Studies in the Scriptures

Tabernacle Shadows

 The PhotoDrama of Creation

 

 

ÉTUDES DANS LES ÉCRITURES

VOLUME IV - LE JOUR DE LA VENGEANCE
« LA BATAILLE D'HARMAGUEDON »

 

 ÉTUDE VI

BABYLONE DEVANT LA COUR SUPRÊME

SA CONFUSION DANS LE DOMAINE RELIGIEUX.

La véritable Église, connue de l’Éternel n'a point part au jugement frappant Babylone. —  L'état religieux de la chrétienté est aussi lamentable que son état politique. — La grande confusion. — C'est au clergé qu'incombe la responsabilité de présenter la défense de la chrétienté. — L'esprit de la grande Réformation est mort. — Les chefs religieux et le peuple dans la même situation. — Accusations portées. — La défense. — Proposition d'une fédération. — Recherche d'une solution. — Les moyens adoptés. — L'esprit de compromission est général. — Le jugement en action contre les institutions religieuses de la chrétienté.

« Il lui dit : je te jugerai par ta propre parole, méchant esclave » — Luc 19 : 22 (D.).

            Tandis que nous examinons ici avec attention le jugement actuel de la grande église prétendue chrétienne (ou église nominale — Trad.), n'oublions pas qu'il existe également une Église réelle de Christ, élue, précieuse, consacrée à Dieu et à sa vérité, au milieu d'une génération impie et perverse. Ses membres ne s'ont pas connus du monde comme un ensemble réuni (« a compact body » — Trad.), mais comme individus, ils sont connus par l'Éternel qui juge non simplement par la vue ou par l'ouïe, mais qui discerne et juge les pensées et les intentions du cœur. Ils peuvent être grandement dispersés, mais qu'ils soient isolés comme « froment » au milieu de l'« ivraie », ou qu'ils soient assemblés avec d'autres, l’œil de Dieu repose toujours sur eux. Eux habitent dans la demeure secrète du Très-Haut (sanctifiés, entièrement mis à part pour Dieu) ; ils reposent à l'ombre du Tout-Puissant, tandis que les jugements de l'Éternel sont appliqués aux grands systèmes religieux qui portent son nom dans l'infidélité (Ps. 91 : 1,14-16). Les membres de la classe de l'Église réelle n'ont point part au jugement de la grande Babylone, mais après avoir été éclairés, ils ont été appelés à sortir d'elle (Apoc.  18 : 4). Cette classe est décrite et reçoit la bénédiction du réconfort dans les Psaumes 91 et 46. Au sein d'un simple formalisme et d'un simulacre de piété, l’œil vigilant de l'Éternel discerne les fidèles et les conduit dans les gras pâturages et près des eaux tranquilles. Il réjouit leur cœur par sa vérité et par son amour. « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » (2 Tim. 2 : 19) ; ils constituent, dans son estimation, l'Église réelle, la Sion que l'Éternel a choisie (Ps. 132 : 13-16), et dont il est écrit : « Sion l'a entendu, et s'est réjouie ; et les filles de Juda se sont égayées à cause de tes jugements, ô Éternel ! » (Ps. 97 : 8). L'Éternel les conduira à bon port comme un berger conduit ses brebis. Retenons donc qu'il y a une telle classe, une Église réelle, dont chaque membre est connu et aimé de l'Éternel, qu'il nous soit connu ou inconnu. Il faut que ces membres soient ignorés ici-bas, lorsque nous considérons ceux qui prétendent être l'église, et ceux que le monde accepte comme étant l'église, ceux auxquels les prophètes font allusion sous de nombreuses appellations significatives qui désignent la grande église nominale, déchue de la grâce. Il faut qu'il en soit ainsi également quand nous discernons que le jugement de Dieu la frappe dans cette période de la moisson de l'Age de l'Évangile.

            S'il est vrai que les pouvoirs civils de la chrétienté sont dans l'anxiété, et que partout se manifeste la détresse des nations, il est non moins certain que la situation religieuse ne présente pas, par contraste, une situation de paix et de sécurité qui puisse apporter l'espoir : le cléricalisme moderne, en effet, comme les nations, est pris au piège dans ses propres filets. Si les nations qui ont semé au vent les semences de l'iniquité, sont sur le point de récolter une abondante moisson dans un tourbillon d'affliction, de son côté la grande église nominale, la chrétienté ecclésiastique, qui a participé aux semailles, aura part aussi à la récolte.

            Depuis longtemps, la grande église nominale a enseigné les préceptes des hommes au lieu des doctrines bibliques ; méprisant dans une grande mesure la Parole de Dieu comme la seule règle de foi et de vie pieuse, elle a annoncé avec audace des doctrines pleines de contradictions et déshonorantes à l'égard de Dieu ; elle a été infidèle en proportion de la vérité qu'elle avait retenue. Elle a manqué de cultiver et de manifester l'esprit de Christ, et elle s'est laissée envahir par l'esprit du monde. Elle a baissé les barrières de la bergerie, invité les boucs et même encouragé les loups à entrer et à accomplir leur mauvais travail. Il lui a plu de laisser le diable semer l'ivraie parmi le froment, et maintenant, elle se réjouit du produit de ses semailles, du champ florissant d'ivraie. On apprécie bien peu les comparativement rares épis de « froment » qui restent encore, et l'on ne fait guère d'effort pour empêcher qu'ils soient étouffés par l'« ivraie». Le « froment » a perdu sa valeur sur les marchés de la chrétienté, et le fidèle enfant de Dieu lui-même, comme le fut son Seigneur, se trouve méprisé et rejeté des hommes, blessé dans la maison de ceux qu'il supposait être ses amis. Des formes de piété ont remplacé sa puissance, et des cérémonies fastueuses supplantent considérablement le culte sincère.

            Il y a longtemps, des doctrines opposées ont divisé l'église nominale en de nombreuses sectes antagonistes, chacune prétendant être la seule église réelle que le Seigneur et les Apôtres avaient fondée. Ensemble, elles ont réussi à donner au monde une telle déformation du caractère et du plan de notre Père céleste, que beaucoup de  gens intelligents s'en détournent ainsi avec dégoût, méprisent leur Créateur, et même essaient de nier son existence.

            L'église de Rome, qui prétend être infaillible, déclare que le dessein divin est, de vouer au tourment éternel de feu et de soufre tous les « hérétiques » qui rejettent ses doctrines à elle. Pour d'autres, elle fournit un tourment limité appelé Purgatoire duquel on peut sortir grâce à des pénitences, des jeûnes, des prières, des cierges bénits, de l'encens et des « sacrifices » bien payés de la messe. Ainsi met-elle de côté l'efficacité du sacrifice de réconciliation de Christ, et place-t-elle la destinée éternelle de l'homme entre les mains de prêtres rusés qui prétendent de cette manière posséder le pouvoir d'ouvrir le ciel ou de le fermer à celui qui leur plaît. A la puissance vitale de la piété elle substitue une apparence de piété, et dresse des statues et des tableaux pour les faire adorer par ses fidèles, au lieu d'exalter dans le cœur le Dieu invisible et son cher Fils, notre Seigneur et Sauveur. Elle élève aux honneurs une classe de prêtres qui reçoivent l'ordination des hommes pour régner sur l'église, ce qui est contraire aux enseignements de notre Seigneur : « Mais vous, ne soyez pas appelés : Rabbi ; car un seul est votre conducteur [le christ] et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre père, celui qui est dans les cieux »  (Matt.  23 : 8, 9). En fait, la Papauté présente la contrefaçon la plus complète du vrai christianisme (« Christianity » — Trad.), et elle prétend effrontément être la seule vraie église (*). [VoI. II, chapitre 9 et  vol. IlI chapitre 3.]

            Le mouvement de la « Réformation » a éliminé quelques-unes des fausses doctrines de la Papauté et a conduit nombre de personnes hors de ce système inique. Les réformateurs attirèrent l'attention sur la Parole de Dieu et affirmèrent le droit pour chacun de l'étudier en faisant usage de son jugement personnel ils reconnurent également et nécessairement que chaque enfant de Dieu a le droit de prêcher la vérité sans l'autorisation du pape et des évêques qui prétendent faussement avoir reçu la succession d'autorité des douze apôtres primitifs. Mais bientôt ce bon travail de protestation contre l'église romaine qui est la contrefaçon antichrétienne et inique de la véritable Église, fut neutralisé par l'esprit du monde. Bientôt, les protestants, comme on les appelait, formèrent de nouvelles organisations qui, avec les vérités qu'elles avaient trouvées, perpétuèrent nombre des erreurs anciennes auxquelles elles en ajoutèrent quelques nouvelles, et cependant, chacune d'elle continua à détenir une petite vérité. Il en résulta un mélange hétéroclite de credo en contradiction les uns avec les autres, avec la raison et avec la Parole de Dieu, Et comme l'énergie d'investigation de la période de la Réformation s'éteignit bientôt, ces credo se fossilisèrent rapidement, et sont ainsi demeurés jusqu'à ce jour.

            On a consacré largement temps et talents pour établir et perpétuer ces systèmes de doctrines erronées qu'on se plaît à appeler « théologie systématique ». Ses savants ont écrit de volumineux ouvrages pour que d'autres les étudient au lieu d'étudier la Parole de Dieu : pour atteindre ce but, on a fondé des séminaires de théologie bien dotés d'où sont sortis de jeunes hommes instruits dans leurs erreurs et qui sont allés les enseigner au peuple et le convaincre. Le peuple, lui, qui a appris à considérer ces hommes comme des ministres désignés par Dieu, comme des successeurs des apôtres, a accepté leurs affirmations sans sonder les Écritures comme le faisaient les nobles Béréens, au jour de Paul, afin de voir si les choses qu'on leur enseignait étaient bien exactes (Actes 17 : 11).

            Mais, à présent, la moisson de toutes ces semailles est arrivée, le jour de rendre des comptes, et grande est la confusion, la perplexité de l'église nominale tout entière, et particulièrement du clergé ; c'est à lui qu'incombe la responsabilité de diriger la défense dans ce jour de jugement, en présence de beaucoup d'accusateurs et de témoins, et, si possible, de trouver quelque remède pour sauver d'une destruction complète ce qu'il considère comme l'église réelle. Cependant, dans leur confusion présente, et dans le désir de toutes les sectes de vivre en bonne harmonie les unes avec les autres par raison de politique, les ecclésiastiques ont presque cessé de considérer leur secte particulière comme la seule vraie église, et parlent des autres sectes comme diverses « branches » de l'unique église, malgré leurs credo contradictoires qui, bien entendu, ne peuvent être tous vrais.

            C'est un fait lamentable, hélas ! que dans cette heure critique, l'esprit salutaire de « La Grande Réformation » soit mort. Le protestantisme n'est plus une protestation contre l'esprit de l'antichrist, ni contre le monde, la chair ou le diable. Ses credo, en guerre avec la Parole de Dieu, avec la raison, et les uns avec les autres, et illogiques avec eux-mêmes, il cherche à les dérober à l'examen public. Ses volumineux ouvrages de théologie ne sont que du combustible pour alimenter le feu de ce jour du jugement de la chrétienté. Ses principaux séminaires de théologie sont des foyers d'incrédulité répandant la contagion partout. Ses grands hommes tels que ses évêques, ses docteurs en théologie, ses professeurs de théologie, ainsi que beaucoup de ses ecclésiastiques éminents et influents dans les grandes villes, deviennent les conducteurs d'une incrédulité déguisée. Ils cherchent à saper et à détruire l'autorité et l'inspiration des Écritures sacrées, à supplanter par la théorie humaine de l'évolution, le plan de salut révélé dans la Bible. Les églises protestantes cherchent à s'allier, à imiter l'église de Rome ; elles recherchent ses faveurs, louent ses méthodes, cachent ses crimes, et ce faisant, s'allient avec elle en esprit. Elles agissent également de plus en plus en étroite conformité avec l'esprit du monde en toutes choses, imitant sa vaine pompe et sa vaine gloire auxquelles elles prétendent avoir renoncé. Remarquez  l'ostentation extravagante dans l'architecture des églises, dans leurs décorations, dans leur ameublement ; tout ceci a conduit ces églises à contracter de grosses dettes, c'est pourquoi elles ont constamment recours à la mendicité et à tout autre moyen pour se procurer l'argent ainsi nécessaire.

            Une remarquable déviation dans ce sens, ce fut dans l'église méthodiste de l'Avenue Lindell à Saint-Louis (Mo.), l'introduction d'une œuvre d’art représentant « la nativité » par R. Bringhurst. Elle est sculptée dans un bas-relief au-dessus de l'autel, du grand orgue et de la tribune du chœur. L’œuvre d'art forme un arc de quarante-six pieds de long [14 m environ — Trad.] sur cinquante de haut [15,24 m environ — Trad.], et chaque personnage est de grandeur naturelle. Au point le plus élevé de l'arc se trouve le personnage de la Vierge, se tenant droit avec l'enfant Jésus dans ses bras. Prenant leur vol à partir de ces deux personnages, deux autres montrent des séraphins avec des trompettes, proclamant le couronnement. De chaque côté de l'arc, une multitude d'anges montent toutes ailes déployées et adorent. A chaque pied de l'arc se trouve un personnage représentant un ange tenant un rouleau orné de guirlandes celui de gauche porte l'inscription : « Paix sur la terre », et celui de droite : « Bonne volonté aux hommes ». Pour ajouter plus d'effet, le bas relief est monté sur un ébrasement à un angle de 45° incliné vers la congrégation, de façon à mettre en un relief plus vigoureux la partie élevée de l'étude et augmenter les ombres en proportion.

            Quelle approbation n'y voyons-nous pas, non seulement de l'esprit d'ostentation extravagante, mais également du culte des idoles de l'église de Rome ! Notez aussi que certaines églises disposent de salles de billard ; certains ministres sont même allés au point de recommander l’introduction de vins légers, et dans certaines localités, on autorise généreusement des représentations de comédies de salon, et des jeux.

            Dans bien des cas, les ouailles sont devenues les instruments dociles du clergé, et à son tour, celui-ci s'est généreusement inspiré des goûts et des préférences des paroissiens mondains et influents. Les gens ont abandonné leur droit et leur devoir d'user de leur jugement personnel ; ils ont cessé de sonder les Écritures  pour établir ce qui est vérité, et de méditer sur la loi de Dieu pour discerner ce qui est droit. Ils sont indifférents, mondains, amis du plaisir plus que de Dieu : ils sont aveuglés par le dieu de ce monde et prêts à être conduits dans n'importe quel système qui sert leurs ambitions et désirs mondains actuels. De son côté, le clergé encourage cet esprit et se prête à lui pour conserver ses avantages temporels personnels. Si, en effet, ces organisations religieuses venaient à sombrer, les positions et les revenus, le prestige et les honneurs du clergé enflé d'orgueil s'effondreraient avec elles. C'est pourquoi il est aussi soucieux de perpétuer les institutions du christianisme nominal maintenant, que l'étaient les Scribes et les Pharisiens et les Docteurs de la Loi de perpétuer le judaïsme, et cela pour les mêmes raisons (Jean 11 : 47, 48, 53 ; Actes 4 : 15-18). A cause de leurs préjugés et de leurs ambitions mondaines, des chrétiens sont aussi aveuglés quant à la lumière de la nouvelle dispensation qui point, que l'étaient les Juifs au premier avènement du Seigneur quant à la lumière de la dispensation évangélique qui pointait alors.

 

ACCUSATIONS PORTÉES CONTRE LE CLÉRICALISME

 

            Les accusations portées contre l'église chrétienne de nom sont les sentiments du monde et des Chrétiens qui s'éveillent, à la fois au sein de Babylone et au-delà, de ses limites territoriales. Soudainement, au cours des cinq dernières années surtout, l'attention du monde entier s'est portée sur la prétendue église chrétienne mise bien en vue pour la critique. Cette critique est si prédominante que nul ne peut manquer de l'entendre ; elle est dans l'air même ; on l'entend dans les conversations privées, dans les rues, dans les trains, dans les ateliers et dans les magasins ; elle inonde le monde par la presse quotidienne, elle est un sujet vivant dans tous les journaux les plus importants, profanes ou religieux. Les chefs de l'église reconnaissent bien que cette critique générale ne signifie rien de bon pour ses institutions, et ils sentent la nécessité de la combattre promptement et sagement (selon leurs propres idées), s'ils veulent préserver leurs institutions du danger qui les menace.

            L'église chrétienne de nom est accusée (1) d'être en contradiction avec elle-même. Le monde même remarque la différence considérable qui existe entre ce qu'elle prétend être son modèle de doctrine, la Bible, et ses credo à elle qui sont en contradiction avec la Bible, et à beaucoup d'égards, absurdes. La doctrine blasphématoire du tourment éternel est repoussée avec mépris et ne peut plus désormais servir à faire entrer les hommes dans l'église par la crainte ; il y a quelque temps, la secte presbytérienne et d'autres sectes calvinistes se sont trouvées dans une véritable tempête de critiques de leurs vénérables credo, et sont terriblement ébranlées. En raison des longues discussions sur le sujet et les tentatives désespérées de la part du clergé pour se défendre, tout le monde est au courant. Il est tout à fait évident que la tâche de la défense est des plus fastidieuses, et qu'elle serait heureuse de s'en débarrasser, mais le clergé ne peut l'éviter et doit assumer cette défense le mieux qu'il peut. Le Rév. T. De Witt Talmage s'est fait l'écho des sentiments qui prévalent parmi ce clergé, disant :

            « J'aurais souhaité que cette malheureuse controverse au sujet de la confession de foi n'ait pas été imposée à l'église, mais puisqu'il en est ainsi maintenant, je dis « Finissons-en, et ayons un credo nouveau ».

            A une autre occasion, le même monsieur dit :

            « Je déclare, une fois pour toutes, que toute cette controverse à travers la chrétienté est diabolique et satanique. Une tentative des plus diaboliques se poursuit pour diviser l'église ; si on ne l'arrête pas, il s'ensuivra pour la Bible un mépris égal à celui qu'on a pour un almanach de 1828 qui dit ce qu'était le temps six mois auparavant et dans quel quartier de la lune il vaut mieux semer des navets.

            « Quelle position prendrons-nous face à ces controverses ? Restons à l'écart. Pendant que ces tumultes religieux sont au loin, restez chez vous et vaquez à vos occupations. Voyons ! Comment voulez-vous qu'un homme qui ne mesure que cinq ou six pieds [1,52 m à 1,82 m Trad.] puisse passer à gué à travers un océan de mille pieds [300 m environ — Trad.] de profondeur ?... Les jeunes gens qui entrent maintenant dans le ministère sont lancés dans la brume la plus épaisse qui ait jamais couvert une côte. Les questions que les docteurs (en théologie) essaient de trancher ne le seront qu'au jour qui suivra le jour du jugement ».

            Cela est très vrai ;  le jour après ce jour du jugement verra toutes ces questions perplexes résolues, et la vérité et la droiture établies sur la terre.

            Le caractère fastidieux de la tâche de la défense et la crainte de l'issue de la controverse furent également exprimées avec beaucoup de force dans une résolution des membres du clergé presbytérien réunis à Chicago, peu de temps après que vinrent les convocations au jugement. Voici la résolution :

            « Décidons ; Que nous considérons avec tristesse les controverses qui troublent notre église bien-aimée comme nuisibles à sa réputation, à son influence et à son utilité ; que si elles continuent, elles peuvent provoquer un désastre, non seulement pour l’œuvre de notre église, mais pour notre christianisme commun, Nous conseillons donc ardemment à nos frères, que d'une part, ils évitent d'appliquer de nouvelles épreuves d'orthodoxie, l'emploi rude de la force et la répression d'une recherche honnête et pieuse de la vérité, et que, d'autre part, nous conseillons instamment à nos frères de ne pas imposer à l'église des théories non vérifiées, d'éviter les questions de discussion douteuse, et en particulier là où elles ont, ou, dans certaines circonstances, pourraient avoir une tendance à ébranler la foi de ceux qui ne sont pas versés dans les Saintes Écritures. Par égard pour notre église et pour tous ses précieux intérêts et ses activités, nous sollicitons ardemment une trêve et la cessation du litige ecclésiastique ».

            The Presbyteran Banner a publié également l'allusion suivante qu'elle y fait avec tristesse, et qui contient quelques aveux remarquables de la condition maladive de l'église presbytérienne, On lit :

            « Un tapage ou une alerte dans un hôpital ou dans un asile pourrait se prouver funeste à quelques­uns de ses pensionnaires. Dans une institution charitable, un monsieur d'un certain âge s'amusa quelque temps à battre le tambour avant le lever du soleil. En fin de compte, les autorités prièrent ce « charmant frère » d'emmener son instrument à une distance respectueuse. Ceci explique pourquoi des pasteurs sérieux s'alarment lorsque des troubles s'élèvent dans l'église. L'église est comme un hôpital où sont assemblés des malades du péché qui, dans un sens spirituel, sont fiévreux, lépreux, paralytiques, blessés et à demi-morts. Un trouble, tel que la cruelle confusion actuelle qui règne dans certains séminaires de théologie, pourrait détruire certaines âmes qui traversent actuellement une crise, Le Prof. Briggs voudrait-il marcher doucement et retirer son tambour ? ».

            L'église nominale est accusée (2) de manquer grandement de piété et de sainteté qu'elle prétend avoir, bien qu'on admette que quelques âmes vraiment pieuses se trouvent encore ici et là parmi les humbles. En vérité, le simulacre et l'hypocrisie s'imposent, et la richesse et l'arrogance montrent assez que les pauvres ne sont pas les bienvenus dans les temples terrestres érigés au nom de Christ. Les masses l'ont compris et ont examiné dans leurs Bibles pour voir si tel était l'esprit du grand Fondateur de l'église ; et là elles ont appris que l'une des preuves qu' il donna de sa qualité de Messie était que « l'évangile était annoncé aux pauvres » et qu'il dit à ses disciples : « Les pauvres, vous les avez toujours avec vous » ; et qu'ils ne devaient avoir aucune préférence pour l'homme ayant un anneau d'or au doigt et revêtu de beaux vêtements, etc. Elles ont aussi trouvé la règle d'or et elles l'ont appliquée à De son côté,  la conduite de l'église, collectivement et individuellement. Ainsi, à la lumière de la Bible, elles concluent rapidement que l'église est déchue de la grâce. La conclusion est si manifeste que ses défenseurs se trouvent couverts de confusion.

            L'église nominale est accusée (3) de manquer d'accomplir ce qu'elle a prétendu être sa mission, savoir : convertir le monde au christianisme. Comment le monde a-t-il découvert que le moment est arrivé où le travail de l'église devrait montrer quelques signes d'achèvement ? Cela paraît inexplicable ; néanmoins, de même qu'à la fin de l'Age judaïque tous les hommes étaient dans l'attente de quelque grand changement qui devait s'accomplir (Luc 3 : 15), ainsi, maintenant, à la fin de l'Age  de l'Évangile, tous les hommes sont dans une attente semblable. Ils se rendent compte que nous sommes dans une période de transition, et que l'horoscope du 20e siècle est rempli de terreurs et d'avertissements de grands changements révolutionnaires. L'inquiétude actuelle a été exprimée avec force par l’Hon. Henry Grady, dans un éloquent discours devant les sociétés de l'Université à Charlottesville (Va.).

            Voici ce qu'il déclara : « Nous sommes au point du jour... Les étoiles fixes disparaissent insensiblement du ciel et nous marchons à tâtons dans une lumière incertaine. Avec la nuit sont venues des formes étranges. Des chemins anciens se sont évanouis, des routes nouvelles égarent, et des champs qui s'élargissent s'étendent à perte de vue. L'agitation de l'aube nous fait marcher de long en large, mais le Doute s'étend au sein de la confusion, et même sur les sentiers battus, des foules mouvantes sont arrêtées, et à travers des ténèbres les sentinelles crient : « Qui va là ? ».  Dans l'obscurité du matin, des forces terribles sont à l’œuvre. Rien n'est ferme ou approuvé. Les miracles du présent démentent les simples vérités du passé. L'église est assiégée au-dehors et trahie au-dedans. A l'arrière-plan des tribunaux se consume la torche de l'émeutier et se dessine la potence des anarchistes. Le gouvernement est l'enjeu des partisans et la proie des pilleurs. Le négoce est inquiet sous l'étreinte du monopole, et le commerce enchaîné par la limitation. Les villes sont surpeuplées et les campagnes sont désertées. La splendeur rayonne du château et la misère se tapit dans la chaumière. La fraternité universelle disparaît, et le peuple se divise en classes sociales. Le « sifflet » désapprobateur du nihiliste inquiète les bien-nantis, et le grondement de la populace se fait entendre en public ».

            Il est impossible à l'église de nier que la fin de l'Age  est arrivée, le jour du règlement des comptes, car, qu'elle discerne ou non le temps à la lumière de la prophétie, les faits du jugement lui sont imposés, et le résultat en sera discerné avant la fin de cette période de la moisson.

 

LE MONDE ECCLÉSIASTIQUE PREND POSITION

ET INDIRECTEMENT REND LES COMPTES DE L'ÉGLISE

 

            L'église sait que les yeux du monde entier sont tournés vers elle, que d'une manière ou d'une autre, on a découvert que, si sa mission a été comme elle l'a prétendu, de convertir le monde, le temps était venu où ce travail devrait être sinon complètement achevé, du moins sur le point de l'être, et qu'en somme, en dépit de ses déclarations publiques, elle diffère bien peu du monde.

            Ayant considéré que telle est sa mission actuelle, elle a perdu de vue le véritable dessein de cet Age de l'Évangile, à savoir : « prêcher cet évangile du royaume dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations », aider à proclamer l'appel et à assister à la préparation d'un « petit troupeau » qui constituera (avec le Seigneur) ce Royaume millénaire lequel bénira alors toutes les familles de la terre (Matt. 24 : 14 ; Actes 15 : 14-17). Elle est placée devant le fait qu'après dix-huit siècles, elle est plus éloignée des résultats (que ses prétentions exigeraient qu'elle eût obtenus) qu'elle ne l'était à la fin du premier siècle. En conséquence, des justifications, des excuses, une vérification des calculs et de nouveaux calculs, le rétablissement des faits, des prédictions extravagantes de grandes réalisations dans un très proche avenir, sont maintenant à l'ordre du jour. C'est ainsi que, forcée par esprit de curiosité et par le désir de vérifier les faits qui caractérisent les temps actuels, elle essaie de se défendre devant ses nombreux accusateurs.

            Pour relever l'accusation qui lui est faite d'avoir une doctrine incompatible avec le modèle qu'elle reconnaît la Bible, nous la voyons grandement perplexe, car elle ne peut nier que ses credo se contredisent. Aussi a-t-elle recours à diverses méthodes que les gens réfléchis ne sont pas lents à discerner comme étant la preuve de sa grande confusion. Toutes les dénominations se cramponnent aux anciens credo parce que ce sont là les cordes par lesquelles elles ont été liées ensemble en organisations distinctes. Les détruire soudainement serait dissoudre les organisations. Cependant, le clergé tout spécialement s'abstient le plus possible d'en parler, car il en est profondément honteux à la lumière pénétrante de ce jour de jugement.

            Il en est certains qui sont si honteux de ces credo que, oubliant leur prudence mondaine, ils préfèrent les rejeter tous. D'autres sont plus conservateurs, et pensent qu'il est plus prudent de les abandonner graduellement et de les remplacer petit à petit par de nouvelles doctrines, pour amender, réviser, etc. Chacun connaît les longues discussions qui ont lieu sur la révision des credo presbytériens ; on connaît aussi les tentatives de la prétendue « haute-critique » pour saper l'autorité et l'inspiration des Écritures sacrées, et pour suggérer une inspiration du vingtième siècle et une théorie d'évolution totalement subversive du divin plan de salut concernant la chute d'Adam que la Bible affirme, mais qu'eux rejettent. En outre, il se trouve une autre classe de nombreux membres du clergé qui favorisent une théologie éclectique ou de compromis, nécessairement très sommaire et très libérale, son objet étant d'écarter toutes les objections de tous les bigots, chrétiens et païens, et si possible, de « les amener tous dans un seul camp » selon l'expression de certains. Bon nombre de gens d'église se vantent des grandes choses qui sont sur le point de s'accomplir grâce aux moyens mis récemment en œuvre, l'idée motrice étant l'union ou la coopération des chrétiens. Lorsqu'une telle union sera obtenue (et on nous assure qu'elle aura lieu sous peu), alors la conversion du monde au christianisme, suppose-t-on s'ensuivra rapidement.

            L'église, accusée de manquer de piété et de vie pieuse, fait également étalage d'« œuvres merveilleuses et nombreuses » qui font souvent penser aux paroles de reproche du Seigneur rapportées en Matt. 7 : 22, 23. Mais ces vanteries servent bien peu les intérêts de Babylone, car l'absence de l'esprit de la loi d'amour de Dieu en elle, est hélas ! trop douloureusement manifeste pour être cachée. A tout prendre, la défense, présentée par l'église déchue, ne rend que plus visible la condition déplorable dans laquelle elle se trouve. Si ce grand système ecclésiastique [« eccelesiasticism » — Trad.] était réellement la véritable Église de Dieu, combien il serait évident que Dieu aurait échoué dans son plan qui est de se choisir un peuple pour son nom !

            Cependant, tandis que l'église présente ces diverses excuses, apologies, promesses et vanteries, ses conducteurs se rendent très clairement compte qu'elles ne serviront plus longtemps à la préserver dans sa condition actuelle de division, de trouble et de confusion. Ils discernent qu'il s'ensuivra sous peu la désagrégation et la destruction à moins qu'un puissant effort puisse unir ses sectes et ainsi, lui donner non seulement une meilleure position devant le monde, mais aussi une puissance accrue pour renforcer son autorité. C'est pourquoi nous entendons beaucoup parler d'union chrétienne et chaque pas dans cette direction est proclamé comme étant la preuve d'accroissement dans l'esprit d'amour et de communion chrétienne. Cependant, le mouvement n'est pas suscité par un amour et une communion chrétienne croissants, mais par la peur. La tempête d'indignation et de colère qui a été prédite s'approche rapidement, et les diverses sectes doutent sérieusement de pouvoir résister seules au choc de cette tempête.

            C'est pourquoi toutes les sectes plaident l'union, mais la réalisation de cette union est le problème angoissant à cause de leurs credo opposés les uns aux autres. Diverses méthodes sont suggérées. L'une consiste à s'efforcer d'unir les sectes qui ont à peu près la même doctrine, comme par exemple, les diverses branches des mêmes familles : presbytérienne, baptiste, méthodiste, catholique, etc., en vue de la plus grande union proposée. Une autre méthode consiste à cultiver chez les gens un désir d'union, et une disposition à négliger la doctrine, et à offrir une généreuse communion à tous ceux qui ont de bonnes dispositions morales et à rechercher leur coopération dans ce qu'ils appellent l'œuvre chrétienne... Un tel sentiment trouve ses plus ardents soutiens parmi les jeunes et les personnes d'âge mûr.

            Ces dernières années, la tendance d'ignorer nombre des doctrines controversées du passé a aidé à développer dans l'église une classe de jeunes gens qui représentent bien le sentiment d'« union » de la chrétienté. Ignorant les luttes sectaires du passé, ils ne sont pas travaillés par la confusion qui règne parmi leurs aînés concernant la prédestination, l'élection, la grâce libre, etc. Mais ils reçoivent encore, dès leur enfance (en héritage de Rome et des Siècles de ténèbres), l'enseignement de la doctrine néfaste du tourment éternel pour tous ceux qui n'entendent et n'acceptent pas l'évangile dans l'Age présent, et de celle suivant laquelle la mission de l'évangile serait de convertir le monde dans l'Age présent, et de cette manière de le sauver de ce tourment. Tous ceux-là sont groupés sous diverses appellations : Unions chrétiennes de jeunes gens, Sociétés chrétiennes d'encouragement, Ligues d'Epworth, Filles du Roi et Armées du Salut. Beaucoup d'entre eux ont vraiment « un zèle pour Dieu », mais non selon la connaissance » — Rom. 10 : 2.

            Conformément à leurs conceptions erronées et non scripturales, ils projettent qu'un « relèvement social du monde » ait lieu immédiatement. Il est louable que leurs efforts soient faits non pour le mal, mais pour le bien. Leur grande erreur est de poursuivre leurs propres plans ; ceux-ci, aussi bienveillants et sages puissent-ils être dans l'estimation humaine, sont de toute nécessité inférieurs à la sagesse divine et au plan divin qui, seul, sera couronné de succès. Tous les autres plans sont voués à l'échec. Ce serait grandement à la bénédiction des vrais sincères parmi eux s'ils pouvaient discerner le plan divin, savoir : la sélection (« élection ») actuelle d'un « petit troupeau » sanctifié, et bientôt, du relèvement du monde par les membres de ce petit troupeau lorsqu'ils seront, au complet (*) [Écrit en 1897 — Trad.] et souverainement exaltés, régnant avec Christ comme ses co-héritiers du Royaume millénaire. S'ils pouvaient discerner cela, l'effet en serait ou en devrait être la sanctification de tous les sincères parmi eux (une faible minorité naturellement), car la majorité de ceux qui se joignent à ces sociétés, le font évidemment pour diverses raisons autres qu'une entière consécration et dévotion à Dieu et à son service, « jusqu'à la mort même ».

            Ces jeunes gens chrétiens qui n'ont pas reçu les leçons de l'histoire de l'église et qui ignorent les doctrines, deviennent facilement partisans de l'« Union ». Ils concluent que « dans le passé, ce sont les doctrines qui ont causé des divisions ! Obtenons donc l'union et laissons de côté les doctrines ! ». Ils n'arrivent pas à apprécier le fait que dans le passé tous les chrétiens étaient aussi en souci d'obtenir l'union que le sont les gens de nos jours, mais ils la voulaient basée sur la vérité ou sinon pas du tout. Leur règle de conduite fut : « Combattez pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints », « N'ayez rien de commun avec les œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt reprenez-les aussi » (Jude 3 ; Eph. 5 : 11). Beaucoup de gens, aujourd'hui, n'arrivent pas à discerner que certaines doctrines sont de toute importance pour une vraie union parmi de vrais chrétiens, une union agréable à Dieu, et que la faute du passé fut que les chrétiens avaient trop de préjugés favorables touchant leurs propres credo humains pour pouvoir les éprouver et les corriger, ainsi que toutes les doctrines, avec la Parole de Dieu.

            C'est pourquoi l'union, la fédération proposée et recherchée, ignorant la doctrine biblique, mais tenant ferme aux doctrines humaines concernant le tourment éternel, l'immortalité naturelle, etc., et dominée simplement par un jugement humain quant à l'objet et aux méthodes, est la chose la plus dangereuse qui pourrait arriver. Il est, certain qu'elle tomberait dans une erreur extrême, parce qu'elle rejette les « doctrines de Christ » et « la sagesse qui vient d'en-haut » pour se reposer sur la sagesse de ses propres sages, laquelle est folie lorsqu'elle s'oppose aux méthodes et conseils divins. « La sagesse de ses sages périra » Es. 29 : 14.

            Ensuite, il y a aussi de nombreuses idées qui sont avancées par des membres progressifs (?) du clergé et autres quant à ce que devraient être le caractère et la mission de l'église dans le proche avenir. Ils proposent d'abaisser l'église, davantage encore qu'elle ne l'est maintenant, au niveau des idées du monde. Son œuvre paraît-il, est d'introduire en elle le monde non régénéré pour s'assurer ainsi un patronage financier libéral ; pour y parvenir, il est nécessaire d'introduire toutes sortes de divertissements. Quel est le vrai chrétien qui n'a pas été choqué en observant dans son pays les tendances dans cette direction ou en prenant connaissance par la lecture de celles d'ailleurs ?

            Quelle meilleure preuve pourrions-nous avoir du déclin de la vraie piété que ce qui suit, écrit par un membre du clergé méthodiste et publié dans un journal méthodiste — « The Northwestern Christian Advocate — et intitulé par le Rédacteur en Chef « Satire amicale sur l'état actuel de l'église méthodiste ». Ce titre à lui seul reconnaît l'état de choses existant. Que ce soit d'ailleurs une approbation ou une satire, cela n'a pas d'importance, les faits sont les faits, quels que soient les informateurs, mais ils sont plus convaincants encore lorsqu'ils sont une sorte de confession faite par un ministre directement intéressé et qui les relate dans le journal de sa propre église. Nous reproduirons en entier cet article dans lequel nous avons souligne certaines parties en italiques :

 

« QUELQUES ASPECTS DU MÉTHODISME AMÉRICAIN »

 

            « Le réveil religieux du dix-huitième siècle, sous la direction des Wesleys et de Whitefield, purifia le caractère moral de la race anglo-saxonne ; de nouvelles forces furent mises en action pour l'élévation de ceux qui n'avaient pas encore reçu l'Évangile. Des historiens laïques, anglais et américains, furent unanimes à mettre au crédit du mouvement créé par ces hommes remarquables, presque toute l'organisation de l'église moderne et la déclaration actuelle de la doctrine qui tend à répandre et à implanter notre civilisation. La doctrine du « libre arbitre », prêchée par ces hommes et par leurs successeurs, a été, avec l'évolution des expériences modernes dans les gouvernements du monde, l'un des dogmes les plus populaires qui ait occupé l'esprit humain. Cette doctrine se répandit d'une manière toute particulière parmi nos ancêtres américains. Rejetant le joug des rois, et écœurés d'une église nationalisée et dominée par des prêtres, rien ne pouvait mieux les réjouir, et être en harmonie avec leurs aspirations politiques que la doctrine qui proclame que tout homme est libre de faire sa propre destinée, bonne ou mauvaise, ici-bas et dans l'au-delà.

            « La doctrine de la « nouvelle naissance », sur laquelle méthodistes insistaient, et que Whitefield prêcha dans la Nouvelle Angleterre, produisit l’effet d'une histoire récente et inouïe. Les effets de cette doctrine furent tels que les mondains et même les irréligieux les prirent en considération en les approuvant. En effet, cette doctrine exigeait non seulement un « changement de cœur », mais aussi un changement dans la vie quotidienne tel, qu'un méthodiste se distinguait facilement d'un homme du monde par sa conduite. Le grand dessein pour lequel, l'église existait était de « répandre la sainteté dans ces pays ». Telle était la devise sur sa bannière, et avec ce cri de guerre, elle vainquit.

            « Une autre raison qui explique le succès phénoménal du Méthodisme dans ce pays est le fait que le commun peuple était accueilli avec plaisir à son service simple et populaire. Il n'y a que ceux qui n'ont pas été familiarisés avec les rites qui peuvent apprécier ce fait apparemment insignifiant mais en réalité très important. Savoir que vous pouvez entrer dans une église où vous pouvez prendre part au service sans risquer de montrer votre ignorance des formes et des cérémonies est de la plus grande importance si vous n'avez aucun désir de vous mettre en évidence. Ainsi, le service simple, naturel, de l'église méthodiste américaine primitive convenait-il exactement aux gens qui n'avaient que depuis peu abandonné la pompe des religions du Vieux Monde. Les manches de linon, les chapeaux saints, les diadèmes, les couronnes et les robes répugnaient à leurs goûts rustiques et simples. La religion qui leur enseignait qu'ils pouvaient adresser leurs prières au Tout-Puissant sans un intermédiaire d'aucune sorte, faisait ressortir la dignité et la grandeur de leur nature humaine et plaisait à leur amour de l'indépendance.

            « Les remarquables triomphes de cette église peuvent également être attribués en partie au fait qu'elle n'avait pas en ce temps-là, déposé le fouet à petites cordes du Maître. Dans ces premiers jours, il y avait de temps en temps une purification de l'église des fourbes et des indignes, purification qui avait un effet des plus salutaires, non seulement sur l'église elle-même, mais également sur la collectivité environnante. Après les orages qui accompagnaient souvent « l'expulsion » des sans foi, l'atmosphère morale du voisinage tout entier était purifiée, et même les moqueurs se rendaient compte que faire partie de l'église signifiait quelque chose.

            « Un facteur qui aidait aussi au succès dont je viens de faire état était le caractère purement itinérant du ministère  alors accordé. Sans aucun doute, il y eut à cette époque des héros et des géants moraux. L'influence d'un homme vigoureux, courageux, possédé par l'idée qu'ici-bas il n'avait pas de « cité permanente », ne prévoyant rien pour ses vieux jours, n'exigeant aucun contrat pour s'assurer son soutien ou salaire, se refusant à lui-même les choses mêmes que les gens étaient des plus avides à obtenir, enflammé d'un zèle qui devait bientôt le consumer, une telle influence devait être durable et bienfaisante partout où elle s'exerçait.

            « Le chant, du temps des premiers méthodistes, joua un grand rôle dans l'acquisition par cette église d'une position éminente, dans ce pays. Des paroles graves, impressionnantes, pleines de doctrines, jointes à des mélodies qui existent encore et prévalent, exerçaient non seulement une grande attraction musicale, mais renfermaient un enseignement théologique ; les gens, quelque rudes qu'ils aient pu être, étaient ainsi endoctrinés dans les principaux dogmes de l'église. Une vérité chantée dans l'âme d'un enfant ou d'un homme y demeure avec une puissance bien plus grande que celle qu'on peut trouver dans n'importe quelle méthode d'instruction de Kindergarten ou de Quincy. C'est ainsi que, sans discussion, les doctrines étaient fixées dans l'esprit des enfants ou des convertis, si bien qu'aucune controverse subséquente ne pouvait les ébranler. Il nous reste maintenant à montrer que

 

            « CES ÉLÉMENTS DE SUCCÈS SONT MAINTENANT SURANNÉS ET QU'UNE NOUVELLE MÉTHODE MIEUX APPROPRIÉE A ÉTÉ ADOPTÉE DANS L'ÉGLISE ÉPISCOPAL MÉTHODISTE.

 

            « Je ne veux pas jouer le rôle d'un vantard, mais plutôt celui d'un annaliste de faits publics, un narrateur de l'histoire récente. En ce qui concerne la règle de doctrine, il n'y a aucun changement dans la position soutenue par l'église, mais la manière d'agir et l'esprit qui prévalent dans presque toutes ses affaires montrent tout de suite les progrès réalisés et les innovations qui apportent la lumière. Le caractère et la condition de cette puissante église sont changés à tel point que tous ceux qui se soucient de la prospérité spirituelle de l'Amérique doivent étudier ce changement avec un profond intérêt.

            « La doctrine de la « nouvelle naissance », (« vous devez naître de nouveau ») reste la même, mais le progrès moderne a éloigné le rigorisme d'autrefois qui empêchait beaucoup de bonnes gens d'entrer dans cette église parce qu'elles ne pouvaient pas accepter cette doctrine et parce qu'elles n'avaient jamais eu ce qu'on appelait alors une « religion expérimentale ». De nos jours, par contre, universalistes et unitaires sont souvent en parfaite communion et accomplissent bravement leur devoir.

            « Les Ministres d'aujourd'hui, raffinés et cultivés comme ils le sont dans les églises importantes, sont trop bien élevés pour insister sur la « sainteté » de la façon dont les pères comprenaient cette grâce ; au lieu de cela, ils prêchent cette sainteté plus large qui ne pense mal de personne, pas même d'un homme qui n'est pas entièrement sanctifié. Celui qui épouserait cette doctrine du chemin étroit d'autrefois, ne serait pas bien vu actuellement dans les cercles de Chautauqua et dans les associations d'Epworth.

            « Le culte simple d'autrefois subsiste encore parmi les populations rurales ; dans les centres urbains et cultivés, par contre, on a le goût de la belle musique, de l'art et de la littérature dans bien des cas, un rituel élégant a remplacé les prières spontanées et les invocations bruyantes qui caractérisèrent jadis les ancêtres. Contester la valeur de telles améliorations équivaudrait à mettre en doute la supériorité de la culture sur la grossièreté et le manque d'éducation.

            « Dans ses débuts, l'église fut sans doute sage d'être aussi stricte que l'étaient alors ses conducteurs. Il n'y avait pas grand-chose à perdre en ce temps-là. De nos jours, par contre, des hommes sages, discrets et prudents, refusent avec raison de compromettre la prospérité d'une église riche et influente en administrant d'une manière bigote et rigoureuse les affaires de l'église, ce qui indisposerait les riches et les intellectuels. Si les gens ne sont pas flexibles, l'évangile l'est sûrement. L'église a été faite pour sauver les hommes, et non pour les chasser et les décourager. Aussi, nos idées plus larges et modernes ont-elles fait déborder et jaillir la notion étriquée et égoïste que nous sommes meilleurs que d'autres gens lesquels devraient être exclus de notre communion.

            « L'agape fraternelle avec ses préjugés dogmatiques, et la réunion de la classe qui, pour beaucoup d'esprits était presque aussi mauvaise que le confessionnal, ont été grandement abandonnées en faveur des associations d'Epworth et des sociétés d'encouragement.

            « De nos jours, plus qu'à aucun autre moment de l'histoire de l'église, les distingués ministres de culte se conforment a l'injonction du Maître d'être « prudents comme des serpents et simples comme des colombes ». Lequel d'entre eux commettrait l'absurdité des prédicateurs d'antan de dire au membre officiel le plus riche de son église qui roule sur l'or, de vendre tout ce qu'il a pour Dieu et pour l'humanité, de prendre sa croix et de suivre Christ ? Celui-là (je veux dire le ministre) pourrait s'en aller en pleurant.

            « Alors que l'évolution est la loi, et le progrès le mot d'ordre, on doit toujours déplorer l'imprudence et l'extrémisme, mais le ministre moderne est rarement coupable de l'une ou de l'autre. Le prédicateur rigoureux, rude qui, autrefois, accusait le Dieu d'amour d'être courroucé a disparu pour faire place à son successeur, lequel soigne son style, a une diction élégante, et dont les pensées, les sensations et les sentiments sont poétiques et inoffensifs.

            « Le « temps-limite » durant lequel un ministre peut demeurer dans la même charge pendant cinq années, sera abandonné en 1896 à la prochaine Conférence générale. Au début, il ne pouvait servir que six mois dans la même charge, puis la durée fut étendue à une année, puis à deux, puis à trois, et dernièrement à cinq. Mais à présent, les milieux dirigeants et cultivés de l'église estiment que si son prestige social et sa prospérité doivent faire bonne figure en comparaison avec les autres églises, ses pasteurs doivent avoir une situation stable, afin que ses habiles prédicateurs puissent devenir les éléments directeurs de cercles sociaux et littéraires. Il faut en effet se souvenir que le rôle du prédicateur n'est plus aujourd'hui ce qu'il était souvent, savoir, de tenir d’ennuyeuses réunions et d'être un évangéliste. Personne ne comprend mieux cela que les prédicateurs eux-mêmes. Ceux qui, dans le passé, lancèrent les grands revivals ou réveils religieux, étaient un genre de prédicateurs très à la mode dans les églises, et chaque année, ils avaient l'habitude de présenter le nombre de conversions opérées au cours de l'année. De nos jours, cependant, laïques et ecclésiastiques ont des idées différentes, moins excentriques. Les églises plus importantes veulent des pasteurs qui aient le sens de l'esthétique, qui sachent aussi détourner les coups du scepticisme moderne et attirer dans l'église les classes intellectuelles et distinguées. Lors de la conférence annuelle où le prédicateur présente un rapport général, ce qui en fait l'objet essentiel c'est le produit de ses collectes missionnaires. Le prédicateur méthodiste moderne a des talents remarquables pour recueillir l'argent ; il sait pénétrer au fond du cœur de ses paroissiens par des méthodes beaucoup mieux appropriées que les exhortations et les appels d'autrefois.

            « Quelle grande leçon ont bien apprise ces dirigeants de la pensée chrétienne, à savoir que l'évangile ne doit jamais froisser le goût des gens cultivés et distingués. Si une église sait se conformer aux exigences de l'époque avec toute la souplesse voulue, elle voit s'ouvrir devant elle toutes grandes, les portes de la prospérité future qui l'accueille à bras ouverts. La devise la mieux appropriée pour une église n'est-elle pas celle qui fut chantée par les anges messagers : « Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes » ?

Signé : Rév. Chas. A. Crane ».

            Ce qui suit, de la plume de l'évêque R. S. Foster, de l'église méthodiste épiscopale, est un extrait du journal « Gospel Trumpet ». Il donne le  même témoignage, bien qu'en des termes différents. Certains de ses paroissiens trouvèrent peut-être ces vérités un peu trop franches, car depuis lors, l'évêque a été mis à la retraite, malgré lui et malgré ses larmes.

 

DÉCLARATION DE L'ÉVÊQUE FOSTER :

 

            « L'église de Dieu, aujourd'hui, courtise le monde. Ses membres essaient de la faire descendre au niveau des impies. Le bal, le théâtre, le nu et la lubricité dans l'art, le luxe social avec son relâchement moral, tout ceci s'est frayé un chemin, a pénétré dans l'enceinte secrète de l'église. Pour compenser toute cette mondanité, les chrétiens déploient une grande activité pendant le Carême, Pâques et le Vendredi-saint et dans la décoration de l’église. C'est la vieille astuce de Satan. L'église judaïque a heurté contre ce roc ; l'église romaine a fait naufrage sur le même roc, et l'église protestante ne va pas tarder à subir le même sort.

            « Tels que nous les discernons, les grands dangers que nous courons sont : l'assimilation au monde, l'oubli des pauvres, la substitution de la forme extérieure à la réalité de la piété, l'abandon de la discipline, un pastorat mercenaire, un évangile impur, en bref, une église à la mode. Le fait que les méthodistes soient sujets à une telle issue, et qu'à cent ans de son départ, il puisse y avoir dans leur église de tels signes, semble être presque le miracle de l'histoire ; pourtant, quel est celui qui, regardant autour de lui aujourd'hui, pourrait ne pas s'en rendre compte ?

            « Les méthodistes, en violation de la Parole de Dieu et de leur propre discipline, ne s'habillent-ils pas d'une manière aussi extravagante selon la mode que n'importe quelle autre classe ? Les dames, et souvent les épouses et les filles du pasteur, ne portent-elles pas « de l'or, des perles et des parures coûteuses » ? La robe simple, conseillée par John Wesley et l'évêque Asbury, et que portèrent Hester Ann Rogers, Lady Huntington et beaucoup d'autres également distinguées, serait­elle considérée maintenant dans les milieux méthodistes comme du fanatisme ? Celui qui pénètre dans l'église méthodiste de n'importe laquelle de nos grandes villes, peut-il distinguer les vêtements des communiants de ceux que portent les personnes qui vont au théâtre ou au bal ? Ne sent-on pas l'esprit mondain dans la musique ? Dans les chœurs, les chanteurs et chanteuses, habillés avec soin et parés, ne faisant pas, dans la plupart des cas, profession de religion mais étant souvent des moqueurs incrédules, font une froide interprétation artistique ou à la façon d'un opéra, ce qui est autant en harmonie avec un culte spirituel que l'est un opéra ou un théâtre. Avec une exécution aussi mondaine, la spiritualité se refroidit et meurt.

            « Jadis, chaque méthodiste fréquentait la « classe » et donnait le témoignage d'une religion vécue. A présent, la réunion de la « classe » (ou du « groupe » — Trad.) est suivie par un très petit nombre, et dans de nombreuses églises, elle a été abandonnée. Il est rare que les trésoriers, les fondés de pouvoir et les conducteurs de l’église fréquentent la classe. Autrefois, presque tous les méthodistes priaient, témoignaient ou exhortaient dans la réunion de prières. Maintenant, on n'en entend plus que quelques-uns. Autrefois, on entendait des acclamations et des louanges : maintenant, de telles démonstrations d'un saint enthousiasme et d'une sainte joie sont considérées comme du fanatisme.

            « Des parties, des foires, des festivals, des concerts mondains et d'autres choses semblables ont remplacé les rassemblements religieux, les réunions de réveils religieux les réunions de « classe » et de prières des premiers temps.

            « Il est bien vrai que la discipline méthodiste est lettre morte. Ses règlements interdisent le port d'or, de perles et de parures coûteuses ; cependant, jamais personne ne pense à reprendre les membres qui les enfreignent. Ces règlements interdisent la lecture de livres impies ou les distractions qui ne servent pas la piété ; cependant, l’église elle-même va aux spectacles, aux amusements, aux festivals et aux foires qui détruisent la vie spirituelle des jeunes aussi bien que des vieux. Il est effrayant de constater à quel point ceci a lieu maintenant.

            « Les premiers pasteurs méthodistes partaient pour sacrifier et souffrir pour Christ. Ils ne recherchaient pas des places en vue et le confort, mais celles de privation et de souffrance. Ils ne se glorifiaient pas de leurs gros traitements, de membres éminents, et de leurs congrégations cultivées, mais des âmes qu'ils avaient gagnées pour Jésus. Oh ! Comme tout cela a changé ! Un pasteur mercenaire sera un faible ministre, timide, servile, sans opinion personnelle, sans foi, sans endurance et sans force de sainteté. Autrefois, le méthodisme s'occupait de la grande vérité centrale. A présent, les chaires discutent amplement de généralités et s'occupent de conférences populaires. On entend rarement dans les chaires prêcher la glorieuse doctrine de la sanctification complète, et on la porte peu souvent en témoignage ».

            Tandis que des efforts spéciaux sont faits pour engager les sympathies et la coopération des jeunes gens des églises dans l'intérêt de l'union religieuse en les rassemblant d'une manière sociale, et en évitant la controverse religieuse et l'enseignement doctrinal, des efforts plus directs encore sont faits pour amener les membres adultes en sympathie avec le mouvement d'union. C'est à cette fin que les conducteurs de toutes les dénominations font des projets et travaillent, et beaucoup d'efforts de modeste importance ont abouti au grand Congrès des Religions qui se tint à Chicago pendant l'été de 1893. L'objet du Congrès était très clair dans l'esprit des dirigeants et fut exprimé d'une manière très claire, mais le, commun des fidèles des églises suivit les conducteurs sans la moindre considération apparente du principe en jeu, savoir que c'était là un grand compromis de la chrétienté avec tout ce qui n'est pas chrétien. Et maintenant qu'il y a un projet d'extension du mouvement en une fédération universelle de tous les corps religieux qui aurait lieu en 1913, et en raison du fait que l'Union chrétienne est activement orientée dans cette voie du compromis, que tous ceux qui désirent demeurer fidèles à Dieu remarquent bien les principes exprimés par ces conducteurs religieux.

            Alors que le Rév. J. H. Barrows, D.D., l'esprit dirigeant du Congrès mondial des Religions à Chicago, s'occupait de promouvoir l'extension de ce dernier, un journal de San Francisco aurait rapporté qu'il avait déclaré à son représentant au sujet du travail spécial qu'il accomplissait en vue de l'unité religieuse :

            « L'union des religions », dit-il en bref, se fera de l'une des deux manières possibles. En premier lieu, les églises qui ont une base de foi et de doctrine presque commune doivent s'unir, les diverses branches du méthodisme et du presbytérianisme par exemple. Ensuite, lorsque les sectes seront unies entre elles, tout le protestantisme en général s'unira. La compréhension augmentant, catholiques et protestants découvriront que les différences qui les séparent ne sont réellement pas majeures, et ils envisageront de s'unir. Ceci accompli, l'union avec d'autres religions différentes [c'est-à-dire le mahométisme, le bouddhisme, le brahmanisme, le confucianisme, etc. — des religions païennes] n'est plus qu'une question de temps.

            « En second lieu, les religions et les églises pourraient s'unir sur une base civile et morale, selon les vues de M. Stead [une victime du Titanic, un spirite]. Les organisations religieuses ont des intérêts et des devoirs communs dans les collectivités où elles existent, et il est possible qu'elles s'associent pour promouvoir et accomplir ces desseins. Quant à moi, je m'attends à voir cette union se réaliser par le premier moyen. Quelle que soit la manière, les congrès de religion commencent à prendre forme. Le Rév. Theo. E. Seward mentionne le succès croissant de sa « Fraternité de l'unité chrétienne » à New York, tandis qu'à Chicago a été organisée très récemment, sous la direction de C.C. Bonney, une grande et vigoureuse « Association pour l'avancement de l'unité religieuse ».

LE GRAND CONGRÈS DES RELIGIONS

            Le « Chicago Herald », commentant favorablement les travaux du Congrès (nous soulignons en italiques) déclara :

            « Jamais depuis la confusion de Babel, autant de religions, autant de credo, se sont tenus côte à côte, la main dans la main, et presque cœur à cœur, comme ce fut le cas dans ce grand amphithéâtre hier soir. Jamais depuis que l'histoire écrite existe, des humains de toutes races n'ont été si fortement liés par la chaîne d'or de l'Amour. Les nations de la terre, les credo de la chrétienté, bouddhistes et baptistes, mahométans et méthodistes, catholiques et disciples de Confucius, brahmanes et unitaires, shintoïstes et épiscopaux, presbytériens et panthéistes, monothéistes et polythéistes, représentant toutes les nuances de la pensée et des conditions humaines, se sont enfin rencontrés dans les liens communs de la sympathie, de l'humanité et du respect ».

            Comme il est significatif le fait que la pensée de cet approbateur enthousiaste même du grand Congrès se soit reportée au temps de la mémorable confusion des langues à Babel ! N'était-ce pas, en vérité, qu'il reconnaissait instinctivement en ce Parlement un antitype remarquable ?

            Le Rév. Barrows, cité plus haut, parla avec enthousiasme des rapports amicaux qui se manifestèrent parmi les ministres protestants, les prêtres catholiques, les rabbins juifs et, en fait, Ies conducteurs de toutes les religions existantes, par leur accord à propos du grand Congrès de Chicago. Il déclara :

            « L'idée ancienne que la religion à laquelle j'appartiens est la seule vraie, n'est plus de saison. On peut apprendre quelque chose de toutes les religions, et aucun homme n'est digne de la religion qu'il représente s'il n'accepte pas de saisir un homme par la main en le considérant comme son frère. Quelqu'un a dit que le moment est maintenant propice pour que la meilleure religion vienne au premier plan. Le temps est passé où un homme prenait un air de supériorité au sujet de sa religion. Ici se réuniront le sage, l'érudit et le prince de l'Orient en toute amitié avec l’archevêque, le rabbin, le missionnaire, le prédicateur et le prêtre. Pour la première fois, ils prendront place ensemble au Congrès. On espère que cela aidera à supprimer les barrières des credo ».

            Le Rév. T. Chalmers, de l'église des Disciples, dit :

            « Ce premier Congrès des religions parait être le précurseur d'une fraternité plus grande encore, une fraternité qui combinera en une seule religion mondiale ce qu'il y a de mieux, non pas dans une seule religion, mais dans toutes les grandes confessions de foi historiques. Il se pourrait que, conduits par cette plus grande espérance, nous dussions réviser notre phraséologie et parler davantage d'unité religieuse que d'unité chrétienne. Je me réjouis de ce que tous les grands cultes vont se rapprocher les uns des autres, et que Jésus viendra prendre place aux côtés de Gautama, Confucius et Zoroastre ».

            Le New York Sun, dans un éditorial sur ce sujet, dit :

            « Nous ne pouvons distinguer exactement ce que le Congrès se propose d'accomplir... Il est toutefois possible que le plan de Chicago soit de mettre sur pied une sorte de religion nouvelle et combinée (« compound » — Trad.), qui comprendra et satisfera chaque variété d'opinion religieuse et irréligieuse. C'est une entreprise considérable que d'établir une religion nouvelle et éclectique qui satisfasse tout le monde ; mais Chicago a confiance ».

            En vérité, ce serait une chose bien étrange si, soudainement, l'esprit de Christ et l'esprit du monde se prouvaient être en harmonie, et si ceux qui sont animés d'esprits contraires comprenaient les choses de la même façon. Mais il n'en est pas ainsi. Il est toujours vrai que l'esprit du monde est toujours inimitié contre Dieu (Jacques 4 : 4) : que ses conceptions et ses philosophies sont vaines et insensées et que, seule, la révélation divine contenue dans les Écritures inspirées des apôtres et des prophètes est la seule vérité divinement inspirée.

            L'un des objets déclarés de ce Congrès, d'après son président, M. Bonney, était de rassembler toutes les religions du monde « afin que puissent être présentés leurs buts communs et leurs bases communes d'union, et que le merveilleux progrès religieux du dix-neuvième siècle puisse être reconsidéré ».

            En fait, le véritable et seul objet de cette reconsidération était évidemment de répondre à l'esprit investigateur des temps actuels — de cette heure du jugement — afin de présenter sous son meilleur jour possible la marche de l'église, et d'inspirer l'espoir qu'après tout l'échec apparent de la chrétienté, l'église est juste sur le point de remporter une victoire éclatante, que bientôt, très bientôt, sa prétendue mission aura accompli la conversion du monde. Et maintenant, remarquez de quelle façon elle se propose d'y parvenir, et observez qu'au lieu que ce soit par l'esprit de vérité et de droiture, ce sera par celui de compromission, d'hypocrisie et de tromperie. L'objet déclaré du Congrès était la fraternisation et l'union religieuse ce qui s'y manifestait d'une façon marquée était le désir ardent d'y parvenir à tout prix. Pour disposer favorablement les bigots païens, ils étaient même consentants, selon leurs déclarations précitées, de réviser leur phraséologie et de l'appeler l'unité religieuse, en abandonnant le nom offensant de chrétien et en étant tout à fait satisfaits de priver Jésus de sa supériorité pour lui faire prendre humblement place aux côtés des sages païens Gautama, Confucius et Zoroastre. L'esprit de doute et de perplexité, de compromission et d'infidélité générale de la part des chrétiens protestants, l'esprit de vantardise, de donneur de conseils (« counsel ») et d'autorité de la part des catholiques romains et de tous les autres bigots, tels furent les aspects les plus frappants du grand Congrès. Sa première session fut ouverte avec la prière d'un catholique romain — le Cardinal Gibbons — et sa dernière session fut terminée par la bénédiction d'un catholique romain — l'Evêque Keane. Pendant la dernière session, un prêtre shintoïste du Japon invoqua sur l'assemblée disparate la bénédiction de huit millions de divinités.

            Le Rév. Barrows a été depuis deux années en correspondance avec les représentants païens des autres pays, lançant par le monde le cri macédonien à tous les prêtres et apôtres païens : « Passez ici, et aidez-­nous ! ». Que cet appel ait été lancé représentativement par l'église presbytérienne qui, depuis plusieurs années, subit une ardente épreuve de jugement, fut également un fait significatif de la confusion et d'une inquiétude qui prévalent dans cette dénomination et dans toute la chrétienté. Ainsi, la chrétienté était-elle prête pour la grande convocation.

            Pendant dix-sept jours, des représentants chrétiens de toutes les dénominations prirent place en conseil auprès des représentants de toutes les diverses religions païennes. A ces derniers, les orateurs chrétiens firent à maintes reprises allusion en termes complimenteurs comme à « des sages de l'Orient » ; cette expression est empruntée aux Écritures où, en fait, elle fut appliquée à une classe très différente, savoir aux quelques personnes pieuses croyant au Dieu d'Israël et aux prophètes d'Israël qui avaient prédit l'avènement de l'Oint de l'Éternel  ; ces personnes attendaient patiemment et guettaient sa venue, en ne prêtant aucune attention aux esprits séducteurs de la sagesse mondaine qui ne connaissaient point Dieu. A ceux-là qui étaient vraiment des sages, aussi humbles qu'ils pussent être, Dieu révéla son message béni de paix et d'espérance.

            Le thème annoncé pour le dernier jour du Congrès fut :

            « L'union religieuse de la famille humaine tout entière », ou seraient considérés « Les éléments de religion parfaite tels qu'ils sont reconnus et exposés dans les différentes croyances », en vue de déterminer « les caractéristiques de la religion définitive » et « le centre de l'unité religieuse prochaine des humains ».

            Est-il possible que, de leur propre aveu, des ministres chrétiens (?) soient incapables, après si longtemps, de déterminer ce qui devrait être le centre de l'unité religieuse, ou les caractéristiques d'une religion parfaite ? Sont-ils vraiment si désireux d'avoir une « religion mondiale » qu'ils soient prêts à sacrifier l'un quelconque des principes, ou tous les principes d'un vrai christianisme, et même le nom de « chrétien », si nécessaire, pour l'obtenir ? C'est précisément ce qu'ils avouent. « Je te jugerai par ta propre bouche, méchant esclave » dit l'Éternel. Les jours qui précédèrent la conférence furent réservés à la présentation, par leurs représentants respectifs, des diverses religions.

            Le projet était audacieux et hasardeux, mais il aurait dû ouvrir les yeux de tout véritable enfant de Dieu devant plusieurs faits qui furent très manifestes, savoir : (1) que l'église chrétienne nominale a atteint son dernier espoir dans la capacité de se maintenir, sous les jugements pénétrants de ce jour alors que « l'Éternel a un débat avec son peuple », Israël spirituel nominal (Michée 6 : 1, 2) ; (2) qu'au lieu de se repentir de leurs apostasies et de leur manque de foi, de zèle et de piété, et ainsi de chercher à retrouver la faveur divine, ces différentes églises s'efforcent, par une certaine sorte d'union et de coopération, à se soutenir les unes les autres, et à faire appel à l'aide du monde païen pour les aider à résister aux jugements de l'Éternel qui révèlent les erreurs de leurs credo humains et les déformations de son noble caractère ; (3) qu'elles sont prêtes à sacrifier en partie (« compromise ») Christ et son Évangile, afin d'obtenir l'amitié du monde et les avantages qu'il accorde en pouvoir et en influence ; (4) que leur aveuglement est tel qu'elles ne peuvent distinguer entre la vérité et l'erreur, ou entre l'esprit de la vérité et l'esprit du monde ; et (5) qu'elles ont déjà perdu de vue les doctrines de Christ.

            Sans doute, une aide temporaire viendra des sources où on la cherche avec tant d'enthousiasme, mais ce ne sera qu'une étape préparatoire qui engagera le monde entier dans la condamnation imminente de Babylone, amenant les rois, les marchands et les commerçants de la terre entière à pleurer et à se lamenter sur cette grande cité Apoc. 18 : 9, 11, 17-19.

            En considérant l'évolution du grand Congrès, notre attention est fortement attirée par plusieurs points remarquables : (1) L'esprit et l'attitude de doute et de compromission de la chrétienté nominale, à l'exception des églises catholiques romaine et grecque. (2) L'attitude assurée et assertive du catholicisme et de toutes les autres religions. (3) Les distinctions très nettes, observées par les sages païens, entre le christianisme enseigné dans la Bible et celui enseigné par les missionnaires chrétiens des diverses sectes de la chrétienté qui, en même temps que la Bible, apportent leurs credo déraisonnables et contradictoires dans les pays étrangers. (4) L'estimation par les païens de l'effort missionnaire, et les futures perspectives de cet effort dans leurs pays. (5) L'influence de la Bible sur nombre de gens dans les pays étrangers, malgré ses mauvaises interprétations par ceux qui l'apportent au loin. (6) L'influence actuelle et les résultats probables du grand Congrès. (7) Son aspect général du point de vue prophétique.

LA COMPROMISSION DE LA VÉRITÉ

            Le grand Congrès religieux a été convoqué par des chrétiens — des chrétiens protestants ; il eut lieu dans un pays ouvertement protestant, et sous la direction et l'impulsion de chrétiens protestants, de sorte que les protestants peuvent être considérés comme responsables de toutes ses assises. Qu'on veuille remarquer, alors, que l'esprit actuel du protestantisme est celui de compromission et d'incrédulité. Ce Congrès a été voulu afin de compromettre Christ et son Évangile pour gagner l'amitié de l'antichrist et du paganisme. On donna les honneurs à la fois de l'ouverture et de la clôture de ses délibérations aux représentants de la papauté. Il est à remarquer aussi que si les credo des diverses nations païennes furent présentés d'une manière convenable et détaillée par leurs représentants, il n'y eut par contre, aucune présentation systématique du christianisme dans aucune de ses phases, bien que des chrétiens fissent des discours sur certains de ses thèmes. N'est-il vraiment pas étrange qu'une telle assemblée ait laissé passer une pareille occasion de prêcher l'Évangile de Christ à des représentants intelligents et influençables du monde païen ? Les soi-disant représentants de l'Évangile de Christ étaient-ils honteux de cet Évangile ? (Rom. 1 : 16). Les catholiques romains eurent une part prépondérante dans les discours, n'ayant pas été représentés moins de seize fois dans les sessions du Congrès.

            Non seulement cela, mais il y eut de prétendus chrétiens qui s'acharnèrent à vouloir renverser les doctrines fondamentales du christianisme : ils firent part aux représentants du monde païen des doutes qu'ils avaient concernant l'infaillibilité des Écritures chrétiennes ; ils leur dirent que les récits de la Bible doivent être reçus en tenant compte de leur faillibilité, et que leurs enseignements doivent être complétés par la raison et la philosophie humaines, et acceptés seulement dans la mesure ou ils s'accordent avec elles. Il y en eut d'autres, se prétendant des chrétiens orthodoxes, qui rejetèrent la doctrine de la Rançon, laquelle est le seul fondement d'une vraie foi chrétienne : d'autres niant la chute de l'homme, proclamèrent la conception opposée de l'évolution, savoir que l'homme ne fut jamais créé parfait, qu'il ne tomba jamais, et que, par conséquent, il n'avait pas besoin de rédempteur : depuis sa création, affirmèrent-ils, dans une condition très inférieure et bien éloignée de « l'image de Dieu » il s’est élevé graduellement, et il est toujours en voie d'évolution dont la loi est la survivance des plus aptes. Et cette conception qui est le contraire même de la doctrine biblique de la Rançon et du Rétablissement, fut la plus populaire.

            Ci-après, nous donnons quelques brefs extraits qui font ressortir l'esprit de compromission du christianisme protestant, à la fois dans son attitude envers le grand système anti-chrétien, l'église de Rome, et également envers les confessions non chrétiennes.

            Écoutez le Dr A. Briggs, professeur dans une Faculté de théologie presbytérienne, déclamer contre les Écritures sacrées. Le monsieur fut introduit par le Président, le Dr Barrows, qui déclara que « le savoir, le courage et la fidélité de ce professeur à ses convictions, lui avaient acquis une place élevée dans l'église universelle »,  et le Dr Briggs fut accueilli par de grands applaudissements. Voici ce qu'il déclara :

            « Tout ce que nous pouvons dire, c'est que la Bible est inspirée et qu'elle est exacte dans tout ce qui a trait aux enseignements religieux qu'elle donne. Dieu dit la vérité, il ne peut mentir ; il ne peut égarer et tromper ses créatures. Mais lorsque le Dieu infini parle à l'homme borné, ne faut-il pas qu'il se serve de paroles qui soient de l'erreur ? [Comme cette question est absurde ! Si Dieu ne dit pas la vérité, alors bien entendu, il n'est pas véridique]. Cela dépend non seulement du langage de Dieu, mais aussi de la compréhension de l'homme, ainsi que des moyens de communication entre Dieu et l'homme. Il est nécessaire de démontrer que l'homme a la capacité de recevoir la parole, avant que nous puissions être sûrs qu'il la transmette d'une manière exacte. [Ce professeur de théologie « instruit et révérend » (?) devrait se souvenir que Dieu était capable de choisir des instruments convenables tant pour transmettre sa vérité que pour l'exprimer. Cela est évident pour tous ceux qui étudient sincèrement sa Parole. Un tel argument avancé pour mettre en doute, la véracité des Écritures sacrées n'est qu'un simple subterfuge et fut une insulte à l'intelligence d'un auditoire éclairé]. L'inspiration des saintes Écritures ne comporte, pas l'infaillibilité dans tous les détails ».

            Écoutez comment le Rév. Théodore Munger, de New Haven, détrône Christ et élève à sa place la pauvre humanité déchue, déclarant :

            « Christ est plus qu'un ressortissant de la Judée crucifié sur le Calvaire. Christ est l'humanité telle qu'elle se développe sous la puissance et la grâce de Dieu, et tout livre s'inspirant de ce fait [non que Jésus fut le Fils oint de Dieu, mais que l'humanité évoluée comme un tout constitue le Christ, l'Oint] appartient à la littérature chrétienne ».

            Il cita pour exemples Dante, Shakespeare, Goethe, Shelley, Matthew Arnold, Emerson et d'autres, et ensuite ajouta :

            « A quelques exceptions près, la littérature — toute littérature inspirée — est complètement basée sur l'humanité, insiste sur la question éthique et à des fins éthiques, et c'est cela l'essence du christianisme... Une théologie qui insiste sur un Dieu transcendant siégeant au-dessus du monde dont il tisse les fils de sa destinée, ne recueille pas l'approbation de ces esprits qui s'expriment dans la littérature ; le poète, l'homme de génie, le penseur profond et universel, mettent de côté une pareille théologie ; ces gens-là sont trop près de Dieu pour se laisser tromper par de telles expressions de sa vérité ».

            Le Rév. Dr Rexford, de Boston (universaliste) déclara :

            « J'aimerais que nous puissions tous reconnaître qu'une adoration sincère, n'importe où et partout dans le monde, est une adoration véritable... La confession de foi aujourd'hui la plus générale, quoique non formulée, est, je le présume, celle selon laquelle tout adorateur qui fléchit les genoux devant l'Etre le meilleur qu'il connaisse, et marche en toute sincérité à la plus pure lumière qui brille devant lui, a accès aux plus hautes bénédictions du ciel ».