; les écoles fermèrent à 11
heures ; les gens allumèrent des chandelles à midi, et le foyer éclaira
comme de nuit. On m'a dit que des gens étaient dans la consternation, et
se demandaient si le jour du jugement n'était pas sur le point d'arriver.
Une grande partie de la nuit suivante fut également et singulièrement
obscure. La lune bien que dans son plein, ne donna aucune lumière,
comme dans notre texte ».
La Société américaine des Traités publia une brochure n° 379 (La
vie d'Edward Lee), où il est dit :
« Au mois de mai 1780, il y eut un jour sombre très effrayant où tous
les visages parurent pâlir ; les gens étaient remplis de frayeur. Dans
le village où vivait Edward Lee, il y eut une grande détresse ; le cœur
des hommes fut saisi de crainte ; on croyait que le Jour du Jugement était
proche. Les voisins du saint homme se rassemblèrent autour de lui, car sa
lampe bien nettoyée brillait comme jamais dans ces ténèbres anormales.
Heureux et joyeux en Dieu, il leur montra où se trouvait le seul refuge
contre la colère à venir, et il passa ces heures sombres à prier
ardemment pour ces multitudes en détresse ».
De « Our first century », nous citons ce qui suit du Juge
R.M. Devins :
« Le jour obscur du 19 mai 1780 est, dans la série diversifiée des événements
naturels au cours du siècle dernier, le phénomène de son genre presque,
sinon tout à fait le plus mystérieux et resté jusqu'ici inexpliqué ;
ce fut un obscurcissement des plus étranges des cieux visibles tout
entiers et de l'atmosphère de la Nouvelle-Orléans, qui apporta la
crainte et la détresse à des multitudes d'esprits, ainsi que la
consternation aux animaux : les oiseaux de basse-cour s'enfuyaient, effarés,
vers leur perchoir, et le bétail vers son étable. En vérité, des
milliers de braves gens de cette époque furent pleinement convaincus que
la fin de toutes choses terrestres était arrivée, beaucoup abandonnèrent
pour le moment leurs occupations terrestres et se livrèrent à des dévotions
religieuses. Ce fut un merveilleux jour obscur ».
En 1785, le Juge Samuel Tenney, L.L.D., écrivit à la Société
d'Histoire à propos de ce « jour obscur », disant :
« Plusieurs personnalités du monde littéraire ont essayé d'expliquer
ce phénomène ; cependant, je crois que vous serez d'accord avec moi
qu'aucune solution satisfaisante n'a encore été présentée ».
Noah Webster, L.L.D., écrivit en 1843 dans le Herald de New Haven,
concernant ce jour obscur, et dit :
« J'étais debout et je regardais le phénomène. Aucune cause
satisfaisante ne lui a encore été trouvée ».
Dans son agenda, au 19 mai 1780, le Rév. Edward Bass, D.D., premier évêque
épiscopal de Vermont, écrivait :
« Ce jour est, de mémoire d'homme, le plus remarquable pour son
obscurité ».
Au moment de la pleine lune, son obscurcissement la nuit suivante semble
avoir été presque aussi remarquable que celui du soleil un témoin, le
Juge Tenney, d'Exeter (N. H.) dit :
« Les ténèbres du soir qui suivit furent probablement les plus épaisses
qui aient jamais été observées depuis que le Tout-Puissant donna
naissance pour la première fois à la lumière. Je ne pus m'empêcher à
ce moment-là de me dire que si tous les corps lumineux de l'univers
avaient été recouverts de ténèbres impénétrables ou avaient cessé
d'exister, l'obscurité n'aurait pas pu être plus complète. A ce moment-là,
une feuille de papier blanc, tenue à quelques centimètres des yeux, n'était
pas plus visible que le velours le plus noir ».
On estime que ce jour que l'on ne peut expliquer s'il n'est un signe du
Seigneur, s'est étendu sur 320 000 « miles carrés » [1 « mile carré
» = 2,5899 km²], soit une superficie d'environ vingt-deux fois l'étendue
de la Palestine à laquelle furent limités les signes du premier avènement.
En vérité, le fait que ces signes se manifestèrent surtout à la
Nouvelle-Orléans et dans les États du Centre n'a pas lieu de nous
surprendre si nous nous souvenons que le premier mouvement parmi les «
vierges » (*) [Vol.
III, pp.78-83.] (Matt. 25 : 1-5) se produisit principalement
dans le même endroit. Qu'il ait plu à Dieu de se servir du « pays de la
liberté » pour envoyer le message de ces signes au monde n'est pas
plus surprenant que le fait qu'il lui a plu également d'envoyer de la même
partie du monde nombre des bénédictions, inventions et leçons modernes,
reconnues par le monde entier, et si bien symbolisées par le don du grand
artiste français, Bartholdi, au port de New York : la statue de la
« Liberté éclairant le Monde ».
LA CHUTE DES ÉTOILES
Un demi-siècle avant l'apparition d'un autre signe, la chute des
étoiles tombant du ciel, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent
violent jette ses figues vertes (Apoc. 6 : 13). Les paroles de notre
Seigneur trouvèrent un accomplissement (bien que ce ne fût pas là leur
complet et unique accomplissement, comme nous le verrons plus tard) lors
de la magnifique pluie de météores qui eut lieu de bonne heure le matin
du 13 novembre 1833. On rappelle, à ceux qui sont enclins à jouer sur
les mots en alléguant que « les étoiles fixes ne tombèrent
pas » ; que notre Seigneur ne dit rien concernant la chute d'étoiles
fixes, et ne dit pas que des étoiles fixes ne pourraient pas
tomber : leur chute prouverait qu'elles n'étaient pas fixes. Les
Écritures ne font pas de distinction entre des étoiles et des météores
comme on le fait communément de nos jours.
Des étoiles filantes et même des pluies météoriques ne sont pas rares
chaque année, et certaines années plus que d'autres. On estime à 400
000 le nombre de petits météores qui tombent chaque année sur notre
terre. Pourtant, tout cela n'est rien en comparaison de la grande pluie du
13 novembre 1833, au cours de laquelle il en tomba des millions et des
millions.
Dans son ouvrage intitulé « Meteorology », le Professeur
Kirkwood écrit :
« Jusqu'à la fin du siècle dernier, elles [les pluies de météores]
n'attirèrent jamais l'attention des savants ».
Le Professeur D. Olmstread, L.L.D., du collège de Yale, écrivait :
« Ceux qui eurent le privilège de voir le spectacle des étoiles
filantes le matin du 13 novembre 1833, ont probablement assisté à la
manifestation la plus grandiose d'un feu d'artifice céleste qui ait
jamais été vu depuis la création du monde, du moins dans les annales
comprises dans les pages d'histoire... Ce phénomène ne doit plus être
considéré comme un phénomène terrestre, mais céleste, et l'on ne doit
plus voir à présent dans les étoiles filantes des produits accidentels
des régions supérieures de l'atmosphère, mais des corps provenant
d'autres mondes, ou des espaces interplanétaires ». — New-Haven
Press.
M. Henry Dana Ward, alors négociant à New York, plus tard écrivain et
ministre épiscopal, écrivit :
« Aucun philosophe, aucun érudit, n'a jamais raconté ou décrit un événement,
je suppose, tel que celui d'hier matin. Il y a dix-huit siècles, un prophète
a annoncé ce phénomène avec précision, si, toutefois, nous voulons
admettre que des étoiles filantes signifient des étoiles filantes... En
vérité, les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme dans
l'Apocalypse. On a toujours pris le langage du prophète au sens métaphorique
; hier, il a eu un accomplissement réel — Journal of Commerce
(14 novembre 1833) ».
Nous citons le récit suivant de The American Cyclopoedia, volume
XI, page 431 :
« L'année 1833 est mémorable en raison du spectacle le plus magnifique
qui ait été rapporté dans l'histoire. Il eut lieu dans la nuit du 12
novembre et fut visible au-dessus de tous les États-Unis et au-dessus
d'une partie du Mexique et des Iles des Indes occidentales. Avec les étoiles
filantes plus petites qui tombaient comme des flocons de neige et
produisaient des traînées phosphorescentes le long de leur parcours, il
y eut de grosses boules de feu entremêlées qui s'élançaient par
intervalles, en décrivant en quelques seconde un arc de 30° ou de 40°.
Ces boules laissaient derrière elles des traînées lumineuses qui
restaient visibles plusieurs minutes, et parfois une demi-heure ou plus.
L'une d'elles, vue dans la Caroline du nord, apparut plus grande et plus
brillante que la lune. Certains des corps lumineux étaient de forme irrégulière
et demeurèrent stationnaires pendant un temps très long, en émettant
des flots de lumière. Au Niagara, le spectacle fut spécialement lumineux,
et il est probable que jamais auparavant, un spectacle aussi terriblement
grandiose et sublime n'avait été contemplé par l'homme, celui du
firmament descendant en torrents de feu au-dessus de la cataracte sombre
et rugissante. On observa que si toutes les lignes de tous les météores
avaient été retracées en arrière, elles auraient convergé en une
seule région du ciel, qui était celle de Leonis Majoris, et ce
point accompagnait les étoiles dans leur mouvement apparent vers l'ouest,
au lieu de se mouvoir avec la terre vers l'est. Le lieu d'où provenaient
les météores était donc indépendant de la terre, et extérieur à
notre atmosphère ».
Dans son ouvrage « Récit personnel », le Professeur von
Humboldt consacre quinze pages à ce phénomène, et déclare qu'il fut
visible au-dessus d'une superficie de onze millions de « miles carrés »
[près de 28 millions 500 000 km²].
M. Beupland, un savant français, qui fut témoin de ce phénomène, en
compagnie de Humboldt, en parle ainsi : « Il n'y avait pas, dans le
firmament, un espace égal à l’étendue de trois diamètres de la lune
qui ne fût rempli à chaque instant de bolides et d'étoiles filantes ».
Ce phénomène se reproduisit sur une plus petite échelle en 1866, mais
l'événement de 1833 paraît avoir accompli le dessein du signe ;
et en vérité ce signe et le précédent eurent indiscutablement une corrélation
avec le premier mouvement des Vierges pour aller à la rencontre de l'Époux
prophétisé dans le chapitre suivant. — Matt. 25 : 1-5.
LES ACCOMPLISSEMENTS SYMBOLIQUES
Tandis que ces signes, au sens littéral, remplissaient leur mission en
appelant l'attention générale sur le Temps de la fin, nous croyons que
les accomplissements symboliques ne sont pas moins frappants et sont même
plus intéressants pour ceux dont les perceptions mentales et spirituelles
sont éveillées et leur permettent de les apprécier.
Le soleil représente symboliquement la lumière de l'Évangile, la
vérité — et ainsi Christ Jésus. La lune représente
symboliquement la lumière de la Loi mosaïque. De même que la lune
renvoie la lumière qu'elle reçoit du soleil, ainsi la Loi mosaïque était
l'ombre ou le reflet anticipé de l'Évangile. Les étoiles représentent
symboliquement les instructeurs inspirés de l'Église (les Apôtres). Les
cieux, comme nous l'avons déjà montré, représentent les
pouvoirs ecclésiastiques de la chrétienté. On trouve une combinaison de
ces symboles dans Apocalypse (12 : 1) où la « femme », symbolisant
l'Église primitive, est représentée revêtue du soleil, c'est-à-dire
resplendissante à la pleine et claire lumière de l'Évangile pur. La lune,
sous ses pieds, montre que la Loi qui la supporte, n'est pas cependant la
source de sa lumière. Les douze étoiles en couronne autour de sa tête,
représentent ses instructeurs divinement désignés et inspirés, les
douze apôtres.
Ayant à l'esprit un aperçu de la signification de ces symboles,
examinons de nouveau ce point important de la grande prophétie de notre
Seigneur avec les signes qui doivent indiquer la fin de l'Age actuel.
Partout où nous regardons, nous pouvons reconnaître le fait que si les
consacrés de Dieu sont spécialement nourris et éclairés actuellement,
il n'en est toutefois pas ainsi pour l'église nominale. Son soleil
s'assombrit, sa lune change en sang et ses étoiles sont en train de
tomber. Dès le début, le point central de la lumière de l'Évangile a
été la croix de Christ, la rançon, et quelle que soit
l'effronterie avec laquelle la Papauté a institué en concurrence le
sacrifice de la messe, les saints de Dieu ont toujours tenu ferme à ce
point central béni de toutes les promesses de Dieu et de toutes les espérances
de son peuple. Ils sont toujours restés fidèles à la rançon, même si
sa philosophie a été presque entièrement cachée à leur vision mentale.
Il est vrai qu'il y en a toujours eu quelques-uns qui, ne comprenant pas
la rançon, et ne pouvant la mettre en harmonie avec d'autres vérités,
et surtout avec leurs erreurs, l'ont rejetée. Toutefois, ceux-ci furent
de rares exceptions à la règle générale. Cependant, depuis 1878 (le
moment même du temps d’épreuve indiqué dans les Écritures) — en
parallèle au temps du rejet de Christ au premier avènement, quand la
croix de Christ devint aux Juifs une pierre d'achoppement —
l'achoppement a fait ici un grand progrès, au point qu'aujourd'hui, une
petite minorité seulement de ceux qui confessent être des ministres de
la croix, reconnaissent sa valeur ou la prêchent. Bien au
contraire, une grande partie de l'enseignement maintenant vise à renier
et à réfuter que nous ayons été « achetés à prix »
par « le sang précieux de Christ », et substitue à sa place la Théorie
de l'Évolution, en prétendant que ce qui fait la valeur de Christ pour
le pécheur, ce sont purement et simplement ses
paroles et son exemple.
Ainsi, la lumière du soleil de l'Évangile devient-elle journellement de
plus en plus obscure. Bien que ce rejet de la valeur du précieux sang
comme prix de notre rédemption ne se soit pas encore généralisé des prédicateurs
aux ouailles, cependant, de fausses doctrines tenues depuis longtemps
comme étant sacrées, ainsi que le respect pour les conducteurs et le
savoir, ont rendu la voie si aisée qu'une grande majorité de ceux qui
sont suffisamment éveillés pour prendre le sujet en considération,
tombent comme des proies faciles de cette doctrine de l'Évolution qui nie
la doctrine scripturale d'une chute primitive et d'une rançon pour le relèvement.
De manières diverses, les Écritures nous avertissent de cette grande
apostasie, aussi bien que de cet obscurcissement de la foi de l'Église en
ce temps-là de sorte que lorsque le Fils de l'homme reviendra, il
trouvera que la foi est très rare sur la terre (Luc 18 : 8).
Un psaume, décrivant cette période, déclare : « Il en tombera mille à
ton côté, et dix mille à ta droite ; — toi [les saints fidèles,
membres du corps de Christ, dont le nombre des élus sera, sous peu de
temps (*) au complet] ». — Ps. 91 : 7.
(*) [Écrit en 1897
—Trad.].
Au fur et à mesure que les rayons lumineux de la rançon
s'obscurcissent, les rayons lunaires de la Loi mosaïque qui, dans ses
sacrifices, préfigurait la rançon, doivent nécessairement s'obscurcir
aussi. De nos jours, il est fréquent d'entendre des instructeurs publics
affirmer que les sacrifices sanglants d'Israël, exigés par leur
Loi, étaient barbares. Autrefois, lorsqu'ils voyaient grâce à la vraie
lumière de la Parole de Dieu, ils appréciaient la déclaration de l'Apôtre
à savoir que les sacrifices d'Israël étaient des types de « meilleurs
sacrifices » pour le péché ; mais à présent, ils refusent l'antitype
(la rançon), ils nient le péché originel et, par suite, toute nécessité
d'offrir des sacrifices pour ce péché, et ainsi, ils rejettent également
les sacrifices-types et les estiment barbares. C'est de cette manière que
l'obscurcissement de la lumière de l'Évangile entraîne celui de la lumière
lunaire. « La lune devint tout entière comme du sang ». Et Joël ajoute
(2 : 10) que « les étoiles retirent leur splendeur », ce qui
signifie que lorsque la lumière de l'Évangile sera obscurcie et que la
Loi en viendra à être considérée purement et simplement comme une cérémonie
de sang, sans signification et barbare, alors les enseignements des douze
étoiles (les apôtres) de l'Église ordonnées par Dieu seront perdus de
vue, cesseront d'être considérés comme des guides, comme des lumières.
Comme nous l'avons vu, Dieu a reconnu ou désigné douze étoiles
apostoliques pour l'Église. C'est de celles-ci, et de la lune, et du
soleil que doivent provenir toutes les lumières de l'Église. Et c'est
bien d'eux que la vraie lumière qui a béni la véritable Église est
venue. Cependant, la papauté, s'arrogeant la possession ecclésiastique
de la terre, a placé ou « ordonné » diverses étoiles, des lumières,
des « autorités », des « théologiens » dans son firmament
; les diverses dénominations protestantes en ont fait autant, jusqu'à ce
que le nombre total soit devenu innombrable. Mais Dieu, tout en suscitant
pour sa véritable Église des aides, des évangélistes et des
instructeurs, ne les a pas ordonnés avec l'autorité de lumières
ou d'étoiles. Au contraire, tous les fidèles disciples ont reçu
comme instructions de n'accepter comme lumière que les rayons de vérité
qui proviennent du soleil, de la lune et des douze étoiles ordonnées
dans ce dessein.