Studies in the Scriptures

Tabernacle Shadows

 The PhotoDrama of Creation

 

 

ÉTUDES DANS LES ÉCRITURES

VOLUME IV - LE JOUR DE LA VENGEANCE
« LA BATAILLE D'HARMAGUEDON »

 

 ÉTUDE VII

LES NATIONS ASSEMBLÉES ET LA

PRÉPARATION DES ÉLÉMENTS POUR LE GRAND

FEU DE L'INDIGNATION DE DIEU

Comment et pourquoi les nations sont assemblées. — Les éléments sociaux se préparent pour le feu. — L'accumulation des richesses. — L'accroissement de la pauvreté. — La friction sociale approche la combustion. — Une déclaration du Président de la Fédération américaine du travail. — Les riches sont parfois condamnés trop sévèrement. — L'égoïsme associé à la liberté. — L'indépendance vue par les riches et par les pauvres. — Pourquoi les conditions actuelles ne peuvent continuer. — Le machinisme est un important facteur dans la préparation du grand feu. — Concurrence féminine. — Comment le Travail envisage la situation : vue raisonnable et déraisonnable. — La loi de l'offre et de la demande, inexorable pour tous. — Perspective terrifiante de la concurrence industrielle étrangère. — Les craintes de M. Justin Mc Carthy pour l'Angleterre. — Kier Hardie, M.P., sur la perspective du Travail en Angleterre. — Les paroles prophétiques de l'Hon. Jos. Chamberlain aux travailleurs britanniques. — L'attitude agressive nationale en rapport avec les intérêts industriels. — Herr Liebknecht à propos de la guerre sociale et industrielle en Allemagne. — Résolutions du Congrès international des syndicats ouvriers. — Les géants de notre époque. — Liste des trusts et des groupements. — L'esclavage barbare et la servitude civilisée. — Les masses entre la meule supérieure et la meule inférieure (du moulin). — Aucune puissance humaine n'est capable de régler les conditions sociales universelles.

« C'est pourquoi, attendez-moi, dit l'Éternel, pour le jour où je me lèverai pour le butin. Car ma détermination, c'est de rassembler les nations, de réunir les royaumes pour verser sur eux mon indignation, toute l'ardeur de ma colère ; car toute la terre sera dévorée par le feu de ma jalousie [colère]. Car alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifiée, pour qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel pour le servir d'un seul cœur » — Soph. 3 : 8, 9.

Le rassemblement des nations, dans ces derniers jours, en accomplissement de la prophétie de Sophonie, est très manifeste. Les découvertes et les inventions modernes ont vraiment rapproché les lieux les plus éloignés les uns des autres. Les voyages, les facilités du courrier postal, le télégraphe, le téléphone, le commerce, la multiplication des livres et des journaux, etc., ont amené dans une mesure considérable le monde entier en une communauté de pensée et d'action inconnue jusqu'ici. Cet état de choses a déjà rendu nécessaire la promulgation de lois et de règles internationales que chacune des nations doit respecter. Leurs représentants se réunissent en Conseils, et chaque nation a, dans chaque autre nation, ses ministres ou représentants. Des expositions internationales ont également été organisées à cause de ce rapprochement des nations. Une nation n'a plus la possibilité de faire bande à part et d'interdire aux autres l'entrée de ses ports. Les portes de tous les pays doivent nécessairement s'ouvrir et rester ouvertes ; même les barrières des langues diverses sont aisément surmontées.

            Les peuples civilisés ne sont plus des étrangers dans quelque partie du monde que ce soit. Leurs splendides vaisseaux transportent, dans les régions les plus éloignées, leurs représentants commerciaux, leurs envoyés politiques et leurs nationaux en quête de plaisir et épris de curiosité, dans les meilleures conditions de confort. Des trains de luxe les introduisent à l'intérieur des pays d'où ils rentrent chargés de nouvelles connaissances, de nouvelles idées qui leur serviront ensuite de projets pour de nouvelles entreprises. Même les païens les plus arriérés se réveillent de leur rêverie séculaire et regardent avec étonnement et admiration leurs visiteurs étrangers et s'initient à leurs œuvres merveilleuses. A leur tour, ils envoient maintenant leurs représentants chez les peuples étrangers afin de profiter de leurs nouvelles relations.

            Au temps de Salomon, on pensait que la reine de Sheba avait accompli une chose merveilleuse lorsqu'elle vint entendre la sagesse et admirer la grandeur de Salomon, et que pour ce faire elle parcourut une distance de huit cents kilomètres environ. De nos jours, nombreux sont les voyageurs sans titre nobiliaire qui parcourent le monde entier (dont une grande partie était inconnue autrefois) pour voir ses richesses accumulées et pour prendre note de ses progrès. Actuellement, le tour du monde peut s'effectuer avec confort et même avec luxe en moins de quatre-vingts jours [écrit en 1897 Trad.]

            En vérité, les nations sont « assemblées », d'une manière inattendue, et ceci de la seule manière possible, c'est-à-dire par une activité et des intérêts communs. Ce n'est pourtant pas, hélas ! l'amour fraternel, mais l'égoïsme qui marque chaque étape de ce progrès. L'esprit d'entreprise dont l'égoïsme est le pouvoir moteur a poussé les hommes à construire des chemins de fer, des bateaux à vapeur, des télégraphes, des câbles, des téléphones. L'égoïsme dirige le commerce et les relations internationales ainsi que toute autre énergie et entreprise, sauf la prédication de l'Évangile et l'établissement d'institutions de bienfaisance ; même dans ce dernier cas, il est à craindre que beaucoup de ces œuvres ne soient inspirées par d'autres mobiles que l'amour pur de Dieu et pour l'humanité. L'égoïsme a rassemblé les nations et les prépare d'une manière sûre à la rétribution prédite — l'anarchie — qui s'approche à grands pas, et qui est si bien décrite par le prophète comme le « feu de la jalousie (ou colère) de Dieu » qui va consumer totalement l'ordre social actuel, le présent monde (2 Pi. 3 : 7). Cependant, ceci n'est dit que du point de vue humain seulement, car le prophète attribue ce rassemblement des nations à Dieu. Toutefois, les deux points de vue sont exacts, car s'il est, permis à l'homme d'exercer son libre arbitre, Dieu, par son autorité providentielle, dirige les affaires humaines pour l'accomplissement de ses desseins personnels et sages. Ainsi, tandis que les hommes, leurs œuvres et leurs méthodes sont les agents et les moyens, Dieu est le Commandant suprême qui réunit les nations et rassemble les Royaumes d'une extrémité de la terre à l'autre, pour préparer le transfert du pouvoir de la terre à celui « qui en possède le droit », Emmanuel.

            Le prophète nous dit pourquoi l'Éternel rassemble ainsi les nations :

            « Pour verser sur eux mon indignation, toute l'ardeur de ma colère ; car toute la terre [le système social tout entier] sera dévorée par le feu de ma jalousie ». Ce message ne nous apporterait que chagrin et angoisse si nous n'avions pas l'assurance que les résultats travailleront au bien du monde, en renversant le règne de l'égoïsme et en établissant, par le moyen du Royaume millénaire de Christ, le règne de la droiture auquel fait allusion le prophète, en ces termes : « Car alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifiée [leurs rapports ne seront plus égoïstes, mais purs, vrais et pleins d'amour], pour qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel pour le servir d'un seul cœur ».

            Le « rassemblement des nations » ne contribuera pas seulement à rendre le jugement rigoureux, mais il rendra également impossible à quiconque d'y échapper ; ainsi fera-t-il que la grande tribulation soit un conflit de courte durée mais décisif, comme il est écrit « Le Seigneur fera une œuvre abrégée sur la terre » Rom. 9 : 28 ; Ésaïe 28 : 22.

 

LES ÉLÉMENTS SOCIAUX SE PRÉPARENT POUR LE FEU

 

            En regardant autour de nous, nous voyons les « éléments » qui se préparent pour le feu de ce jour, le feu de la colère de Dieu. L'égoïsme, la connaissance, la fortune, l'ambition, l'espérance, le mécontentement, la crainte et le désespoir sont les éléments dont la friction enflammera sous peu les passions exaspérées du monde ; c'est alors que ses divers, « éléments » sociaux se fondront, se dissoudront dans la chaleur intense de ce jour. En considérant, ce qui se passe dans le monde, on constate que des changements sont intervenus touchant ces passions au cours du siècle dernier, et particulièrement durant les quarante années passées. La satisfaction, le contentement du passé a disparu de toutes les classes de la société : riches, pauvres, hommes, femmes, gens instruits ou ignorants. Tous sont mécontents. Tous cherchent égoïstement et de plus en plus à obtenir des « droits » ou se lamentent des « torts » qui leur sont faits. Il est vrai qu'il y a des injustices, de graves injustices à réparer, et des droits qui devraient être satisfaits et respectés ; mais la tendance à notre époque, avec l'augmentation de connaissance et d'indépendance, est de ne considérer seulement que le côté des questions qui touche à ses intérêts personnels et de ne pas chercher à apprécier le côté opposé. L'effet prédit par les prophètes sera, en fin de compte, d'amener tout homme à lever la main contre son prochain, ce qui sera la cause immédiate de la grande catastrophe finale. La Parole et la providence de Dieu, ainsi que les enseignements du passé sont oubliés sous les fortes convictions des droits personnels, etc. C'est ce qui empêche les gens de toutes les classes de choisir la voie la plus sage, la plus modérée, qu'ils ne peuvent même pas discerner, parce que l'égoïsme les aveugle sur tout ce qui n'est pas en accord avec leurs préjugés personnels. Chaque classe manque de considérer avec impartialité le bien-être et, les droits des autres. La règle d'or est d'une manière générale ignorée ; le manque de sagesse aussi bien que l'injustice de cette conduite seront bientôt rendus manifestes à toutes les classes ; car toutes souffriront terriblement dans cette détresse. Mais, nous informent les Écritures, les riches souffriront davantage.

            Tandis que les riches se hâtent d'amasser des fortunes fabuleuses pour ces derniers jours, qu'ils abattent leurs greniers et en bâtissent de plus grands, se disant en eux-mêmes et disant à leur postérité : « Mon âme, tu as beaucoup de biens assemblés pour beaucoup d'années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère », Dieu, par la bouche des prophètes, dit : « Insensé ! cette nuit même, ton âme te sera redemandée. Et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? » — Luc 12 : 15-20.

            Oui, la sombre nuit prédite (Ésaïe 21 : 12 ; 28 : 12, 13, 21, 22 ; Jean 9 : 4) approche rapidement, et comme un piège, surprendra le monde entier. Alors, en effet, à qui seront ces trésors amassés quand, dans la détresse de l'heure, « ils jetteront leur argent dans les rues, et [que] leur or sera rejeté comme une impureté ? ». « Leur argent et leur or ne pourront les délivrer au jour de la fureur de l'Éternel...  car c'est ce qui a été la pierre d'achoppement de leur iniquité » — Ezéch. 7 : 19.

 

L'ACCUMULATION DES RICHESSES

 

            Il est évident que nous vivons en un temps qui dépasse tous les autres quant à l'accumulation des richesses, et aux extravagances de toute nature de la part des riches (Jacques 5 : 3, 5). Écoutons le témoignage de la littérature contemporaine. Si ce que nous avançons est prouvé d'une manière concluante, nous aurons là une autre preuve que nous sommes dans les « derniers jours » de la dispensation actuelle, et que nous approchons de la grande détresse qui causera éventuellement la destruction du présent ordre de choses du monde et introduira l'humanité dans le nouvel ordre de choses, sous le Royaume de Dieu.

            L'Hon. Wm. E. Gladstone, dans un discours qui fut largement diffusé, déclara, après avoir fait allusion au temps actuel comme un « âge producteur de richesses » :

            « Il y a devant moi des messieurs qui ont été les témoins d'une plus grande accumulation de richesses durant leur vie que dans tous les temps antérieurs depuis l'époque de Jules César ».

            Remarquez cette déclaration faite par l'un des hommes les mieux informés du monde. Ainsi, dans les cinquante années passées, il y a eu plus de richesses produites et accumulées que dans les dix-neuf siècles précédents. Ce fait, qu'il nous est si difficile de comprendre, est néanmoins montré par des statistiques comme une estimation très modérée, et les nouvelles conditions ainsi créées sont destinées à jouer un rôle important dans le rajustement imminent de l'ordre social du monde.

            Il y a quelques années, The Boston Globe, donna le compte rendu suivant à propos de quelques-uns des hommes riches des États-Unis :

            « Les vingt et un magnats du chemin de fer qui se réunirent à New York, le lundi, pour discuter la question de concurrence des chemins de fer, représentaient un capital de 3 milliards de dollars. Des hommes toujours vivants peuvent se souvenir du temps où il n'y avait pas une demi-douzaine de millionnaires dans le pays. Ils sont maintenant 4 600 et l'on dit que plusieurs d'entre eux ont un revenu annuel de plus d'un million.

            « Il y a dans la Cité de New York, selon une estimation modérée, le nombre surprenant de 1 157 propriétés individuelles et collectives valant chacune 1 million de dollars. A Brooklyn, il y a 162 propriétés individuelles et collectives valant chacune au moins 1 million de dollars. Dans ces deux villes, il y a ensuite 1319 millionnaires, mais beaucoup d'entre eux possèdent beaucoup plus qu'un million de dollars : ils sont multimillionnaires, et la nature de ces fortunes est différente ; aussi rapportent-elles des revenus différents. Les taux d'intérêt auxquels les fortunes les plus connues sont placées, sont en chiffres ronds les suivants : pour John D. Rockefeller : 6 % ; William Waldorf Astor : 7 % ; la propriété de Jay Gould, placée dans des sociétés et pratiquement indivisible : 4 % ; Cornelius Vanderbilt : 5 % ; et William K. Vanderbilt : 5 %.

            « En calculant aux taux précédents et en intérêts composés semi-annuellement afin de permettre des réinvestissements, voici les revenus annuels et journaliers des quatre fortunes individuelles et collectives indiquées plus haut :

 

 

$ par an

$ par jour

William Waldorf Astor

8 900 000

23 277

John D. Rockefeller 

7 611 250

20 853

Jay Gould (propriétés)

4 040 000

11 068

Cornelius Vanderbilt

4 048 000

11 090

William K. Vanderbilt

  3 795 000  

10 397

 

            Cela constitue évidemment une estimation modérée, car il y a encore six ans, on remarquait que le dividende trimestriel de M. Rockefeller sur les valeurs de la Standard Oil Company dont il est l'un des principaux actionnaires, était représenté par un chèque de quatre millions de dollars ; aujourd'hui, les mêmes valeurs rapportent un bien plus grand revenu. 

            Longtemps avant la fin du présent siècle, The Niagara Falls Review proclamait la note d'avertissement suivante :

            « L'un des plus grands dangers qui menacent à présent la stabilité des institutions américaines est l'augmentation des millionnaires individuels, et la concentration qui s'ensuit des propriétés et de l'argent dans les mains de particuliers. Un article récent, paru dans un important journal de New York, donne des chiffres qui doivent servir à attirer I'attention générale sur l'évolution de cette difficulté. Voici, y déclare-t-on, les neuf plus grandes fortunes des États-Unis :

 

 

$

William Waldorf Astor

150 000 000

Jay Gould

100 000 000

John D.  Rockefeller

90 000 000

Cornelius Vanderbilt 

90 000 000

William K. Vanderbilt

80 000 000

Henry M. Flager

60 000 000

John L. Blair

50 000 000

Russel Sage

50 000 000

Collis P. Huntington

50 000 000

Total ................................ 

720 000 000

 

            « En estimant le rendement de ces sommes immenses d'après l'intérêt moyen obtenu par d'autres investissements analogues, voici quels seraient les revenus :

 

 

$ par an 

$ par jour

Astor

9 135 000

25 027

Rockefeller

5 481 000

16 003

Gould 

4 040 000

11 068

Vanderbilt, C.

4 554 000

12 477

Vanderbilt W.K.

4 048 000

11 090

Flager

3 036 000

8 318

Blair

3 045 000

8 342

Sage

3 045 000

8 342

Huntington

1 510 000

4137

 

            « Presque tous ces hommes ont un train de vie comparativement simple, et il leur est évidemment impossible de dépenser plus qu'une partie de leurs immenses revenus journaliers et annuels. En conséquence, le surplus devient un capital et aide à augmenter considérablement les fortunes de ces individus. A présent, la famille Vanderbilt possède les sommes immenses suivantes (les quelques années écoulées ont augmenté grandement certains de  ces chiffres) :

 

$

Cornelius Vanderbilt

90 000 000

William K. Vanderbilt

80 000 000

Frederick W. Vanderbilt

17  000 000

George W. Vanderbilt  

15  000 000

Mme  Elliott F. Sheppard

13  000 000

Mme William D. Sloane

13 000 000

Mme Hamilton McK Twombly 

13 000 000

Mme W. Seward Webb 

13 000 000

Total................................. 

254 000 000

 

            « Plus prodigieuses encore sont les accumulations faites grâce au grand Trust Standard Oil qui vient juste d'être dissous, pour être remplacé par la Compagnie Standard Oil. Voici quelles en étaient les fortunes :

 

$

John D, Rockefeller 

90 000 000

Henry M. Flager 

60 000 000

William Rockefeller 

40 000 000

Benjamin Brewster

25 000 000

Henry H. Rogers 

25 000 000

Oliver H. Payne (Cleveland) 

25 000 000

Wm. G. Warden (Philadelphie) 

25 000 000

Chas. Pratt estate Brooklyn

25 000 000

John D. Archbold

10 000 000

Total.................................

325 000 000

 

            « Il n'a fallu que vingt ans pour concentrer cette richesse entre les mains de huit ou neuf hommes. C'est donc ici le danger. Les grands chemins de fer des États-Unis se trouvent entre les mains de Gould, des Vanderbilts et de Huntington. Les grands immeubles du territoire de New York qui augmentent constamment de valeur, sont la possession de Sage, des Astors et d'autres. Réunies et augmentées normalement, les fortunes de ces neuf familles s'élèveraient en vingt-cinq ans à 2 754 000 000 de dollars. William Waldorf Astor lui-même, en accumulant simplement ses revenus, possédera probablement un milliard de dollars avant de mourir, et cet argent, comme celui des Vanderbilts, se transmettra dans sa famille comme dans d'autres, et créera une aristocratie de riches extrêmement dangereuse pour la communauté, constituant un commentaire singulier au sujet de cette aristocratie de naissance ou de talent que les Américains considèrent comme étant si offensante en Grande-Bretagne.

            « D'autres grandes fortunes existent ou font leur apparition ; nous ne pouvons en indiquer que quelques-unes d'entre elles :

 

 

$

William Astor

40 000 000

Leland Stanf Stanford 

30 000 000

Mme Hetty Green 

30 000 000

Philip D. Armour 

30 000 000

Edward F. Searles

25 000 000

J. Pierpont Morgan 

25 000 000

Charles Crocker (propriétés)

25 000 000

Darius O.Mills 

25 000 000

Andrew Carnegie 

25 000 000

E. S. Higgins (propriété) 

20 000 000

George M. Pullman 

20 000 000

Total..................................

295 000 000

 

            « Ainsi voyons-nous  un capital d'un montant presque inconcevable entre les mains d'un petit nombre et nécessairement soustrait aux possibilités [d'accès] du plus grand nombre. Aucun pouvoir humain ne saurait résoudre à l’amiable cette question angoissante. Cet état de choses ira de mal en pis ».

 

QUELQUES MILLIONNAIRES AMÉRICAINS — COMMENT

ILS ONT ACQUIS LEURS MILLIONS

 

            Le Rédacteur en Chef de Review of Reviews donne ce qu’il appelle « quelques extraits d'un journal très instructif et divertissant, dont la seule faute est d'avoir une vue optimiste de la pieuvre ploutocratique » :

            « Un Américain qui écrit d'après sa connaissance personnelle, mais préfère rester anonyme, raconte dans Cornhill Magazine avec beaucoup de sympathie l'histoire de plusieurs des millionnaires de la gigantesque République. Il prétend que même si les quatre mille millionnaires possèdent entre eux quarante milliards sur les soixante-dix milliards qui constituent la richesse nationale totale, ce qui en reste laisse encore à chaque citoyen 500 $ par tête contre 330 $ par tête il y a quarante-cinq ans. Il soutient que les millionnaires ont prospéré en enrichissant d'autres classes et non en les appauvrissant.

            « Le « Commodore » Vanderbilt, qui fut le premier millionnaire de cette famille, naquit il y a juste un siècle. Son capital consistait à être le traditionnel va-nu-pieds, à avoir les poches vides et à croire à sa chance (base de tant de fortunes américaines). Un dur labeur, de l'âge de six à seize ans, lui fournit un second capital plus tangible, savoir, cent dollars. Il investit cet argent dans un petit bateau ; avec ce bateau, il entreprit un commerce à son compte, le transport de légumes à New York. A l’âge de vingt ans il se maria, et l'homme et la femme mirent leur cœur à gagner de l'argent. Lui s'occupait du bateau ; elle tint un hôtel. Trois ans plus tard, il possédait dix mille dollars. Puis sa fortune se multiplia rapidement, si rapidement que lorsqu'éclata la guerre civile, le garçon qui avait commencé avec un seul bateau d'une valeur de cent dollars, put offrir à la nation un de ses bateaux d'une valeur de huit cent mille dollars. Malgré cela, il se trouvait encore à l'aise et pouvait continuer son commerce maritime. A soixante-dix ans, il était à la tête d'une fortune de soixante-dix millions.

            « La fortune de la famille Astor est due au cerveau d'un seul homme et à la croissance naturelle d'une grande nation, John Jacob Astor étant le seul homme qui, sur quatre générations, sut gagner de l'argent. L'argent qu'il gagna, car il le gagna, fut placé sur des terrains à New York. L'ensemble de ces terrains est limité du fait que la ville se tient sur une île. C'est pourquoi, la croissance de la ville de New York, qui était due à celle de la République, fit de cette petite fortune du dix-huitième siècle la plus grande fortune américaine du dix-neuvième siècle. Le premier et dernier Astor digne d'être retenu comme maître dans l'art d'acquérir des millions fut donc John Jacob Astor. Fatigué de seconder son père, dans sa boucherie à Waldorf, J.J. Astor s'en alla il y a environ cent-dix ans pour tenter sa chance au Nouveau monde. C'est, dans un sens, sur le bateau qu'il fit réellement sa fortune entière. Il y rencontra un vieux marchand de fourrures qui le mit au courant de toutes les ficelles du commerce de fourrures avec les Indiens. Il entreprit donc ce commerce et gagna de l'argent. Puis il épousa Sarah Todd qui était une jeune femme fine et énergique. Sarah et John Jacob finirent par passer toutes leurs soirées dans leur boutique à trier des fourrures... En quinze ans, John Jacob et Sarah avaient amassé 2 500 000 $... Une heureuse spéculation dans des obligations des États-Unis, à un moment où les cours étaient très bas, doubla la fortune de John Jacob. Cette fortune fut tout entière placée dans des biens fonciers où elle est restée depuis.

            « Leland Stanford, Charles Crocker, Mark Hopkins et Collis P. Huntington vinrent en Californie au moment de la fièvre de l'or en 1849. Lorsqu'on agita la question du chemin de fer transcontinental, ces quatre hommes « y virent des millions à gagner » et entreprirent la construction de l'Union Pacific. Les quatre hommes, sans le sou en 1850 possèdent maintenant ensemble une fortune s'élevant à 200 000 000 de dollars.

            « L'un d'eux, Leland Stanford, s'était proposé de fonder une famille, mais il y a dix ans, son fils unique mourut. Il décida alors de créer une université en mémoire de ce fils, et il le fit d'une manière princière. De son vivant déjà, il confia, dans ce but, à des administrateurs fondés de pouvoir, trois fermes d'une superficie de 86 000 acres [34 801 ha environ] valant à cause de leurs superbes vignobles, 6 000 000 de dollars. A ceci, il ajouta 14 000 000 de dollars en titres, et à sa mort, il légua à l'université 2 500 000 $. Cet homme donna donc à lui seul et à une seule institution d'études la somme totale de 22 500 000 $ ce qui est, dit-on, un record mondial. Sa femme a annoncé son intention de laisser sa fortune, soit quelque 10 000 000 de dollars, à l'université.

            « L'exemple le plus remarquable de la formation d'une fortune dans l'histoire des millions américains, est celui que fournit le trust de la Standard Oil :

            « Il y a trente ans, cinq jeunes gens, dont la plupart habitaient la petite ville de Cleveland (État de l'Ohio), et tous relativement pauvres (il est probable qu'ensemble, ils ne pouvaient se vanter de posséder 50 000 $), virent la possibilité de gagner de l'argent avec le pétrole. Dans le langage expressif du vieux marinier, « ils allèrent çà et là pour en chercher, et ils en trouvèrent ». Aujourd'hui, ce même groupe de cinq hommes possède 600 000 000 de dollars... John D. Rockefeller, le cerveau et l'animateur de ce grand « trust », est un homme au visage rouge de santé, aux yeux si doux et aux manières si cordiales, qu'il est très difficile de l'appeler un « accapareur forcené ». Son occupation favorite maintenant est l'instruction, et, il chevauche ce « dada » d'une manière énergique et virile. Il a pris l'Université de Chicago sous sa protection, et déjà la somme de sept millions de dollars est passée de ses poches au fonds de ce nouveau centre de culture dans la seconde cité de la République ».

            Dans un article paru dans le Forum, M. Thomas G. Shearman, statisticien de New York, donnait les noms de soixante-dix Américains, dont les fortunes réunies  s'élèvent à 2 700 000 000 de dollars, soit une moyenne de 38 500 000 $ pour chacune : il déclare qu'on pourrait dresser une liste de dix personnes dont la fortune moyenne  serait de 100 000 000 de dollars, et une autre liste de cent personnes dont la fortune moyenne de 25 000 000 de dollars ; il poursuit en disant que « le revenu moyen annuel  de chacun des cent plus riches Américains ne pas être moins de 1 200 000 $, et qu'il dépasse probablement 1 500 000 $.

            Commentant cette dernière déclaration, un écrivain de talent (Rév.  Josiah Strong) dit :

            « Si cent travailleurs pouvaient gagner chacun 1000 $ par an, il leur faudrait travailler douze cents ou quinze cents années pour gagner autant que le revenu annuel de ces cent Américains les plus riches. Si un travailleur pouvait gagner 100 $ par jour, il devrait travailler jusqu'à ce qu'il soit âgé de cinq cent quarante-sept ans, sans prendre une seule journée de congé, pour pouvoir gagner autant d'argent que n'en possèdent certains Américains ».

            Le  tableau suivant compare la richesse des quatre plus riches du monde en 1830 et en 1893 ; il montre comment les richesses sont « entassées » par nations dans les  derniers jours, de cette dispensation où l'on accumule l'argent d'une manière presque fabuleuse :

 

Richesses totales :

1830

1893

 

$

$

de la Grande-Bretagne

16 890 000 000 

50 000 000 000

de la France

10 645 000 000

40 000 000 000

de l'Allemagne 

10 700 000 000

35 000 000 000

des États-Unis  

5 000 000 000 

72 000 000 000

 

            Afin que le lecteur puisse comprendre comment des statisticiens arrivent à leurs conclusions sur un sujet aussi vaste, nous donnons ce qui suit comme étant une estimation classifiée et approximative de la richesse des États-Unis :

 

 

$

Biens immobiliers des cités et des villes

15 500 000 000

Biens immobiliers autres que ceux des cités et des villes

12 500 000 000

Propriétés personnelles (non spécifiées ail­leurs )

8 200  000 000

Chemins de fer et leurs installations

8 000 000 000

Capital investi dans des industries

5 300 000 000

Biens manufacturés

5 000 000 000

Productions (y compris la laine)

3 500 000 000

Propriétés possédées et argent investi dans des pays étrangers

3 100 000 000

Édifices  publics, arsenaux, navires de  guerre, etc.

3 000 000 000

Animaux domestiques dans les fermes

2 480 000 000

Animaux domestiques dans les cités et dans les villes

1 700 000 000

Argent, pièces de monnaie étrangères et  nationales, billets de banque, etc.

2 130 000 000

Terres publiques (à 1,25  $ l'acre – 40,46 a Trad. ) 

1 000 000 000

Produits minéraux (toutes sortes) .

590 000 000

Total......................................................

72 000 000 000

 

            Il y a quelques années, on remarqua que la richesse des États-Unis s'accroissait à raison de quarante millions de dollars par semaine, soit deux milliards de dollars par an (l'endettement total de la nation des États-Unis, public et privé, était alors estimé à vingt milliards de dollars).

            L'amoncellement des trésors pendant les derniers jours, comme on vient de le noter, s'applique spécialement à ces États-Unis, mais il en est de même du monde civilisé tout entier. Par tête d'habitant, la Grande Bretagne est plus riche que les États-Unis, la nation la plus riche sur la terre. Même en Chine et au Japon, il y a depuis peu, des millionnaires. La défaite de la Chine en 1894 par les Japonais serait due surtout, dit-on, à la cupidité des fonctionnaires gouvernementaux qu'on accuse d'avoir fourni des canons et des obus de qualité inférieure, et même des imitations, bien qu'ils aient reçu un prix considérable pour en fournir d'authentiques.

            Bien entendu, une minorité seulement de ceux qui cherchent fortune la trouve. La course précipitée et les luttes pour acquérir les biens de ce monde ne sont pas toujours récompensées. Le poison de l'égoïsme ne touche pas seulement ceux qui réussissent, et, comme le déclarait l'Apôtre : « Or ceux qui veulent devenir riches [qui sont déterminés à être riches à tout prix] tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition car c'est une racine de toutes sortes de maux que l'amour de l'agent [de la richesse] » (1 Tim. 6 : 9, 10). La majorité, inexpérimentée, prend des risques et trouve le désappointement et la perte ; la minorité, pleine de sagesse mondaine et de subtilité, prend peu de risques et récolte la plupart des gains. Ainsi, par exemple, la « fièvre de l'or de l'Afrique du Sud » qui, autrefois, se répandit en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, transféra réellement des poches et des comptes en banque de la classe moyenne a ceux des riches capitalistes et des banquiers qui prennent peu de risques, des centaines de millions de dollars. Le résultat fut sans aucun doute une grande perte pour cette classe moyenne si soucieuse d'obtenir rapidement des richesses qu'elle risque son tout. La tendance de tout ceci est de mécontenter nombre de personnes de cette classe d'ordinaire conservatrice et de les préparer dans quelques années à accepter n'importe quel plan socialiste qui promette d'être à leur avantage.

 

L'ACCROISSEMENT DE LA PAUVRETÉ

 

            Mais est-il vrai qu'il, y ait des pauvres et des nécessiteux dans ce pays d'abondance, dans lequel tant de gens amassent ensemble une telle fabuleuse richesse ? N'est-ce pas de sa propre faute si un homme ou une femme en bonne santé n'arrive pas à vivre confortablement ? Ne serait-ce pas encourager le paupérisme et la dépendance si ceux qui vivent dans la prospé